Nos quedaremos solos y será ya de noche.
Nos quedaremos solos mi almohada y mi silencio
y estará la ventana mirando inútilmente
los barcos y los puentes que enhebran sus agujas.
Yo diré: Ya es muy tarde.
No me contestarán
ni mis guantes ni el peine,
solamente tu olor,
tu perfume olvidado
como una carta
puesta boca abajo en la mesa.
C'est la java
de celui
qui s'en va
C'est sa java
C'est ma triste java
Morderé una manzana fumaré un cigarrillo
viendo bajar los cuernos de la noche medusa
su vasto caracol forrado en terciopelo
donde duerme en tu seno quemado por la luna
Y diré: Ya es de noche
y estaremos de acuerdo,
oh muebles oh ceniza
con el organillero que remonta en la esquina
sus titres de luna para los niños pobres
C'est la java
de celui
qui s'en va
C'est sa java
C'est ma triste java
Es justo, corazón, la canta el que se queda,
la canta el que se queda para cuidar la casa.
(1) Republication d'un billet du 12/04/2010 qui avait encore une fois perdu sa musique.
Julio & Carol relate l'histoire d'amour de l'Oursine (1) et du Loupet leur voyage spatio-intemporel au long de l'autoroute A6 sur le dragon Fafner.
Selon des sources fiables ce film aurait été vu à Sablé-sur-Sarthe en septembre 2025 et le 6 mars 2026 - à 20h30 - à Percy-sur-Sarthe. Être ou ne pas être Sarthois, telle est la question.
Mais comme prévu tout se bifurque et il existe deux autres films adaptés des Autonautes : Lucie & maintenant - Journal nomade, de Simone Fürbringer, Nicolas Humbert et Werner Penzel, ainsi que París Marsella de Sebastian Martínez Piñeiro (2), qu'on peut voir ici.
(1) Traduction proposée par Laure Guille-Bataillon pour Osita (petite oursonne) dans le texte original.
C'est à la première étape de son voyage d'exil que Walter Mehring écrit le Choral des émigrants - « notre nouvel hymne national » écrit Hertha Pauli (1) dans ses souvenirs, La déchirure du temps. Emigranten choral est publié en 1934, alors que Mehring est à Paris.
Ce voyage, celui des exilés, réfugiés, émigrés, émigrants, immigrés, migrants - et à chaque fois le terme en dit plus long sur celui qui l'emploie pour désigner que sur ceux qui sont ainsi pointés du doigt - ce voyage est comme une monnaie à deux faces : d'un côté l'exil, de l'autre l'émigration.
Mais ici on chante d'abord le moment de l'émigration.
Je reprends, plutôt mot à mot, le texte du recueil Um euch zum Trotz, 1934 (dans le volume II de l’édition des poèmes par Christoph Buchwald - Staatenlos im Nirgendwo, Die Gedichte, Lieder und Chansons 1933-1974, Ullstein éd. 1984).
Werft eure Herzen über alle Grenzen! Und wo ein Blick grüßt, werft die Anker aus! Zählt auf der Wandrung nicht nach Monden und nach Lenzen. Starb eine Welt, ihr sollt sie nicht bekränzen! Schärft das euch ein und sagt „wir sind zu Haus!“ Baut euch ein Nest! Vergeßt - Vergeßt Was man euch aberkannt und euch gestohlen! Kommt ihr von Isar, Spree und Waterkant : Was gibt’s da heut zu holn? Die ganze Heimat und Das bißchen Vaterland Die trägt der Emigrant Von Mensch zu Mensch - von Ort zu Ort An seinen Sohl’n, in seinem Sacktuch mit sich fort.
Choral des émigrants
Lancez vos cœurs par-delà les frontières ! Et là où un regard vous salue, jetez l'ancre ! Dans vos errances, ne comptez pas les lunes et les printemps. Si un monde est mort, ne le coiffez pas d’une couronne ! Comprenez bien ça et dites : « Nous sommes chez nous ! » Construisez-vous un nid ! Oubliez – oubliez Ce qui vous a été pris, volé ! Que vous veniez de l'Isar, de la Spree, de la côte du Nord (2) : Qu’y a-t-il à en tirer aujourd'hui ? Tout son pays Et son petit bout de patrie L’émigrant les emporte Chez l’un chez l’autre - ici et là Collés à ses semelles et dans son baluchon.
