02/03/2021

L'art de la rue : Carmack Lewis, encore

David Carmack Lewis - Mural Absence and Presence, 2018

Boise, Idaho, W. Myrtle & S. 6th St.

Latex acrylique

Source

 

Et déjà.
 

01/03/2021

Le clocher peut sonner

 

Hélène Martin (10 décembre 1928 - 21 février 2021)
chante en 1964 Jean Genet - Le condamné à mort (1942)
Mis en ligne par Karedig

28/02/2021

Portrait blessé

James Tissot - Le soldat blessé, ca 1870

Aquarelle

Tate Britain

 

En 1870, pendant le siège de Paris, Tissot s'engage dans les Éclaireurs de la Seine, un corps franc qui participe à de nombreux engagements.

Il a dû se montrer suffisamment brave - ou inconscient - lors d'une sortie au parc de la Malmaison (probablement le 8 octobre) pour que Manet en parle, dans une lettre du 19 novembre 1870 à Eva Gonzalès.

Il reste ensuite à Paris pendant la Commune mais il n'y prend pas de responsabilité particulière - peut-être voulait-il simplement garder un oeil sur ses biens.

Puis, comme on sait, il part pour Londres.

 

Et à propos de Tissot, déjà.

 

27/02/2021

Austin Spare, encore : le balayeur

Austin Osman Spare - Character study - Road Sweep / Etude de caractère - Balayeur de rue, 1953

Pastel sur panneau 

 

 

 

Et pendant ce temps-là...

...dernier avertissement

 

26/02/2021

Une semaine avec (ou sans) les ailes, bonus du huitième jour

 

Dorothy Malone dans

Douglas Sirk - The tarnished Angels, 1957, d'après William Faulkner, Pylône

Mis en ligne par rottenbarz

25/02/2021

Tôt ou tard (où l'on trouvera trois oiseaux, un menu avec viande pas forcément adapté au protocole sanitaire des cantines scolaires, et une petite goutte de Zarathoustra) (une semaine avec des ailes, 7)

William Kurelek - Arrivé trop tôt, 1974

Technique mixte sur panneau

 

 

 

 

Wayne Thiebaud - Bird, 1979

Eau-forte en couleurs

McNay Art Museum

 

 

 

Pieter Claesz - Nature morte avec un verre de cristal, une tabatière, un poulet, un hareng, un citron partiellement pelé sur un plat d'étain, des crevettes dans un bol de porcelaine et des fruits sur une table, ca 1648

Huile sur panneau de chêne



Viele sterben zu spät, und Einige sterben zu früh. Noch klingt fremd die Lehre: „stirb zur rechten Zeit!“

Stirb zur rechten Zeit: also lehrt es Zarathustra.

Il y en a beaucoup qui meurent trop tard et quelques-uns qui meurent trop tôt. La doctrine qui dit : « Meurs à temps ! » semble encore étrange.

Meurs à temps : voilà ce qu’enseigne Zarathoustra. 

Friedrich Nietzsche - Ainsi parlait Zarathoustra, trad. Henri Albert , I, 21, Vom freien Tode / De la mort volontaire


24/02/2021

Le vol le plus silencieux au monde (une semaine avec des ailes, 6)

Dillon Samuelson - Barn Owl / Chouette effraie

Encre et acrylique sur papier bristol

 

Et d'ailleurs, déjà.
 

23/02/2021

Où l'on découvre que Rilke avait raison, ainsi que la recette du Chilcano de Pisco (foutu Pérou mais depuis quand ?) (une semaine avec des ailes, 5)

Cercle du Maître de Calamarca - Ange arquebusier, Asiel Timor Dei, avant 1728

Huile sur toile

Museo Nacional de Arte, La Paz

 

 

Comme le Ceviche et le Chilcano (1), les Anges arquebusiers (XVIIème-XIXème siècles) sont une spécialité typiquement péruvienne, l'atelier le plus renommé étant celui du Maître de Calamarca, qui décora l'église du même nom et qui était peut-être José López de los Ríos.

