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10/05/2011

Il peignait des gens, des chiens, des chats en bâtons d'allumettes




Brian & Michael - Matchstalk Men and Matchstalk Cats and Dogs / Des gens, des chiens, des chats en bâtons d'allumettes, 1978
Michael Coleman, Kevin Parrott
St Winifred's Choir, Tintwistle Brass Band
Mis en ligne par pennylaneuk


He painted Salford's smokey tops
On cardboard boxes from the shops
And parts of Ancoats where I used to play
I'm sure he once walked down our street
Cause he painted kids who had nowt on their feet
The clothes we wore had all seen better days

Now they said his works of art were dull
No room all round the walls are full
But Lowry didn't care much anyway
They said he just paints cats and dogs
And matchstalk men in boots and clogs
And Lowry said that's just the way they'll stay

And he painted matchstalk men and matchstalk cats and dogs
He painted kids on the corner of the street that were sparking clogs
Now he takes his brush and he waits outside them factory gates
To paint his matchstalk men and matchstalk cats and dogs

Now canvas and brushes were wearing thin
When London started calling him
To come on down and wear the old flat cap
They said tell us all about your ways
And all about them Salford days
Is it true you're just an ordinary chap

And he painted matchstalk men and matchstalk cats and dogs (...)

Now Lowry's hang upon the wall
Beside the greatest of them all
And even the Mona Lisa takes a bow
This tired old man with hair like snow
Told northern folk its time to go
The fever came and the good lord mopped his brow

And he left us matchstalk men and matchstalk cats and dogs
He left us kids on the corner of the street that were sparking clogs
Now he takes his brush and he waits outside them pearly gates
To paint his matchstalk men and matchstalk cats and dogs

And he left us matchstalk men and matchstalk cats and dogs (...)


Laurence Stephen Lowry (1887-1976) fils d'un agent immobilier et d'une professeure de piano, lui-même caissier  jusqu'à sa retraite, est le peintre des rues, des usines et du peuple de l'Angleterre industrielle, spécialement de sa ville de Salford près de Manchester. Comme le dit la chanson il croquait les sorties d'usine sur des enveloppes usagées ou des bouts de carton d'emballage. Il était secret et affabulateur, il admirait Rossetti, Van Gogh, Magritte et Lucian Freud en peinture, Donizetti, Bach et Bellini en musique, en littérature Dickens et Thomas Hardy comme tout anglais qui se respecte, mais aussi La Rochefoucauld. La célébrité venant sur la fin, il avait poliment refusé le titre de chevalier et les décorations qu'on lui proposait. Et chacune des horloges qu'il collectionnait était réglée à une heure différente. Une partie de son œuvre, érotique (les Portraits d'Ann) n'a été découverte qu'après sa mort.

Quelles que soient aujourd'hui ses cotes - élevées - c'est souvent le terme de provincialisme qui revient quand on commente Lowry. Pourtant, ses bonshommes en allumettes trottent dans l'universelle fatalité aussi bien que ceux de Beckett et de Giacometti, leurs stricts contemporains.


L. S. Lowry - A Market Place, Berwick upon Tweed, 1935


Aussi abstraits soient-ils, ces schématiques citoyens de la grisaille, ils restent tout aussi cramponnés à leur Lancashire que les villageois de Stanley Spencer à leur Cookham natal. Et c'est bien là le mystère. Peut-être vient-il de ce que c'est dans leur petite province - un temps le cœur industriel de la planète - que l'on a inventé le capitalisme moderne, notre village global en voie de lent effondrement ?


 L. S. Lowry - Industrial Landscape
Matchstalk Men and Matchstalk Cats and Dogs, composé en hommage à Lowry, a été le seul succès de Brian & Michael (Michael Coleman et Kevin Parrott) - mais un succès phénoménal, n°1 des Single Charts au Royaume-Uni trois semaines durant en avril 1978. En fond à la fin du morceau, les enfants du St Winifred's Choir (les St-Winnies Girls) entonnent The Big Ship Sails on the Alley-Alley-O.