Mémorial des livres brûlés à Bonn :
Lesezeichen (3) de Walter Mehring et de son livre Paris in brand(4)
Tarnt euch mit Scheuklappen - mit Mönchskapuzen: Den Schädel drunter wird man euch zerbeuln! Ihr werdt euch doch die Schädel drunter beuln! Ihr seid gewarnt: das Schicksal läßt sich da nicht uzen - Wir wolln uns lieber mit Hyänen duzen Als drüben mit dem Volksgenossen heuln! Wo ihr auch seid: Das gleiche leid Auf’ner Wildwestfarm - einem Nest in Poln Die Stadt, der Strand, von denen ihr verbannt: Was gibt da noch zu holn? Die ganze Heimat und das bißchen Vaterland Die trägt der Emigrant Von Mensch zu Mensch - von Ort zu Ort An seinen Sohl'n, in seinem Sacktuch mit sich fort.
Vous aurez beau vous mettre des œillères - ou des capuches de moines : On vous cassera le crâne ! Vous vous fracasserez le crâne ! Vous êtes prévenus : on ne triche pas avec le destin - Mieux vaut tutoyer les hyènes que hurler là-bas avec les compatriotes (5) ! Où que vous soyez : C’est la même souffrance (6). Dans une ferme du Far West - un nid en Pologne la ville, la plage d'où vous avez été bannis Qu’est-ce qu’il y a-à en tirer aujourd'hui ? Tout son pays Et son petit bout de patrie L’émigrant les emporte Chez l’un chez l’autre - ici et là Collés à ses semelles et dans son baluchon.
Georg Salter - Ill. de couverture pour Walter Mehring, L'arche de Noé S.O.S., "nouveau recueil de chansons réconfortantes"
S. Fischer éd. Berlin 1931, première édition originale partiellement détruite par les nazis.
Werft eure Hoffnung über neue Grenzen - Reißt euch die alte aus wie'n hohlen Zahn! Es ist nicht alles Gold, wo Uniformen glänzen! Solln sie verleumden - sich vor Wut besprenzen - Sie spucken Haß in einen Ozean! Laßt sie allein Beim Rachespein Bis sie erbrechen, was sie euch gestohln Das Haus, den Acker - Berg und Waterkant. Der Teufel mag sie holn! Die ganze Heimat und das bißchen Vaterland Die trägt der Emigrant Von Mensch zu Mensch - landauf landab Und wenn sein Lebensvisum abläuft mit ins Grab.
Lance tes espoirs par-delà des frontières nouvelles – Arrache les anciennes comme une dent creuse ! Tout n'est pas or, là où brillent les uniformes !
Qu'ils calomnient – qu'ils s'aspergent de rage – Qu'ils déversent leur haine dans l'océan ! Laisse-les tout seuls Cracher leur vengeance Jusqu'à ce qu'ils vomissent ce qu'ils t'ont volé La maison, le champ - la montagne et la côte du Nord. Que le diable les emporte ! Tout son pays Et son petit bout de patrie
L’émigrant les emporte Chez l’un chez l’autre - par ci
par là Collés à ses semelles et dans son baluchon. Et quand son visa de vie expire il les emporte avec lui dans la tombe (7).
Ill. de couverture pour Walter Mehring - Westnordwestviertelwest / Ouest-Nord-Ouest quart Nord-Est, 1925
(2) Waterkant : la côte allemande de la mer du Nord.
(3) Le mémorial du brûlement des livres (Bücherverbrennung) du 10 mai 1933, place du marché à Bonn, comprend 60 dos de livres appelés Lezeseichen, marque-pages, insérés dans la chaussée à la manière des Stolpersteine. Il existe également un mémorial à Berlin, Bebelplatz, sous une autre forme : la bibliothèque engloutie.
