10/06/2022

Et plus tard un ange : Célébration


Paula Rego (26 janvier 1935 - 8 juin 2022) - Ange, 1998
Pastel sur papier sur aluminium 
Fondation Calouste Gulbenkian, Lisbonne

 

Et de Paula Rego, déjà.
 

06/06/2022

Assommons les pauvres : il est revenu, le temps des bons conseils



C'est vrai quoi, tous ces gens qui n'ont pas de quoi et qui passent leur temps à regarder les bouteilles de champagne à 80€ sur les rayons du haut, et en plus ils s'obstinent à vouloir acheter de la bouffe quand ils ont faim...

Au lieu de rester chez eux à jeûner. Tranquilles. En faisant leurs listes.

C'était le conseil du jour (en 3D) :  baisser les yeux. S'habituer à avoir faim. Faire une liste, la plus courte possible. Et s'y tenir, hein.

Ce qui me donne l'occasion de re-citer (oui, j'ai déjà dû le faire) ce petit morceau baudelairien :

 

ASSOMMONS LES PAUVRES !


Pendant quinze jours je m’étais confiné dans ma chambre, et je m’étais entouré des livres à la mode dans ce temps-là (il y a seize ou dix-sept ans) ; je veux parler des livres où il est traité de l’art de rendre les peuples heureux, sages et riches, en vingt-quatre heures. J’avais donc digéré, — avalé, veux-je dire, — toutes les élucubrations de tous ces entrepreneurs de bonheur public, — de ceux qui conseillent à tous les pauvres de se faire esclaves, et de ceux qui leur persuadent qu’ils sont tous des rois détrônés. — On ne trouvera pas surprenant que je fusse alors dans un état d’esprit avoisinant le vertige ou la stupidité.

Il m’avait semblé seulement que je sentais, confiné au fond de mon intellect, le germe obscur d’une idée supérieure à toutes les formules de bonne femme dont j’avais récemment parcouru le dictionnaire. Mais ce n’était que l’idée d’une idée, quelque chose d’infiniment vague.

Et je sortis avec une grande soif. Car le goût passionné des mauvaises lectures engendre un besoin proportionnel du grand air et des rafraîchissants.

Comme j’allais entrer dans un cabaret, un mendiant me tendit son chapeau, avec un de ces regards inoubliables qui culbuteraient les trônes, si l’esprit remuait la matière, et si l’œil d’un magnétiseur faisait mûrir les raisins.

En même temps, j’entendis une voix qui chuchotait à mon oreille, une voix que je reconnus bien ; c’était celle d’un bon Ange, ou d’un bon Démon, qui m’accompagne partout. Puisque Socrate avait son bon Démon, pourquoi n’aurais-je pas mon bon Ange, et pourquoi n’aurais-je pas l’honneur, comme Socrate, d’obtenir mon brevet de folie, signé du subtil Lélut et du bien-avisé Baillarger ?

Il existe cette différence entre le Démon de Socrate et le mien, que celui de Socrate ne se manifestait à lui que pour défendre, avertir, empêcher, et que le mien daigne conseiller, suggérer, persuader. Ce pauvre Socrate n’avait qu’un Démon prohibiteur ; le mien est un grand affirmateur, le mien est un Démon d’action, ou Démon de combat.

Or, sa voix me chuchotait ceci : « Celui-là seul est l’égal d’un autre, qui le prouve, et celui-là seul est digne de la liberté, qui sait la conquérir. »

Immédiatement, je sautai sur mon mendiant. D’un seul coup de poing, je lui bouchai un œil, qui devint, en une seconde, gros comme une balle. Je cassai un de mes ongles à lui briser deux dents, et comme je ne me sentais pas assez fort, étant né délicat et m’étant peu exercé à la boxe, pour assommer rapidement ce vieillard, je le saisis d’une main par le collet de son habit, de l’autre, je l’empoignai à la gorge, et je me mis à lui secouer vigoureusement la tête contre un mur. Je dois avouer que j’avais préalablement inspecté les environs d’un coup d’œil, et que j’avais vérifié que dans cette banlieue déserte je me trouvais, pour un assez long temps, hors de la portée de tout agent de police.

Ayant ensuite, par un coup de pied lancé dans le dos, assez énergique pour briser les omoplates, terrassé ce sexagénaire affaibli, je me saisis d’une grosse branche d’arbre qui traînait à terre, et je le battis avec l’énergie obstinée des cuisiniers qui veulent attendrir un beefteack.

Tout à coup, — ô miracle ! ô jouissance du philosophe qui vérifie l’excellence de sa théorie ! — je vis cette antique carcasse se retourner, se redresser avec une énergie que je n’aurais jamais soupçonnée dans une machine si singulièrement détraquée, et, avec un regard de haine qui me parut de bon augure, le malandrin décrépit se jeta sur moi, me pocha les deux yeux, me cassa quatre dents, et avec la même branche d’arbre me battit dru comme plâtre. — Par mon énergique médication, je lui avais donc rendu l’orgueil et la vie.