 

Qui donc dans les ordres des anges
m’entendrait si je criais ?
Et même si l’un d’eux soudain
me prenait sur son cœur :
de son existence plus forte je périrais.
Car le beau n’est que le commencement du terrible,
ce que tout juste nous pouvons supporter
et nous l’admirons tant parce qu’il dédaigne
de nous détruire.
Tout ange est terrible.

Rainer Maria Rilke - Première élégie de Duino 

trad. Lorand Gaspar

 

 

(1) Au sujet du Chilcano de Pisco, dont voici la recette, en profiter pour relire Conversation à la Cathédrale / Conversación en la Catedral...

 

Mario Vargas Llosa - Conversation à la Cathédrale, trad. de Sylvie léger et Bernard Sesé, Gallimard éd. 1973 (2)

 

(2) Il  existe une seconde traduction par Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès, sous le titre Conversation à La Catedral, Gallimard éd. 2015. Sur les mérites comparés de ces deux traductions les avis peuvent varier mais les chats sont plutôt d'accord avec Christophe Mercier (accès conditionnel mais le petit bout gratuit suffit pour se donner une idée).  

 

22/02/2021

Damoiselle en d'autres termes (une semaine avec des ailes, 4)

Lisa Dinhofer - Dragonfly / Libellule, 2000

Eau-forte

Via Lisa Dinhofer

 

 

Car c'est tout aussi joli en occitan : domaisèla

 

 

La Talvera - Domaisèla pichonèla (Petite libellule), 2005

21/02/2021

Des fleurs plus larges, des plaisirs inéprouvés (une semaine avec des ailes, 3)

John Singer Sargent - Le Sphinx et la Chimère, 1916-1921

Huile sur toile

Projet pour la Rotonde du Musée des Beaux-Arts de Boston

The Huntington Library, Art Museum, and Botanical Gardens, San Marino, Californie

 


Gustave Flaubert - La tentation de saint Antoine, 1874

 

 

20/02/2021

Une semaine avec des ailes (2) : Duo/Trio


 Jiří Kolář - P.F. 67

Collage sur papier

19/02/2021

Une semaine avec des ailes (1) : petit déjeuner

Mattias Härenstam - Frokost med fugler / Petit déjeuner avec oiseaux, 2012

Gravure sur bois

 

 

 

 

 

 


 

18/02/2021

Tableaux parisiens : bouillon Kub et chemins de l'exil

George Grosz - Paris 27, 1927

Brosse, plume, calame, aquarelle et encre de Chine

 

 

En bas à droite : "To Walter an old friend, hommage & happy birthday from George Böff, Douglaston, 44 May". Grosz habitait à Douglaston, dans le Queens. Il lui arrivait de signer George Böff dans des lettres à des amis.

Le dessin, exécuté en 1927 lors d'un voyage en France, a été offert par Grosz à Walter Mehring pour son anniversaire en 1944 alors que tous deux étaient réfugiés aux Etats-Unis. La France et le marin devaient rappeler à Mehring son parcours d'exilé - enfermé en 1939 avec d'autres allemands antinazis au camp français de Saint-Cyprien, sauvé grâce au Comité de Secours américain de Varian Fry, et parti en 1941 sur le Wyoming (1), un cargo mixte en direction de la Martinique.

 

 

À propos de Grosz, déjà. Et de Walter Mehring, aussi


(1) Le livre d'Eric Jennings, Les bateaux de l'espoir, Vichy, les réfugiés et la filière martiniquaise, contient de nombreux passages sur l'odyssée de Mehring.