(4) Thriller politico-humoristique qui, entre XVIIème et XXème siècle, sauvait d'un regrettable oubli la mystique et réformatrice Antoinette Bourignon.
(5) Volksgenossen - camarades du peuple, terme utilisé par les nazis pour désigner les personnes de "sang allemand", les seules à mériter de faire partie de la Volksgemeinschaft, la communauté du peuple - la nation racialement définie.Cette notion était vouée à inclure, au-delà des frontières de 33, les Volksgenossen tels que les Autrichiens, Allemands des Sudètes, etc. et, à l'intérieur, à exclure les juifs, tziganes... (liste à compléter au bon vouloir du Guide) auxquels était réservé un statut inférieur voire, in fine, la chambre à gaz. Je traduis Volksgenossen par compatriotes faute de mieux (mais si le terme exactement équivalent existait en français, ce ne serait pas vraiment un "mieux").
« Plutôt tutoyer les hyènes que hurler avec les nazis », je m’exclame, en reprenant les vers du « Choral des Émigrants » de Mehring, notre nouvel hymne national :
Tout son pays et un p’tit bout de patrie L’émigrant l’emporte avec lui D’hôte en hôte – de porte en porte Sous ses semelles, dans son fourbi…
Hertha Pauli - La déchirure du temps, ch. 2 "les petits hôtels", trad. Elisabeth Landes comme dans les notes à la suite.
(6) « Au nom de nous tous » – le 9 juin nous postons le télégramme à Thomas Mann. Il n’arrivera nulle part et ne servira à rien, pense Ernst Weiss. N’empêche qu’il signe tout de même l’appel au secours. L’action commune resserre nos liens, le cercle déchiré se ressoude. Je suis reconnaissante d’être admise dans cette « communauté de destin ». C’est une consolation, une sorte de patrie intérieure.
« Où que vous soyez, vous souffrez », dit le « Choral des émigrants » de Mehring. Nous sommes un tout.
Et même si notre appel devait demeurer sans réponse, nous aurons posé la question, et désormais nous avons quelque chose de concret à attendre…
Hertha Pauli - La déchirure du temps, ch. 7 "Au nom de nous tous", à propos de l'envoi du télégramme à Thomas Mann qui fut à l'origine de l'Emergency Rescue Committee.
(7) Le prêtre hongrois qu’a déniché la mère d’Ödön a, pour sa part, sur lui, une petite motte de sa terre natale qu’il veut déposer dans la tombe.
« Tout son pays et un p’tit bout de patrie, l’émigré l’emporte avec lui, d’hôte en hôte, par monts et par vaux, et au tombeau, quand expire son visa de vie », avait écrit Walter Mehring dans son « Choral d’émigrés ». Assis entre Wera et moi, Walter, à présent, se tait.
Hertha Pauli - La déchirure du temps, ch. 3 "Champs Élysées" - elle raconte l'enterrement d'Ödön von Orvath.
Ô joie ! clamèrent-il-et-elle en pénétrant dans la salle de l'exposition et en constatant que la femme au tissu vert avait fait le long voyage depuis la ville hanséatique de Brême jusqu'à cette station balnéaire de la Côte Fleurie, au risque (Kollwitz à Deauville !) du choc social pour une artiste qui déclara :
"La raison profonde de mon choix de ne représenter quasiment que la vie ouvrière tient à ce que les sujets puisés dans ce milieu représentaient purement et simplement ce que le beau était à mes yeux. Le beau, c'était pour moi le portefaix de Königsberg, les mariniers polonais sur leurs bateaux, la générosité des mouvements dans le peuple. Les gens du monde bourgeois, je les trouvais sans charme..."