Alors, je lui fis force signes pour lui faire comprendre que je considérais la discussion comme finie, et me relevant avec la satisfaction d’un sophiste du Portique, je lui dis : « Monsieur, vous êtes mon égal ! veuillez me faire l’honneur de partager avec moi ma bourse ; et souvenez-vous, si vous êtes réellement philanthrope, qu’il faut appliquer à tous vos confrères, quand ils vous demanderont l’aumône, la théorie que j’ai eu la douleur d’essayer sur votre dos. »

Il m’a bien juré qu’il avait compris ma théorie, et qu’il obéirait à mes conseils.





Charles Baudelaire - N° XLIX des Petits poèmes en prose (le Spleen de Paris), 1869



02/06/2022

Ciel... Kurelek, enfin


William Kurelek, The Painter, 1974
Technique mixte sur isorel
Art Gallery of Ontario, Toronto

01/06/2022

Les intérieurs sont habités : Kurelek, toujours


William Kurelek - The Bachelor / Le célibataire
Technique mixte sur isorel
Art Gallery of Ontario, Toronto

31/05/2022

Dans tes rêves : Kurelek, encore



William Kurelek - Farm Boy’s Dreams (Rêves d’un garçon de ferme), 1961
Aquarelle et encre sur panneau
Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Smithsonian Institution, Washington D.C.

27/05/2022

L'art de la fenêtre : Kurelek


William Kurelek - Reminiscences of youth, 1968
Technique mixte sur panneau d'isorel
The Thomson Collection, Art Gallery of Ontario, Toronto

25/05/2022

La dette de l'amer Ministère



 

Le New York Times vient de publier un rappel bienvenu et imagé de la dette française (non remboursée) envers Haïti. 

 

 

 

J'en profite pour republier, pratiquement tel quel, ce billet d'il y a maintenant onze ans où on retrouvera une de mes obsessions personnelles (Meryon), ainsi qu'un parfum de jasmin venu de Tunis insurgée. Principale correction à faire : l'Hôtel de la Marine a bien rouvert ses portes l'an dernier, largement rénové pour 132 millions d'Euros, mais les scénarios envisagés en 2011 ont été légèrement modifiés. Une bonne partie de cette somme viendra de la concession de la moitié de la surface en espace de co-working pour diverses start-up - rassurons-nous, il y aura bien un café et un restaurant de luxe. Le Qatar a cependant refait surface puisque 400 m2 seront occupés par la fondation Al-Thani, pour exposer la collection de la famille régnant sur le pays où les ouvriers du bâtiment ont tendance à mourir jeunes de mort naturelle et où, par ailleurs, "si un supporter brandit un drapeau arc-en-ciel dans un stade et qu'on le lui enlève, ce ne sera pas parce qu'on veut l'offenser, mais le protéger. Si on ne le fait pas, un autre spectateur pourrait l'agresser. Si vous souhaitez manifester votre point de vue concernant la cause LGBT, faîtes-le dans une société où cela sera accepté" (1). 

Hélas donc, le scénario préféré des chats n'a pas été retenu. Un jour, peut-être... Revenons donc à 2011...





Il s'est fait pas mal de bruit autour de la vente (pardon, du bail emphythéotique de quatre-vingt-dix  neuf ans au plus) de l'Hôtel du Ministère de la Marine, place de la Concorde.

Et les projets annoncés  donnent comme rarement dans ce comique involontaire qui est désormais la marque du capitalisme français tardif : sera-ce une Maison Europe-Chine ("j'ai déjà les 300 clients chinois" nous dit le promoteur) - 40% du bâtiment privatisés à l'usage d'un club de 600 membres géré par le groupe hôtelier Shangri-La  ? 




L'hôtel Shangri-La de Vancouver
(je voudrais le même place de la Concorde)

 
Ou une Cité de la gastronomie dont l'ancien président de l'Université Paris-IV a eu la vision dans le droit fil "du dossier de candidature de la gastronomie (française) au patrimoine immatériel de l'Unesco" ?
 


Victor Marais-Milton - Le nouveau cuisinier


Simple suggestion au passage, on pourrait y ajouter une démonstration, permanente et in vivo, du  savoir-faire, reconnu dans le monde entier, de nos forces de sécurité, en attendant qu'il soit lui aussi inscrit dans le livre d'or de l'humanité (2).


Félix Vallotton - La charge



Et le troisième dossier, celui qui aurait les faveurs, serait celui d'un lieu où les différentes disciplines artistiques pourront croiser les savoir-faire traditionnels - entendez : 18 appartements et 74 suites, une brasserie, un café et une alternative au cas où Drouot-Montaigne ferme. Le tout moyennant des capitaux  (peut-être) Qataris, grâce à l'entregent de Renaud Donnedieu de Vabres et sous l'oeil sourcilleux de Jean Nouvel - il n'y aurait ni boutiques ni commerces de luxe nous assure Le Monde du 19 janvier 2011, d'où les chats tirent leur savoir - et leurs moustaches frémissent d'excitation : pourrait-on espérer le réinvestissement de la tonne d'or et demie de Mme Leïla Trabelsi-Ben Ali ?