 
 

17/02/2021

Le maori, la révolution et la jeunesse

Neuseeländer / Néo-zélandais

Ill. pour Joachim Heinrich Campe - Sämmtlichen Kinder und Jugendschriften, 1806-1809, Vol. VI

Source
 

 

Joachim Campe, théologien, pédagogue et éditeur progressiste au temps des Lumières, fut un des pionniers de la littérature de jeunesse (1) et un admirateur de la Révolution française. Il n'a jamais visité la Nouvelle-Zélande mais il était en 1789 à Paris d'où il écrivit les

 


 

Il fut fait citoyen français à titre honorifique par le fameux décret du 26 Août 1792, comme Schiller, Washington, Anacharsis Cloots, Bentham, Thomas Payne et alii...

 

 

(1) Il est l'auteur de Robinson der Jüngere, Le nouveau Robinson en français, inspiré à la fois de Robinson Crusoë et de l'Emile, et qui fut dans de nombreux pays le premier livre jamais publié pour la jeunesse.

16/02/2021

L'art de la rixe : Pissarro

Camille Pissarro - Les Strugleforlifeurs 

du recueil Les turpitudes sociales, 1889-1890

 

 

Certes, ce n'est pas à propos de la chèvre de Monsieur Seguin que le mot struggleforlifeur a été inventé par Alphonse Daudet.


 

 

Et pendant ce temps-là...

c'est long, c'est en anglais, c'est une thèse mais c'est intéressant

 

15/02/2021

Duos : Carel Weight

Carel Weight - Love at First Sight, n.d.

Huile sur toile

Arts Council Collection, Southbank Centre

 

De Carel Weight, déjà.
 

13/02/2021

Au bal de l'échec

Henry Maurer - Le bal Bullier, 1901-1903

Huile sur toile


 

Comparer ce tableau, par exemple, avec Soir bleu de Hopper, qui était à Paris dans les mêmes années, juste un peu plus tard. A quel point Maurer est plus inventif picturalement, a mieux assimilé ce qu'il a vu de l'évolution du fauvisme. Mais aussi comment Hopper l'emporte, déjà, pour l'architecture de son tableau, et pour la thématique (1). Et pour la suite, ça continue. Maurer évoluera et expérimentera constamment, jusqu'au cubisme et à un expressionnisme très particulier - ce qui n'est pas le cas de Hopper, loin de là.

Maurer se détruira de façon quasi-masochiste - se cloîtrant pendant dix-huit ans chez son père qui le méprisait, et quand son père meurt, il se suicide. Tout le contraire de Hopper, qui mène sa maison, sa carrière et son couple d'une main de fer - la masochiste, celle qui va morfler, c'est Jo

Deux artistes, deux vies bien différentes, un échec lamentable et une réussite au bout du compte. Et le plus étonnant - regardez en détail certains Hopper - c'est que celui qu'on a oublié n'était pas forcément un plus mauvais peintre.

 

 (1) L'art de Hopper repose, non sur l'expression, mais sur la mise à l'écart, à distance, des affects. Non pas une expression, mais une thématique. Nighthawks se résume à un thème : "des habitués dans un café la nuit". Dans leurs souvenirs, les familiers de Hopper racontent qu'il pouvait raconter avec force détails les histoires des personnages qu'il peignait. Pourtant la force de ses tableaux repose sur le fait que ces scènes sont rendues muettes et statiques, inexpressives. Tout le contraire d'un tableau comme Le bal Bullier, qui est certes tout aussi ambigu et polysémique qu'un Hopper, mais - Lautrec ou Degas ne sont pas loin - ce tremblement du sens y naît précisément de l'expression et du mouvement. Chez Hopper l'ambiguïté vient de l'extinction des affects, qui rend la scène inerte, impénétrable. D'où la facilité qu'on a à s'y projeter, mais sans s'y satisfaire vraiment : la fascination, mais sans l'empathie.

 

12/02/2021

Avec une allumette

Julio Romero de Torres - El Cohete / La fusée, 1931

Huile sur toile


 

Les Cordouanes préraphaélites qui languissent sur les toiles de Torres, pécheresses, mystiques, comtesses, copleras, religieuses, gitanes, diseuses de bonne aventure ou toreras - ne traînent pas toutes un ennui distingué et/ou vénal. Quelquefois elles s'amusent, comme sur ce tableau qui était destiné au calendrier 1931 des artificiers de l'Union Española de Explosivos.