Käthe Kollwitz - Souvenirs (1923-1941) Trad. Sylvie Pertoci, in Mais il faut pourtant que je travaille, Journal - Articles - Souvenirs, L'atelier contemporain éd. 2019
Oui, c'était bien elle :
Käthe Kollwitz - Weiblicher Rückenakt auf grünem Tuch / Nu féminin vu de dos sur un drap vert, 1903
Lithographie à la craie et au pinceau en brun, bleu et vert avec manière noire à la pierre à dessiner sur Japon, retravaillée à la craie pastel bleue
Brême, Kunsthalle
Autre choc, social mais plus ouaté, pour ce couple :
Charles Angrand - Couple dans la rue, 1887
Huile sur toile
qui vient, lui de moins loin (du Musée d'Orsay, mais c'est une Œuvre non exposée en salle actuellement) et dont le cartel ose avouer que
La photo de ce tableau est due à Jean Pierre Rousseau, qui photographie bien mieux que les chats et qui vous fera visiter l'exposition, si vous voulez. Après tout, si la ville du duc de Morny expose des artistes anarcho-socialistes, profitons-en.
Et à propos de Käthe Kollwitz et de Charles Angrand, déjà ici et là.
Ceci est un exercice de traduction - le petit défi étant de transposer le tétramètre iambique allemand en octosyllabe français, évidemment plus lourd - et merci à toute personne qui me signalerait des erreurs, il y en a, forcément. C'est en même temps une évocation d'une partie de l'exillitteratur - la part des morts.
Les douze poèmes de Brief aus der Mitternacht - cette dixième lettre en est le sommet - ont été composés par Walter Mehring au long de son odyssée, de Vienne en novembre 1937 à Marseille en janvier 1941 - voyage qui se termina à New York, dans un "sous-sol d’une maison de Brownstone, Manhattan uptown, bonne pour la démolition" comme il le décrit dans La bibliothèque perdue.
Ces poèmes sont adressés et furent envoyés (1) à Hertha Pauli qu'il avait rencontrée à Vienne en 1937 et dont il était immédiatement tombé amoureux - d'un amour non partagé qui constitue, tout au long de ces lettres, une métaphore du non-réalisé - un état dans lequel bien des choses restèrent de 1940 à 44 et depuis. Mehring et Pauli restèrent amis et surtout vécurent, ensemble la plupart du temps, le parcours hasardeux des exilés anti-nazis jusqu'au bureau de Varian Fry à Marseille. Tous deux font partie (avec Ernst Weiss et Hans Natonek) des quatre signataires du télégramme d'appel à Thomas Mann qui fut à l'origine de l'Emergency Rescue Committee et de la mission de Varian Fry.
Enfin, il faut rappeler que Walter Mehring est l'un des deux grands poètes allemands de la période. Certes l'autre, Bertolt Brecht, bénéficie d'une plus grande notoriété. Mais Brecht avait le soutien de forces politiques puissantes et même d'États constitués. Mehring, lui, n'avait pour le suivre que le cortège des fantômes, lutins, gnomes et farfadets qui hantent ses poèmes. Mais Les fantômes survivent aux États constitués.
Voici donc la dixième lettre, et ses onze fantômes.
