03/11/2026

Duos : Dürer (où l'on verra également que certains projets mettent cinq siècles à se réaliser)


Albrecht Dürer - Couple de paysans dansant, 1514 
Gravure au burin

 

Remarquez les chaussures... La gravure est contemporaine des révoltes paysannes du Bundschuh (littéralement la Ligue de la chaussure) qui avait pour emblème la chaussure à lacets, celle du peuple...

 

Le drapeau « Bundschuh » arboré par des paysans insurgés encerclant un chevalier
Gravure sur bois dite du Maître de Pétrarque, tirée du Trotspiegel in Glück und Unglück

 

On retrouve les chaussures, toujours chez Dürer, aux pieds de deux des Trois paysans en conversation.

Puis le Bundschuh déboucha sur la Guerre des paysans.

Mais c'est après la défaite de l'insurrection que Dürer dessine le Monument commémoratif à une victoire sur des paysans insurgés



 

...à titre d'exemple, dans son Traité des proportions publié en 1528...

 

Détail

 

...avec ces indications de l'artiste :

« Welicher ein victoria auf richten wolt darumb das er die aufruerischen bauren vberwunden het der moecht sich eins solichen gezeugs darzuo gebrauchen / wie jch hernach leren wil… » « Si quelqu’un veut dresser un monument de victoire parce qu’il a soumis les paysans rebelles, il devra utiliser les éléments que je vais enseigner… » 

 

Selon Panofsky, le dessin serait inspiré d'une esquisse de...

 

 
Léonard de Vinci - Dessin pour une fontaine
 Windsor Castle, Royal Collection
 

« Il décrit entre autres des monuments triomphaux qui se composeraient de mousquets, de barils de poudre, de boulets de canon et d'armures - tout cela véritable mais construit selon des proportions exactes, more geometrico. Pour célébrer une victoire sur une révolte paysanne, le monument se composera de coffres à grain, de bidons de lait, de bêches, de fourches et de cageots ; l'extension de ce principe le conduit, pour s'amuser et en guise de curiosité - von Abenteuer wegen - à imaginer, en l'honneur d'un ivrogne, une manière d'épitaphe comportant une barrique de bière, un échiquier, un panier de victuailles, etc. »

Erwin Panofsky - La vie & l'art d'Albrecht Dürer, 1943, trad. Dominique Le Bourg, Hazan éd. 1987, p. 376.

Et à le lire on pourrait presque prendre la Colonne des paysans (Bauernsaüle) pour une plaisanterie d'artiste.

On peut trouver analyse moins distanciée. Ainsi celle de Thomas Kaufman qui rapproche la posture du paysan de la  Bauernsaüle de la Formule de pathos (Pathos-formel, selon Aby Warburg) de la Melencolia I et du Christ homme de douleurs : 

 

L’interprétation christomorphique du paysan en deuil, mélancolique, ouvre également une perspective d’interprétation pour le petit poulailler, sur lequel reposent les pieds du paysan. On y trouve une petite poule et un coq. Serait-ce une allusion au rôle prépondérant du coq dans l’histoire de la Passion (Marc 14,27 & 31,66–72) et, par là même, au thème de la trahison ? Cela renforcerait l’interprétation de l’épée enfoncée dans le dos par derrière comme un indice d’embuscade et de trahison. Ni l’image ni le texte d’accompagnement ne précisent qui a trahi le paysan. Dans la presse de l’époque, cette accusation ne visait personne d’autre que Luther.

Il serait inapproprié d’interpréter la « colonne des paysans » de Dürer comme un parti pris en faveur des revendications des paysans. Il s’agit d’un acte artistique de compassion et d’une protestation silencieuse contre la manière dont les paysans ont été massacrés en masse par les armées des princes et soumis à une justice des vainqueurs. Elle était en effet conçue comme le monument que devaient ériger ceux qui avaient « vaincu » les paysans. Le paysan triste et finalement sans défense, dont les rêves ont pris fin, mais non ses motivations, ni sa violence, ni non plus le triomphe de ceux qui l’ont vaincu, de cela Dürer a laissé une empreinte mémorable. Le triste paysan est le commentaire mélancolique et pensif (melancholisch-nachdenklicher) de Dürer, dans un volumineux ouvrage didactique sur les proportions, contenant un commentaire presque dissimulé sur la Guerre des paysans (1).