Antiquaille, champagne et petits fours servis dans le boudoir de Marie-Antoinette par de charmants jeunes gens en contrat précaire, décor soigné pour un prochain film de Woody Allen ou Sofia Coppola (3), que rêver de plus ? Eh bien, peut-être...



Charles Meryon - Le Ministère de la Marine (Fictions et Voeux), 1865-1866, eau-forte.


Le Ministère de la Marine est la seule gravure exécutée par Meryon sur commande de la Société des Aquafortistes, et une des deux dernières qu'il ait tirées d'un sujet parisien. On sait (4) qu'elle lui a pris un an et demi d'effort (deux dessins préparatoires et sept états successifs de janvier 1865 à août 1866) et qu'elle lui a causé pas mal de peine et d'angoisse, selon le docteur Paul Gachet (5) qui l'a soigné à  l'asile de Charenton, où Meryon fut admis, pour la seconde fois et définitivement, deux mois et douze jours après la publication de cette estampe.

A la fin de sa vie Meryon mêle, dans trois gravures qui figurent parmi ses chefs-d'oeuvre (6), des éléments polynésiens à ses scènes parisiennes - choc de cultures et de représentations qu'on a souvent expliqué par la folie naissante du graveur. Meryon a une particularité : c'est à la fois un artiste de génie, précurseur du renouveau de l'estampe, et un officier de marine qui a directement pris part à l'entreprise coloniale en Méditerranée et, surtout, dans le Pacifique sud lors de la phase finale de l'expédition d'Akaroa en Nouvelle-Zélande.

La colonisation, de quelque côté des canons qu'on se trouve, est une expérience traumatique - et même les colonisations ratées dès le début (7). Cet épisode n'explique certes pas à lui seul la folie de Meryon (8) mais il éclaire les images qu'il produit dans les années 1864-1866. On y assiste à un retour en force des oiseaux, paysages et barques...


Charles Meryon - Pro-volant des Iles Mulgrave, 1866



...qu'il avait dessinés vingt ans plus tôt dans le Pacifique. 

En fait il reprend là un projet envisagé dès 1846 à son retour en France : documenter son voyage et en faire un recueil de gravures. En 1861 il s'adresse au Ministère de la Marine  pour obtenir son soutien financier à cette publication - demande réitérée à plusieurs reprises jusqu'à la fin de 1865, et qui se heurtera à une fin de non-recevoir, y compris venant d'un ancien camarade devenu amiral. Cette ultime (9) avanie infligée à un homme qui végétait dans la misère est probablement une des clefs de cette image du Ministère - notamment...



 Charles Meryon - Le Ministère de la Marine, détail


de ce sabre jeté sur le pavé de la rue Royale : c'est à la fois le sabre d'officier de Meryon et celui que lui avait offert son père. Fictions et Voeux, dit le sous-titre de la gravure - les fictions sont souvent trompeuses, et les voeux restent parfois  inexaucés.

Mais il y a plus dans cette gravure - les commentateurs ont fait remarquer que l'obélisque y est peut-être un rappel du poème de Théophile Gautier, Nostalgies d'obélisque :

Sur cette place je m'ennuie,
Obélisque dépareillé ;
Neige, givre, bruine et pluie
Glacent mon flanc déjà rouillé ;
...
Je vois, de janvier à décembre,
La procession des bourgeois,
Les Solons qui vont à la chambre,
Et les Arthurs qui vont au bois.

Oh ! dans cent ans quels laids squelettes
Fera ce peuple impie et fou,
Qui se couche sans bandelettes
Dans des cercueils que ferme un clou...



...chant d'exil en écho de la rumeur qui envahit le ciel : baleines, poissons volants et barques polynésiennes - la plus grande, à hauteur du pyramidion...



Charles Meryon - Le Ministère de la Marine, détail



 ...est un Waka Taua, navire de guerre maori.

Burty voyait cette gravure comme un appel a posteriori à soutenir la colonie française d'Akaroa, mais rien ne vient à l'appui de cette interprétation. Ducros en revanche, approchant probablement plus de la vérité, lit dans le Ministère une mise en parallèle des déconvenues personnelles de Meryon avec les désillusions politiques qui font suite aux révolutions de 1789 et 1848 - avec des épisodes-clés situés précisément place de la Concorde (10).

Reste pourtant cette barque de guerre, au-dessus d'une foule qui s'assemble. Ce tumulte de la rue et surtout du ciel, faut-il y voir une fête (11) ou une irruption plus vindicative ? Est-ce forcer l'interprétation que d'avoir une lecture post-coloniale des artistes du XIXème siècle ? Après tout, Meryon avait été aux première loges pour voir comment se traitaient les affaires entre Français, Anglais et Maoris. Pour ma part, je ne peux m'empêcher de voir, dans ce ciel troublé au-dessus de la Concorde, sinon un réquisitoire, du moins un retour du refoulé, du non-représenté de la violence coloniale et contre-coloniale.



