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01/10/2026

Choral : nous voyons les gros titres


 
Benjamin Britten - Advance Democracy, 1938
Chœur Stella Maris, 2020 
Dir. Olivier Bardot
Mis en ligne par Chœur Stella Maris 
 
 
 
Across the darkened city 
The frosty searchlights creep
Alert for the first marauder
To steal upon our sleep.
 

À travers la ville plongée dans l’obscurité,
Les projecteurs glacés rampent,
À l’affût du premier maraudeur
Qui viendrait troubler notre sommeil.
  
We see the sudden headlines
Float on the muttering tide
We hear them warn and threaten
And wonder what they hide. 
  
Nous voyons les gros titres soudains
Flotter sur la marée murmurante
Nous les entendons avertir et menacer
Et nous nous demandons ce qu’ils cachent.


1938 : accords de Munich et montée des fascismes. En réaction, la London Co-operative Society passe commande à Benjamin Britten pour composer un chant en défense de la démocratie, sur les paroles du poète Randall Swingler : Advance Democracy.

Swingler est alors membre du Parti Communiste de Grande-Bretagne (CPGB) - qu'il ne quittera qu'en 1956. Tant que durera le pacte germano-soviétique il va s'aligner fidèlement sur la ligne du parti (1) mais après 1941 il servira sous les drapeaux et sera même médaillé. Alors que Britten, fondamentalement pacifiste, sera objecteur de conscience (2). 

Deux itinéraires qui résument les questions sans réponse posées à la gauche antimilitariste et/ou pacifiste à la veille du conflit. Advance Democracy, que les critiques présentent parfois comme une pièce de pure propagande, est en fait l'expression de cette tension. C'est aussi ce qui rend ce choral si proche de nous, aujourd'hui.



There are whispers across tables,
Talks in a shutter'd room.
The price on which they bargain
Will be a people's doom.
 
Il y a des chuchotements autour des tables,
Des discussions dans une pièce aux volets fermés.
Le prix sur lequel ils négocient
Sera le destin funeste d’un peuple.
 
There's a roar of war in the factories
And idle hands on the street
And Europe held in nightmare
By the thud of marching feet.
 
Un rugissement de guerre résonne dans les usines
Et des mains oisives errent dans les rues
Et l’Europe est plongée dans un cauchemar
Sous le martèlement des pas en marche.

Now sinks the sun of surety,
The shadows growing tall
Of the big bosses plotting
Their biggest coup of all.

Le soleil de la certitude s’en va,
Pendant que s’allongent les ombres
Des grands patrons qui complotent
Leur plus grand coup d’état de tous les temps.

Is there no strength to save us?
No power we can trust
Before our lives and liberties
Are powder'd into dust. 
 
N’y a-t-il aucune force pour nous sauver ?
Aucun pouvoir en qui nous puissions avoir confiance
Avant que nos vies et nos libertés
Ne soient réduites en poussière.

Time to arise Democracy
Time to rise up and cry
That what our fathers fought for
We'll not allow to die.

Il est temps de se lever Démocratie
Il est temps de se soulever et de crier
Que ce pour quoi nos pères se sont battus,
Nous ne le laisserons pas mourir.
 
Time to resolve divisions,
Time to renew our pride,
Time to decide
Time to burst our house of glass. 
 
Il est temps de surmonter nos divisions,
Il est temps de renouveler notre fierté,
Il est temps de décider
Il est temps de briser notre maison de verre.

Rise as a single being
In one resolve arrayed:
Life shall be for the people
That's by the people made.

Levons-nous comme un seul être
Unis par une même résolution :
La vie appartiendra au peuple,
C'est lui qui l’a créée.
 
 
 
(1) À la différence de Nizan en France ; cf. Andy Croft, The Years of Anger: The Life of Randall Swingler, Routledge éd. 2020.
 
(2) C'était possible en temps de guerre en Grande-Bretagne, il y eut quelque 60.000 conchies (conscientious objectors) pendant cette période, voir cet article p. ex. Sur le pacifisme de Britten, on peut lire Gilles Couderc, « A musician for an occasion »: Britten, compositeur engagé.