 

Dürer dessine probablement sa colonne, datée de 1525, au moment où les dernières troupes de paysans se débandent. En juin de cette année-là les insurgés franconiens - la Bande des claires lumières, Hellen Lichten Haufen - ont été écrasés à Würzburg. Plus tôt en mai, l'armée révolutionnaire de Thomas Müntzer avait été défaite  à Frankenhausen par le margrave de Hesse. 

Plus précisément encore, le 27 mai 1525, à Mühlhausen devant une bonne partie de la noblesse d'Empire, Müntzer est décapité et sa tête empalée exposée sur les remparts. C'est une semaine plus tard - peut-être le temps que la nouvelle arrive à Nuremberg - dans la nuit du mercredi au jeudi après la Pentecôte, que Dürer fait un rêve qu'il reproduit dans un dessin rehaussé d'aquarelle, accompagné de sa description :


Albrecht Dürer - Traumgesicht / Vision en rêve
 Kunsthistorische Museum, Vienne
 

L’année 1525, dans la nuit du mercredi au jeudi après la Pentecôte, je vis en rêve ce que représente ce croquis ; une multitude de trombes d’eau tombant du ciel. La première frappa la terre à une distance de quatre lieues ; la secousse et le bruit furent terrifiants, et toute la région fut inondée. J’en fus si éprouvé que je m’éveillai. Puis, les autres trombes d’eau, effroyables par leur violence et leur nombre, frappèrent la terre, les unes plus loin, d’autres plus près. Et elles tombaient de si haut qu’elles semblaient toutes descendre avec lenteur. Mais, quand la première trombe fut tout près de terre, sa chute devint si rapide et accompagnée d’un tel bruit et d’un tel ouragan que je m’éveillai, tremblant de tous mes membres, et mis très longtemps à me remettre. De sorte qu’une fois levé, j’ai peint ce qu’on voit ci-dessus. Dieu tourne pour le mieux toutes choses (2).

On ne saura jamais quel est exactement le lien, et s'il existe, entre ce cauchemar et le dessin de la Bauernsaüle.

Pourtant il arrive que le temps du rêve, celui du dessin et celui de l'histoire se croisent à nouveau. Les habitants et la ville de Mühlhausen - ainsi que le Loto de Thuringe - conjuguant leurs efforts financiers, la colonne s'élève maintenant devant l'église du Kornmarkt, qui servit lors de la révolte de quartier général à Thomas Müntzer et aux paysans. On l'a érigée...


 
Dessin : Albrecht Dürer 
Sculpteur : Timm Kregel


...l'année dernière, pour le 500ème anniversaire de la défaite (100.000 morts) du mouvement populaire (3).




 

(1) Thomas Kaufman,  Der Bauernkrieg. Ein Medienereignis / La guerre des paysans. Un événement médiatique, Herder éd. 2024, pp. 308 à 317. Le livre, particulièrement intéressant en ce qui concerne la contribution des graveurs, analyse la Guerre des paysans comme la première grande révolte européenne à l'époque de l'imprimerie. Non traduit en français mais il existe une traduction anglaise, fort chère malheureusement. 

(2) Traduction de Marguerite Yourcenar, qui consacre un chapitre à ce rêve dans Le temps, ce grand sculpteur (Gallimard éd. 1983).

Sur les rapports entre Traumgesicht et Bauernsaüle, voir en français le blog de Bernard Umbrecht, Le Saute-Rhin, auquel je suis redevable. On peut aussi suivre à partir d'ici la suite de ses douze articles sur la Guerre des paysans.

(3) Qui ne comprenait pas que des paysans, mais aussi des mineurs et des citadins jusqu'à certains maîtres-artisans et bourgeois, avec un programme anti-féodal plus ou moins développé selon les régions et tendant parfois à l'égalitarisme strict (l'omnia sunt communia de Thomas Müntzer). 

Sur ce sujet, mis à part le classique d'Engels, La guerre des paysans en Allemagne et  le livre de Georges Bischoff, La guerre des paysans – L’Alsace et la révolution du Bundschuh 1493 – 1525, il n'existe pas de sources en français. En anglais on peut trouver, de Tom Scott & Bob Scribner, The German peasants' war - a history in documents.

L'ouvrage de référence en allemand est Der Bauernkrieg. Die Revolution des Gemeinen Mannes, de Peter Bickle, il en existe une traduction anglaise (mais il s'agit d'une ancienne édition de l'original, et il faut la dénicher chez des bouquinistes). Bickle écrit dans une perspective communaliste.