Joseph Mallord William Turner - Slavers throwing overboard the dead and dying - Typhoon coming on - or The slave ship
Négriers jetant par-dessus bord les morts et les agonisants à l'approche d'un typhon - ou Le bateau négrier, 1840


L'hôtel de la Marine, ancien Garde-meuble Royal transformé en Ministère de la Marine à partir de 1789, a longtemps abrité l'administration des colonies françaises, le Bureau des colonies (puis Sous-secrétariat d'état) créé en 1710. Transformé en Ministères des Colonies et de l'Algérie en 1851, il est alors un temps installé au Palais-Royal, puis en 1859 dans l'Hôtel de Beauvau, place du même nom. En 1861, l'Algérie est rattachée au Ministère de l'intérieur qui emménage à son tour à Beauvau - ironie de l'histoire, chassé-croisé de la métropole et de l'outre-mer via le troc, précisément, de l'Algérie. Et les Colonies retournent à l'Hôtel de la Marine avant de s'installer en 1895 au Pavillon de Flore puis, en 1907, dans l'hôtel de Montmorin, rue Oudinot, où se trouve toujours le Ministère des outre-mers (12).

Relisez les dates et vous verrez que c'est dans ces murs, avec vue sur la place de la Concorde, qu'a été  pour une bonne partie mise en œuvre la politique coloniale de la France. 

Depuis le temps où l'une des principales missions de la Marine fut la sécurité des routes maritimes vers Haïti, perle de l'empire au XVIIIème siècle, source du commerce du sucre et de l'indigo - et destination de la traite des esclaves.  

Et jusqu'aux jours de la grande expansion au Maghreb, en Afrique, en Indochine ou en Polynésie - par exemple, puisque la Tunisie est d'actualité (13), au moment du Traité du Bardo et des Conventions de la Marsa.




Charles-Edouard Delort - Figures élégantes sur la place de la Concorde
Source : Athenaeum



Voyez d'ailleurs les historiens qui viennent en écho de la pétition des Amis de l'Hôtel de la Marine : soucieux du consensus, puisqu'ils rappellent, d'un côté le rôle historique du Ministère dans l'histoire de la colonisation, et de l'autre que c'est aussi là que fut signé le décret du 27 avril 1848 abolissant définitivement l'esclavage. Et ils proposent d'adjoindre, dans un coin du  Barnum en projet, un Musée de l'esclavage et de la colonisation. Sont-ils bien sûrs que cet énième lieu de mémoire n'est pas destiné à devenir, comme d'autres, un lieu d'oubli ?

De leur côté, en rêvant sur cette gravure de Meryon, les chats hasarderaient bien, dans un miaulement plaintif, cette modeste proposition aux Décideurs de notre République - Fiction et Voeu :

Rendez la Bâtisse aux peuples dont elle a fait le malheur.

Vous n'avez que l'embarras du choix : au hasard les Bamilékés et l'UPC au Kamerun, les Vietnamiens en travail forcé jusqu'à repiquer le riz en Camargue, tous ceux qui ont connu, non seulement la servitude mais l'engagisme, et les Algériens, et les Tunisiens. Et pourquoi pas, en première ligne, les Haïtiens qui après tout ont sué sang et eau, en leur temps, pour remplir le Garde-meuble - et qui, sous la menace des canons de la Royale, ont dû payer, pour prix du maintien de leur indépendance,  la modique somme de quatre-vingt-dix millions de francs-or à ceux qui les avaient préalablement convoyés en esclavage.



Jean-Baptiste Carpeaux - Pourquoi naître esclave ? détail, ca 1870



Après tout, s'il s'agit de muséologie coloniale, laissez l'affaire aux vrais spécialistes du sujet, les ex-colonisés, qui ont l'avantage de connaître votre histoire, votre culture et votre langue mieux que vous ne connaissez les leurs.

Et s'il s'agit simplement de faire un peu d'argent en vendant ces bijoux de famille, faites-en don, Marie-Antoinette et salon des amiraux inclus, aux ex-indigènes, et qu'ils les vendent eux-mêmes si ça leur chante, à des oligarques russes, des consortiums émiratis ou des mafieux berlusconiens. Cela sera une autre façon de vous enrichir : en payant vos dettes.





"A l'occasion du 14 Juillet 2010, la France annonce qu'elle va rembourser à Haïti l'équivalent des 90 millions de francs-or payés pour indemniser les colons français esclavagistes - soit un remboursement de 17 milliards d'Euros en tenant compte de l'inflation et des intérêts."
Mis en ligne par mehdifrombaghdad



Et ainsi, quand nous passerons place de la Concorde devant l'hôtel de luxe qui fera pendant au Crillon, nous sourirons à l'idée qu'il aura au moins servi à quelque chose, et nous aurons une pensée pour le peintre-graveur qui jeta en image son sabre sur ce pavé avant de partir, déclaré fou, pour Charenton.
 