Celle qui posa pour La fusée était Carmen Gabucio, mexicaine qui eut comme d'autres modèles de Torres (1) une biographie agitée, épousant un poète à Mexico, s'installant en Espagne après son divorce pour devenir choriste à l'Apolo de Madrid et faisant la connaissance de Torres par l'entremise d'une amie qui était l'amante de José Antonio Primo de Rivera (2) - tropisme qui l'amena à adhérer à la Phalange. Au début de la guerre civile elle aida de nombreux nationalistes à se réfugier à l'ambassade mexicaine et fut dénoncée comme espionne aux autorités républicaines, condamnée à mort sans être exécutée. Pendant ce temps son frère, Aníbal Gabucio, quittait le Mexique pour s'engager, lui, dans les Brigades Internationales et commander l'artillerie républicaine lors de la bataille de Madrid (3). Par la suite elle demeura en Espagne avant d'être rapatriée au Mexique en 1993 et d'y mourir quelques mois plus tard. Carmen Gabucio fut également pour Torres le modèle de la Virgen de los faroles... 

 


la Vierge des flambeaux, objet de vénération installé sur l'autel extérieur au mur nord de la Mezquita, la mosquée-église de Cordoue. Cette vierge, qui fut donc muse de plusieurs poètes, lanceuse de fusées, phalangiste et espionne est un objet, disons, de réflexions.

 

Et, comme les liens de cet article y invitent, on peut visiter, même en temps de confinement voire de couvre-feu, le Musée Julio Romero Torres de Cordoue.

 

 

(1) Torres commit, par exemple, un portrait de Musidora qui vécut, dans l'Espagne des années 20, un grand roman d'amour avec un rejoneador.

(2) Dont un portrait est attribué à Torres.

(3) Carmen Gabucio affirmait que c'était son propre frère qui l'avait dénoncée. La source pour sa biographie est l'article de Benjamín Flores Hernández, Migración Hispano-Mexicana. Un caso de ida y vuelta: el teniente coronel Aníbal Gabucio, 2006.


 

 

11/02/2021

Le mage et le vétéran

Austin Osman Spare - Portrait of Freddie Hutch as a Clown, ca 1955

Pastel

 

Spare (1886-1956), dessinateur et peintre symboliste anglais, fut aussi un théoricien de l'occultisme, auteur de trois traités sur la question. Un temps proche d'Aleister Crowley, Spare développa un alphabet sigillographique censé permettre la communication avec les forces oubliées d'un inconscient atavique. Les glyphes de cet alphabet pouvaient se décliner en postures corporelles.


Exemple d'alphabet sigillographique et de posture correspondante, par Austin Spare - Book of Pleasure (Self-love), the Psychology of Ecstasy, 1909-1913

 

Il pratiqua également l'écriture et le dessin automatiques, ce pourquoi on le rapproche parfois du surréalisme.

Au dos du pastel ci-dessus, une inscription identifie Freddie Hutch comme un "musicien et ancien combattant" ("war veteran"), on ne sait de quelle guerre. S'il s'agit de la première guerre mondiale, on peut se rappeler que Spare fut enrégimenté lors de la conscription obligatoire de 1917, mais resta loin du front dans un hôpital militaire londonien, où il servit comme War Artist.




 

10/02/2021

L'art de la cuisine : tout, oui, absolument tout va bien se passer

Via This is'nt Happiness

 

 

M. Chat - Il n'y a rien dans l'assiette...

Mme Chat - Du calme, ça mijote. Tu veux des croquettes en attendant ?

M. Chat - Mmmmm...?

Mme Chat - Elles sont bio, véganes, sans gluten et produites par un maraîcher de proximité.

M. Chat - Celui de Saint-Félix-de-Gargouillette ?

Mme Chat - Oui, le monsieur avec un grand chapeau.