Et il existe une association française qui maintient un site sur le sujet.

 

 

 

 

01/11/2026

Entre chien et loup : Delâtre


Eugène Delâtre - La Seine à Gennevilliers, ca 1930
Eau-forte et aquatinte

 

30/10/2026

L'art de la poste : facilités de lecture


James Fitton - Write your address clearly, 1958
Huile sur toile 
The Postal Museum, Londres



Gare St Lazare, Paris

 

28/10/2026

L'art de la rue : jour et nuit


Maurice Utrillo - Rue à Ivry-sur Seine, Mars 1922
Gouache, aquarelle, plume et encre bleue sur papier

 

 

Lesser Ury - Scène de rue la nuit, Leipziger Straße, Berlin, 1920
Huile sur toile

 

26/10/2026

Les intérieurs sont habités : le fantôme du dernier étage


Un escalier à Khoudjand, Tadjikistan

 

Vers ses débuts Khoudjand fut appelée Cyropolis, d'après sa fondation par Cyrus le grand, il y a vingt-cinq siècles de cela. Alexandre le grand la dénomma Alexandria Eschatè, l'Alexandrie dernière (ou la plus éloignée). Elle s'est dénommée Léninabad de 1936 à 1991. Mais son bazar, impassible, a traversé le temps.

24/10/2026

L'art du petit déjeuner : Aldo Rossi


Aldo Rossi - Étude pour une cafetière, 1980

 

Cette cafetière fait partie du travail effectué pour le modèle d'Alessi La Cupola. Voir d'autres cafetières Rossi par là (en espagnol).

 

Et pendant ce temps là... 

...le manifeste 

22/10/2026

Quand on y pense



 

Éliane Viennot publie le tome V et dernier de son histoire alternative (et genrée) du pouvoir en France. Elle en parle dans cette émission à la fin de laquelle elle évoque un vieux débat d'il y a presque un demi-siècle - ce qui me rappelle que c'est terrible, oui...

 

 
Galilée éd. 1983
 

...comme dans cet autre ouvrage où elle et d'autres camarades (1) prolongeaient, dans une analyse alternative (et genrée) du militantisme politique les réflexions d'un des deux courants (2) qui s'affrontèrent dans ce vieux, très vieux débat.

Très vieux, certes, mais instructif. C'était en 1977, année où les organisations dites gauchistes (en fait les groupes politiques issus dans la jeunesse du mouvement de Mai 68(4)) furent définitivement percutées par le mouvement écologiste d'une part et par le MLF de l'autre. 

Cette autre part étant déterminante.

En fait c'était assez simple : les filles se sont révoltées. Et elles étaient intenables. Au point que certains garçons les ont suivies. Bref (5).

Bref, ne croyez pas, oh non, surtout pas, que je m'abîme dans des souvenirs d'ancien combattant...

 


Frederick Elwell - Old Mace-Bearer / Vieux porteur de masse cérémonielle, 1921
Huile sur toile 
Beverley Art Gallery


...de la génération des bébés-de-l'explosion. Non. Oh non. 

C'est plutôt que cette allusion à un vieux, vieux débat m'a valu un de ces petits retours d'épiphanie, vous savez bien - This is the moment which I call epiphany (6)...

 

Voilà, je me retrouve dans cet amphi de résidence universitaire, où nous devons être trois ou quatre cents assis ou debout à regarder les deux tenants de A et B se faire face en un duel de rhétorique dans une atmosphère chargée d'électricité et cela dure depuis deux heures peut-être, nous les A nous sommes minoritaires nous le savons bien, c'est dans le décompte des mandats, on attend l'estocade et puis brusquement

un lazzi dans la salle

et puis le dirigeant représentant les B à droite de la tribune pique une crise et hurle

et c'est vrai que tout le monde est au bord de la crise de nerfs depuis plusieurs mois et quelqu'un devait hurler à un moment ou à un autre

et tous les B se lèvent le poing gauche dressé ça fait un sacré paquet de monde et ils crient tous en choeur

Au-tocritique ! Au-tocritique !

on comprend que le A qui a émis le lazzi doit s'autocritiquer, lui tout seul ou nous tous peut-être et ça dure un temps assez long et en même temps assez bref et les filles en bas à gauche de notre côté, le côté A