(Sur Meryon, voir les précédents chapitres)


(1) Déclaration d'Abdulaziz Abdullah Al Ansari, responsable de la sécurité de la Coupe du monde de football 2022, à l'Agence AP. 
 
(2) "Des balles en caoutchouc, cela aurait été mieux que des balles réelles" selon une source autorisée au Quai d'Orsay, citée par Le Monde du 22/01/11 à propos de la répression des manifestants tunisiens par le régime de Ben Ali. Pour les autres citations décrivant les projets respectifs de reprise : Le Monde du 19/01/11.
 
(3) Certes, s'agissant de Woody Allen et Sofia Coppola, le cœur des chats est partagé :  c'est, comme on sait, un cœur de touriste.

(4) cf. Roger Collins, Charles Meryon, a life, pp. 223-225; James D. Burke, Charles Meryon prints and drawings catalogue, pp. 85-87; Jean Ducros, Charles Meryon officier de marine peintre-graveur, Cat. n° 635; Richard S. Schneidermann, Charles Meryon, the catalogue raisonné of the prints, pp. 188-192 envers lesquels les chats sont éminemment redevables. C'est Collins en particulier qui identifie la barque de guerre derrière l'obélisque et qui a fait le lien avec le poème de Théophile Gautier.

(5) Le même docteur Gachet qu'a peint Van Gogh.

(6) Les derniers états du Pont-au-Change, le Collège Henri-IV et le Ministère de la Marine.

(7) L'expédition d'Akaroa, dans l'île du Sud de la Nouvelle-Zélande, se solde par l'éviction des Français par l'autre colonisateur, anglais.

(8) L'histoire familiale de Meryon y tient probablement une  grande place : fils bâtard, comme on dit à l'époque, d'un médecin anglais et d'une danseuse française, Meryon voulait être reconnu par son père, ce que ce dernier a (tacitement semble-t-il) refusé. En même temps père et fils entretenaient une correspondance régulière que le père, personnage peu sympathique et manipulateur, conservait afin de faire de son fils un personnage de roman. Ce père était lui-même un grand voyageur qui avait suivi lady Hester Stanhope en Orient, il en fit des livres qui lui valurent une certaine notoriété. Le roman des origines du jeune Meryon s'est probablement construit autour de ce père navigateur, d'où son engagement dans la Marine, et le fait qu'il anglicise  son nom. L'expédition manquée d'Akaroa est  dans sa vie un tournant et ensuite il abandonne la carrière d'officier, ayant semble-t-il constaté qu'il n'avait aucun goût pour le commandement. Une interprétation psychanalytique de sa  biographie n'aurait pas de mal à y déceler les traits de la névrose obsessionnelle puis de la paranoïa, et une  trame d'échecs compulsifs : congé pris de la Marine, études pour devenir peintre alors qu'il est daltonien, destruction des plaques de ses gravures, etc.

(9) Des litiges l'avaient déjà opposé au Ministère, en 46-48 quand il essaya sans succès d'obtenir un emploi au Bureau Hydrographique, puis quand il dut batailler pour se faire payer la solde correspondant à son séjour parisien précédant sa démission; cf. Collins, op. cit. pp. 97-98, et p. 241 pour les nouvelles démarches de Meryon dans les années 1861-1865.

(10) Jean Ducros, Charles Meryon officier de marine peintre-graveur, Cat. n° 635.

(11) Jean Ducros, Ibid. Cat. n° 625-634, relie les figures aériennes de la gravure du Pont-au-Change aux fêtes de la Saint-Napoléon sous le Second Empire, avec  pyrotechnies en forme d'aigles de feu et, parfois, des lâchers de ballons.

(12) les pérégrinations du Ministère des Colonies sont exposées en détail par Lorraine Decléty, Le Ministère des Colonies, Livraisons d'histoire de l'architecture, 2004, n°8.
 
(13) Elle l'était au plus haut point en 2011. Elle l'est d'ailleurs toujours pour les Tunisiens, sur un modèle très français.


23/05/2022

Une histoire de la technique (du coup d'état), #3 : Gran Casino

 

Luis Buñuel - Gran Casino, 1946

 

D'accord, rien à voir, le titre c'était juste pour le fun. Gran Casino est le premier film de Luis Bunuel. Ici on parle du dernier long (4 ans) métrage de Philippe Pétain. Mais ça commence aussi dans un grand casino.

 

 

Assemblée nationale, Grand casino de Vichy, 10 juillet 1940

 

Nos coups d'état (plus ou moins) parlementaires sont toujours à double détente. En Brumaire on fait d'abord voter les Conseils (ou ce qu'il en reste) puis on fait ratifier par plébiscite (la Constitution du Consulat). En 1852 on fait plébisciter d'abord le coup d'état et son programme, dans un deuxième temps la nouvelle Constitution, encore (très formellement) républicaine avant une troisième détente : l'Empire Second. Tout cela va très vite, deux mois chez l'oncle, moins d'un an chez le neveu.