20/07/2026

État de projet


Revue Challenges, 25 Août 2022


État rémanent, maison de la presse de Saint-Vaast la Hougue, 16 juillet 2026

02/07/2026

Rêver peut-être


Jeanne Graverol - Fourmi agrippée, 1972


Qu'est-ce que le temps pour les fourmis (se demande M. Chat) ? Travaillent-elles vraiment tout le temps, comme l'a dit et répété (1) une première ministre française en parlant des Japonais ? Se reposent-elles seulement ?

Et comment dorment les fourmis (s'interroge encore M. Chat, compulsant de façon passablement névrotique le grand livre électronique que des algorithmes suspects mettent à sa disposition) ?

Et voici qu'il apparaît que des scientifiques scrupuleux ont longuement étudié le sommeil de la Fourmi feu, Solenopsis Invicta, en marquant soigneusement chaque individu d'une petite fourmilière, de façon à le suivre dans ses infimes tribulations.

 

 


Solenopsis Invicta

 

D'où il ressort que  Solenopsis Invicta - du moins les ouvrières - connaît 256 épisodes de sommeil par 24 heures, chacun de ces épisodes durant 1 minute et six secondes, soit un total de 4,8 heures de sommeil par jour. Ce qui a pour résultat de mettre à disposition permanente 80% de la force de travail de la fourmilière (3). Quant aux reines, elles bénéficient de 92 épisodes de sommeil par jour, chacun durant plus ou moins de 6 minutes, soit un total de 9,4 heures par jour.

Mais les fourmis rêvent-elles ?

Selon les mêmes chercheurs états-uniens, Solenopsis Invicta connaît le sommeil paradoxal (RAM sleep) (4) et donc, probablement, le rêve.

 


 

Mais de quoi rêvent-elles ?

Les ouvrières rêvent-elles de faire la révolution ? Ou simplement de manger, voire vivre, un peu plus (5) ? Et de quoi rêvent les reines, qui ont un peu plus de temps pour le faire ? Rêvent-elles d'une fourmilière aux dimensions inouïes, comme Elon Musk rêve de régner sur Mars ? Après tout, Elon Musk pourrait bien rêver d'être une reine Solenopsis infiniment nursée, aimée, soignée et révérée...

Et si, selon la parabole de Tchouang-Tseu,  Elon Musk et tout son/notre univers bizarre n'existait à l'inverse que dans le rêve d'une reine Solenopsis Invicta ? Si le travail des chercheurs de St Petersburg n'était en fait que le point d'émergence par sérendipité, la ridule révélatrice à la surface d'un gigantesque songe formique, un frémissement d'antenne de quelques micro-secondes qui nous rappellerait en fait à notre irréalité ?

Pris d'un léger vertige zen, M. Chat se réfugie dans son panier et ouvre...

 

Mike Resnick - Sept vues sur les gorges d'Olduvaï, 1994 
Bélial' éd. 2026 

 

...où, après extinction de l'humanité,  un groupe de chercheurs extra-terrestres explorent ces gorges qui abritèrent certains des premiers hominidés et découvrent un à un sept artefacts qui donnent une idée du destin de l'espèce des singes sans queue (homo sapiens, dirions-nous avant de disparaître) et de leur histoire maudite.

Bien. Les meilleures Novellas ne sont pas forcément d'un très grand optimisme. D'autre part il fait chaud - avez-vous remarqué qu'il fait chaud ? M. Chat s'enroule dans son panier, mais dans l'autre sens, et s'endort.

M. Chat rêve. Il rêve que les descendants des singes sans queue se débrouillent pour expédier une petite centaine de méga-téra-milliardaires sur Mars, afin qu'il s'y entr'égorgent sans gêner les autres. Et que les singes sans queue réussissent à survivre sur Terre à la chaleur, tant bien que mal mais au moins aussi bien que d'autres espèces mieux organisées ou plus sagaces, tels les rats ou les corbeaux. Ou les fourmis. Mais M. Chat rêve aussi que les fourmis font la révolution. Les révolutions, parfois, aident à survivre.

Les chats survivront-ils ? On dit qu'ils s'en tirent toujours - du moins le plus souvent. M. Chat rêve qu'il a neuf vies. 

