Édouard Vuillard - Les affiches électorales square Berlioz, 1925
Huile sur panneau
Les affiches de Vuillard sont celles de la campagne municipale de 1925 à Paris, qui donna lieu à la fusillade de la rue Damrémont qui fit quatre morts - pas très loin du square Berlioz, de l'autre côté du cimetière de Montmartre.
"Reconstitution" de la fusillade de la rue Damrémont
1925 : la gauche du Cartel est au pouvoir, jusqu'en juillet 1926, mais le PCF est dans l'opposition, lui dont le Service d'Ordre tire au browning rue Damrémont sur les Jeunesses Patriotes (1). Après la chute du second gouvernement Herriot, qui signe la fin du Cartel des gauches, c'est Raymond Poincaré qui forme un gouvernement d'Union nationale (droite et radicaux), le quatrième gouvernement Poincaré (2) qui sera suivi d'un cinquième jusqu'au 26 juillet 1929, jour où Poincaré démissionne pour raisons de santé...
André Hambourg - L'enterrement de Poincaré, 1934
Huile sur carton
...avant de mourir le 15 octobre 1934. Les obsèques nationales que peint, avec un certain recul, André Hambourg ont lieu le 20 octobre. On est alors sous un Nième gouvernement d'Union entre les radicaux et la droite, le second gouvernement Doumergue, qui a vu l'émeute du 6 février 1934. Viendra le Front populaire, qui ne durera que de juin 1936 à avril 1938 (fin du second gouvernement Léon Blum) et qui sera suivi du sinistre troisième gouvernement Daladier (3).
(1) On n'est qu'à huit ans du grand choc de 1917, à trois ans de la Marche sur Rome. C'est le P.C.F. des chauds débuts antimilitaristes et anticolonialistes. C'est aussi le parti qui, dans ces mêmes élections municipales de 1925, pour la première fois en France, présente et fait élire des femmes, qui seront invalidées par l'administration.
(2) Auteur d'une dévaluation compétitive et anti-rentiers qui se fit sur les conseils conjugués de la Banque de France et... de la CGT de Léon Jouhaux.
(3) 1938 est une année intéressante, au sens de la (fausse) malédiction chinoise. Les chats conseillent la lecture du livre de David Foessel, Récidive, dont vous voudrez bien leur pardonner de citer un peu longuement l'avant-propos :
L’année 1938 dont parle ce livre est celle de la France. Depuis ce poste d’observation, le diagnostic sur la « faiblesse des démocraties » m’est apparu aussi discutable que celui que l’on fait aujourd’hui à propos des « démocraties illibérales ». Lorsque l’on dit des démocraties des années 1930 qu’elles sont faibles, on suggère qu’elles sont confrontées à des États totalitaires qui, contrairement à elles, n’ont pas à tenir compte de leurs opinions publiques. Ni à soumettre leur politique à la critique d’une presse pluraliste et libre. Dans cette hypothèse, on impute aux sociétés démocratiques une indécision, voire une lâcheté, qu’elles tiendraient du suffrage universel et du respect des règles parlementaires. Ce genre d’arguments sert aussi à expliquer la défaite de 1940 : que pouvait un peuple fatigué de la guerre, hédoniste, engourdi par les congés payés face à l’armée disciplinée et ascétique d’un État dictatorial ?
Mon exploration de
1938 m’a pourtant moins convaincu de la faiblesse de la démocratie
française que du fait que la France n’était plus, à cette date, que
faiblement démocratique. 1938 n’est pas seulement l’année des reniements
internationaux, c’est aussi celle de l’emploi systématique des
décrets-lois (l’équivalent de nos ordonnances) par le gouvernement, de
la répression massive des grèves, d’une politique de plus en plus
hostile aux étrangers et de l’élection de Charles Maurras à l’Académie
française. Comme on le lira plus bas, la liste est loin d’être close.
(...)
À bien des égards, la France de 1938 m’a fait penser à l’Allemagne de 1932, un État et une société qui avaient déjà largement rompu avec la démocratie. Mais, comme chacun sait, Hitler est parvenu au pouvoir à la suite d’élections, ce qui permet de rejouer le discours sur la faiblesse congénitale des démocraties. En France, où il a fallu la défaite des armes pour imposer la Révolution nationale, l’explication selon laquelle le peuple a fait le choix démocratique de se suicider n’a pas de consistance. On devrait donc s’attendre à voir la France passer sans transition de la lumière à l’ombre : d’un régime parlementaire, peut-être faible, mais attaché à ses principes, à un système autoritaire imposé par l’occupant. Or, je n’ai pas vu dans la France de 1938 un pays que son respect des règles parlementaires rendait vulnérable à l’ennemi fasciste. Justement parce que j’étais animé par des inquiétudes sur la démocratie en 2018, j’ai décelé dans la France de 1938 une société qui, sans rien savoir de ce qui l’attendait, avait déjà abdiqué sur l’essentiel.
Il est deux heures moins le quart dans la Home Security Control Room, assez profondément sous Whitehall, et on voit les points rouges sur Londres. Il fut un temps où la Situation room était plutôt antifa.