M. Chat - Celui qui retransmet les infos des forums Qanon, qui vote pour Asselineau et qui pense que le virus du Covid a été développé par des Martiens dans un laboratoire russe ?

Mme Chat - Il votait pour Asselineau. Maintenant il est indécis.

M. Chat - Un complotiste indécis ? Et tu me proposes de manger ce qu'il produit ?

Mme Chat - Du calme, ça mijote.

M. Chat - Et d'abord, pourquoi est-ce qu'on voit de plus en plus de complotistes ? Tu sais...

Mme Chat - Oui ?

M. Chat - Parfois, j'ai l'impression que tout le monde est complotiste, comme si...

Mme Chat - Comme s'il y avait un vaste complot où tous les complotistes comploteraient ?

M. Chat - Exactement. Tu vois, quand tu dis ça, mes poils s'électrisent...

Mme Chat - Du calme, regarde au fond de l'assiette.


 
 

09/02/2021

Portrait craché : autofanatisme

Maximilian Klewer - Der Fanatiker (Selbstbildnis) / Le fanatique (autoportrait), 1919

Huile sur toile

Städel Museum, Frankfurt am Main
 

08/02/2021

Les vacances du bestiaire : Kyōsai

Kawanabe Kyōsai - Poissons

Gravure sur bois

 

 

 

 Et pendant ce temps-là...

...où, pourquoi, quid ?

 

 


 

06/02/2021

Entre chien et loup : Heldt, encore

Werner Heldt - Rue de Berlin le soir, avec des réverbères suspendus, 1927

Via amare-habeo

 
 

05/02/2021

Boom & bang

C.R.W. Nevinson - The Stock Exchange, ca 1919-21. de la série New York

Pointe sèche

 Via Thunderstruck


Nevinson fit deux voyages aux Etats-Unis, en 1919 et 1920. Et ce que les brokers saluent ici de leurs grands gestes, ce sont ces années où les Etats-Unis deviennent les créanciers du monde.

C'est aussi en 1920, après le premier procès de Sacco et Vanzetti, qu'a lieu l'attentat de Wall Street, dirigé non contre le Stock Exchange mais tout près de là, au Corner, contre la banque J.P. Morgan.

 

 

Une charrette contenant 45 kilos de dynamite et 230 kilos de ferraille explose le 16 septembre à midi devant le 23 Wall Street, faisant 40 morts et des centaines de blessés. Le conducteur parvient à s'échapper. On accuse les anarchistes (Galléanistes). Mais, malgré les recherches, on n'est jamais parvenu à identifier les responsables.

 

A propos et autour de Nevinson, déjà

 

 
 

04/02/2021

Au coin du rêve

Werner Heldt - Strassenecke (Traum) / Coin de rue (rêve), 1930

Crayon sur papier

Source
 

03/02/2021

Rousse, mais coiffée

Jeanne Mammen - Die Rothaarige (Gedanken beim Friseur) / La Rousse (pensées chez le coifeur), ca 1928

Crayon et aquarelle sur papier

Berlinische Galerie
 

02/02/2021

Le jardinier des ombres

Sun-Tae Hwang - The Sunshine Room VII, 2017

Verre trempé, sablage et rétroéclairage LED
 

01/02/2021

Trois fois la trace de l'éclair

Eric Manigaud - Shunkichi Kikuchi - Le quatrième étage de la Caisse d'épargne d'Hiroshima, Lundi 1er octobre 1945

Crayon et poudre de graphite sur trame digigraphique

 

Eric Manigaud reproduit, au crayon gras et à la poudre de graphite, des photographies à caractère d'archive représentant des événements traumatiques ou excédant le cadre de la "normalité". Il a notamment travaillé sur les photographies de la manifestation du 17 octobre 1961, sur des portraits cliniques en asiles d'aliénés, sur les photographies spectrales de la spirite Madge Donohoe et sur les photographies scientifiques d'Hiroshima.

