Cette cafetière fait partie du travail effectué pour le modèle d'Alessi La Cupola. Voir d'autres cafetières Rossi par là (en espagnol).
Et pendant ce temps là...
...le manifeste
"les chinois voient l'heure dans l'œil des chats" Baudelaire
Cette cafetière fait partie du travail effectué pour le modèle d'Alessi La Cupola. Voir d'autres cafetières Rossi par là (en espagnol).
Et pendant ce temps là...
...le manifeste
Éliane Viennot publie le tome V et dernier de son histoire alternative (et genrée) du pouvoir en France. Elle en parle dans cette émission à la fin de laquelle elle évoque un vieux débat d'il y a presque un demi-siècle - ce qui me rappelle que c'est terrible, oui...
...comme dans cet autre ouvrage où elle et d'autres camarades (1) prolongeaient, dans une analyse alternative (et genrée) du militantisme politique les réflexions d'un des deux courants (2) qui s'affrontèrent dans ce vieux, très vieux débat.
Très vieux, certes, mais instructif. C'était en 1977, année où les organisations dites gauchistes (en fait les groupes politiques issus dans la jeunesse du mouvement de Mai 68(4)) furent définitivement percutées par le mouvement écologiste d'une part et par le MLF de l'autre.
Cette autre part étant déterminante.
En fait c'était assez simple : les filles se sont révoltées. Et elles étaient intenables. Au point que certains garçons les ont suivies. Bref (5).
Bref, ne croyez pas, oh non, surtout pas, que je m'abîme dans des souvenirs d'ancien combattant...

...de la génération des bébés-de-l'explosion. Non. Oh non.
C'est plutôt que cette allusion à un vieux, vieux débat m'a valu un de ces petits retours d'épiphanie, vous savez bien - This is the moment which I call epiphany (6)...
Voilà, je me retrouve dans cet amphi de résidence universitaire, où nous devons être trois ou quatre cents assis ou debout à regarder les deux tenants de A et B se faire face en un duel de rhétorique dans une atmosphère chargée d'électricité et cela dure depuis deux heures peut-être, nous les A nous sommes minoritaires nous le savons bien, c'est dans le décompte des mandats, on attend l'estocade et puis brusquement
un lazzi dans la salle
et puis le dirigeant représentant les B à droite de la tribune pique une crise et hurle
et c'est vrai que tout le monde est au bord de la crise de nerfs depuis plusieurs mois et quelqu'un devait hurler à un moment ou à un autre
et tous les B se lèvent le poing gauche dressé ça fait un sacré paquet de monde et ils crient tous en choeur
Au-tocritique ! Au-tocritique !
on comprend que le A qui a émis le lazzi doit s'autocritiquer, lui tout seul ou nous tous peut-être et ça dure un temps assez long et en même temps assez bref et les filles en bas à gauche de notre côté, le côté A
Au-tocritique ! Au-tocritique !
les filles du A qui avaient dit on en a marre, on ne parlera pas dans ce congrès, on arrête de parler, on amène notre laine et on tricote
Au-tocritique ! Au-tocritique !
les filles donc, en bas du côté gauche (7) rangent leurs tricots et se lèvent en se dirigeant vers la porte de sortie
Au-tocritique ! Au-tocritique !
et on se lève tous, les A, progressivement et on les suit, ce qui n'avait absolument pas été prévu mais qui se produit quand même
Au-tocritique ! Au-tocritique !
on voit quelques hésitants (il y avait un petit nombre de ni A ni B) qui ouvrent de grands yeux
Au-tocritique ! Au-tocritique !
un de nos (bientôt ex)-grands chefs se précipite affolé en criant ne partez pas camarades !
et comme j'étais tout en haut quand j'arrive dans les travées du bas je me retourne et je vois des camarades des amis dans ces gens que j'aimais bien, que j'aimais beaucoup même, que j'ai côtoyés pendant des années, auxquels pour une grande partie et allez savoir pourquoi je n'adresserai jamais plus la parole, qui crient en me regardant, moi, peut-être
Au-tocritique ! Au-tocritique !
et en poussant la porte je me dis que si ça se trouve j'aurais pu être moi du mauvais côté de ces deux minutes de la haine
et que - c'est une chose que nous nous murmurerons entre nous pendant quelques jours par la suite et puis nous oublierons et cela n'avait pas du tout le côté comique que cela prend un demi-siècle plus tard - on a de la chance après tout
L'organisation pourrait être au pouvoir.
et c'est au moment où se referme la porte derrière moi que, tremblant sur mes jambes, je réalise
que les rapports entre les parties ont été bien établis, les parties ajustées au point particulier, et que je reconnais que cet objet est la chose qu'il est, son âme, sa quiddité s'est dégagée d'un bond du vêtement de son apparence et que cette sortie, ce départ, cet abandon prend un rayonnement à mes yeux
que pendant des années j'étais passé et resté dans ce groupe comme Stephen Dedalus passait devant l'inscrutable cadran de l'horloge du Bureau du Lest, et...