Portrait du frère de la peintre. Au fait, dit-on la peintre ? Le Dictionnaire de l'Académie, pour le féminin, préconise l'apposition :
En apposition.Artiste peintre.Une femme peintre (le féminin Peintresse se rencontre, mais avec une valeur ironique et dépréciative).
Dictionnaire de l'Académie Française,
9ème édition.
Si une femme peint son frère j'ai donc le choix entre :
- Portrait du frère de la femme peintre
- Portrait du frère de la peintresse.
Le premier est lourd, le second est, paraît-il, dépréciatif.
On se retrouve donc le plus souvent avec :
Portrait du frère de l'artiste.
Encore faut-il se souvenir que l'artiste est une femme. La femme est sujette à apposition. Et l'apposition une fois apposée, la femme se décroche.
Ce qui me rappelle cette fameuse plaque dans le XVème arrondissement de Paris...
...et, si l'on y ajoute que Camille est un prénom épicène, et que l'on se rappelle en outre le destin (1) de Camille Claudel, cela jette, disons, un froid. Imaginons le touriste venu d'un pays lointain - par exemple...
un Persan - qui prendrait Camille pour un homme et ne serait renseigné par l'Académie...
Même édition du même dictionnaire
de la même Académie
...qu'à cette ultime phrase explicitant l'apposition : Camille Claudel, Germaine Richier étaient des femmes sculpteurs. Mais Praxitèle était sculpteur. Et sur la plaque, comme prévu, la femme s'est décrochée.
Mais Joan Manning-Saunders, qui a peint David and the globe à l'âge de 13 ans et exposé pour la première fois à la Royal Academy seulement deux ans plus tard, était-elle
- la préadolescente peintre
- ou, dépréciatif, la petite peintresse ?
Je vais exceptionnellement exciper de l'article sculpteur de l'Académie : après tout, si l'on rencontre parfois (le soir, au coin d'une rue, d'un bois ?) le féminin sculptrice, pourquoi ne rencontrerait-on pas dans un cottage en Cornouailles, chez ses parents poétesse et écrivain, en 1926, une peintre ?
(1) Les circonstances de son internement, à la demande de sa famille, sont bien connues. Rappelons simplement que Camille Claudel, qui a toujours contesté son enfermement de la façon la plus claire, est morte de malnutrition en 1943 à l'asile d'aliénés de Montfavet, comme 40.000 internés psychiatriques morts de faim pendant l'occupation. Son frère Paul Claudel ne s'est pas dérangé pour assister à son enterrement dans le carré des aliénés. Ses restes, n'ayant pas été réclamés par sa famille, ont été par la suite versés à l'ossuaire du lieu.
La toile a obtenu la médaille d'or de la ville de Düsseldorf - le premier succès public de Radziwill. Il représentait si méticuleusement les briques qu'on rapprochait ça du fait qu'il avait été maçon - Radziwill était un peintre quasi-autodidacte.
Et Die Strasse était, avec une autre toile du peintre, à la 19ème Biennale de Venise en 1934 - Radziwill, qui avait adhéré au NSDAP en 1933, représentait donc avec son tableau l'art du nouveau Reich.
Pourtant, à Königsberg en 1938, Arnold Ziegler, président de la Chambre des Beaux-Arts du Reichinterdit d'exposer ce même tableau, et même il le confisque. Voilà que Rosenberg avait gagné contre Goebbels et le régime avait fini par se faire une religion sur la question artistique en rejetant l'art moderne, expressionnisme et Neue Sachlichkeit compris. On avait même collé le portrait de Radziwill par Otto Dix dans l'exposition d'Entartete Kunst (art dégénéré) de Munich. Avec l'inscription "Radziwill, bolchevik culturel, comment a-t-on pu se laisser peindre ainsi ?". Même chez les nazis il y avait des factions artistiques, et des comptes se réglaient.
Mais Radziwill continua d'exposer - certes moins - de peindre et de vendre, particulièrement à la Kriegsmarine, les officiers l'aimaient bien, il peignait les bateaux dans leurs moindres détails, comme les briques. Et puis la guerre s'est terminée, on dénazifia (un peu) et le peintre fut d'abord classé catégorie 4 (sympathisant). Puis, après avoir fait appel, catégorie 5 (personnes exonérées). Il corrigea certaines de ses toiles. Il effaçait ici ou là une croix gammée.
Pourtant, du début jusqu'à la fin de ce qu'il a peint, un thème prédomine : l'angoisse - de la mécanisation, de la destruction, de la solitude. Même à l'aune de la Neue Sachlichkeit, une école pas vraiment décontractée, Radziwill tranche. C'est le maître du paysage angoissé...
...et des ciels oppressants, lourds de menaces, pesant sur une humanité perdue, qu'elle soit nazie ou dégénérée.
