15/03/2026

Société du spectacle : l'original était allemand


Felix Schwormstädt - Tournage du film parlant "Bomben auf Monte Carlo"
aux studios Ufa de Neubabelsberg, 1931  

 


 

De Bomben auf Monte-carlo il y eut une version originale allemande (avec Hans Albers)...

 

 


 

...et une version française (avec Jean Murat) à laquelle on donna pour titre

 

 


 

car c'est le nom du héros.

Ce film est une comédie musicale militaro-maritime qui rendit célèbre la chanson Das ist die Liebe der Matrosen, chantée dans le film par Peter Lorre, entre autres, mais qui est bien plus agréable à entendre dans la version des

 

 


Comedian Harmonists - Das ist die Liebe der Matrosen
 
 
et vous avez bien sûr reconnu (si vous avez plus ou moins mon âge, oui, c'est générationnel) l'original allemand d'une copie française :
 
 
 
Jean Murat - Les gars de la marine, 1931
 
 
 

14/03/2026

Un psychiatre et un timbre (collage et recollage)


Kurt Schwitters - Merzbild 1A (The psychiatrist), 1919
Huile et objets assemblés et collés sur toile
Musée National Thyssen-Bornemisza, Madrid
 
 
 
Timbre-poste pour le 100ème anniversaire de la naissance de l'artiste, reproduction de :
Kurt Schwitters - Sans titre, collage comportant un portrait de Kurt Schwitters, 1937-38


 

13/03/2026

Et si le ciel nous tombait sur la tête ?



Bernard Picart - Atlas au sommet d'une montagne, 1731 

 

 

 


Par une dure loi relégué aux extrémités de la terre, non loin des harmonieuses Hespérides, Atlas soutient de sa tête et de ses infatigables mains la voûte immense du ciel. C’est le prudent Zeus qui lui assigna cette destinée.

Hésiode, Théogonie, 520, trad. Patin 

 

M. Chat - Ces temps-ci, on dirait qu'Atlas n'a plus toute sa tête et que ses mains fatiguent...

Mme Chat - Oui, ça dégringole d'un peu partout.



Étienne Léopold Trouvelot - Les météores de Novembre, tels qu'observés entre minuit et cinq heures du matin la nuit du 13 au 14 novembre 1868


M. Chat - Zeus n'est peut-être pas si prudent, après tout.

Mme Chat - Jupiter, tu veux dire ?

 

 

Et d'Étienne Léopold Trouvelot, déjà.

12/03/2026

Fantômes à la rencontre : aussi mince qu'une feuille de papier


Frank Dadd - Ill. pour Washington Irving, Old Christmas (1) éd. G. P. Putnam's Sons, New York 1916



 

D’après ces anecdotes et d’autres qui suivirent, le croisé paraissait être, dans tout le voisinage, le héros favori des histoires de revenants. Son portrait, suspendu dans la grand’salle, était réputé par les domestiques avoir en soi quelque chose de surnaturel ; car ils avaient remarqué que vers quelque point de la salle que vous vous dirigiez, vous aviez toujours les yeux du guerrier fixés sur vous. Enfin, la vieille concierge, qui était née et avait grandi dans la famille, et qui était une grande commère parmi les servantes, affirmait que dans son jeune temps elle avait souvent entendu dire que la veille de la mi-août, époque où, comme chacun sait, tous les fantômes, lutins et fées existants deviennent visibles et errent çà et là, le croisé avait habitué monter sur son cheval, descendre de son cadre, faire le tour de la maison, descendre l’avenue, et puis aller à l’église visiter sa tombe ; auquel cas la porte de l’église roulait sur ses gonds et s’ouvrait fort civilement d’elle-même ; non qu’il en eût besoin, car il traversait sur son cheval les portes fermées et même les murs de pierre, à preuve qu’une des femmes employées à la laiterie l’avait vu de ses propres yeux passer entre deux barreaux de la grande porte du parc, se faire aussi mince qu’une feuille de papier. 

