Ce chat, dessiné par
...est la première image postée sur ce blog le 22 mars 2007, soit il y a un peu plus de 19 ans.
Ce blog va se faire plus épisodique, je ne dis pas qu'il va se mettre complètement en sommeil mais il va sûrement faire de beaux rêves. J'en profite pour réécouter ces petites chansons

There was just one thing more I wanted to know. Could she, I asked, catch mice? It was like asking a speed maniac if his car could do fifty on the flat. 'Mice,' roared Father Adams in a voice that vibrated with scorn. 'She brut a gert snake in t'other day four foot long, with his'ead bit clean off, and played with 'un like he were a bit o' string'.
Doreen Tovey - Cats in the belfry, 1958
— Les greffiers, c'est bon à faire, y a l'Arménien de Maubert qui les achète.
— Lequel, celui de l'impasse ?
— Oui, celui de l'impasse, tu devrais essayer…
C'était peu de temps après l'occupe, la fourrure et le charbon étaient rares, ce qui avait donné naissance à une nouvelle industrie, l'exploitation de la peau de chat. Le pelage de ce carnivore, chargé paraît-il d'électricité, possède le pouvoir, avec celui de tenir chaud pour un prix relativement modique, de guérir les rhumatismes. Les notices publicitaires l'affirment.
— Tu crois qu'y a moyen d'en retrousser ?
— Pourquoi pas, après tout…
Déjà j'étais dans le métier, je le sentais, aucun besoin d'apprentissage.
Les turfs ont leurs champs d'exploitation, leurs mines d'or, les biques aussi. Les chats possèdent leurs rues, leurs places, leurs jardins, leurs avenues. Tous ceux de Paris ne sont pas bons, il s'en faut. À rayer tout de suite de la carte des minous, les beaux quartiers, les chouettes aux bonnes baraques en dur. La nuit, c'est rideau, aussi bien pour les patrons que pour les bestiaux. Les chats de riches ça a des idées de luxe, de confort. Ils possèdent un coussin brodé, un collier de cuir rouge – le rouge va tellement bien aux siamois –, une assiette où est écrit leur nom qu'ils lèchent avec attention quand ils boivent leur lait chaud bien sucré, ils sont fragiles comme un bibelot de Saxe. Au fait, on ne met jamais un bibelot dehors, il pourrait s'enrhumer, un chat de salon est un chat de salon, que diable.
Les autres qu'il fallait piéger, les sauvages de la ville qu'on ne peut tenir en laisse, les coureurs toujours à la recherche d'une fille, d'un piaf, d'un pigeon ou plus simplement encore d'un morceau de bidoche qui prend l'air sur un rebord de fenêtre. Les chats de la nuit sont des truands, leur instinct qui les pousse paraît-il à redevenir eux-mêmes à l'heure où s'allument les loupiotes. Le jour les retrouve se dorant l'oignon satisfaits de leur course ou endormis peinards sur les genoux de leur pipelette de probloque. Les chats du commun sont des manchards de la pire espèce. Comme les frappeurs de la Maube ils ont leurs adresses à eux pour se garnir le ventre dix fois sur un circuit sans rien offrir d'autre que le ronron à peine correct avant d'aller voir ailleurs. En pieds-de-biche conscients et organisés, ils possèdent leur clientèle qu'ils viennent taper aux heures connues pour ne jamais tomber sur un bec. Les risques, aucun, l'accueil est partout égal dans les cours, les boutiques et les rez-de-chaussée.
— Ce doit être un chat perdu ou abandonné, chaque soir il vient chercher sa croûte… et il est gentil avec ça, pauvre bête…
Le sournois apprécie la came, renifle, flaire, s'en occupe ou au contraire laisse tout glisser et pousse plus loin, la moustache en éventail.
Trop sûr de lui souvent, c'est ce qui le couillonne. Le trappeur, qui est un curieux animal, sait attendre le moment propice pour fabriquer son collègue aux pattes de silence.
Robert Giraud - Le vin des rues, Denoël éd. 1955
Mme Chat - Il faut chercher le chat ?
M. Chat - Non, le chat a fugué. Il faut chercher le scolopendre.
Traduit de l'anglais (Canada) par Santiago Artozqui, 16€ dans les bonnes librairies, et peut-être même dans les autres
...L'espace, se dit M. Chat, la galaxie, que dis-je les galaxies, même les très lointaines, là où les révolutions sont possibles...