C'est encore plus rapide chez le maréchal. 

 

Fin de la troisième République, moins de sang qu'en 1852 (le sang a été et sera versé sur les champs de bataille et dans les maquis). Un brumaire plus rapide et plus expéditif. Brumaire proclamait "la Révolution est finie" (1), le 10 juillet déclare la fin de la République.

1 - Toile de fond : Défaite militaire cinglante. Les chefs militaires, Weygand en tête, refusent de capituler - ce qui aurait impliqué la reconnaissance de leur responsabilité, bien réelle. Ils imposent, avec Pétain, un armistice qui renvoie de fait la faute aux civils (2).
 
2 - Objectif : Un sauveur suprême, la fin de la République, l'instauration d'un régime "de paternelle autorité" (voir un peu plus bas).
 
3 - Moyens : La prise en otage d'un Assemblée apeurée.
 
Principale différence avec les étapes précédentes : on passe par l'Assemblée, certes, mais il n'y aura plus d'Assemblée (3).
 
 
L'armistice, demandé le 17 juin par Pétain, depuis peu chef du gouvernement, est signé le 22 à Rethondes - entre-temps les Allemands ont continué à avancer, faisant monter les enchères. Depuis le 29 juin les ministres et parlementaires sont à Vichy. Chez ceux qui restent républicains, la peur règne.
 
J'ai vu pendant deux jours des hommes s'altérer, se corrompre comme à vue d'œil, comme si on les avait plongés dans un bain toxique. Ce qui agissait c'était la peur : la peur des bandes de Doriot dans la rue, la peur des soldats de Weygand à Clermont-Ferrand, la peur des Allemands qui étaient à Moulins
Déposition de Léon Blum au procès du maréchal Pétain
 
 
Effectivement, des rumeurs  courent sur l'imminence d'un coup d'état militaire du général Weygand, alors ministre de la Guerre (4). Le 28 Juin, c'est le même Weygand qui a tracé son programme pour un futur régime, laissons parler Paul Baudouin, alors ministre des Affaires Étrangères  :

À la fin de l’après-midi, je me rends chez le général Weygand. Il me remet la note suivante sur les buts à atteindre, qu’il vient de faire lire au Maréchal et que celui-ci a approuvée.

I. — L’ancien ordre de choses, c’est-à-dire un régime politique de compromissions maçonniques, capitalistes et internationales, nous a conduits où nous sommes.

La France n’en veut plus.

II. — La lutte des classes a divisé le pays, empêché tout travail profitable, permis toutes les surenchères de la démagogie. Le relèvement de la France par le travail ne peut être réalisé sans l’institution d’un nouveau régime social, fondé sur la confiance et la collaboration entre ouvriers et patrons.

C’est ce régime social qu’il faut instituer.

III. — La baisse de la natalité, en diminuant le potentiel de la France, nous a amenés :

 — du point de vue militaire, à défendre notre territoire avec une proportion inadmissible de contingents nord-africains, coloniaux et étrangers ;

 — du point de vue national, à effectuer des naturalisations massives et regrettables, et à livrer une partie de notre sol et de nos richesses à des exploitants étrangers.

La famille doit être mise à l’honneur.

IV. — La vague de matérialisme qui a submergé la France, l’esprit de jouissance et de facilité sont la cause profonde de nos faiblesses et de nos abandons. Il faut revenir au culte et à la pratique d’un idéal résumé en ces quelques mots : Dieu, Patrie, Famille, Travail.

L’éducation de notre jeunesse est à réformer.

V. — Ces réformes sont trop fondamentales pour qu’elles puissent être accomplies par un personnel usé qui n’inspire plus confiance. La France ne comprendrait pas qu’on la livre encore une fois à lui. Elle en perdrait toute foi en son redressement.

 A programme nouveau, hommes nouveaux. (...) Nous sommes d’accord, le général et moi, pour estimer que dans la difficile période actuelle, un régime de paternelle autorité s’impose.(5).

 

Le général Weygand inspectant la ligne Maginot, 1940

 

Emmanuel Berl a souligné (6) l'attitude prudente, voire attentiste de Pétain sur la question de la réforme constitutionnelle, comme sur celle de la rupture avec l'Angleterre. Seuls deux hommes avaient des idées bien arrêtées sur les institutions nouvelles et la voie pour les imposer. Weygand d'une part : l'imposition directe d'un régime autoritaire, sans passer par la voie constitutionnelle - ce qui impliquait de s'appuyer sur la seule force subsistante, à savoir ce qui restait de l'armée. Laval d'autre part, qui se faisait fort de faire avaliser par l'Assemblée la déchéance de la République. La note de Weygand date du 28. Mais Pétain ne veut pas renforcer Weygand. Un conseil des ministres restreint se tient le 29 (7), et c'est Laval qui l'emporte. Et la menace de Weygand, Laval l'utilisera comme un épouvantail, pour persuader des représentants déjà apeurés - la Wehrmacht est à moins de soixante kilomètres, et même de Vichy on sent monter la haine envers les élus. À Paul Baudouin incertain du résultat, Laval répond "vous n'avez pas d'expérience. Avec la peur on obtient tout des hommes, car ils sont lâches" (8). Il est sûr de lui : ce ne sera pas un 2 Décembre mais un 18 Brumaire.