 

Washington Irving - The Christmas dinner / Le dîner de Noël  in Old Christmas / Noël d'antan 
trad. Théodore Lefebvre : Le livre d'esquisses, Poulet-Malassis, 1862

 

 

(1) Publié d'abord dans The Sketch Book of Geoffrey Crayon, Gent. de 1819 à 1820. S'agissant d'histoires de Noël, Irving bénéficie d'une certaine antériorité. Pensez : à l'époque, Dickens avait 8 ans.

 

11/03/2026

La lune, dans deux états


Johann Friedrich Julius Schmidt - Maquette de la Lune, 1898
Plâtre sur cadre de bois et métal 
Field Columbian Museum, Chicago, Illinois
 
 

 
 
 

Max Raabe & Palast Orchester - Moon of Alabama
(Kurt Weill & Bertolt Brecht - Mahagonny Songspiel, 1927)
 

10/03/2026

Tableaux parisiens : rue Watt



Robert Doisneau - Georges et Riton rue Watt, Paris, 1952
 


 
Boris Vian - La rue Watt, chanté par Annick Cisaruk


  

Lorsque j’y ai zété
Pour la première fois
C’était en février
Mais il faisait pas froid
Des clochards somnolaient
Sur les grilles fumantes
Et les moulins tournaient
Dans la nuit murmurante
J’étais avec Raymond
(1)
Qui m’a dit mon colon
Il faut que tu constates
Qu’y a rien comme la rue Watt.

Une rue bordée de colonnes
Où y a jamais personne
Y a simplement en l’air
Des voies de chemin de fer
Où passent des lanternes
Tenues par des gens courts
Qu’ont les talons qui sonnent
Sur ces allées grillées
Sur ces colonnes de fonte
Qui viennent du Parthénon
On l’appelle la rue Watt
Parce que c’est la plus bath.

C’est une rue couverte
C’est une rue ouverte
C’est une rue déserte
Qui remonte aux deux bouts
Des chats décolorés
Filent en prise directe
Sans jamais s’arrêter
Parce qu’il y pleut jamais
Le jour c’est moins joli
Alors on va la nuit
Pour traîner ses savates
Le long de la rue Watt.

Y a des rues dont on cause
Qu’ont pourtant pas grand-chose
Des rues sans caractère
Juste un peu putassières
Mais au bout de Paris
Près d’la gare d’Austerlitz
Vierge et vague et morose
La rue Watt se repose
Un jour j’achèterai
Quelques mètres carrés
Pour planter mes tomates
Là-bas dans la rue Watt. 
 

                               Boris Vian, Juillet 1954

 

 

  Et pendant ce temps-là...

...mieux que le Steam-, le Perretpunk 

(1) Queneau.

09/03/2026

La garde dans le cadre (une semaine Gluck #7)


Gluck - The report post, 1945 
Huile sur toile
 
 
Le tableau représente la journaliste Edith Heald, l'amie de Gluck (puis sa dernière compagne), quand elle tenait la garde pour le Fire service à Steyning, dans le Sussex. 
 
Noter le cadre à trois niveaux, le Gluck Frame, qu'elle avait fait breveter. 
 
 
 Dessin du brevet 402,567 

08/03/2026

Les fleurs, ces métaphores (une semaine Gluck #6)



Gluck - The Devil’s Altar, 1932

 

Chez Gluck, l'intérêt pour les fleurs naît de sa relation avec Constance Pry, fleuriste et décoratrice en arrangement floral renommée, qui avait sa boutique à Mayfair - après Pimlico, signe d'une notable ascension sociale.

 

 


Constance Pry au travail

 

Ascension dont bénéficia Gluck. Elle peignait pour la clientèle très aisée de Pry, qui put combiner, dans les intérieurs blancs à la mode des années 30, combinaisons de fleurs coupées et tableaux de Gluck.