Franz Radziwill - Hochwasser (das Wasser steigt) / Inondation (l'eau monte), 1957
Ill. pour Ben Hecht - 1001 Afternoons in New York, New York, 1941
La scène croquée par Grosz et décrite par Ben Hecht se déroule au restaurant Le Moal, où se retrouvaient les Français en exil, à l'angle de la 3ème avenue et de 50th Street.
The bar is a little crowded, the tables not entirely. Nothing is here to be noted except a plainness and a dinginess a trifle below the Third Avenue standard. This is because matters of the spirit are not for the eye. M. Le Moal’s little collection of tables and chairs and cutlery is not a café. It is Paris still breathing near the corner of our own 50th Street. When you look a little more closely at the men standing at the bar you notice they are mostly sailors. They are off the Normandie and other French ships locked away in our river. They have no money and they wait for a good Samaritan to come in and buy them a drink or a meal. In return they will talk of the glories of the French Navy and its undiminished threat to the Nazis.
In the meantime they stand about talking hardly at all. Solemnly and with a curious patience they study the faded murals over M. Le Moal’s bar. These reveal scenes on the Brittany coast. Not too well drawn, but nonetheless rugged fishermen are gathering oysters off the Brittany sea bottom. At the tables inside are not diners but a cast—a cast brought over intact from Paris. Fernand Léger, the painter, sits over his chicken casserole. A plump and literary industrialist once famed for his output of linen is sipping his vin ordinaire. You may be sure that for this hour he has forgotten the loss of his factory and the increasing need of a job. At another table sits one Henri Szamota, bicycle-racing champion of Paris in 1936 and now a salesman for a NewJersey soda-water manufacturer. And you may be sure that Henri is not thinking of soda-water sales. There is present another painter, Mané-Katz. He is a Polish Jew, long a resident of Paris and recently escaped from a concentration camp. In this camp he met Picasso. “What can we do now?” this Mané-Katz inquired desperately. “We can get out of here, with luck,” said Picasso, ‘ “and give a show.” Mané-Katz got out, painted his head off, and gave a show at the Sterner Gallery.
La couverture du menu
Over all this a phonograph plays. French military marches come scratching out. Maurice Chevalier sings. Tino Rossi croons and Trénet, called the Singing Fool, comes from the records. All is the same, nothing altered, nothing added or subtracted. Paris still breathes despite a slight geographical dislocation. And sitting in this ghostly survival of a vanished day, I wonder if Tony Canzoneri and Irving Berlin and Damon Runyon and Oscar Levant and Jimmy Johnston and Billy Rose and all the other Lindy habitués will be sitting sometime in an odd far-away street trying to recapture the soul of a way of eating, talking, and night-haunting stolen out of the world by the Luftwaffe.
Ben Hecht - 1001 Afternoons in New York, Viking Press, 0ctober 1941
Nos quedaremos solos y será ya de noche.
Nos quedaremos solos mi almohada y mi silencio
y estará la ventana mirando inútilmente
los barcos y los puentes que enhebran sus agujas.
Yo diré: Ya es muy tarde.
No me contestarán
ni mis guantes ni el peine,
solamente tu olor,
tu perfume olvidado
como una carta
puesta boca abajo en la mesa.
C'est la java
de celui
qui s'en va
C'est sa java
C'est ma triste java
Morderé una manzana fumaré un cigarrillo
viendo bajar los cuernos de la noche medusa
su vasto caracol forrado en terciopelo
donde duerme en tu seno quemado por la luna
Y diré: Ya es de noche
y estaremos de acuerdo,
oh muebles oh ceniza
con el organillero que remonta en la esquina
sus titres de luna para los niños pobres
C'est la java
de celui
qui s'en va
C'est sa java
C'est ma triste java
Es justo, corazón, la canta el que se queda,
la canta el que se queda para cuidar la casa.
(1) Republication d'un billet du 12/04/2010 qui avait encore une fois perdu sa musique.
Julio & Carol relate l'histoire d'amour de l'Oursine (1) et du Loupet leur voyage spatio-intemporel au long de l'autoroute A6 sur le dragon Fafner.
Selon des sources fiables ce film aurait été vu à Sablé-sur-Sarthe en septembre 2025 et le 6 mars 2026 - à 20h30 - à Percy-sur-Sarthe. Être ou ne pas être Sarthois, telle est la question.
Mais comme prévu tout se bifurque et il existe deux autres films adaptés des Autonautes : Lucie & maintenant - Journal nomade, de Simone Fürbringer, Nicolas Humbert et Werner Penzel, ainsi que París Marsella de Sebastian Martínez Piñeiro (2), qu'on peut voir ici.
(1) Traduction proposée par Laure Guille-Bataillon pour Osita (petite oursonne) dans le texte original.
C'est à la première étape de son voyage d'exil que Walter Mehring écrit le Choral des émigrants - « notre nouvel hymne national » écrit Hertha Pauli (1) dans ses souvenirs, La déchirure du temps. Emigranten choral est publié en 1934, alors que Mehring est à Paris.