...voici que ces années s'étaient résumées et closes, parfaitement closes et parfaitement résumées, dans l'épiphanie du chuintement final, doucement amorti par son joint de caoutchouc, d'un battement de porte.
(1) Camarade : nom que se donnent entre eux les militaires. Des camarades de régiment. « En avant ! partons, camarades, L'arme au bras, le fusil chargé » Béranger.
Par extension, substantif des deux genres, celui, celle qui a même vie, mêmes habitudes, mêmes occupations que plusieurs autres personnes. Camarades d'école, de collège, de chambrée. Des camarades d'enfance, des personnes qui se fréquentent depuis l'enfance. Des camarades de bureau. C'est une mauvaise camarade - Émile Littré, Dictionnaire de la langue française.
(2) En 1977, au sein d'une organisation depuis longtemps défunte mais dont les archives n'ont été que récemment déposées, s'opposèrent violemment (3) deux courants dénommés A et B. En résumant : pour les B, majoritaires, l'organisation devait continuer à se considérer comme une avant-garde révolutionnaire au sens du Que Faire léniniste. Pour les A, minoritaires, elle devait servir à coordonner des mouvements dont elle avait à apprendre au moins autant, sinon plus que ce qu'elle avait accumulé de son côté en expérience politique. Disons que les B étaient léninistes, et les A mouvementistes. En ce temps-là j'étais A mais beaucoup de A me prenaient pour un B. C'était normal, je suis un chat.
Éliane Viennot a produit le compte-rendu le plus exact et le plus drôle de ce débat : Les riches heures des femmes de Lorgat, in C'est terrible quand on y pense (voir plus haut), ouvrage qu'il faut hélas aller dénicher chez les bouquinistes.
(3) La violence ne fut que psychologique, mais d'une redoutable intensité.
(4) Il s'agissait en 77 des organisations se rattachant théologiquement au trotskysme. Les maoïstes s'étaient auto-dissous bien plus tôt mais de façon moins argumentée.
(5) Pour faire moins bref, il était devenu clair, en l'an 77, que le développement exponentiel des forces productives sous direction exclusivement masculine ne faisait plus rêver grand-monde.
(6) « C'est là l'instant que j'appelle épiphanie. Nous reconnaissons d'abord que l'objet est une chose intégrale ; nous reconnaissons ensuite qu'il présente une structure composite et organisée, qu'il est, effectivement, une chose. Enfin, lorsque les rapports entre les parties sont bien établis, lorsque les parties sont ajustées au point particulier, nous reconnaissons que cet objet est la chose qu'il est. Son âme, sa quiddité se dégage d'un bond du vêtement de son apparence. L'âme de l'objet le plus commun dont la structure est ainsi mise au point prend un rayonnement à nos yeux. L'objet accomplit son épiphanie ». James Joyce, Stephen le Héros, trad. Ludmila Stavisky.
(7) Côté gauche vu des travées du haut où je me trouvais, mais côté droit vu de la tribune, je ne sais s'il y avait là, dans l'âme des organisateurs, une symbolique.
Sutherland et Piper sont contemporains (tous deux nés en 1903) et tous deux War Artists, génération oblige. On les classe dans l'ensemble assez flou des Néo-romantiques (1).
(1) Le Néo-romantisme, si tant est qu'il existe, naît en même temps et parallèlement au Retour à l'ordre des années 20-30 du XXème siècle - et il est aussi difficile à définir que ce dernier. On lui connaît deux pôles principaux, du côté parisien et du côté grand-breton (mon préféré mais je suis plutôt anglophile et cela peut obscurcir mon jugement, qui sait).
Dans la journée du mardi 27 juillet, (Lepage) a cru devoir s’opposer à l’enlèvement des armes antiques et précieuses que contenaient ses magasins ; il voulait faire lui-même, avec ses ouvriers, une distribution régulière de tout ce qui pouvait servir à la défense personnelle des patriotes. Pendant les trois jours, M. Lepage n’a cessé de distribuer des armes et des munitions de toute espèce ; le 27, au matin, il s’était pourvu de cent vingt livres de poudre. Depuis mardi, une fonte continuelle de balles de tous calibres a eu lieu chez lui ; on en a distribué à toute heure. Il était assisté de son père, vieillard de quatre-vingt-cinq ans. Le patriotisme est héréditaire dans la famille Lepage. Lors de la première révolution, M. Lepage père, arquebusier, livra trois fois ses magasins aux défenseurs de la liberté ; aujourd’hui M. Lepage fils n’a conservé que son fusil national, et, dans ce moment, comme touts ses concitoyens, heureux du triomphe populaire, il est sous les armes à sa municipalité.
Le Constitutionnel, 7 Août 1830
La boutique de l’armurier Lepage, rue de Richelieu, reçoit la visite des manifestants. Le vieux père Lepage, quatre-vingt-cinq ans, a connu les mêmes scènes sous la Révolution, il a déjà distribué les fusils de son magasin, il abandonne ses armes de chasse, ses munitions, mais refuse ses armes anciennes et précieuses, sur son enseigne Arquebusier de Son Altesse Royale le duc d'Orléans, Son Altesse Royale saute, on laisse le duc d'Orléans.