  

 


Gluck - Chromatic, 1932

 

 

 


Gluck - Lilies, 1936

 

 

 


Gluck - Lords and ladies, 1936


 

 

 

Gluck - The Pleiades, 1941

 

07/03/2026

Portrait toujours : duo (une semaine Gluck #5)


Gluck - Medallion (YouWe), 1936 

 

 

Medallion est le double portrait de Gluck et Nesta Obermer, que Gluck appelait My own darling wife dans ses lettres. Elle associait l'image de Nesta, dans ce portrait, aux vers de Coleridge dans Kubla Khan :

 

And all who heard should see them there,
And all should cry, Beware! Beware!
His flashing eyes, his floating hair!
Weave a circle round him thrice,
And close your eyes with holy dread,
For he on honey-dew hath fed, 
And drunk the milk of Paradise.
 
Et tous ceux qui entendraient devraient les voir là-bas
Et tous devraient crier, Prenez garde ! Prenez garde !
À ses yeux qui lancent des éclairs, à ses cheveux qui flottent
Tressez un triple cercle autour de lui, 
Qu'une sainte terreur vienne fermer vos yeux,
Car il s'est nourri d'une rosée de miel,
Et il a bu le lait du Paradis.


Medallion était accroché dans le studio de Bolton House, et consolait Gluck durant les fréquentes semaines de séparation, pendant lesquelles Nesta voyageait à travers le monde avec son mari américain, Seymour (1).

 

(1) Diana Souhami - Gluck, a biography.

06/03/2026

Portrait encore : Steal away... (une semaine Gluck #4)


Gluck - Spiritual, 1927
Huile sur toile
Coll. privée

 

 

Lors d'une soirée, alors qu'une conversation portait sur la peinture et la lumière, un ami avait fait remarquer à Gluck qu'il serait impossible de peindre un visage noir sur un fond noir. Gluck passa une annonce dans le journal pour trouver un modèle noir, et son tableau prouva le contraire. Le titre reflétait son monde intérieur, l'utilisation de la lumière dans la toile et la qualité de la musique afro-américaine.

Diana Souhami - Gluck, her biography, Part one, 5 

 

 

 
McHenry Boatwright - Steal away 
 
 
 
 

05/03/2026

La vie, portrait (une semaine Gluck #3)

 

Howard Coster - Portrait of Gluck, ca 1932

 

La famille était très riche. Le père, les oncles contrôlaient en tout ou partie Salmon & Gluckstein - le plus gros vendeur de tabac du Royaume-Uni - ainsi que J. Lyons & Co

 


puissante chaîne d'hôtels, restaurants et produits alimentaires. Mais pendant une bonne partie de sa vie Hannah Gluckstein, dite Gluck, devra compter avec les restrictions imposées par sa famille.

Certes, elle aura l'enfance des gosses de sa classe, avec gouvernante suisse puis collèges de jeunes filles où l'on apprend si peu - sinon à s'intéresser à la musique et au dessin... 

Mais elle deviendra très vite le vilain petit canard.

Serait-ce le fait de choisir une école d'art - plutôt que, disons, le mariage ou les œuvres de charité, les deux allant souvent ensemble ?

 

Douglas - Portrait of Gluck, ca 1924


Serait-ce encore le fait de fuir l'école d'art choisie par son père - où on n'apprenait, là encore, que si peu de choses ?  Et de s'en aller à Lamorna, en Cornouailes, chez les Knight, chez les bohèmes ?

Serait-ce encore que le mariage, eh bien... et que les femmes, oui, étaient tellement plus intéressantes que les hommes ? 

Serait-ce, surtout, cette habitude de s'habiller en homme

 

 
E.O. Hoppé - Gluck, 1924

 

C'était un ensemble, oui, et tout cet ensemble ne cadrait pas avec la famille - avec le reste non plus, d'ailleurs.

Certes, elle vend des toiles, expose à la Fine Arts Society. Mais cela suffit-il au train de vie auquel elle est habituée ? Tant que son père vit, catastrophé mais aimant, il lui ouvre un compte en banque, lui donne de l'argent, lui offre même Bolton House, une superbe maison Georgian Style, ou elle peut vivre un temps, confortablement, avec voiture et trois personnes à son service.