 

 

(1)  « J'ai dit qu'ils [les Japonais] travaillaient comme des fourmis... Les fourmis travaillent beaucoup, c'est vrai...
- ... Vous avez dit ça ? interrompt le journaliste.
- Nous ne pouvons pas vivre ainsi dans des appartements minuscules, avec deux heures de trajet pour aller au travail, et travailler, travailler, travailler, et faire des enfants qui devront travailler comme des bêtes. Nous, nous voulons conserver nos garanties sociales, vivre comme des êtres humains, comme nous avons toujours vécu... »
 

Interview d'Edith Cresson par la chaîne ABC, le 4 juillet 1991, publié le 18 juillet suivant. À la suite de cette publication un mannequin représentant Edith Cresson avait été décapité au katana par le groupe japonais d'extrême-droite Issui. "Le mannequin sans tête d'Édith Cresson fut ensuite traîné dans les rues de la capitale nipponne jusqu'aux grilles de l'ambassade de France sévèrement gardée par la police." -Jean-Claude Courdy, Japonais, plaidoyer pour les fourmis, Pierre Belfond éd. 1992.

(2) Polyphasic wake/sleep episodes in the fire ant, Solenopsis Invicta, 2009, par Deby L. Cassill, Skye Brown, Devon Swick & George Yanev, University of South Florida à St Petersburg, USA.

(3) Type de solution propre à satisfaire l'actuel ministre du travail français.

(4) Sommeil caractérisé par un Rapid Antenna Movement des antennes - par ailleurs repliées pour ne plus communiquer avec les autres individus. Rappelons que le sommeil paradoxal humain est appelé sommeil REM (pour Rapid Eye Movement).

(5) Toujours selon les scientifiques de l'USF, "ces résultats renforcent l'hypothèse de l'exploitation parentale : les ouvrières stériles constituent une caste d'auxiliaires jetables à courte durée de vie, dont la vigilance et l'hyperactivité accroissent la valeur adaptative de la reine en la protégeant, elle et sa progéniture fertile, des stress environnementaux".

 

19/12/2025

Le greffe : par les temps qui courent

 

Traduit de l'anglais (Canada) par Santiago Artozqui, 16€ dans les bonnes librairies, et peut-être même dans les autres

 

 

 


 

 

 


 

 

 

Brittlestar (Stuart Reynolds) - Lessons from cats for surviving fascism 
 
 
 
 
 
 

15/10/2025

Voir Londres, et penser à Gaza


Charles Ginner - Emergency Water Storage Tank, 1942
Huile sur toile
Tate


Ginner travaille ici sur le Blitz en war artist, mais à partir du pittoresque des ruines, comme Eliot Hodgkin par exemple.

 

 

Sydney Carlisle - The ruins of the Great Mosque, Gaza, Palestine, 1919
Imperial War Museum, Londres
 
 
Les destructions que peint Carlisle font suite à la campagne de Sinaï et de Palestine de l'armée anglaise, qui donna lieu en 1917 aux trois Batailles de Gaza. 

 

11/10/2025

C'est bien plus que cela, vous verrez


Béla Tarr - Les Harmonies Werckmeister, 2000, d'après le roman de László Krasznahorkai, musique de Mihály Víg

 

Valuska et la baleine. Un petit hommage à L.K., l'écrivain des parias. Que le passage du Nobel ne lui cause pas trop d'ennuis - le queue de pie, vraiment ?

 

