l'œil des chats
"les chinois voient l'heure dans l'œil des chats" Baudelaire
05/08/2026
De temps en temps, comme ça, oui, elle passe
03/08/2026
Chute à chat (et un manifeste)
La précédente édition, en 2006, avec une première de couverture de
...était la première à rassembler ces neuf nouvelles dont La Vallée, texte qui - bien qu'intemporel - reste d'une surprenante actualité et que son auteur développa pour en faire
01/08/2026
Le bar du coin : travailler pour le rire
Marcoussis a dessiné pour Le Rire, qui fut à partir de 1894 le modèle initial des hebdos humoristiques illustrés à destination du public masculin. Pour ces journaux, Le Rire et son concurrent Le Sourire, les artistes devaient évidemment s'adapter aux préjugés, à l'étroitesse d'esprit...
...et aux phobies de leur public, notamment à son nationalisme et à son antisémitisme lors de l'affaire Dreyfus. L'Assiette au beurre s'en démarquera à partir de 1901 dans le registre de la satire sociale.
On peut (1) donner une tonalité critique à ce dessin de Marcoussis (qui signait Markous dans Le Rire). Le journal est identifié à un produit de consommation courante (indication du prix, proximité avec la boisson vendue) et le travail du dessinateur (noter la plume et la bouteille d'encre) est intégré aux objets de la vie quotidienne. Pour beaucoup d'artistes et non des moindres, travailler pour Le Rire c'était gagner son pain, au jour le jour et, peut-être, en se bouchant un peu le nez.
(1) Puissance du cubisme synthétique : peu de signes picturaux, beaucoup de place à l'interprétation.
30/07/2026
Au travail : Laurent Proux (et un ange passe)
La banalité du phénomène n’a cessé d’offrir à l’art, à la littérature, à la psychanalyse, aux commérages une alimentation pléthorique et surfaite. Il me plaît, quant à moi, d’y déceler l’intrusion insolite d’un messager, d’un « ange » – en aucun cas céleste – mandaté par la vie qui tout à la fois est en moi et autour de moi. Étant partie prenante de ses obscurs et lumineux desseins, j’accède à un « discours du corps » où s’aiguise cette faculté de recevoir et d’émettre que l’intellect, confronté au mystère de l’acte créateur, nomme « intuition » ou « inspiration ».
Si cet angelos, que les Grecs antiques appelaient daimôn, nous paraît bizarre, c’est que nous sommes devenus étrangers à son univers. Cet univers est pourtant le nôtre. Seule la tyrannie de la réalité dominante, de la nécessité et de ses rouages psychosociaux nous a rendu sa richesse inaccessible.
28/07/2026
Lutins de la mémoire
À quinze ans, son truc, c'était de dessiner des personnages de Fairy Tales. Il oublie tout, il perd les dessins. Trente-sept ans plus tard, devenu quelqu'un d'autre, il retrouve ça et il dit : "c'est tout moi..."
De (et à propos de) Stanley Spencer, déjà.
26/07/2026
Au dur, au rigoureux mais suprême Bain-froid
Les bains froids eux-mêmes sont à l'arrière-plan. Au premier plan à droite, la proue du bateau des Bains de la Samaritaine. On perçoit mieux la disposition des lieux sur cette photographie :
Le bateau-bains de la Samaritaine était installé à l'emplacement de la pompe du même nom, démolie en 1813 - et il coula...
...lors de la crue de l'hiver 1919-20.
Les bains froids d'à côté étaient certainement moins luxueux. Meryon les a fréquentés puisqu'il a dédicacé un exemplaire de l'estampe à leur directeur, Charles Gaudu, en ces termes :
À Monsieur Gaudu, Directeur-Gérant du Bain-Froid Chevrier ; Faible témoignage de reconnaissance, pour le bon accueil que j’ai trouvé dans cet Etablissement, où j’ai pu suivre un régime qui m’a en grande partie rendu la santé ; et la facilité qu’il m’a laissée de dessiner ce dit établissement, dont j’ai pris le titre pour celui de ce présent sujet. Paris, ce 18 Octobre 1864, son bien dévoué et très humble serviteur Méryon (Charles).
On sait qu'à ce moment de sa vie
...il lavait à grande eau sa chambre, que, sous prétexte de bains froids, il se jetait des seaux d'eau sur le corps sans prendre nul souci de la propriété qu'il habitait : il alla plus loin, il prit l'habitude de se placer dans la cour pour faire des ablutions.
Et peut-être ces bains lui avaient-ils été prescrits. Meryon avait été admis quatorze mois à Charenton, en 1858-59, pour "mélancolie profonde, idées de persécution qu'il estime méritées, idées dépressives...". Il y retournera, définitivement, en 1866. Le Bain-froid Chevrier (n° 93 dans le catalogue de Schneiderman) fait partie de ses dernières eaux-fortes - il n'en fera que dix autres, la dernière étant la terrible Loi lunaire de 1866.