 

Gluck - Self-portrait with-cigarette, 1925
 

Puis son père meurt. Et les choses se gâtent. Pas d'héritage, on considère qu'elle doit être protégée contre elle-même, une fille seule et incontrôlable qui qui pourrait dilapider ses biens voire, qui sait, se faire plumer par les hommes...

 


Angus McBean - Portrait of Gluck, ca 1930
 

Les cordons de la bourse seront donc tenus par des trustees, sa mère, son cousin, surtout son frère, avec lequel les relations se sont tendues. 

 

 
Gluck à la Galerie de la Fine Arts Society
où elle a souvent exposé

 

Puis vient la guerre. l'Auxiliary Fire Service, d'autorité, s'installe à Bolton House, et Gluck déménage. Quand les pompiers quittent Bolton House en 1941 elle ne touche plus leur loyer et se retrouve à devoir entretenir trois maisons (un studio à Lamorna, Bolton House et la petite maison de Plumpton où elle vit) et des revenusinsufffisants. La peinture rapporte certes, mais elle a toujours du personnel à payer - du personnel qu'elle harasse, paye peu et décourage très vite, car son caractère empire (1).

Et les trustees serrent vraiment les cordons de la bourse. C'est la guerre n'est-ce-pas. Son frère, député Tory, sa mère dame de charité, s'y sont de nouveau engagés à fond, comme en 1914. Mais les guerres de Gluck sont ailleurs.

Sans compter les peines d'amour, car en même temps la grande affaire de sa vie - le mariage avec Nesta Obermer - est en train de s'effondrer.

 

Gluck - Self-portrait, 1942, National Portrait Gallery, London
 
 
Viennent ainsi les années les plus difficiles et les périodes de dépression. Elle s'est appauvrie, elle s'épuise en récriminations dans sa correspondance avec les trustees, qui finissent par lui faire vendre le studio de Larmorna, après Bolton House. Elle finira par habiter dans le Sussex à Chantry House, chez sa dernière compagne, Edith Heald.
 
Mais si on y réfléchit, quel était le problème ?
 
Si Gluck avait été un homme, le problème n'aurait pas existé. Cet homme aurait été trustee lui-même, il aurait travaillé dans les affaires paternelles et quand il aurait parlé ou écrit, on l'aurait écouté et lu avec attention.
 
Mais Gluck, tout habillée en homme qu'elle fût - et se vivant comme tel - n'était aux yeux de la famille et de bien d'autres gens qu'une femme, de plus non mariée, élément secondaire s'il en fut. 
 
 
Gluck travaillant à Chantry House dans les années 1960
 
 
 
C'était souvent la même choses avec les femmes aimées - derrière elles se profilait un mari, et souvent il gagnait, à la fin.
 
Pourtant, l'art était aussi une façon de se faire entendre. Mais l'art est à côté de la vie. Pas tout à fait, disons assez à côté de la vie, de ce côté qui dérange. Gluck était très dérangeante (2).
 
On pourrait le dire ainsi : l'art c'est le côté queer de la vie. 
  
 
 
Gluck au travail dans son studio à Hampstead, Londres,
4 novembre 1932
 

 

(1) Oui, les lesbiennes de l'époque, sorties du placard,  avaient mauvais caractère - eussent-elles été gentilles qu'elles n'auraient pas survécu.

(2) Pour compléter les blancs de ce récit, on peut se reporter pour la version courte à cinq articles de ce blog et pour la longue à la biographie par Diana Souhami.

 

 


04/03/2026

Peter (une semaine Gluck #2)


Romaine Brooks - Peter (A Young English Girl) (portrait d'Hannah Gluckstein dite Gluck) 1923-1924
Huile sur toile 
Smithsonian American Art Museum 

 

 

Pour Nesta Obermer, son alter ego blond dans « Medallion », un tableau où leurs profils se confondent, elle était « Darling Tim », ou « Mon très cher Timothy Alf », ou encore « Ma petite peste noire ». Romaine Brooks, de vingt ans son aînée, fit son portrait en 1924 sous le titre « Peter – une jeune Anglaise ». Pour au moins une de ses admiratrices, elle était « Ma chère Rabbitskinsnootchbunsnoo ». Pour Edith Shackleton Heald, la journaliste avec qui elle vécut près de quarante ans, elle était « Très chère Grub ». Pour sa famille, elle était « Hig ». Pour ses domestiques et les commerçants, elle était Miss Gluck, et pour le monde de l’art, et dans son cœur, elle était simplement Gluck. 
 