Ce voyage, celui des exilés, réfugiés, émigrés, émigrants, immigrés, migrants - et à chaque fois le terme en dit plus long sur celui qui l'emploie pour désigner que sur ceux qui sont ainsi pointés du doigt - ce voyage est comme une monnaie à deux faces : d'un côté l'exil, de l'autre l'émigration.
Mais ici on chante d'abord le moment de l'émigration.
Je reprends, plutôt mot à mot, le texte du recueil Um euch zum Trotz, 1934 (dans le volume II de l’édition des poèmes par Christoph Buchwald - Staatenlos im Nirgendwo, Die Gedichte, Lieder und Chansons 1933-1974, Ullstein éd. 1984).
Werft eure Herzen über alle Grenzen! Und wo ein Blick grüßt, werft die Anker aus! Zählt auf der Wandrung nicht nach Monden und nach Lenzen. Starb eine Welt, ihr sollt sie nicht bekränzen! Schärft das euch ein und sagt „wir sind zu Haus!“ Baut euch ein Nest! Vergeßt - Vergeßt Was man euch aberkannt und euch gestohlen! Kommt ihr von Isar, Spree und Waterkant : Was gibt’s da heut zu holn? Die ganze Heimat und Das bißchen Vaterland Die trägt der Emigrant Von Mensch zu Mensch - von Ort zu Ort An seinen Sohl’n, in seinem Sacktuch mit sich fort.
Choral des émigrants
Lancez vos cœurs par-delà les frontières ! Et là où un regard vous salue, jetez l'ancre ! Dans vos errances, ne comptez pas les lunes et les printemps. Si un monde est mort, ne le coiffez pas d’une couronne ! Comprenez bien ça et dites : « Nous sommes chez nous ! » Construisez-vous un nid ! Oubliez – oubliez Ce qui vous a été pris, volé ! Que vous veniez de l'Isar, de la Spree, de la côte du Nord (2) : Qu’y a-t-il à en tirer aujourd'hui ? Tout son pays Et son petit bout de patrie L’émigrant les emporte Chez l’un chez l’autre - ici et là Collés à ses semelles et dans son baluchon.
Mémorial des livres brûlés à Bonn :
Lesezeichen (3) de Walter Mehring et de son livre Paris in brand(4)
Tarnt euch mit Scheuklappen - mit Mönchskapuzen: Den Schädel drunter wird man euch zerbeuln! Ihr werdt euch doch die Schädel drunter beuln! Ihr seid gewarnt: das Schicksal läßt sich da nicht uzen - Wir wolln uns lieber mit Hyänen duzen Als drüben mit dem Volksgenossen heuln! Wo ihr auch seid: Das gleiche leid Auf’ner Wildwestfarm - einem Nest in Poln Die Stadt, der Strand, von denen ihr verbannt: Was gibt da noch zu holn? Die ganze Heimat und das bißchen Vaterland Die trägt der Emigrant Von Mensch zu Mensch - von Ort zu Ort An seinen Sohl'n, in seinem Sacktuch mit sich fort.
Vous aurez beau vous mettre des œillères - ou des capuches de moines : On vous cassera le crâne ! Vous vous fracasserez le crâne ! Vous êtes prévenus : on ne triche pas avec le destin - Mieux vaut tutoyer les hyènes que hurler là-bas avec les compatriotes (5) ! Où que vous soyez : C’est la même souffrance (6). Dans une ferme du Far West - un nid en Pologne la ville, la plage d'où vous avez été bannis Qu’est-ce qu’il y a-à en tirer aujourd'hui ? Tout son pays Et son petit bout de patrie L’émigrant les emporte Chez l’un chez l’autre - ici et là Collés à ses semelles et dans son baluchon.
Georg Salter - Ill. de couverture pour Walter Mehring, L'arche de Noé S.O.S., "nouveau recueil de chansons réconfortantes"
S. Fischer éd. Berlin 1931, première édition originale partiellement détruite par les nazis.
Werft eure Hoffnung über neue Grenzen - Reißt euch die alte aus wie'n hohlen Zahn! Es ist nicht alles Gold, wo Uniformen glänzen! Solln sie verleumden - sich vor Wut besprenzen - Sie spucken Haß in einen Ozean! Laßt sie allein Beim Rachespein Bis sie erbrechen, was sie euch gestohln Das Haus, den Acker - Berg und Waterkant. Der Teufel mag sie holn! Die ganze Heimat und das bißchen Vaterland Die trägt der Emigrant Von Mensch zu Mensch - landauf landab Und wenn sein Lebensvisum abläuft mit ins Grab.
Lance tes espoirs par-delà des frontières nouvelles – Arrache les anciennes comme une dent creuse ! Tout n'est pas or, là où brillent les uniformes !
Qu'ils calomnient – qu'ils s'aspergent de rage – Qu'ils déversent leur haine dans l'océan ! Laisse-les tout seuls Cracher leur vengeance Jusqu'à ce qu'ils vomissent ce qu'ils t'ont volé La maison, le champ - la montagne et la côte du Nord. Que le diable les emporte ! Tout son pays Et son petit bout de patrie
L’émigrant les emporte Chez l’un chez l’autre - par ci
par là Collés à ses semelles et dans son baluchon. Et quand son visa de vie expire il les emporte avec lui dans la tombe (7).