Au-tocritique ! Au-tocritique !

les filles du A qui avaient dit on en a marre, on ne parlera pas dans ce congrès, on arrête de parler, on amène notre laine et on tricote

Au-tocritique ! Au-tocritique !

les filles donc, en bas du côté gauche (7) rangent leurs tricots et se lèvent en se dirigeant vers la porte de sortie

Au-tocritique ! Au-tocritique !

et on se lève tous, les A, progressivement et on les suit, ce qui n'avait absolument pas été prévu mais qui se produit quand même

Au-tocritique ! Au-tocritique !

on voit quelques hésitants (il y avait un petit nombre de ni A ni B) qui ouvrent de grands yeux

Au-tocritique ! Au-tocritique !

un de nos (bientôt ex)-grands chefs se précipite affolé en criant ne partez pas camarades ! 

et comme j'étais tout en haut quand j'arrive dans les travées du bas je me retourne et je vois des camarades des amis dans ces gens que j'aimais bien, que j'aimais beaucoup même, que j'ai côtoyés pendant des années, auxquels pour une grande partie et allez savoir pourquoi je n'adresserai jamais plus la parole, qui crient en me regardant, moi, peut-être

Au-tocritique ! Au-tocritique !

et en poussant la porte je me dis que si ça se trouve j'aurais pu être moi du mauvais côté de ces deux minutes de la  haine

et que - c'est une chose que nous nous murmurerons entre nous pendant quelques jours par la suite et puis nous oublierons et cela n'avait pas du tout le côté comique que cela prend un demi-siècle plus tard - on a de la chance après tout

L'organisation pourrait être au pouvoir.

et c'est au moment où se referme la porte derrière moi que, tremblant sur mes jambes, je réalise

que les rapports entre les parties ont été bien établis, les parties ajustées au point particulier, et que je reconnais que cet objet est la chose qu'il est, son âme, sa quiddité s'est dégagée d'un bond du vêtement de son apparence et que cette sortie, ce départ, cet abandon prend un rayonnement à mes yeux

que pendant des années j'étais passé et resté dans ce groupe comme Stephen Dedalus passait devant l'inscrutable cadran de l'horloge du Bureau du Lest, et...

 

 

...voici que ces années s'étaient résumées et closes, parfaitement closes et parfaitement résumées, dans l'épiphanie du chuintement final, doucement amorti par son joint de caoutchouc, d'un battement de porte.

 

(1) Camarade : nom que se donnent entre eux les militaires. Des camarades de régiment. « En avant ! partons, camarades, L'arme au bras, le fusil chargé » Béranger. 

Par extension, substantif des deux genres, celui, celle qui a même vie, mêmes habitudes, mêmes occupations que plusieurs autres personnes. Camarades d'école, de collège, de chambrée. Des camarades d'enfance, des personnes qui se fréquentent depuis l'enfance. Des camarades de bureau. C'est une mauvaise camarade - Émile Littré, Dictionnaire de la langue française.

(2) En 1977, au sein d'une organisation depuis longtemps défunte mais dont les archives n'ont été que récemment déposées, s'opposèrent violemment (3) deux courants dénommés A et B. En résumant : pour les B, majoritaires, l'organisation devait continuer à se considérer comme une avant-garde révolutionnaire au sens du Que Faire léniniste. Pour les A, minoritaires, elle devait servir à coordonner des mouvements dont elle avait à apprendre au moins autant, sinon plus que ce qu'elle avait accumulé de son côté en expérience politique. Disons que les B étaient léninistes, et les A mouvementistes. En ce temps-là j'étais A mais beaucoup de A me prenaient pour un B. C'était normal, je suis un chat.

Éliane Viennot a produit le compte-rendu le plus exact et le plus drôle de ce débat : Les riches heures des femmes de Lorgat, in C'est terrible quand on y pense (voir plus haut), ouvrage qu'il faut hélas aller dénicher chez les bouquinistes.

(3) La violence ne fut que psychologique, mais d'une redoutable intensité. 

(4) Il s'agissait en 77 des organisations se rattachant théologiquement au trotskysme. Les maoïstes s'étaient auto-dissous bien plus tôt mais de façon moins argumentée.

(5) Pour faire moins bref, il était devenu clair, en l'an 77, que le développement exponentiel des forces productives sous direction exclusivement masculine ne faisait plus rêver grand-monde.