Et, dix ans avant Brian & Michael, les Matchstick Men, les hommes en bâtons d'allumettes de Lowry, avaient déjà inspiré le premier single de :



Status Quo - Pictures of Matchstick Men, 1968
Mis en ligne par willybeable


See your face come peaking through my window
Pictures of matchstick men and you
Mirages of matchstick men and you
All I ever see is them and you


L.S. Lowry Memorial, Mottram in Longdendale

09/11/2018

Où le printemps sentait le soufre (autour de Terence Davies, décidément)


Ewan MacColl - Dirty Old Town, 1949
chanté par The Spinners, Gregsons Well pub, Liverpool, ca 1960
(On peut voir ici l'intégralité de l'émission d'où est extraite cette séquence)
Mis en ligne par belfast jack




(une republication augmentée - toujours d'un billet de 2009)

Dans la bande-son d'Of time and the city - le film que Terence Davies a tiré de et tourné sur sa ville natale, Liverpool - on entend Dirty Old Town, ce succès inusable des pubs et des cafés musicaux (les chats l'entendent quasiment tous les mois dans leur bar du coin). 

Et quand on entend cette chanson on pense le plus souvent aux Dubliners et aux Pogues. Pourtant, bien avant eux ce sont les Spinners qui ont popularisé le Dirty old town écrit en 49 par Ewan MacColl pour un intermède théâtral. 

Les Spinners étaient actifs sur la scène folk de Liverpool dans les années 60, et plus largement dans les 70. C'est leur version de Dirty Old Town qu'on entend dans le film de Davies - allez, on la réécoute par ici telle qu'elle fut gravée sur disque.


I found my love, by the gaswork croft
Dreamed a dream, by the old canal 
Kissed my love, by the factory wall 
Dirty old town, dirty old town 

 Heard a siren from the dock 
Saw a train cut the night on fire 
Smelled the spring on the sulfured wind (1)
Dirty old town, dirty old town 

 I'm going to make a good sharp axe 
Shining steel tempered in the fire 
I'll cut you down like a dead old tree 
Dirty old town, dirty old town

I Met my love, by the gaswork croft 
Dreamed a dream, by the old canal 
Kissed my love, by the factory wall 
Dirty old town, dirty old town



Et voici la version de Joan & Steve. Si vous n'aimez pas Joan & Steve, c'est que vous n'avez pas de cœur.




Joan & Steve - Dirty old town
Mis en ligne par tubefella





Pour finir, qu'est devenu le (2) Gregsons Well, direz-vous, eh bien :









...et il a finalement été détruit en 2016.




Folk Music in Liverpool, The Gregsons Well - 1960s
Mis en ligne par tical3000




(1) Le texte original d'Ewan MacColl (3), natif de Salford (Lancashire), disait "smelled a spring on the Salford wind". Il le corrigea suite aux protestations du conseil municipal. Car Dirty old town, ce n'est pas Dublin ni Liverpool, c'est bien Salford... Si vous connaissez bien les paroles de la version princeps, celle de 56 en duo avec Peggy Seeger, vous noterez que pour MacColl ce vent printanier sentait la fumée (smokey wind), mais que pour les Spinners c'était plutôt du soufre...

(2) Les Gregsons Well, il y avait deux pubs du même nom, face à face...


(3) Sur MacColl, voir par là-bas.


11/05/2011

Cats a'prowling on their beat




Ewan McColl, Peggy Seeger - Dirty old town, 1949
Mis en ligne par L AND L


I found my love by the gas works croft
Dreamed a dream by the old canal
Kissed my girl by the factory wall
Dirty old town dirty old town

Heard a siren from the docks
Saw a train set the night on fire
Smelled the spring on the smokey wind
Dirty old town dirty old town

Clouds a drifting across the moon
Cats a prowling on their beat
Spring's a girl in the street at night
Dirty old town dirty old town

I'm going to make a good sharp axe
Shining steel tempered in the fire
Will chop you down like an old dead tree
Dirty old town dirty old town


En complément du message précédent : Dirty old town, c'est la ville natale de McColl, Salford, Lancashire - la même que peignait L. S. Lowry (qui habitait Pendlebury, une banlieue de Salford).




...et, concernant la famille Seeger : ici à propos de Ruth Seeger, née Crawford, la mère, là sur Pete Seeger, le demi-frère, là encore on peut écouter et regretter Mike Seeger, le frère de Peggy...

14/04/2021

L'art de la rue : Lowry, toujours


L. S. Lowry - Dwelling, Ordsall Lane, Salford, 1927

19/05/2009

The cat's meow : Ballad of accounting



Ewan McColl & Peggy Seeger - Ballad of accounting
Mis en ligne par
megatherium01


Jimmie Miller, dit Ewan McColl, écrivit en 1964 cette Ballad of accounting (La ballade du bilan) à la manière de Brecht et de Kurt Weill, rare incursion moderniste dans son travail de compositeur et de parolier d'ordinaire marqué au coin de la ballade traditionnelle.