Ill. de couverture pour Walter Mehring - Westnordwestviertelwest / Ouest-Nord-Ouest quart Nord-Est, 1925
(2) Waterkant : la côte allemande de la mer du Nord.
(3) Le mémorial du brûlement des livres (Bücherverbrennung) du 10 mai 1933, place du marché à Bonn, comprend 60 dos de livres appelés Lezeseichen, marque-pages, insérés dans la chaussée à la manière des Stolpersteine. Il existe également un mémorial à Berlin, Bebelplatz, sous une autre forme : la bibliothèque engloutie.
(4) Thriller politico-humoristique qui, entre XVIIème et XXème siècle, sauvait d'un regrettable oubli la mystique et réformatrice Antoinette Bourignon.
(5) Volksgenossen - camarades du peuple, terme utilisé par les nazis pour désigner les personnes de "sang allemand", les seules à mériter de faire partie de la Volksgemeinschaft, la communauté du peuple - la nation racialement définie.Cette notion était vouée à inclure, au-delà des frontières de 33, les Volksgenossen tels que les Autrichiens, Allemands des Sudètes, etc. et, à l'intérieur, à exclure les juifs, tziganes... (liste à compléter au bon vouloir du Guide) auxquels était réservé un statut inférieur voire, in fine, la chambre à gaz. Je traduis Volksgenossen par compatriotes faute de mieux (mais si le terme exactement équivalent existait en français, ce ne serait pas vraiment un "mieux").
« Plutôt tutoyer les hyènes que hurler avec les nazis », je m’exclame, en reprenant les vers du « Choral des Émigrants » de Mehring, notre nouvel hymne national :
Tout son pays et un p’tit bout de patrie L’émigrant l’emporte avec lui D’hôte en hôte – de porte en porte Sous ses semelles, dans son fourbi…
Hertha Pauli - La déchirure du temps, ch. 2 "les petits hôtels", trad. Elisabeth Landes comme dans les notes à la suite.
(6) « Au nom de nous tous » – le 9 juin nous postons le télégramme à Thomas Mann. Il n’arrivera nulle part et ne servira à rien, pense Ernst Weiss. N’empêche qu’il signe tout de même l’appel au secours. L’action commune resserre nos liens, le cercle déchiré se ressoude. Je suis reconnaissante d’être admise dans cette « communauté de destin ». C’est une consolation, une sorte de patrie intérieure.
« Où que vous soyez, vous souffrez », dit le « Choral des émigrants » de Mehring. Nous sommes un tout.
Et même si notre appel devait demeurer sans réponse, nous aurons posé la question, et désormais nous avons quelque chose de concret à attendre…
Hertha Pauli - La déchirure du temps, ch. 7 "Au nom de nous tous", à propos de l'envoi du télégramme à Thomas Mann qui fut à l'origine de l'Emergency Rescue Committee.
(7) Le prêtre hongrois qu’a déniché la mère d’Ödön a, pour sa part, sur lui, une petite motte de sa terre natale qu’il veut déposer dans la tombe.
« Tout son pays et un p’tit bout de patrie, l’émigré l’emporte avec lui, d’hôte en hôte, par monts et par vaux, et au tombeau, quand expire son visa de vie », avait écrit Walter Mehring dans son « Choral d’émigrés ». Assis entre Wera et moi, Walter, à présent, se tait.
Hertha Pauli - La déchirure du temps, ch. 3 "Champs Élysées" - elle raconte l'enterrement d'Ödön von Orvath.
Ô joie ! clamèrent-il-et-elle en pénétrant dans la salle de l'exposition et en constatant que la femme au tissu vert avait fait le long voyage depuis la ville hanséatique de Brême jusqu'à cette station balnéaire de la Côte Fleurie, au risque (Kollwitz à Deauville !) du choc social pour une artiste qui déclara :
"La raison profonde de mon choix de ne représenter quasiment que la vie ouvrière tient à ce que les sujets puisés dans ce milieu représentaient purement et simplement ce que le beau était à mes yeux. Le beau, c'était pour moi le portefaix de Königsberg, les mariniers polonais sur leurs bateaux, la générosité des mouvements dans le peuple. Les gens du monde bourgeois, je les trouvais sans charme..."
Käthe Kollwitz - Souvenirs (1923-1941) Trad. Sylvie Pertoci, in Mais il faut pourtant que je travaille, Journal - Articles - Souvenirs, L'atelier contemporain éd. 2019
Oui, c'était bien elle :
Käthe Kollwitz - Weiblicher Rückenakt auf grünem Tuch / Nu féminin vu de dos sur un drap vert, 1903
Lithographie à la craie et au pinceau en brun, bleu et vert avec manière noire à la pierre à dessiner sur Japon, retravaillée à la craie pastel bleue
Brême, Kunsthalle
Autre choc, social mais plus ouaté, pour ce couple :
Charles Angrand - Couple dans la rue, 1887
Huile sur toile
qui vient, lui de moins loin (du Musée d'Orsay, mais c'est une Œuvre non exposée en salle actuellement) et dont le cartel ose avouer que
La photo de ce tableau est due à Jean Pierre Rousseau, qui photographie bien mieux que les chats et qui vous fera visiter l'exposition, si vous voulez. Après tout, si la ville du duc de Morny expose des artistes anarcho-socialistes, profitons-en.