(6) « C'est là l'instant que j'appelle épiphanie. Nous reconnaissons d'abord que l'objet est une chose intégrale ; nous reconnaissons ensuite qu'il présente une structure composite et organisée, qu'il est, effectivement, une chose. Enfin, lorsque les rapports entre les parties sont bien établis, lorsque les parties sont ajustées au point particulier, nous reconnaissons que cet objet est la chose qu'il est. Son âme, sa quiddité se dégage d'un bond du vêtement de son apparence. L'âme de l'objet le plus commun dont la structure est ainsi mise au point prend un rayonnement à nos yeux. L'objet accomplit son épiphanie ». James Joyce, Stephen le Héros, trad. Ludmila Stavisky.

(7) Côté gauche vu des travées du haut où je me trouvais, mais côté droit vu de la tribune, je ne sais s'il y avait là, dans l'âme des organisateurs, une symbolique.


21/10/2026

L'autre côté : Piper/Sutherland


John Piper - Du portfolio Death in Venice, 1973
Sérigraphie en couleurs sur grand vélin d'Arches
 
 
 
 
Graham Sutherland - The burnt interior of a building
in the City, 1941
London Museum 

Sutherland et Piper sont contemporains (tous deux nés en 1903) et tous deux War Artists, génération oblige. On les classe dans l'ensemble assez flou des Néo-romantiques (1).

 

(1) Le Néo-romantisme, si tant est qu'il existe, naît en même temps et parallèlement au Retour à l'ordre des années 20-30 du XXème siècle - et il est aussi difficile à définir que ce dernier. On lui connaît deux pôles principaux, du côté parisien et du côté grand-breton (mon préféré mais je suis plutôt anglophile et cela peut obscurcir mon jugement, qui sait).

20/10/2026

Tableaux parisiens : Pillage et colorisation (et Son Altesse Royale saute)


Victor Adam - Rue de Richelieu (mardi soir) Dévastation de la boutique de Mr. Lepage
Autre titre : 
Pillage de la boutique Le Page, rue de Richelieu, le 27 juillet 1830 (première journée des Trois Glorieuses) 

 

Dans la journée du mardi 27 juillet, (Lepage) a cru devoir s’opposer à l’enlèvement des armes antiques et précieuses que contenaient ses magasins ; il voulait faire lui-même, avec ses ouvriers, une distribution régulière de tout ce qui pouvait servir à la défense personnelle des patriotes. Pendant les trois jours, M. Lepage n’a cessé de distribuer des armes et des munitions de toute espèce ; le 27, au matin, il s’était pourvu de cent vingt livres de poudre. Depuis mardi, une fonte continuelle de balles de tous calibres a eu lieu chez lui ; on en a distribué à toute heure. Il était assisté de son père, vieillard de quatre-vingt-cinq ans. Le patriotisme est héréditaire dans la famille Lepage. Lors de la première révolution, M. Lepage père, arquebusier, livra trois fois ses magasins aux défenseurs de la liberté ; aujourd’hui M. Lepage fils n’a conservé que son fusil national, et, dans ce moment, comme touts ses concitoyens, heureux du triomphe populaire, il est sous les armes à sa municipalité. 

Le Constitutionnel, 7 Août 1830 

La boutique de l’armurier Lepage, rue de Richelieu, reçoit la visite des manifestants. Le vieux père Lepage, quatre-vingt-cinq ans, a connu les mêmes scènes sous la Révolution, il a déjà distribué les fusils de son magasin, il abandonne ses armes de chasse, ses munitions, mais refuse ses armes anciennes et précieuses, sur son enseigne Arquebusier de Son Altesse Royale le duc d'Orléans, Son Altesse Royale saute, on laisse le duc d'Orléans.

Jean-Louis Bory - La révolution de Juillet, Gallimard éd. 1972

 

 

Léon Cogniet - Scène de Juillet 1830 ou Les drapeaux, 1830
Huile sur toile 

 

 

 

 

19/10/2026

Moulin d'amour, photo guindée


Fédor Hoffbauer - Tour de l'ancien moulin du Pavé, avenue d'Orléans, ca 1901-1905
Encre et aquarelle sur carton
Musée Carnavalet 

 

Le Moulin Pavé, ou Moulin Saint-Jacques, construit en 1191, faisait partie de la trentaine de moulins à farine (1) installés de part et d'autre du chemin de Montrouge (devenu avenue d'Orléans, puis du Général-Leclerc - l'établissement se situait à l'emplacement des numéros 26-28 actuels). 