Ce n'est que le 8, pourtant, que Laval obtient mandat écrit de Pétain pour présenter sa solution aux Chambres - il a fallu auparavant qu'il écarte d'autres initiatives (9). Durant trois jours, les 8, 9 et 10 juillet, au petit et au grand Casino, Laval s'active, promet, met en garde, flatte.

 

>
Pierre Laval au Grand Casino de Vichy, 10 juillet 1940

 

D'autres se chargent de menacer plus directement :

Quant aux menaces physiques, elles s'exercent surtout contre les leaders, en particulier Léon Blum qui ne peut plus circuler sans être entouré par une sorte de garde de quatre ou cinq députés. Marx Dormoy est l'objet de menaces de mort notamment de la part de Doriot. Pour d'autres, la méthode est différente. C'est ainsi que Marquet conseille à Jules Moch au nom de leur vieille amitié d'être absent le jour du vote pour éviter des ennuis. C'est ainsi que l'on explique sans ambages au député modéré de Moustiers, industriel, que les commandes futures à son usine dépendront de son vote. Louis Noguères a bien résumé la situation : « Les émissaires de Laval allaient et venaient dans tous les sens, accrochant les uns, pelotant les autres. Le jeu des promesses alternait avec celui des menaces plus ou moins déguisées »  (10).

Et le 10, les députés et sénateurs présents examinent la dernière loi de la IIIème République.


Journal Officiel du 11 juillet 1940
 

Une seule motion s'oppose réellement au projet de Laval, celle de Vincent Badie, député-maire radical-socialiste d'un petit village à côté de chez les chats, signée de vingt-sept parlementaires (11).

 

Le public à la séance du 10 juillet

 

Laval présente son texte, Dix députés s'inscrivent pour prendre la parole...

Vincent Badie est le neuvième. Lorsque le président Jeanneney donne la parole au premier, Margaine, de nombreuses voix réclament la clôture qui est aussitôt votée à main levée. C'est alors que Vincent Badie commence à gravir les marches menant à la tribune pour prendre la parole mais, au milieu d'une tempête de cris hostiles, il est saisi par le député Fernand Bouisson et par les huissiers et poussé sans ménagement au bas de l'escalier (12).

On passe directement au vote et le projet est adopté par 569 pour, 80 contre et 20 abstentions. Parmi les socialiste, 36 votent contre, dont Léon Blum, et 90 pour. En ce qui concerne les communistes, soixante députés et un sénateur sont absents, déchus de leur mandat après le pacte germano-soviétique. Restent les quatorze députés et le sénateur qui se sont désolidarisés du pacte et ont créé l'Union Populaire Française. Trois d'entre eux votent contre, huit pour, trois ne prennent pas part au vote.

Selon des témoignages concordants (12), c'est Vincent Badie qui pousse, seul, le cri de Vive la République quand même !

Le lendemain Pétain prend, en application du texte voté le 10, deux actes constitutionnels. Le premier est ainsi rédigé :

Nous, Philippe Pétain, maréchal de France,

Vu la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940,

Déclarons assumer les fonctions de chef de l'État français.

En conséquence, nous décrétons :

L'art. 2 de la loi constitutionnelle du 25 février 1875 est abrogé. 
  
 
L'article 2 en question était l'amendement Wallon (13), qui instaurait la République. En cinq lignes, la République est morte et le maréchal reprend le Nous des rois de France.
 



 
(À suivre)

 

"On peut s'attendre à tout, d'un pays qui a été sauvé trop de fois"

Curzio Malaparte


 
 
(1) "Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l'ont commencée : elle est finie" proclamation des consuls présentant la Constitution, 24 frimaire an VIII.

(2) "Ce sera le premier article du credo qu’imposera le nouveau régime. Imputer aux militaires les échecs militaires est et restera le fait des mauvais citoyens et des mauvais esprits ; on a été battu pour bien des raisons : parce qu’on était trop intelligent, trop jouisseur, qu’on n’était pas assez chaste, pas assez prolifique ; parce qu’on avait de mauvais alliés, parce que les ouvriers n’avaient pas fabriqué assez d’armes, parce qu’on avait trop exalté la liberté, l’égalité et la fraternité, au lieu d’exalter la famille, le travail, l’honneur et la Patrie — mais certes pas parce qu’on avait été mal préparé et mal commandé. Le désastre prouvait surabondamment que Mussolini avait raison contre Herriot, Hitler contre Daladier, contre Reynaud — mais non pas que Keitel ait eu raison contre Weygand, ni Guderian contre Huntziger… On s’indignait que Reynaud ait dit : « Nous vaincrons parce que nous sommes les plus forts. » Personne ne se rappelait qu’en 1938 Weygand avait déclaré que l’armée française serait victorieuse « si l’Allemagne la contraignait à l’être ». Pétain allait expliquer qu’en 1914 on avait un allié à l’est et qu’en 1940 on n’en avait pas : mais, en 1939, on avait la Pologne : l’État-Major avait-il exigé qu’on la secourût ? En 1938 on avait la Tchécoslovaquie : l’État-Major avait-il exigé qu’on la soutînt ? Le Maréchal avait longtemps siégé au Conseil supérieur de la Guerre, il avait été ministre dans le cabinet Doumergue… Si la ligne Maginot se révélait inefficace, elle n’en était pas moins une des forteresses les plus onéreuses de l’histoire universelle.