Et à propos de Käthe Kollwitz et de Charles Angrand, déjà ici et là.
Ceci est un exercice de traduction - le petit défi étant de transposer le tétramètre iambique allemand en octosyllabe français, évidemment plus lourd - et merci à toute personne qui me signalerait des erreurs, il y en a, forcément. C'est en même temps une évocation d'une partie de l'exillitteratur - la part des morts.
Les douze poèmes de Brief aus der Mitternacht - cette dixième lettre en est le sommet - ont été composés par Walter Mehring au long de son odyssée, de Vienne en novembre 1937 à Marseille en janvier 1941 - voyage qui se termina à New York, dans un "sous-sol d’une maison de Brownstone, Manhattan uptown, bonne pour la démolition" comme il le décrit dans La bibliothèque perdue.
Ces poèmes sont adressés et furent envoyés (1) à Hertha Pauli qu'il avait rencontrée à Vienne en 1937 et dont il était immédiatement tombé amoureux - d'un amour non partagé qui constitue, tout au long de ces lettres, une métaphore du non-réalisé - un état dans lequel bien des choses restèrent de 1940 à 44 et depuis. Mehring et Pauli restèrent amis et surtout vécurent, ensemble la plupart du temps, le parcours hasardeux des exilés anti-nazis jusqu'au bureau de Varian Fry à Marseille. Tous deux font partie (avec Ernst Weiss et Hans Natonek) des quatre signataires du télégramme d'appel à Thomas Mann qui fut à l'origine de l'Emergency Rescue Committee et de la mission de Varian Fry.
Enfin, il faut rappeler que Walter Mehring est l'un des deux grands poètes allemands de la période. Certes l'autre, Bertolt Brecht, bénéficie d'une plus grande notoriété. Mais Brecht avait le soutien de forces politiques puissantes et même d'États constitués. Mehring, lui, n'avait pour le suivre que le cortège des fantômes, lutins, gnomes et farfadets qui hantent ses poèmes. Mais Les fantômes survivent aux États constitués.
Voici donc la dixième lettre, et ses onze fantômes.
An meine Kammer, wo ich welk, Pocht zwölfmal an das Neue Jahr, Spricht zugig hohl: Es war... es war... Hängt seinen Jahrkranz ans Gebälk, Verblüht - von Lügenluft erstickt – Erschlagen - von der Not geknickt: Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Marseille, Saint-Sylvestre 1940 / 41. In Memoriam
À la chambre où je me flétris Douze fois frappe l’An Nouveau Et de sa voix creuse et glacée Il répète : C’était… c’était… Exténué, aussi fané Que la couronne de l’année Qu’il vient suspendre à ma charpente, Hagard, étouffant de mensonges : Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Hänse Herrmann - Erich Mühsam (avant 1911)
MUEHSAM: Poet und Promethid, Erdrosselt wie ein räudiger Hund – OSSIETZKY, den man so zerschund. Daß er, voltairisch lächelnd schied... Als man den Friedenspreis ihm bot. Schloß er grad Frieden mit dem Tod... Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Carl von Ossietzky au camp de concentration d'Esterwegen, 1934
MUEHSAM: poète et Prométhide Étranglé comme un chien galeux (2) – OSSIETZKY, qu’ils ont massacré (3). A-t-il bien ri, en voltairien, Après le Nobel de la paix ? La paix… signée avec la mort ? (4) Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Timbre émis par la RFA à l'occasion du 50ème anniversaire de la mort de Kurt Tucholsky
Es weht ein Blatt - kaum leserlich: „Die Dummheit, die wir persifliert... Die macht Geschichte. Die regiert... Herzlichst TUCHOLSKY ... Ohne mich!...“ In Scliweden, krank, doch unbekehrt, Hat er den Schierlingstrank geleert... Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Au vent vole un feuillet - à peine peut-on lire : « cette bêtise Que nous persiflons - elle règne… Et fait l’histoire maintenant. très sincèrement, TUCHOLSKY … Cela sera sans moi ! » – en Suède Malade mais impénitent Il but sa coupe de cigüe (5). Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Ernst Toller pendant son emprisonnement à la forteresse de Niederschönenfeld, 1919-24
ERNST TOLLER, Freund aus Jugendland, Bestimmt, um Bühnen, Meetings, Zelln Mit ernster Tollheit zu erhelln, Löschte sich aus mit eigner Hand... In Übersee, weitab der Schlacht – Warum hat er sich umgebracht...! - Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben…
TOLLER, l’ami de ma jeunesse Que sa très sérieuse folie Sur scène, en meetings, en prison Vouait à éclairer les âmes S’est éteint de sa propre main (6) Outre-mer et loin du combat – Pourquoi a-t-il choisi sa fin ? Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Lotte Altmann - Joseph Roth à la terrasse du restaurant Almondo à Ostende, été 1936
Wo in der Welt wächst nun die Art Von Stammtisch, nah dem Luxembourg Rechtspolitik und Linkskultur, Die JOSEPH ROTH um sich geschart…? Von dessen Bart Weissagung troff. Sich weise drum zu Tode soff... Welch edler Jahrgang reicher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Où croît encore ce cépage ? À la table des habitués, Là où Joseph Roth rassemblait Près du Luxembourg, politique De droite et culture de gauche… ? De sa moustache débordaient Les prophéties et sagement Il se saoula jusqu’à la mort (7). Ce noble cru de riches vignes Fut perdu avant les vendanges...