Il acheta son billet en adressant un regard de gratitude à l’impassible colosse, le remercia et, soulagé d’avoir tout juste assez d’argent, il tenta à nouveau de lier conversation avec ses voisins qui dans la cohue permutaient sans cesse pour, une fois son tour venu, grimper prudemment sur les planches branlantes et pénétrer dans l’immense pénombre de « l’antre de la baleine ». Sur un échafaudage composé de lourdes poutres, reposait, comme l’indiquait un texte écrit à la main sur un écriteau accroché à la paroi, le corps gigantesque d’un BLAAHVAL, mais tenter de déchiffrer la notice écrite à la craie en caractères minuscules et comprendre ce qui se cachait au juste derrière le mot BLAAHVAL était peine perdue, car toute personne désireuse de s’arrêter devant l’écriteau était systématiquement poussée en avant et aspirée par la lente ronde qui circulait. C’est donc sans mode d’instruction et sans explications qu’il posa les yeux sur le gigantesque animal et contempla, en grommelant son nom si mystérieux, bouche bée, avec un mélange de fascination et de crainte, ce monstre pour le moins peu ordinaire. Voir la baleine et saisir ce qu’il voyait dans sa globalité étaient deux choses différentes car prendre simultanément connaissance de la gigantesque queue, de la peau gris métallique crevassée et de la nageoire dorsale longue de plusieurs mètres était une entreprise vouée à l’échec. Elle était trop longue et trop grande pour entrer dans le champ visuel de Valuska, qui ne put pas plus affronter son regard quand, s’insérant dans la file indienne qui avançait d’un pas traînant, il finit, au bout de quelques minutes, par atteindre la gueule de l’animal, habilement maintenue ouverte, où il put contempler l’intérieur sombre de la gorge, découvrir les deux minuscules yeux noyés dans leurs profondes orbites, puis au-dessus, les deux branchies, mais uniquement séparément, l’une après l’autre, sans pouvoir obtenir une vue d’ensemble de la gigantesque tête. Il distinguait mal, car les lustres suspendus au plafond n’étaient pas allumés, et s’arrêter un petit moment pour frissonner, au moins devant la gueule volontairement effrayante et l’énorme langue inerte à l’intérieur, était toujours impossible, mais ni cela ni l’« invisibilité » de la baleine n’émoussèrent l’intensité de son émerveillement puisque, conformément à ce qui avait été annoncé, ce témoin extraordinaire d’un monde étrange et infiniment lointain, ce vieil habitant, à la fois doux et redoutable, des vastes mers et océans était bel et bien là, à portée de main. Étrangement, Valuska était le seul à manifester de l’émotion, les autres — qui dans cette lourde et putride pénombre continuaient docilement à tourner en rond autour de la baleine — ne montraient aucun signe de fascination quelconque et semblaient manifestement ne prêter aucun intérêt à ce héraut exposé aux regards du public. Ils jetaient bien de temps à autre un regard impressionné, non dénué de crainte respectueuse, sur le monstre pétrifié étendu au milieu de la pièce, mais leurs yeux, à la fois avides et inquiets, étaient plutôt attirés par la remorque elle-même, comme s’il y avait quelque chose d’autre, une présence hypothétique dont la simple éventualité revêtait plus d’importance que tout le reste. Or, à l’intérieur de la remorque que la faible lumière extérieure rendait encore plus lugubre, rien ne laissait supposer une telle présence. Près de l’entrée se trouvaient plusieurs armoires métalliques cadenassées dont l’une, restée ouverte, laissait entrevoir une dizaine de bocaux de formol, mais les affreux embryons ratatinés avaient échappé à leur attention, même à celle de Valuska ; au fond de la remorque un rideau dissimulait un réduit où — une profonde brèche permettait de le voir — se trouvait une simple bassine et un seau d’eau. Enfin, juste derrière la gueule ouverte de l’animal, il y avait une porte (à nouveau sans serrure) dans la cloison de tôle ondulée, qui donnait probablement accès au coin repos des forains, et si à cet endroit précis l’effervescence, bien que contenue, était visible à l’œil nu, Valuska, quand bien même il aurait noté quelque chose, n’aurait pu comprendre la raison de cet étrange comportement. De toute façon, Valuska n’avait rien noté, car la baleine accaparait toute son attention et quand, après avoir admiré la seconde moitié du corps de cet être fabuleux, il sortit à l’air libre et redescendit avec prudence, il ne remarqua même pas que ses compagnons, ceux qui se trouvaient avec lui à l’intérieur, se replaçaient exactement au même endroit que précédemment, comme si toutes ces heures d’attente — maintenant qu’ils avaient vu la baleine — n’avaient pas encore atteint leur véritable objectif. Il ne s’aperçut de rien — peut-être pour, le soir venu, quand il reviendrait, déceler avant tout le monde la nature spectrale de cette étrange troupe et de ses adeptes si obstinément patients — et pour lui, contrairement au portier de nuit, qu’il salua joyeusement, cette attraction était bien plus qu’une simple exhibition foraine, et quand celui-ci lui demanda en chuchotant : « Eh, dis-moi, qu’est-ce qu’il y a à l’intérieur… les gens ici parlent d’un certain prince… », Valuska, immisçant la question dans son propre raisonnement, lui répondit avec enthousiasme : « Non, Monsieur Árgyelán, non ! C’est bien plus que cela, vous verrez ! C’est… impérial, c’est tout simplement impérial » et, le visage écarlate, il faussa compagnie à l’homme qui resta pantois.