La raison qu’elle donnait pour le choix de cet austère monosyllabe était que ce qui importait c’étaient les tableaux, et non le sexe du peintre. 

 Diana Souhami - Gluck, her biography, Open Road éd. 1988

 

Gluck et Romaine Brooks avaient convenu de faire chacune le portrait de l'autre. Quand ce fut son tour de peindre, Gluck choisit de faire un grand portrait en pied mais 

Romaine a tellement perdu de temps à se disputer qu'il ne me restait finalement qu'une heure pour faire ce que j'ai fait – mais ma rage et ma tension m'ont donné des forces presque surhumaines… Elle a insisté pour que je fasse un de mes « petits tableaux ». J'ai refusé, alors elle m'a laissé avec le portrait inachevé. J'ai cependant dû en donner de nombreuses photos à ses amis (1)

 

Finalement, elle utilisa la toile pour peindre autre chose.

 

Romaine Brooks, Autoportrait, 1923
Huile sur toile
Smithsonian American Art Museum
 

 

(1) Gluck, Notes au dos d'une photographie de son portrait de Romaine Brooks, citées par Diana Souhami, Gluck, her biography. 

 

03/03/2026

London 1920s (une semaine Gluck #1)


Gluck (Hannah Gluckstein) -  The three Nifty Nats, 1926
Huile sur toile
 
 
Le spectacle se déroule probablement au London  Pavilion, juste à côté du London Trocadero, propriété de la J.Lyons & Co, société des oncles de Gluck - ils y avaient également installé un cabaret. Le Londres, déjà swinging, des années 20 avec des acteurs comme
 
 
Gluck - Ernest Thesiger, 1925-6
 
 
 
 
Et pendant ce temps-là... 
 
...je me demande si, au milieu de toute cette psychose administrée (1) sur la façon de prononcer les noms propres, le mieux ne serait pas de s'en remettre à notre duchesse préférée ?
 
S’il n’y avait aucune affectation, aucune volonté de fabriquer un langage à soi, alors cette façon de prononcer était un vrai musée d’histoire de France par la conversation. « Mon grand-oncle Fitt-jam » n’avait rien qui étonnât, car on sait que les Fitz-James proclament volontiers qu’ils sont de grands seigneurs français, et ne veulent pas qu’on prononce leur nom à l’anglaise. Il faut, du reste, admirer la touchante docilité des gens qui avaient cru jusque-là devoir s’appliquer à prononcer grammaticalement certains noms et qui, brusquement, après avoir entendu la duchesse de Guermantes les dire autrement, s’appliquaient à la prononciation qu’ils n’avaient pu supposer. Ainsi, la duchesse ayant eu un arrière-grand-père auprès du comte de Chambord, pour taquiner son mari d’être devenu Orléaniste, aimait à proclamer : « Nous les vieux de Frochedorf ». Le visiteur qui avait cru bien faire en disant jusque-là « Frohsdorf » tournait casaque au plus court et disait sans cesse « Frochedorf ».
Marcel Proust, La prisonnière, 1923
 
 
(1) Je choisis cette traduction (par Célia Izoard) du controlled insanity de George Orwell.

01/03/2026

Les occupations solitaires : l'équilibre


Paul Cadmus - Mobile, 1953 
Sérigraphie sur papier

 

De Paul Cadmus, déjà.

28/02/2026

Ronde de nuit : Metaphysical Pizza



Edgar Martins - Pizzaland, 2010

 

Cette photo fait partie de la série a Metaphysical Survey of British Dwellings, qui a pour cadre une ville fantôme, un décor servant uniquement à l'entraînement de la Metropolitan Police britannique.