Le dessin part d'une photographie prise par Shunkichi Kikuchi, qui fit partie de la mission japonaise chargée d'enregistrer les effets de la bombe d'Hiroshima, du 30 septembre au 22 octobre 1945.

Les traces blanches, sur les murs impressionnés par la lumière de l'explosion, sont les ombres négatives des traverses de fenêtres.

Manigaud travaille à partir d'une trame digigraphique, centimètre par centimètre, la photo originale étant projetée et agrandie sur le papier à dessin. L'effet produit est celui d'une représentation amplifiée - mais en même temps mise à distance - du trauma initial. Dans le cas présent l'effet est évidemment multiplié du fait que les ombres négatives fonctionnent comme une image rémanente de l'éclair nucléaire.

 

31/01/2021

30/01/2021

Une chanson pour le vieux clocher

L. S. Lowry - The Tollbooth, Glasgow, 1947

 

Le Tollbooth dans la tradition des villes écossaises, c'est le bâtiment municipal avec sa salle du conseil, son tribunal et sa prison (pour dettes, notamment). Et donc du Tollbooth de Glasgow il ne reste que le clocher mais de 1626 à 1814, ça ressemblait à ça :


 


 

Et c'était évidemment environné de pubs où on chantait peut -être...

 

 



Robert Burns - What Can a Young Lassie ?
 
 
 
Et, à propos de Robert Burns, déjà.
 
De L. S. Lowry, déjà aussi

29/01/2021

Les transports intimes


David Carmack Lewis - Study, 2002
 
 
 
 
David Carmack Lewis - Three Directions, 1998

 

 

De la série Psychodramas, 1995-2004

 

 

Et de Carmack Lewis, déjà.

27/01/2021

Un billet pour l'Underground

Charles White – General Moses (Harriet Tubman), 1965

Encre sur papier

Collection privée
 

 

Harriet Tubman, (ca1822 - 1913), elle-même esclave fugitive, prit part à l'organisation de l'Underground Railroad entre le Maryland et la Pennsylvanie. Elle sauva ainsi quelque soixante-dix esclaves en treize expéditions, ce qui lui valut le surnom de Moïse. Elle participa activement à la Guerre Civile du côté des Fédérés.

L'administration Obama avait prévu de faire figurer son portrait sur le billet de 20$ à la place d'Andrew Jackson. La présidence suivante jugea que ce n'était pas une priorité. D'après une récente déclaration, Harriet Tubman devrait bien être un jour la première personne noire à figurer sur un billet états-unien. Elle ne sera pas la première la femme, car Pocahontas se faufile sur le billet de 10$ dans les années 1869 à 1880, tandis que Martha, épouse de George Washington, est en majesté mais à prix réduit sur le 1$ de 1886.

Mais, si l'on prend en compte les billets émis par la Confédération, la première femme à apparaître sur du papier-monnaie dans les contrées aujourd'hui états-uniennes est Lucy Pickens, sur le billet confédéré de 100$ en 1864 (1). Lucy Pickens, First Lady de Caroline du sud, était blanche, possédait une grande plantation et 276 esclaves.

 

Lucy Pickens, qui fut propriétaire

 

 

Harriet Tubman, qui fut propriété
(projet, dessin préliminaire du Trésor états-unien, rendu public par le New York Times. Andrew Jackson, qui lui aussi posséda des esclaves, devrait demeurer au verso)

 

 

On trouvera sur cette page une photo récemment retrouvée d'Harriet Tubman.

Et de Charles White, déjà. Et à propos d'Harriet Tubman, déjà aussi.

 

 

 

(1) Les billets sudistes portaient la mention "two years after the ratification of a treaty of peace between the Confederated States and the United States of America the Confederated States will pay to the bearer..." car la Confédération ne disposait pas de réserves d'or ou d'argent suffisantes pour garantir leur convertibilité. De la monnaie de singe, mais de singe esclavagiste. Quelqu'un dans la salle me souffle que les singes n'ont pas d'esclaves et que seuls les hommes... Mes excuses aux singes. Et d'autres excuses encore parce que.