László Krasznahorkai - La mélancolie de la résistance, 1989, trad. Joëlle Dufeuilly, Gallimard éd. 2006

 

Et, à propos des Harmonies, déjà. 

05/10/2025

L'art du petit déjeuner : fascisation


Félix Vallotton - Le service à café, 1887

 

 

(Odeur de pain grillé, bruit de petites cuillers. Aux fenêtres, les premiers rayons d'un soleil hésitant filtrent à travers les nuages orangés. On entend au loin railler un ou deux goélands). 

M. Chat - Du calme, ils n'ont pas encore de chemises brunes

Mme Chat - Oui, mais la discussion est assez avancée...

M. Chat - Ils n'arborent pas la croix gammée...

Mme Chat - De toute façon ils en auraient le droit. Sauf à New York et en Californie...

M. Chat - Et en Virginie, n'oublie pas la Virginie... Et puis ils n'ont encore envahi personne.

Mme Chat - Ils ont bien l'air de s'y préparer, pourtant. 


 

Grimwades Royal Winton - Jazz Coffee Set, ca 1930, céramique
 Coll. privée

 

M. Chat - Je veux bien un peu plus de café.

Mme Chat - Celui au goût de noisette ?

M. Chat - Oui, merci. Et puis, à propos d'invasion, ils ont plutôt l'air de vouloir s'envahir eux-mêmes.

Mme Chat - Attends, j'entends un bruit de drone...

M. Chat -  Ça ne peut pas être eux ? Plutôt les autres.

Mme Chat - Oui mais si eux et les autres...

M. Chat - Tu as encore fait ton cauchemar Molotov-Ribbentrop...

Mme Chat - Oui mais cette fois-ci il y en avait un troisième... 

  

Richard Kaplenig - es-20/1, 2022

 

M. Chat - Tu lis trop de trucs angoissants... Tu t'es endormie sur quoi, hier soir ?

Mme Chat - Un article de Naomi Klein et Astra Taylor.

M. Chat - Ben tu vois... Il est bon ton café ?

Mme Chat -  Oui, j'aime bien le goût vanille. Et toi, qu'est-ce que tu lis ?

M. Chat -  Ça. Intéressant. L'auteur prédit le retour à un capitalisme agressif de prédation, tiens, regarde :

 


 

Mme Chat - Ben... C'est pas plus gai...

M. Chat - Mais ça donne un certain recul. J'aime bien le recul, par les temps qui courent.

 

 

Jessica Lisse - Tasse de café

 

Mme Chat - Et toi, il est bon ton café à la noisette ?

M. Chat - Oui, oui. Mais il a un arrière-goût curieux...

Mme Chat - Un goût de quoi ? 

M. Chat - Un goût de déjà-vu. 


 

William Kentridge - Twelve coffee pots, 2012


 

 

20/02/2025

En ce moment, par exemple


 

En ce moment, par exemple, en 1984 (si c’était bien 1984) l’Océania était alliée à l’Estasia et en guerre avec l’Eurasia. Dans aucune émission publique ou privée il n’était admis que les trois puissances avaient été, à une autre époque, groupées différemment. Winston savait fort bien qu’il y avait seulement quatre ans, l’Océania était en guerre avec l’Estasia et alliée à l’Eurasia. Mais ce n’était qu’un renseignement furtif et frauduleux qu’il avait retenu par hasard parce qu’il ne maîtrisait pas suffisamment sa mémoire. Officiellement, le changement de partenaires n’avait jamais eu lieu. L’Océania était en guerre avec l’Eurasia. L’Océania avait, par conséquent, toujours été en guerre avec l’Eurasia. L’ennemi du moment représentait toujours le mal absolu et il s’ensuivait qu’aucune entente passée ou future avec lui n’était possible.

George Orwell - 1984

13/02/2025

La dystopie n'est plus ce qu'elle était


 

 

Jusqu'ici une certaine paresse intellectuelle me poussait à classer les bouquins de ce genre dans les dystopies climatiques. Certains  événements récents m'obligent à changer cette habitude. Non, le réel va beaucoup plus vite...

 



...et les romans ont du mal à courir après. Verrai-je un jour Le déluge (1) dans le rayon Romans optimistes (2) de ma librairie préférée ? Une chose est sûre, le grand show technofasciste n'a pas fini de nous étonner, voire de nous inciter à la réflexion.
 
