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20/03/2020

Les conseils de M. Chat : économiser (le confinement, #5)






Puis je leur expliquai que le meilleur moyen d'économiser le papier toilette était de commander des rouleaux spéciaux se découpant selon des pointillés espacés d'un mètre. Sur la plupart des rouleaux ordinaires, précisai-je, le papier se déchirait tous les dix centimètres. D'après une enquête menée auprès des employés de la société, la majorité des gens consommaient 1,2 mètre chaque fois qu'ils allaient aux toilettes. Avec mes rouleaux, ils n'utiliseraient plus qu'un mètre de papier à la fois, ce qui aurait pour conséquence de substantielles économies.
Kim Young-Ha - 엘리베이터에 낀 그 남자는 어떻게 되었나 / Qu'est devenu l'homme coincé dans l'ascenseur, 1999
Trad. de Françoise Nagel et Lim Yeong-Lee








Et pendant ce temps-là...
...Ce soir je vais rentrer chez moi, et tout sera calme

19/03/2020

Les conseils de M. Chat : attendre son âme (le confinement, #4)


Henry Stacy Marks - Sailor on Look Out / Marin en veille, ca 1855
Huile sur toile
National Maritime Museum, Londres





À cette époque, dans un recueil de textes courts, j’ai lu le récit suivant : 

« On dit que les Indiens, tandis qu’ils galopaient, descendaient de temps à autre de leur cheval et contemplaient le chemin parcouru. Cet arrêt n’avait pas pour but de faire se reposer le cavalier ou le cheval. C’était en fait une marque de prévenance à l’égard de leur âme qui les suivait de près, de peur que cette âme ne soit distancée. Quand leur âme les avait enfin rejoints, à ce moment-là seulement, ils se remettaient en route. »

Chaque fois que je pense à l’année 1985, ces propos me reviennent à l’esprit, invariablement. Ce fut l’époque où la plupart des gens couraient sans jamais prendre le temps d’attendre que leur âme les rattrape. Ma vie n’était guère différente des leurs. Que mon âme avançait à une allure plus lente qu’on imaginait, et que le cheval sur lequel j’étais monté était l’égal du temps qui filait, ça, je ne le savais pas à l’époque. Dans la vie, il se peut bien que nous soyons obligés, à un moment ou à un autre, d’arrêter son cheval et de regarder en arrière. Somme toute, nous ne pouvons vivre sans âme et, à l’évidence, les Indiens ne sont pas les seuls à en avoir besoin.

Park Min-kyu - 죽은 왕녀를 위한 파반느 / Pavane pour une infante défunte, 2009
Trad. de Hwang Ji-young et Jean-Claude de Crescenzo