Comme le dit leur auteur, ces images sont des métaphores de la ville moderne et asociale (...) et de la vie quotidienne que l'on y mène, disloquée, déroutante et solitaire.

On peut rapprocher ces images du travail de Gregor Sailer, par exemple sur le Complexe de Tir en Zone Urbaine de l'armée française, en 2015. 

 

 

Et pendant ce temps-là...

...historiographie de l'ininterrompu

 

27/02/2026

In & Out


Louis Stettner - Odd man in, Penn Station, New York, 1958
 

 


 

Carol Reed - Odd man out, 1947

26/02/2026

Ave Maria Lonesome



 Paul Fejos - Lonesome, 1928 
 
 
Mothers of America
                               let your kids go to the movies!
get them out of the house so they won’t know what you’re up to
it’s true that fresh air is good for the body
                                                              but what about the soul
that grows in darkness, embossed by silvery images 
 
Mères de l'Amérique 
                             laissez vos gosses aller au cinéma!
sortez-les de chez vous pour qu'ils ne sachent pas ce que vous fabriquez
Il est vrai que l'air frais est bon pour le corps
                                                   mais qu'en est-il de l'âme
qui croît dans l'ombre, estampée d'images argentées 
Frank O'Hara - Ave Maria, de Lunch Poems, 1964
trad. Olivier Brossard et Ron Padgett, Poèmes déjeuner, joca seria éd. 2010
 
Il est tout à fait possible que Fejos et O'Hara se soient croisés à New York à la fin des années 50, quand Fejos, rare exemple de cinéaste devenu anthropologue, dirigeait le Viking Fund et qu'O'Hara travaillait au MoMa.
 
À propos de rencontre, j'ajouterai qu'O'Hara serait quasi-contemporain de Donald Barthelme, s'il n'était pas mort en 1966 sous les roues d'une jeep sur Fire Island Beach. Tous deux étaient d'ailleurs des passionnés d'expressionnisme abstrait et se connaissaient - Barthelme fait figurer O'Hara dans son Syllabus of the 81 Books Essential for a Literary Education.
 
Un peu oublié à partir des sinistres années 80, O'Hara bénéficia d'un regain d'intérêt en 2008.
 
 

 
Dans le premier épisode de la saison 2 de Mad Men, Jon Hamm (Don Draper dans la série) lit un passage de Maïakovski, du recueil meditations in emergency :
 
Now I am quietly waiting
for the catastrophe of my personality
to seem beautiful again,
and interesting, and modern.
  
The country is grey and
brown and white in trees,
snows and skies of laughter
always diminishing, less funny
not just darker, not just grey.
 
It may be the coldest day of
the year, what does he think of
that? I mean, what do I? And if I do, 
perhaps I am myself again.
 
 
J'attends maintenant calmement que
la catastrophe de ma personnalité 
semble belle à nouveau
et intéressante, et moderne
 
Le pays est gris et
brun et blanc en arbres,
neiges et cieux de rire
toujours diminuant, moins drôles
pas seulement plus sombres, pas seulement gris.
 
C'est peut-être le jour le plus froid de
l'année, que pense-t-il
de ça ? Je veux dire que pensé-je ? Et si je pense
Je suis peut-être moi-même à nouveau (1).
 
 
Du coup, les ventes bondirent. Et donc, en France, la diffusion en 2009 de la saison 2 a facilité la publication des deux principaux recueils du poète (1). 
 
J'attends patiemment qu'une série HBO ou autre cite du Barthelme, voire s'inspire de Snow White
 
 
 
 
  ou The King...
 
 

 
Une jeune fille prisonnière de sept laveurs de carreaux, avec un soupçon d'érotisme, et un prince charmant postmoderne en proie à une crise religieuse ? Ou encore une satire de roman arthurien transposée au cours de la seconde guerre mondiale ? Quel scénariste pourrait bien résister à ça ? 
 
J'attends.
 
 
 
(1) Fank O'Hara, Poèmes déjeuner et Méditations dans l'urgence, chez joca seria respectivement en 2010 et 2011, toujours disponibles.