 
 
(1) Pas mauvais, au demeurant. Selon une expression consacrée, il se lit comme un roman. Le gars vit à Los Angeles et dans le livre il brûle la ville, entièrement, de la page 421 à la 453.
 
(2) Oui, ils en ont un, il faut bien vivre, mais ils préfèrent écrire ça en haut du casier, plutôt que feel-good lit.

30/01/2025

27/01/2025

La quinzaine du spectacle (6) : La pantomime


Marcel Marceau - Bip au cirque, 1983
Lithographie

 

 

 
Marcel Marceau  
Mis en ligne par Capuseen
 
 
M. Chat - On n'a pas suffisamment réfléchi sur le rapport entre la télévision et la pantomime.

Mme Chat - Pourquoissa ?

M. Chat - Ces derniers temps, quand je coupe le son, je comprends quand même.

Mme Chat - Tu est devenu médiatélépathe ?

M. Chat - Peut-être. Ou bien c'est que le massage s'est récemment simplifié.

22/01/2025

La quinzaine du spectacle (1) : Viens voir les éléphants, ils ont de la mémoire...


Robert Riggs - Elephant Act, 1935
Lithographie

 

 

Mme Chat - Houlà, quinze jours ?

M. Chat - Oui, que pouvons-nous faire d'autre, nous allons avoir droit à deux semaines d'ouverture du Grand Show Technofasciste. On pourrait relire pour la quinzième fois Guy Debord, mais autant aborder le spectacle sous un autre angle, regardons des images...

Mme Chat - Oh oui, des images...

25/11/2024

L'art de la rue : Kollwitz


Käthe Kollwitz - Losbruch/Déclenchement, de la série Une révolte de tisserands, 1893-1897
Eau-forte
 
 
 
Des envies, comme ça, se dit M. Chat. Desceller des pavés et se réunir devant l'entrée du Fabuleux Palais près de La Plus Belle Avenue Du Monde (1) dans les Quartiers Très Réservés, et essayer d'extraire de son bureau le Très Inaccessible Responsable, en attendant les tirs tendus qui n'auraient pas leur place. Des envies comme ça, comme si on était des tisserands morts de faim - et quelque part on est morts de faim ou plutôt saisis d'étouffement devant nos postes de télé, spectateurs de génocide, moitié morts de rire moitié morts de honte devant les pantins déconnectés qui nous abreuvent de mots en plastique, mais bon. Nous ne sommes pas des tisserands morts de faim - bien que, cela dit, vous n'avez pas manqué de le noter, les files s'allongent, devant les secours alimentaires.
 
Des envies comme ça, des envies de Losbruch ou d'Outbreak, bizarre comme c'est difficile à traduire, en français.

(1) Appellation journalistique, comme la Cité Phocéenne ou l'État Hébreu. Ce n'est pas la plus belle du monde, j'y ai travaillé un temps, elle est juste sinistre, allez-y voir.




 

De Käthe Kollwitz ou à son sujet, déjà.

08/10/2024

Écoute s'il pleut

 

M. Chat - Il ne pleut plus.

Mme Chat - Il pleut beaucoup moins qu'on ne pense.

M. Chat - S'agissant de la météorologie, je citerais bien un auteur local...

Mme Chat - S'agissant de l'histoire et de ses répétitions, je le citerais bien aussi. Au fait, as-tu noté...?

M. Chat - J'ai noté.

Mme Chat - Je veux dire, sans te tromper de jour comme d'habitude... Au fait, sur ta photo là, on voit l'hôpital psychiatrique.

M. Chat - Je ne me trompe jamais quand il pleut. Ou quand il a plu. Et puis, pour l'hôpital, tu sais ce qu'on dit par ici : ce sont les fous qui nous protègent.

 

 

Mme Chat - Et là, c'est la pluie, ou les bombardements ?

M. Chat - C'est le temps. En fait, il pleut du temps. Il pleut du temps tout le temps.

Mme Chat - Oui mais ces temps-ci, il pleut du temps plus souvent. Et plus fort.

M. Chat - Tu veux dire que les digues se sont rompues ?

Mme Chat - Je veux dire que les barrages se sont transformés en marchepieds.

 


M. Chat - Heureusement, il ne pleut plus.

Mme Chat - C'est temporaire. De toute façon, il pleut du temporaire.

M. Chat - Profitons-en, alors.