Ernst Weiss (s.d.)
Kurz vor dem Fall der Stadt Paris, Wo ich nach langer Haft Dich fand. Besucht uns oft der Emigrant ERNST WEISS, der dort sein Leben ließ.. Arzt, Dichter: mischt er Giftarznei, Nahm sie beim ersten Hunnenschrei... Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Peu avant qu’ils aient pris Paris Où nous nous étions retrouvés Après mon long séjour en camp (8) ERNST WEISS qui avait émigré Vint souvent nous rendre visite C’est alors qu’il perdit la vie (9)… Médecin, poète, il mélangeait Les poisons pour les avaler À la première alerte aux Huns (10)… Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Theodor Lessing, s.d.
Hugo Erfurth - Walter Hasenclever, ca 1917
LESSING, der Denker, Fehm-gekillt… Und HASENCLEVER, einst vernarrt In den esprit - im Camp verscharrt Von Frankreich... Welch Komödienbild! CARL EINSTEIN: auf der Flucht erhenkt. OLDEN, vor Kanada versenkt... Ein edler Jahrgang deutscher Reben Nutzlos verschüttet, ließ sein Leben.
Anita Rée - Portrait de Carl Einstein, avant 1921
Photo d'identité de Rudolf Olden pour sa carte de presse,
ca 1927
LESSING, le penseur (11), que tua La Vehme (12)… Aussi HASENCLEVER (13), Qui fut amoureux de l’esprit – Enterré au camp par la France Quelle scène de comédie ! Et CARL EINSTEIN qui s’est pendu (14) En fuyant. OLDEN, qui coula En voguant vers le Canada (15)… Ce noble cru du sol allemand On l'a répandu et perdu Sans la plus petite raison.
Plaque en hommage à Ödön von Horvath sur la façade du théâtre Marigny
Doch HORVATH, den ein Baum erschlug. Damit solch Kleinod im Exil Den Säuen nicht zum Fräße fiel, Starb ganz er selbst: ein Satyr-Spuk... Die Türe knarrt... zwölfmal pocht’s an: Die tote Elf - der Sensenmann... Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Et HORVATH, tué par un arbre (16). Pour qu'un tel joyau en exil Ne soit pas jeté aux pourceaux, Il s'en est mort tout seul : en spectre Satirique… La porte grince… Douze fois on vient y frapper : Les onze morts – puis la Faucheuse... Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
George Grosz - Der Schriftsteller Walter Mehring, 1926
In dieser Kammer, wo ich, welk, ich in Marseille, Du in New York - Wo ausgejätet und auf Borg Und fruchtlos in Erinnerung schwelg Drauf wartend, daß die Freundes-Elf Gelinde mir hinüberhelf... Der beste Jahrgang deutscher Reben Ließ vor der Ernte so sein Leben...
Cette chambre où je me flétris, - Moi à Marseille, toi à New York – J'y vis sans le sou, à crédit Plongé dans de vains souvenirs Et j’attends que les onze amis M’aident à passer gentiment… Ce millésime exceptionnel Des riches vignes allemandes Fut perdu avant les vendanges...
Eric Schaal - Walter Mehring, Ascona, 1960
... war mir ein Etwas noch vergönnt, Weil Neu-Jahr ist, so sei’s: ich könnt, Sturmläutend jeden Nervenstrang Dich hautdicht, duftnah herbeschwörn, Dich atmen, tasten, schauen, hörn Dank einem rauschhaft heilenden Trank.. Aber der Wein, daß ich genese, Reift nicht, zerstört längst vor der Lese…
Mais on m’a accordé un petit quelque chose Après tout c'est le Nouvel An, et je pouvais En faisant résonner chaque fibre nerveuse Invoquer ton parfum, le contact de ta peau, Te respirer, te toucher, te voir et t’entendre Grâce à une boisson qui enivre et soulage… Mais pour ce vin qui me guérit, Les raisins ne mûrissent pas, La vigne est ravagée bien avant les vendanges...
(1) "M’arriva
de la Martinique un courrier de Mehring. Je déchirai l’enveloppe,
bouillant d’impatience de savoir comment ça s’était passé pour lui. Il
en tomba un paquet de poèmes - Les Lettres de minuit en mille et un vers - qui m'étaient dédiés " Hertha Pauli - Der Riß der Zeit geht durch mein Herz /La déchirure du temps, 1970, trad. Elisabeth Landes 2024.