L'estampe du Bain-froid avait été commandée par...
familier de Meryon. Tous deux s'essayaient à capturer l'image périssable du Paris des années haussmanniennes, de ses monuments voués à la destruction. Le Secq par la photographie, ainsi de...
...et Meryon par l'eau-forte, la même année sur le même sujet :
Meryon a travaillé sur le Bain-froid Chevrier
45 jours entiers de 6 à 8 heures chacun
selon ses lettres à Le Secq (2). Il y explique qu'il a refait plusieurs fois son dessin et surtout il ajoute
Je me réserve de vous faire de vive voix d'autres communications plus intimes, ayant trait, toujours au procédé tout particulier que j'ai appliqué pour cette pièce.
On sait qu'il arrivait à Meryon d'assembler sur une estampe plusieurs points de vue distincts mais pas forcément cohérents, pour accentuer certains effets - c'est le cas dans
...estampe où les tours de Notre-Dame sont trop hautes pour être ainsi vues du quai, et qui a donné lieu à une controverse à ce sujet entre Philippe Burty et l'artiste (3). Il est donc possible (4) qu'un tel procédé tout particulier ait été employé pour le Bain-froid.
Ce n'est pas là qu'une question de pure technique. L'usage par Meryon de tels procédés, comme aussi les vues en plongée ou contre-plongée (da su / da giù) ou l'insertion de petits personnages qui nous évoquent Piranèse (et qui viennent en fait de Zeeman) a pour conséquence de déréaliser ses vues de Paris. D'un Paris onirique, où coïncident plusieurs âges, plusieurs possibilités de Paris. Que vient faire dans le Bain-froid, par exemple, ce personnage à la hampe, sur le toit, à côté du drapeau ?
Et si on allègue le délire, on peut y voir aussi bien la folie maîtrisée d'un parfait obsessionnel, ce qu'était bien Meryon. Le Paris qu'a connu Meryon, qu'a aussi bien connu Baudelaire, qui a tenté sans espoir de collaborer sur ce sujet avec le peintre-graveur, ce Paris est précisément un Paris délirant, perturbé, détruit et reconstruit sans ambage mais non sans cruauté par le Second Empire. Où le regard de Meryon annonce, avec un demi-siècle d'avance, celui, rétrospectif, de Walter Benjamin ou du Paysan de Paris.
Certaines épreuves du Bain-froid Chevrier sont accompagnées, comme souvent chez l'auteur, d'un de ces petits poèmes incongrus qui ne font que redoubler l'inquiétude qui sourd de ces images :
L'époque considérait que les bains froids avaient une vertu curative des atteintes psychiatriques. On sait par ailleurs que Meryon avait l'habitude de rayer ses plaques de cuivre, les rendant inutilisables après impression de la quantité d'épreuves voulue. La plaque des Bains froids, sur l'insistance de Le Secq à la récupérer, est une des rares qui ait subsisté, intacte. Rayure de la plaque, morsure de l'acide, rigueur du bain froid : autant de métaphores de l'obsession taraudante, acharnée à débusquer une vérité perdue dans la ville des secrets et des mensonges.
(1) La pompe Notre-Dame, accolée au pont du même nom, alimentait en eau de la Seine les fontaines de Paris, de 1671 à 1853, année de sa destruction.
(2) retranscrites par Richard S. Schneiderman, Charles Meryon, The Catalogue raisonné of the Prints, n°93. Je retraduis en français.
(3) cf. Schneiderman, n°20.
(4) Encore faudrait-il pour le prouver disposer d'une photographie du même sujet, ce qui n'est pas le cas, ou des dessins préparatoires qui sont semble-t-il aux mains de collectionneurs privés.
Et à propos de Meryon, déjà.
24/07/2026
Deux façons de monter la garde
Même si j'étais alors jeune chaton, je n'ai pas oublié les tricornios (1) et ce que déclenchait leur passage - ils allaient toujours par deux - dans certaines rues et certains villages d'Espagne en cette fin des années 50 du siècle dernier. C'est si loin, si proche. Il passaient, lentement, avec un coup d'œil bref et aigu, de côté vers l'assistance, et le bruit des conversations baissait d'un ton, puis de deux, puis de trois. Et remontait au fur et à mesure qu'ils s'éloignaient, avec parfois un autre coup d'œil, vers l'arrière, pour s'assurer qu'on avait bien eu peur.
Le bruit du fascisme, c'est ça. Pas the sound and the fury, non. C'est le silence, le silence peuplé de chuchotements, de têtes baissées et de regards obliques. Un silence si bruyant que même un tout jeune chaton pouvait l'entendre.
(1) La Guardia ne les porte plus en service, seulement dans les grandes occasions - celles qui font défiler les fantômes.