Il prend le nom de Moulin de l'amour quand il est transformé en guinguette. Avant d'être détruit en 1916 il abritait un atelier de photographie : Hoffbauer dessine la sortie de mariés qui viennent de s'y faire tirer le portrait. 

Noter le contraste entre le bâtiment en pierre dédié à la Photographie et l'appentis de bois laissé à la Peinture. S'il faut y voir un sens caché il est probablement ironique : Hoffbauer a certes utilisé la photographie comme étape préparatoire  à des dessins et dioramas, mais l'objet de son grand œuvre, Paris à travers les âges, est précisément de représenter ce qui n'a pas été photographiable :

  


Fédor Hoffbauer - La Cité et le pont aux Change en hiver 1650
 Plume, encre brune, aquarelle, rehauts de blanc et gouache sur papier

 

...et, toujours parlant de Hoffbauer, quelques petites choses dans mon fouillis, par là.

 

(1) Jacques Hillairet, Dictionnaire historique des rues de Paris, T. 1 p. 572.

 

17/10/2026

L'art de la rue : matin du lendemain


Burt Glinn - Scène de rue au matin suivant l'assassinat de Martin Luther King, Washington D.C. USA, 1968 
© Burt Glinn | Magnum Photos

 

15/10/2026

Le bar du coin : Fitton


James Fitton - Les Girls, ca 1952-54
Huile sur toile
Manchester Art Gallery


 

13/10/2026

Et plus tard un ange (et plus tard, Gaza)


Maryam Rahmanian - Une Iranienne pose avec des ailes artificielles dans un parc du nord de Téhéran, en Iran, le 9 Mai 2024


Ce belvédère aux ailes a souvent été utilisé en symbole de libération - ainsi par Yalda Moaiery et d'autres. Les photos de Maryam Rahmanian sont présentées au Prix Bayeux, où l'exposition la plus impressionnante est celle d'Ali Jadallah, Gaza, chronique d'un génocide.

11/10/2026

Et la brume devint gratuite


Auguste-Louis Lepère - Au coin du Pont-au-Double, 1893
Eau-forte et pointe sèche
 
 
Le Pont-au-double était à l'origine (1626) un pont privé faisant partie de l'Hôtel-Dieu dont il reliait les deux parties par-dessus le petit bras de la Seine. En 1634 les habitants du quartier ont obtenu le droit de l'emprunter moyennant un péage de deux deniers, soit un
 
 
Double denier tournois de Louis XIII,
 
 
d'où le nom qu'a gardé le pont. Le passage devint gratuit en 1789.
 
 
 

 

09/10/2026

07/10/2026

Fantômes à la rencontre : swing yourself


Arthur B. Frost - Illustrations pour
MacMillan & Co, 1919

 

(Canto II - Hys fyve Rules - Les cinq règles concernant les rapports du fantôme avec les vivants)

 

« By day, if he should be alone
— At home or on a walk —
You merely give a hollow groan,
To indicate the kind of tone
In which you mean to talk.

« Pendant la journée, s’il se trouve seul
— À la maison ou en promenade —
Il suffit de gémir sourdement,
Pour indiquer le ton
Sur lequel vous comptez lui parler.


But if you find him with his friends,
The thing is rather harder.
In such a case success depends
On picking up some candle-ends,
Or butter, in the larder.

Mais si vous le trouvez avec ses amis,
La chose est un peu plus compliquée.
Dans ce cas, le succès dépend
De votre capacité à récupérer des restes de bougies,
Ou du beurre, dans le garde-manger.



With this you make a kind of slide
(It answers best with suet),
On which you must contrive to glide.
And swing yourself from side to side
One soon learns how to do it. 
»

  

Avec ça, on fabrique une sorte de patinoire
(ça marche mieux avec du suif),
sur laquelle il faut réussir à glisser.
Et puis on tourne sur soi-même :
on apprend vite à le faire. »

 

Sans compter que... 

 

 
« Peut-être, dit-il, avez-vous d’abord enfreint
Les lois de l’hospitalité :  
Tous les fantômes d'instinct détestent
L’homme qui ne traite pas son invité
Avec la cordialité qui s’impose. »





Et pendant ce temps-là...

...Ah ne m'en parlez pas, je préfère penser à autre chose