(2) Au camp d’Oranienburg dans la nuit du 9 au 10 juillet 1934. Les S.S. somment Mühsam de se suicider. Il refuse. Il est battu et étranglé, traîné dans les latrines et pendu par les gardes pour simuler un suicide. J'en ai déjà parlé par là.
(3) Zerschund, de Zerschänden, profaner. J’ai choisi massacré plutôt que mutilé. Ossietzky est mort en 1938, de tuberculose et des conséquences des mauvais traitements subis en camp de concentration. Après une campagne internationale, le Nobel lui avait été accordé en 1936 (rétroactivement, au titre de 1935) alors qu’il était en camp depuis 33. Selon certaines sources le bacille de Koch lui aurait été injecté à l’infirmerie du camp d’Esterwegen. D’où, je pense, le profané écrit par Mehring, la nouvelle ayant peut-être circulé dans les milieux émigrés.
(4) Ossietzky est le principal représentant du pacifisme radical pendant la période de Weimar. Il est à l'initiative du mouvement Nie wieder Krieg et est condamné en 31 à la prison pour haute trahison après avoir diffusé des informations secrètes sur le réarmement clandestin de la Reichswehr.
(5) Tucholsky, réfugié en Suède et malade, prend des somnifères le 20 décembre 1935 et meurt le lendemain. Il était un des principaux contributeurs de la Weltbühne, l'hebdomadaire d'Ossietzky, notamment pour sa chronique antimilitariste.
(6) Réfugié à New York, Toller se pend le 22 mai 1939.
(8) Mehring est interné au camp de Falaise de l'automne 1939 à février 1940 comme "étranger ennemi", ainsi que le gouvernement français considérait les allemands restés en France, y compris les antinazis réfugiés. Le nous de nous nous étions retrouvés désigne Mehring et Hertha Pauli.
(9) Ernst Weiss s'empoisonne le 14 juin 1940, jour de l'entrée des troupes allemandes dans Paris déclarée ville ouverte. Il meurt à l'hôpital le lendemain. Il est l'auteur du Témoin oculaire, le premier roman biographique écrit sur Adolf Hitler.
(10) Ici les Huns désigne les nazis. Mehring reprend le qualificatif utilisé par les adversaires des Allemands pendant la première guerre mondiale.
(11) Theodor Lessing, professeur juif que les discriminations antisémites empêchèrent de trouver un poste universitaire, enseigna la philosophie dans l'enseignement technique dont il fut chassé par une campagne des nationalistes après avoir écrit un article où il se moquait de Hindenburg. En 1933 il fuit en Tchécoslovaquie mais une récompense est offerte pour sa capture dans les journaux Sudètes. Il est assassiné le 30 Août 1933 d'un coup de revolver tiré par la fenêtre de son bureau.
(13) Walter Hasenclever, poète expressionniste, auteur dramatique et scénariste de cinéma, s'exile en France, est interné comme "étranger ennemi" au camp des Milles et se suicide au véronal le 21 juin 1940 pour ne pas tomber aux mains des nazis.
(14) Carl Einstein, juif, anarchiste, critique et historien de l'art, fut un des découvreurs de l'art africain et un proche collaborateur de Jean Renoir. Il s'engage de 36 à 38 pour la défense de la République espagnole, dans les rangs de la colonne Durruti. Retourné en France il est interné comme "étranger ennemi" en 1940 au camp de Bassens, près de Bordeaux. Il s'en évade mais, pris au piège à la frontière espagnole comme l'a été Walter Benjamin, il se suicide le 3 juillet 1940 par noyade dans le Gave de Pau, à côté de Notre-Dame de Bétharram. Il faut rappeler que par l'article 19 de la convention d'armistice du 22 juin 1940, la France acceptait de livrer aux nazis tout réfugié allemand qu'ils lui auraient signalé.
(15) Rudolf Olden, journaliste et avocat - il fut celui d'Ossietzky. En 1933 il se réfugie à Prague, puis à Paris et enfin en Angleterre, devient secrétaire du Pen Club allemand en exil. Il s'embarque pour le Canada sur un bateau qui est coulé par un U-Boot le 18 septembre 1940.
(16) Ödön von Horvath, l'auteur de Jeunesse sans Dieu, faisait partie à Vienne du petit groupe d'amis fréquenté par Mehring et Hertha Pauli. Réfugié à Paris, il est tué devant le théâtre Marigny par la chute d'un arbre.
Le populaire du 3 juin 1938
Et, de Walter Mehring, déjà - ou, à propos de Hertha Pauli, ici et là.
Il n'existe pas, à ma connaissance, d'édition française de poèmes de Walter Mehring, et la seule en langue anglaise est celle de la traduction par S. A. de Witt de Brief aus der Mitternacht et des poèmes d'exil, sous le titre No road back, New York, Samuel Curl Inc. 1er mars 1944.