An meine Kammer, wo ich welk, Pocht zwölfmal an das Neue Jahr, Spricht zugig hohl: Es war... es war... Hängt seinen Jahrkranz ans Gebälk, Verblüht - von Lügenluft erstickt – Erschlagen - von der Not geknickt: Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Marseille, Saint-Sylvestre 1940 / 41. In Memoriam
À la chambre où je me flétris Douze fois frappe l’An Nouveau Et de sa voix creuse et glacée Il répète : C’était… c’était… Exténué, aussi fané Que la couronne de l’année Qu’il vient suspendre à ma charpente, Hagard, étouffant de mensonges : Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Hänse Herrmann - Erich Mühsam (avant 1911)
MUEHSAM: Poet und Promethid, Erdrosselt wie ein räudiger Hund – OSSIETZKY, den man so zerschund. Daß er, voltairisch lächelnd schied... Als man den Friedenspreis ihm bot. Schloß er grad Frieden mit dem Tod... Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Carl von Ossietzky au camp de concentration d'Esterwegen, 1934
MUEHSAM: poète et Prométhide Étranglé comme un chien galeux (2) – OSSIETZKY, qu’ils ont massacré (3). A-t-il bien ri, en voltairien, Après le Nobel de la paix ? La paix… signée avec la mort ? (4) Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Timbre émis par la RFA à l'occasion du 50ème anniversaire de la mort de Kurt Tucholsky
Es weht ein Blatt - kaum leserlich: „Die Dummheit, die wir persifliert... Die macht Geschichte. Die regiert... Herzlichst TUCHOLSKY ... Ohne mich!...“ In Scliweden, krank, doch unbekehrt, Hat er den Schierlingstrank geleert... Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Au vent vole un feuillet - à peine peut-on lire : « cette bêtise Que nous persiflons - elle règne… Et fait l’histoire maintenant. très sincèrement, TUCHOLSKY … Cela sera sans moi ! » – en Suède Malade mais impénitent Il but sa coupe de cigüe (5). Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Ernst Toller pendant son emprisonnement à la forteresse de Niederschönenfeld, 1919-24
ERNST TOLLER, Freund aus Jugendland, Bestimmt, um Bühnen, Meetings, Zelln Mit ernster Tollheit zu erhelln, Löschte sich aus mit eigner Hand... In Übersee, weitab der Schlacht – Warum hat er sich umgebracht...! - Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben…
TOLLER, l’ami de ma jeunesse Que sa très sérieuse folie Sur scène, en meetings, en prison Vouait à éclairer les âmes S’est éteint de sa propre main (6) Outre-mer et loin du combat – Pourquoi a-t-il choisi sa fin ? Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Lotte Altmann - Joseph Roth à la terrasse du restaurant Almondo à Ostende, été 1936
Wo in der Welt wächst nun die Art Von Stammtisch, nah dem Luxembourg Rechtspolitik und Linkskultur, Die JOSEPH ROTH um sich geschart…? Von dessen Bart Weissagung troff. Sich weise drum zu Tode soff... Welch edler Jahrgang reicher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Où croît encore ce cépage ? À la table des habitués, Là où Joseph Roth rassemblait Près du Luxembourg, politique De droite et culture de gauche… ? De sa moustache débordaient Les prophéties et sagement Il se saoula jusqu’à la mort (7). Ce noble cru de riches vignes Fut perdu avant les vendanges...
Ernst Weiss (s.d.)
Kurz vor dem Fall der Stadt Paris, Wo ich nach langer Haft Dich fand. Besucht uns oft der Emigrant ERNST WEISS, der dort sein Leben ließ.. Arzt, Dichter: mischt er Giftarznei, Nahm sie beim ersten Hunnenschrei... Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Peu avant qu’ils aient pris Paris Où nous nous étions retrouvés Après mon long séjour en camp (8) ERNST WEISS qui avait émigré Vint souvent nous rendre visite C’est alors qu’il perdit la vie (9)… Médecin, poète, il mélangeait Les poisons pour les avaler À la première alerte aux Huns (10)… Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Theodor Lessing, s.d.
Hugo Erfurth - Walter Hasenclever, ca 1917
LESSING, der Denker, Fehm-gekillt… Und HASENCLEVER, einst vernarrt In den esprit - im Camp verscharrt Von Frankreich... Welch Komödienbild! CARL EINSTEIN: auf der Flucht erhenkt. OLDEN, vor Kanada versenkt... Ein edler Jahrgang deutscher Reben Nutzlos verschüttet, ließ sein Leben.
Anita Rée - Portrait de Carl Einstein, avant 1921
Photo d'identité de Rudolf Olden pour sa carte de presse,
ca 1927
LESSING, le penseur (11), que tua La Vehme (12)… Aussi HASENCLEVER (13), Qui fut amoureux de l’esprit – Enterré au camp par la France Quelle scène de comédie ! Et CARL EINSTEIN qui s’est pendu (14) En fuyant. OLDEN, qui coula En voguant vers le Canada (15)… Ce noble cru du sol allemand On l'a répandu et perdu Sans la plus petite raison.