Ewan McColl : naissance à Salford, Lancashire en 1915, père métallo et mère femme de ménage, arrête l'école à 14 ans, chanteur de rues, les Jeunesses Communistes en 29 puis le PC britannique. Le chômage, les marches de la faim, la rédaction et la distribution des feuilles de boîte du CPGB dans les usines de Manchester... Il anime dans sa ville natale une troupe de théâtre d'agit-prop, les
Red Megaphones (en référence à leur modèle allemand, Das Rote Sprachor).
Après la guerre il sera le dramaturge du Theatre Workshop, mais dès 1934 il avait été remarqué par un talent scout de la BBC qui l'avait entendu chanter dans la rue - le reste de sa vie sera ponctué de travaux pour la Beeb, d'abord épisodiques puis réguliers à partir de 1958 où il produira avec Peggy Seeger les radio ballads, série d'émission qui entrelaçaient, d'une façon très nouvelle pour la radio de l'époque, les chants du patrimoine folk et les récits de vie de working class people jeunes et vieux (1), comme ceci :





Extrait de On the edge - I've always kept a diary
sixième émission de la série diffusée le 13 février 63
:
être adolescent en 62 dans la classe ouvrière anglaise, ça fait quoi ?
Entrecoupés de Quest Ballads, des interviews dans les bars, les dancings, les salles de classe "
le problème n'était pas de les faire parler, mais de les arrêter" dira plus tard McColl.

On peut entendre d'autres extraits des radio ballads originales
ici, et se les procurer là, entre autres. Ne pas confondre avec la nouvelle et mièvre série produite par la BBC en 2006 : elle a autant à voir avec l'original que Tony Blair avec un mineur en grève.

Condamné aux budgets de misère, régulièrement blacklisté et sous surveillance policière, collecteur et éditeur acharné de folksongs et de ballades, musicologue et pédagogue autant que chanteur, acteur du folk revival à travers le Ballad and blues club puis le Singers club, McColl est aussi au coeur d'un petit mystère : particulièrement surveillé par le MI5, cela ne l'empêche pas de déserter à la fin de 1940, et de ne réapparaître qu'après la guerre sous un nouveau nom, sans être autrement inquiété semble-t-il. L'hypothèse la plus couramment avancée est qu'il n'avait pas envie de mourir - que ceux qui ne sont pas attachés à la vie lui jettent la première pierre. La dame à la faux, elle, l'a rattrapé le 22 octobre 1989. Cradle to the grave...

In the morning we built the city
In the afternoon walked through its streets
Evening saw us leaving
We wandered through our days as if they would never end
All of us imagined we had endless time to spend
We hardly saw the crossroads and small attention gave
To the landmarks on the journey from the cradle to the grave
Cradle to the grave, cradle to the grave


Did you learn to dream in the morning?
Abandon dreams in the afternoon?
Wait without a hope in the evening?
Did you stand there in the traces and let them feed you lies?
Did you trail along behind them wearing blinkers on your eyes?
Did you kiss the foot that kicked you? Did you thank them for their scorn?
Did you ask for their forgiveness for the act of being born?
Act of being born, act of being born


Did you alter the face of the city?
Make any change in the world you found?
Or did you observe all the warning?
Did you read the trespass notice? Did you keep off the grass?
Did you shuffle off the pavement just to let your betters pass?
Did you learn to keep your mouth shut? Were you seen and never heard?
Did you learn to be obedient and jump to at a word?
Jump to at a word, jump to at a word


And did you ever demand any answer?
The who and the what and the reason why
And did you ever question the setup?
And did you stand aside and let them choose while you took second best?
Did you let them skin the cream off and then give to you the rest?
Did you settle for the shoddy? And did you think it right
To let them rob you right and left and never make a fight?
And never make a fight, never make a fight


What did you learn in the morning?
How much did you know in the afternoon?
Were you content in the evening?
And did they teach you how to question when you were at the school?
Did the factory help you grow? Were you the maker or the tool?
Did the place where you were living enrich your life and then?
Did you mix among the standing of all your fellow men?
All your fellow men, all your fellow men, all your fellow men


La Ballad of accounting est un classique des chanteurs de rue britanniques - on peut trouver sur ce site toute une série de réinterptétations par des buskers d'aujourd'hui.


(1) On peut lire ici des extraits du livre que Peter Cox a écrit sur l'aventure des radio ballads, et de ceux qui les ont faites.