En remerciant Nemfrog
Wolves a été écrit en 1934. Et que, dans ces temps troublés, le Larkin Oxford Book soit mon bréviaire...
Nombreuses sont les statues en bronze du Chat. Mais Philippe Geluck a dédié tout particulièrement celle-ci "à ses amis et confrères dessinateurs ou journalistes victimes de la répression et du terrorisme et, au-delà de l’épouvantable tragédie de janvier 2015, à tous les dessinateurs emprisonnés, torturés ou exécutés à travers le monde".
Le financement a peut-être été complexe (1) mais le symbolisme l'est aussi. Il faut s'approcher pour comprendre que les flèches de ce Saint-Sébastien-Chat aux mains liées derrière le dos (2) sont des crayons de couleur, qu'il représentent les traits d'humour que le dessinateur décoche et qui lui reviennent - pour le tuer, parfois. Mais qu'ils sont aussi et indissociablement - à un degré méta, pourrait-on dire - le signe de l'humour contre soi-même qui peut être libérateur, d'où les petits oiseaux, prêts à s'envoler de ces perchoirs ambigus.
Mais comment faire de l'humour, sérieusement, sur un massacre d'humoristes ?
En déboîtant la plaisanterie, comme disait Barthes - en la transformant en mythe.
Les personnages de bd - certains du moins, sur lesquels se sont accumulées des millions d'imaginaires, de lectures, de rêves et de cauchemars - sont des mythes. Mafalda, Charlie Brown (4) ou Le Spirit...
...sont des mythes insubmersibles (5). Le Chat est lui aussi en voie d'en être un. En passant du dessinateur assassiné au personnage transpercé on se libère des discussions interminables sur le signifié, son sens et son rapport au signe - par exemple, de ces questions : que penser et qu'exprimer à propos des auteurs de ces massacres, de ceux qui leur ressembleraient, ou de ceux que l'on voudrait leur faire ressembler, etc. On s'en libère, et on a un personnage assassiné mais immortel, un mort qui survivra sans cesse, qu'on n'arrivera jamais à tuer - non plus un signe ni même un symbole mais un mythe en devenir et dont il faut remercier, entre autres, son auteur.
Notez qu'on n'a pas attendu le 7 janvier 2015 pour assassiner des dessinateurs. Si vous le voulez, on peut avoir une pensée pour Naji Al-ali tué par balles (6) le 22 juillet 1987 à Londres, en se rendant à son travail au quotidien koweïtien Al-Qabas. Naji Al-ali était le père d'un autre mythe, Handala, le petit garçon palestinien le plus souvent dessiné de dos pour qu'on voie ce à quoi il fait face.
(1) Si vous regardez bien sur le socle, vous verrez que la liste des mécènes se termine par la mention de Normandise Pet Food, producteur bas-normand d'aliments pour chiens et chats...
(2) Inspiré d'un dessin antérieur.
(3) Je me souviens du cours de K. sur ce passage des Mythologies. J'étais fasciné (j'étais jeune).
(4) Je me souviens d'une organisation trotskyste du temps jadis qui avait poussé l'affectation et le mimétisme jusqu'à obliger chaque cellule de base à prendre le nom d'un militant historique de la IVème internationale. Quelque peu dissidente, l'une d'entre elles s'était crânement dénommée "cellule Charlie Brown". C'était un trotskyste américain s'égosillaient-ils quand la direction les engueulait...
(5) Et, en particulier, ce sont les miens, mais parce qu'ils sont ceux de milliers d'autres.
(6) Il meurt de ses blessures cinq semaines plus tard, le 29 août 1987.
Et donc les chats, qu'il soient courbes...
ou qu'ils soient à angles droits...
vous souhaitent pour l'an vingt-trois...
le meilleur en Do majeur...
- j'insiste, bis repetita -...

Probablement peint lors d'un voyage du peintre, l'année même de sa mort. On trouvera ici une petite conférence sur Philpot, envisagé d'un point de vue queer. Mais c'était aussi un portraitiste professionnel et très demandé (1), qui a peint Siegfried Sassoon... et Oswald Mosley (bon, le Mosley travailliste de 1925, pas le fasciste endurci qu'il devint par la suite).
(1) Par exemple en France chez les familles Cahen d'Anvers ou Lebaudy.
(à l'époque où il étudiait le piano, avant d'aller en sanatorium, avant de s'inscrire à l'institut de langues orientales pour apprendre l'arabe, avant de partir en expédition géologique dans la Taïga, et avant d'ouvrir enfin la porte du VGIK)