22/07/2026
Ecce : Felis catus/Homo sapiens
20/07/2026
État de projet
Revue Challenges, 25 Août 2022
État rémanent, maison de la presse de Saint-Vaast la Hougue, 16 juillet 2026
19/07/2026
04/07/2026
Ayons congé : à l'hydrogène
Et voici qu'empruntant sous les yeux d'une foule enthousiaste ce mode de transport révolutionnaire, le fameux dirigeable Lebaudy "Le jaune" à hydrogène avec son moteur Daimler de 40 chevaux, les chats sont repartis pour une destination aussi lointaine qu'inconnue d'où ils reviendront peut-être, qui sait, un jour... Oui, c'est reparti...
...comme en 1903 ! Vive l'année 1903 ! Vive l'hydrogène ! Vive la double enveloppe en coton et caoutchouc vulcanisé ! Vive le Trocadéro ! Vive le président Émile Loubet ! Que les vents nous soient favorables ! Mais prenez soin de vous par ces temps hérissés de points de basculement...
03/07/2026
02/07/2026
Rêver peut-être
Qu'est-ce que le temps pour les fourmis (se demande M. Chat) ? Travaillent-elles vraiment tout le temps, comme l'a dit et répété (1) une première ministre française en parlant des Japonais ? Se reposent-elles seulement ?
Et comment dorment les fourmis (s'interroge encore M. Chat, compulsant de façon passablement névrotique le grand livre électronique que des algorithmes suspects mettent à sa disposition) ?
Et voici qu'il apparaît que des scientifiques scrupuleux ont longuement étudié le sommeil de la Fourmi feu, Solenopsis Invicta, en marquant soigneusement chaque individu d'une petite fourmilière, de façon à le suivre dans ses infimes tribulations.
D'où il ressort que Solenopsis Invicta - du moins les ouvrières - connaît 256 épisodes de sommeil par 24 heures, chacun de ces épisodes durant 1 minute et six secondes, soit un total de 4,8 heures de sommeil par jour. Ce qui a pour résultat de mettre à disposition permanente 80% de la force de travail de la fourmilière (3). Quant aux reines, elles bénéficient de 92 épisodes de sommeil par jour, chacun durant plus ou moins de 6 minutes, soit un total de 9,4 heures par jour.
Mais les fourmis rêvent-elles ?
Selon les mêmes chercheurs états-uniens, Solenopsis Invicta connaît le sommeil paradoxal (RAM sleep) (4) et donc, probablement, le rêve.
Mais de quoi rêvent-elles ?
Les ouvrières rêvent-elles de faire la révolution ? Ou simplement de manger, voire vivre, un peu plus (5) ? Et de quoi rêvent les reines, qui ont un peu plus de temps pour le faire ? Rêvent-elles d'une fourmilière aux dimensions inouïes, comme Elon Musk rêve de régner sur Mars ? Après tout, Elon Musk pourrait bien rêver d'être une reine Solenopsis infiniment nursée, aimée, soignée et révérée...
Et si, selon la parabole de Tchouang-Tseu, Elon Musk et tout son/notre univers bizarre n'existait à l'inverse que dans le rêve d'une reine Solenopsis Invicta ? Si le travail des chercheurs de St Petersburg n'était en fait que le point d'émergence par sérendipité, la ridule révélatrice à la surface d'un gigantesque songe formique, un frémissement d'antenne de quelques micro-secondes qui nous rappellerait en fait à notre irréalité ?
Pris d'un léger vertige zen, M. Chat se réfugie dans son panier et ouvre...
...où, après extinction de l'humanité, un groupe de chercheurs extra-terrestres explorent ces gorges qui abritèrent certains des premiers hominidés et découvrent un à un sept artefacts qui donnent une idée du destin de l'espèce des singes sans queue (homo sapiens, dirions-nous avant de disparaître) et de leur histoire maudite.
Bien. Les meilleures Novellas ne sont pas forcément d'un très grand optimisme. D'autre part il fait chaud - avez-vous remarqué qu'il fait chaud ? M. Chat s'enroule dans son panier, mais dans l'autre sens, et s'endort.
M. Chat rêve. Il rêve que les descendants des singes sans queue se débrouillent pour expédier une petite centaine de méga-téra-milliardaires sur Mars, afin qu'il s'y entr'égorgent sans gêner les autres. Et que les singes sans queue réussissent à survivre sur Terre à la chaleur, tant bien que mal mais au moins aussi bien que d'autres espèces mieux organisées ou plus sagaces, tels les rats ou les corbeaux. Ou les fourmis. Mais M. Chat rêve aussi que les fourmis font la révolution. Les révolutions, parfois, aident à survivre.
Les chats survivront-ils ? On dit qu'ils s'en tirent toujours - du moins le plus souvent. M. Chat rêve qu'il a neuf vies.