Jean-Louis Bory - La révolution de Juillet, Gallimard éd. 1972
Le Moulin Pavé, ou Moulin Saint-Jacques, construit en 1191, faisait partie de la trentaine de moulins à farine (1) installés de part et d'autre du chemin de Montrouge (devenu avenue d'Orléans, puis du Général-Leclerc - l'établissement se situait à l'emplacement des numéros 26-28 actuels).
Il prend le nom de Moulin de l'amour quand il est transformé en guinguette. Avant d'être détruit en 1916 il abritait un atelier de photographie : Hoffbauer dessine la sortie de mariés qui viennent de s'y faire tirer le portrait.
Noter le contraste entre le bâtiment en pierre dédié à la Photographie et l'appentis de bois laissé à la Peinture. S'il faut y voir un sens caché il est probablement ironique : Hoffbauer a certes utilisé la photographie comme étape préparatoire à des dessins et dioramas, mais l'objet de son grand œuvre, Paris à travers les âges, est précisément de représenter ce qui n'a pas été photographiable :
...et, toujours parlant de Hoffbauer, quelques petites choses dans mon fouillis, par là.
(1) Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, T. 1 p. 572.
Ce belvédère aux ailes a souvent été utilisé en symbole de libération - ainsi par Yalda Moaiery et d'autres. Les photos de Maryam Rahmanian sont présentées au Prix Bayeux, où l'exposition la plus impressionnante est celle d'Ali Jadallah, Gaza, chronique d'un génocide.
(Canto II - Hys fyve Rules - Les cinq règles concernant les rapports du fantôme avec les vivants)
« By day, if he should be alone
— At home or on a walk —
You merely give a hollow groan,
To indicate the kind of tone
In which you mean to talk.
But if you find him with his friends,
The thing is rather harder.
In such a case success depends
On picking up some candle-ends,
Or butter, in the larder.
With this you make a kind of slide
(It answers best with suet),
On which you must contrive to glide.
And swing yourself from side to side
One soon learns how to do it. »
Sans compter que...
Et pendant ce temps-là...
Et Mitaine pressa encore le pas. Elle suivait depuis assez longtemps une muraille en ruine, quand un éclair balafrant le ciel, lui permit de distinguer un monstre hideux, qui la regardait par-dessus le mur. Quelque chose comme le squelette du cheval combiné avec ceux de l’autruche, de la baleine et de la girafe, une tête énorme pendant au bout d’un cou démesuré. Deux mains armées de longues griffes cherchaient sur le sommet du mur un point d’appui pour s’élancer. Mitaine surprise recula de vingt pas. La bête avança d'autant. L’enfant fléchit le genou et le monstre approcha; elle sentit son souffle sur sa figure.
« Par la châsse saint Landri ! j'agis en petite fille, et ne me montre guère digne de suivre au combat Charlemagne et Roland. » Elle se releva, le monstre recula aussitôt. — Rien ne me corrigera donc ! Chaque obstacle que j’affronte
disparaît, et je me laisserais arrêter par cette méchante carcasse. Hou! hou! hou!... cria l’enfant en s’élançant contre le mur auquel elle donna un vigoureux coup de talon. Les pierres s'écroulèrent entraînant des lianes et des ronces centenaires, et brisant un pauvre arbre innocent qui depuis bien longtemps vivait, les coudes appuyés sur la muraille.
L’enfant haussa les épaules et se borna à murmurer : « Je l'avais bien dit ! »
1938 : accords de Munich et montée des fascismes. En réaction, la London Co-operative Society passe commande à Benjamin Britten pour composer un chant en défense de la démocratie, sur les paroles du poète Randall Swingler : Advance Democracy.
Swingler est alors membre du Parti Communiste de Grande-Bretagne (CPGB) - qu'il ne quittera qu'en 1956. Tant que durera le pacte germano-soviétique il va s'aligner fidèlement sur la ligne du parti (1) mais après 1941 il servira sous les drapeaux et sera même médaillé. Alors que Britten, fondamentalement pacifiste, sera objecteur de conscience (2).
Deux itinéraires qui résument les questions sans réponse posées à la gauche antimilitariste et/ou pacifiste à la veille du conflit. Advance Democracy, que les critiques présentent parfois comme une pièce de pure propagande, est en fait l'expression de cette tension. C'est aussi ce qui rend ce choral si proche de nous, aujourd'hui.
There are whispers across tables,
Talks in a shutter'd room.
The price on which they bargain
Will be a people's doom.
There's a roar of war in the factories
And idle hands on the street
And Europe held in nightmare
By the thud of marching feet. Now sinks the sun of surety,
The shadows growing tall
Of the big bosses plotting
Their biggest coup of all.Is there no strength to save us?
No power we can trust
Before our lives and liberties
Are powder'd into dust. Time to arise Democracy
Time to rise up and cry
That what our fathers fought for
We'll not allow to die.Time to resolve divisions,
Time to renew our pride,
Time to decide
Time to burst our house of glass. Rise as a single being
In one resolve arrayed:
Life shall be for the people
That's by the people made.