Plaque en hommage à Ödön von Horvath sur la façade du théâtre Marigny
Doch HORVATH, den ein Baum erschlug. Damit solch Kleinod im Exil Den Säuen nicht zum Fräße fiel, Starb ganz er selbst: ein Satyr-Spuk... Die Türe knarrt... zwölfmal pocht’s an: Die tote Elf - der Sensenmann... Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Et HORVATH, tué par un arbre (16). Pour qu'un tel joyau en exil Ne soit pas jeté aux pourceaux, Il s'en est mort tout seul : en spectre Satirique… La porte grince… Douze fois on vient y frapper : Les onze morts – puis la Faucheuse... Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
George Grosz - Der Schriftsteller Walter Mehring, 1926
In dieser Kammer, wo ich, welk, ich in Marseille, Du in New York - Wo ausgejätet und auf Borg Und fruchtlos in Erinnerung schwelg Drauf wartend, daß die Freundes-Elf Gelinde mir hinüberhelf... Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Cette chambre où je me flétris, - Moi à Marseille, toi à New York – J'y vis sans le sou, à crédit Plongé dans de vains souvenirs Et j’attends que les onze amis M’aident à passer gentiment… Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Eric Schaal - Walter Mehring, Ascona, 1960
... war mir ein Etwas noch vergönnt, Weil Neu-Jahr ist, so sei’s: ich könnt, Sturmläutend jeden Nervenstrang Dich hautdicht, duftnah herbeschwörn, Dich atmen, tasten, schauen, hörn Dank einem rauschhaft heilenden Trank.. Aber der Wein, daß ich genese, Reift nicht, zerstört längst vor der Lese…
Mais on m’a accordé un petit quelque chose Après tout c'est le Nouvel An, et je pouvais En faisant résonner chaque fibre nerveuse Invoquer ton parfum, le contact de ta peau, Te respirer, te toucher, te voir et t’entendre Grâce à une boisson qui enivre et soulage… Mais pour ce vin qui me guérit, Les raisins ne mûrissent pas, La vigne est ravagée bien avant les vendanges...
(1) "M’arriva
de la Martinique un courrier de Mehring. Je déchirai l’enveloppe,
bouillant d’impatience de savoir comment ça s’était passé pour lui. Il
en tomba un paquet de poèmes - Les Lettres de minuit en mille et un vers - qui m'étaient dédiés " Hertha Pauli - Der Riß der Zeit geht durch mein Herz /La déchirure du temps, 1970, trad. Elisabeth Landes 2024.
(2) Au camp d’Oranienburg dans la nuit du 9 au 10 juillet 1934. Les S.S. somment Mühsam de se suicider. Il refuse. Il est battu et étranglé, traîné dans les latrines et pendu par les gardes pour simuler un suicide. J'en ai déjà parlé par là.
(3) Zerschund, de Zerschänden, profaner. J’ai choisi massacré plutôt que mutilé. Ossietzky est mort en 1938, de tuberculose et des conséquences des mauvais traitements subis en camp de concentration. Après une campagne internationale, le Nobel lui avait été accordé en 1936 (rétroactivement, au titre de 1935) alors qu’il était en camp depuis 33. Selon certaines sources le bacille de Koch lui aurait été injecté à l’infirmerie du camp d’Esterwegen. D’où, je pense, le profané écrit par Mehring, la nouvelle ayant peut-être circulé dans les milieux émigrés.
(4) Ossietzky est le principal représentant du pacifisme radical pendant la période de Weimar. Il est à l'initiative du mouvement Nie wieder Krieg et est condamné en 31 à la prison pour haute trahison après avoir diffusé des informations secrètes sur le réarmement clandestin de la Reichswehr.
(5) Tucholsky, réfugié en Suède et malade, prend des somnifères le 20 décembre 1935 et meurt le lendemain. Il était un des principaux contributeurs de la Weltbühne, l'hebdomadaire d'Ossietzky, notamment pour sa chronique antimilitariste.
(6) Réfugié à New York, Toller se pend le 22 mai 1939.