(1) « J'ai dit qu'ils [les Japonais] travaillaient comme des fourmis... Les fourmis travaillent beaucoup, c'est vrai...
- ... Vous avez dit ça ? interrompt le journaliste.
- Nous ne pouvons pas vivre ainsi dans des appartements minuscules, avec deux heures de trajet pour aller au travail, et travailler, travailler, travailler, et faire des enfants qui devront travailler comme des bêtes. Nous, nous voulons conserver nos garanties sociales, vivre comme des êtres humains, comme nous avons toujours vécu... »
Interview d'Edith Cresson par la chaîne ABC, le 4 juillet 1991, publié le 18 juillet suivant. À la suite de cette publication un mannequin représentant Edith Cresson avait été décapité au katana par le groupe japonais d'extrême-droite Issui. "Le mannequin sans tête d'Édith Cresson fut ensuite traîné dans les rues de la capitale nipponne jusqu'aux grilles de l'ambassade de France sévèrement gardée par la police." -Jean-Claude Courdy, Japonais, plaidoyer pour les fourmis, Pierre Belfond éd. 1992.
(2) Polyphasic wake/sleep episodes in the fire ant, Solenopsis Invicta, 2009, par Deby L. Cassill, Skye Brown, Devon Swick & George Yanev, University of South Florida à St Petersburg, USA.
(3) Type de solution propre à satisfaire l'actuel ministre du travail français.
(4) Sommeil caractérisé par un Rapid Antenna Movement des antennes - par ailleurs repliées pour ne plus communiquer avec les autres individus. Rappelons que le sommeil paradoxal humain est appelé sommeil REM (pour Rapid Eye Movement).
(5) Toujours selon les scientifiques de l'USF, "ces résultats renforcent l'hypothèse de l'exploitation parentale : les ouvrières stériles constituent une caste d'auxiliaires jetables à courte durée de vie, dont la vigilance et l'hyperactivité accroissent la valeur adaptative de la reine en la protégeant, elle et sa progéniture fertile, des stress environnementaux".
01/07/2026
30/06/2026
Sûrement, dis-je, sûrement c'est quelque chose
Back into the chamber turning, all my soul within me burning,
Soon again I heard a tapping somewhat louder than before.
« Surely, said I, surely that is something at my window lattice ;
Let me see, then, what thereat is, and this mystery explore,
Let my heart be still a moment and this mystery explore ;
Tis the wind and nothing more ! »
29/06/2026
New York à travers les siècles
28/06/2026
Un petit fauteuil rose et une maladie à soigner
À l'époque où Fry le peint en chaussures de ville à côté d'un adorable petit fauteuil rose, Carpenter (1844-1929) était déjà bien connu pour vivre en sandales et même pour les fabriquer à Millthorpe près de Sheffield, au milieu des trois hectares maraîchers qu'il cultivait lui-même en adepte de la vie frugale et en disciple de Thoreau.
Fils d'une famille d'amiraux et de rentiers, il étudie à Cambridge, se destine d'abord au pastorat anglican qu'il abandonne, devient socialiste en un temps où ce mot avait un sens, membre fondateur de la Fabian Society - et par voie de conséquence du Labour Party originel, si loin de ce que ce dernier est hélas devenu. Admirateur de Walt Whitman il fut anticolonialiste, défenseur du droit de vote des femmes et un théoricien des droits des homosexuels.
Critique acharné de la fabrique des besoins artificiels, partisan d'un socialisme coopérativiste et de l'autosuffisance maraîchère (1), précurseur de l'écologie politique, Carpenter, dans un texte célèbre, avait défini ce que nous appelons notre Civilisation comme une maladie qu'on devait et pouvait soigner.
En français on trouvera ici, là ou encore là des notes sur sa vie et ses idées. Et certains de ses textes ont été traduits par Cy Lecerf Maulpoix ou par Pierre Thiesset. La biographie par Sheila Rowbotham n'est disponible qu'en langue originale.
(1) Partie prenante de ce vaste mouvement qui va de l'Arts and Crafts au Garden City Movement, et dont on sous-estime régulièrement la participation au socialisme anglais.
27/06/2026
26/06/2026
Le temps des bretelles mauves et des banquettes défoncées
Dick Bruna - Illustration pour la couverture de Walging (1) - La Nausée
A.W Bruna & Zoon. Utrecht 1961, Black Bear pocket books
Via iconofgraphics
Big Maybelle - Some Of These Days, 1959
Pendant ce temps, à côté, on joue à la manille, pourtant :
...comme Bouville qui est Le Havre décadastré - nous sommes en la même année 38 que sur cet autre quai - une jetée au bord du grand rien, un terminal pour le néant, tu as de beaux yeux tu sais, et un de ces jours tu me manqueras, vraiment...
Ethel Waters - Some Of These Days







