Mais il eût été inconvenant de se le rappeler : le responsable de la défaite, le grand coupable envers la Nation, on le connaissait bien : c’était le Front populaire." Emmanuel Berl, La fin de la IIIème République, Gallimard éd. 1968.

(3) La Chambre des députés et le Sénat subsistaient formellement "jusqu'à ce que soient formées les nouvelles Assemblées" - mais étaient ajournés.

(4) selon le témoignage d'Edouard Barthe, questeur de la chambre des députés, "quelques paroles, d'ailleurs défigurées, du général de Lattre de Tassigny, commandant de la région de Clermont-Ferrand, prononcées en présence du général Weygand, alimentèrent la campagne qui, rapidement, créa une vive émotion dans les milieux parlementaire (...) J'ai l'intime conviction que plusieurs centaines de parlementaires, dont je suis, d'abord hésitants, furent entraînés à accorder la confiance au "loyal Pétain" par peur du réactionnaire Weygand" (Edouard Barthe, La ténébreuse affaire du Massilia, une page d'histoire 18 Juin 1940 - Octobre 1940, imp. Paul Dupont, 1945).

(5) Paul Baudouin, Neuf mois au gouvernement (Avril-Décembre 1940), La table ronde éd. 1948, entrée du 28 juin.

(6)  "Personne d'ailleurs ne s'étonna que le maréchal ne se souvînt pas des lois constitutionnelles. Et il me semble probable que les Français, s'il avait voulu les consulter, lui auraient su gré de s'en abstenir (...) Pétain est et restera aussi hostile à un renversement d’alliances que plein d’amertume envers l’allié. S’il avait pensé que la réforme constitutionnelle envenimerait ses rapports — déjà très mauvais — avec le cabinet de Londres, cette considération l’aurait sans doute détourné de le faire, plutôt qu’elle ne l’y aurait incité." Emmanuel Berl, La fin de la IIIème République.

(7) Le 29 selon Berl mais seulement le 30 selon Paul Baudouin, Neuf mois au gouvernement.

(8) Paul Baudouin, Neuf mois au gouvernement..., entrée du mardi 2 juillet.

(9) Deux motions concurrentes : une motion Taurines-Boncour, dite des "anciens combattants" qui offrait tout bonnement la dictature au maréchal, et une motion Flandin, plus constitutionnelle, qui lui proposait de cumuler présidence de la République et présidence du Conseil.

(10) Jean Sagnes, Le refus républicain: les quatre-vingts parlementaires qui dirent « non » à Vichy le 10 juillet 1940, Revue d’histoire moderne et contemporaine, tome 38 N°4, Octobre-décembre 1991. pp. 555-589.

(11) "Les parlementaires soussignés, après avoir entendu la lecture de l'exposé des motifs du projet concernant les pleins pouvoirs à accorder au maréchal Pétain, tiennent à affirmer solennellement :
— qu'ils n'ignorent rien de tout ce qui est condamnable dans l'état actuel des choses et des raisons qui ont entraîné la défaite de nos armes,
— qu'ils savent la nécessité impérieuse d'opérer d'urgence le redressement moral et économique de notre malheureux pays et de poursuivre les négociations en vue d'une paix durable dans l'honneur.

A cet effet, estiment qu'il est indispensable d'accorder au maréchal Pétain qui, en ces heures graves, incarne si parfaitement les vertus traditionnelles françaises, tous les pouvoirs pour mener à bien cette oeuvre de salut public et de paix. Mais se refusent à voter
un projet qui non seulement donnerait à certains de leurs collègues un pouvoir dictatorial mais aboutirait inéluctablement à la disparition du régime républicain. 

Les soussignés proclament qu'ils restent plus que jamais attachés aux libertés démocratiques pour la défense desquelles sont tombés les meilleurs fils de notre patrie."

(12) Jean Sagnes, Le refus républicain...

(13) Contrairement au compte-rendu du JO, qui l'attribue à Marcel Astier.

(14) « Le président de la République est élu à la majorité absolue des suffrages par le Sénat et la Chambre des députés réunis en Assemblée nationale. Il est nommé pour sept ans ; il est rééligible. »