(8) Mehring est interné au camp de Falaise de l'automne 1939 à février 1940 comme "étranger ennemi", ainsi que le gouvernement français considérait les allemands restés en France, y compris les antinazis réfugiés. Le nous de nous nous étions retrouvés désigne Mehring et Hertha Pauli.
(9) Ernst Weiss s'empoisonne le 14 juin 1940, jour de l'entrée des troupes allemandes dans Paris déclarée ville ouverte. Il meurt à l'hôpital le lendemain. Il est l'auteur du Témoin oculaire, le premier roman biographique écrit sur Adolf Hitler.
(10) Ici les Huns désigne les nazis. Mehring reprend le qualificatif utilisé par les adversaires des Allemands pendant la première guerre mondiale.
(11) Theodor Lessing, professeur juif que les discriminations antisémites empêchèrent de trouver un poste universitaire, enseigna la philosophie dans l'enseignement technique dont il fut chassé par une campagne des nationalistes après avoir écrit un article où il se moquait de Hindenburg. En 1933 il fuit en Tchécoslovaquie mais une récompense est offerte pour sa capture dans les journaux Sudètes. Il est assassiné le 30 Août 1933 d'un coup de revolver tiré par la fenêtre de son bureau.
(13) Walter Hasenclever, poète expressionniste, auteur dramatique et scénariste de cinéma, s'exile en France, est interné comme "étranger ennemi" au camp des Milles et se suicide au véronal le 21 juin 1940 pour ne pas tomber aux mains des nazis.
(14) Carl Einstein, juif, anarchiste, critique et historien de l'art, fut un des découvreurs de l'art africain et un proche collaborateur de Jean Renoir. Il s'engage de 36 à 38 pour la défense de la République espagnole, dans les rangs de la colonne Durruti. Retourné en France il est interné comme "étranger ennemi" en 1940 au camp de Bassens, près de Bordeaux. Il s'en évade mais, pris au piège à la frontière espagnole comme l'a été Walter Benjamin, il se suicide le 3 juillet 1940 par noyade dans le Gave de Pau, à côté de Notre-Dame de Bétharram. Il faut rappeler que par l'article 19 de la convention d'armistice du 22 juin 1940, la France acceptait de livrer aux nazis tout réfugié allemand qu'ils lui auraient signalé.
(15) Rudolf Olden, journaliste et avocat - il fut celui d'Ossietzky. En 1933 il se réfugie à Prague, puis à Paris et enfin en Angleterre, devient secrétaire du Pen Club allemand en exil. Il s'embarque pour le Canada sur un bateau qui est coulé par un U-Boot le 18 septembre 1940.
(16) Ödön von Horvath, l'auteur de Jeunesse sans Dieu, faisait partie à Vienne du petit groupe d'amis fréquenté par Mehring et Hertha Pauli. Réfugié à Paris, il est tué devant le théâtre Marigny par la chute d'un arbre.
Le populaire du 3 juin 1938
Et, de Walter Mehring, déjà - ou, à propos de Hertha Pauli, ici et là.
Il n'existe pas, à ma connaissance, d'édition française de poèmes de Walter Mehring, et la seule en langue anglaise est celle de la traduction par S. A. de Witt de Brief aus der Mitternacht et des poèmes d'exil, sous le titre No road back, New York, Samuel Curl Inc. 1er mars 1944.
...est la première image postée sur ce blog le 22 mars 2007, soit il y a un peu plus de 19 ans.
Ce blog va se faire plus épisodique, je ne dis pas qu'il va se mettre complètement en sommeil mais il va sûrement faire de beaux rêves. J'en profite pour réécouter ces petites chansons
Rebecca Pidgeon - Medley : Auld Lang Syne/Bring it on home
de l'album The New York girl's club, 1995
David Mamet pour le poème introductif
Trad./Robert Burns pour Auld Lang Syne,
paroles et musique de Sam Cooke pour Bring it on home
que j'avais déjà postées lors d'un (précédent) endormissement de ces notules oculo-félines. Mais Auld Lang Syne ce n'est qu'un au revoir.
Prenez grand soin de vous par ces temps contrastés.