26/01/2021

Un petit coup de fatigue


Léon Spilliaert - Le masque fatigué, 1919

Aquarelle et gouache sur papier

25/01/2021

Les journées de Pénélope : à moins de tomber tout simplement folle ou d'épouser un disc-jockey


Remedios Varo - En brodant le manteau terrestre, 1961

Huile sur panneau

 

 

Il s'agit du panneau central d'un triptyque, également connu pour avoir été cité par Thomas Pynchon dans son roman Crying of lot 49 / Vente à la criée du lot 49. Comme on sait, les deux personnages centraux sont Oedipa Maas et son boy-friend millionnaire (mais mort) Pierce Inverarity, et... 

 

À Mexico, ils étaient entrés par hasard dans une galerie de tableaux où exposait Remedios Varo, une splendide réfugiée espagnole. Sur le panneau central d’un triptyque intitulé Bordando el Manto Terrestre, on pouvait voir un groupe de frêles jeunes filles aux visages en forme de cœur, avec des yeux immenses, des cheveux d’or filé, elles étaient prisonnières au sommet d’une tour circulaire, et elles brodaient une sorte de tapisserie qui pendait dans le vide par une meurtrière, et qui semblait vouloir désespérément combler le vide : car toutes les maisons, toutes les créatures, les vagues, les navires et toutes les forêts de la terre étaient contenus dans cette tapisserie, et cette tapisserie, c’était le monde. Œdipa s’était mise à pleurer en regardant ce tableau. Personne ne l’avait remarquée ; elle portait des lunettes vert sombre. Si les larmes restaient prisonnières derrière les lunettes, elle conserverait ainsi ce moment de tristesse, voyant le monde s’iriser à travers ses larmes, celles de cet instant, comme si des indices de réfraction encore inconnus pouvaient varier d’une crise de larmes à l’autre. 


 

Edition paperback de 1967

Elle avait regardé à ses pieds et compris, grâce à un tableau, que cette matière qu’elle foulait avait été tissée à peut-être trois mille kilomètres de là dans sa propre tour, que c’était devenu Mexico par le plus grand des hasards, si bien que Pierce ne l’avait arrachée à rien, et qu’elle ne s’était pas échappée. À quoi souhaitait-elle tant échapper ? Une telle captive, avec tout son temps pour penser, comprend bientôt que sa tour, sa hauteur, son architecture, sont purement accidentelles, comme sa personnalité : elle comprend que ce qui la retient où elle est est de nature magique, anonyme et maligne, et que cela lui est imposé sans raison. Sans rien d’autre que l’angoisse qui lui tord le ventre et son intuition féminine pour déchiffrer cette magie informe, en comprendre le mécanisme, en mesurer les champs magnétiques, en compter les lignes de force, elle risque de tomber dans la superstition, ou encore de se consacrer à un passe-temps utile comme la broderie, à moins qu’elle ne tombe tout simplement folle ou qu’elle épouse un disc-jockey. Si la tour est partout et si le cavalier par qui viendra la délivrance est vulnérable à cette magie, alors… 

trad. de Michel Doury, Seuil éd. 1987

 

Pynchon a probablement vu le triptyque exposé à Mexico en 1962 ou 1964. Quant aux écarts entre le panneau et l'interprétation qu'en fait Oedipa/Pynchon, on peut les voir analysés par là

Ajoutons que si vous n'avez pas eu votre content de complots et de conspirations en ouvrant votre journal du matin, vous vous régalerez à la lecture ou à la relecture (voire à l'infinie dissection) de Vente à la criée du lot 49.

 


 

24/01/2021

Le printemps des poètes

Yokoyama Seiki - Mésange sur une branche de saule, 1826

Gravure sur bois, encre et couleurs sur papier

Minneapolis Institute of Art
 

  

 

La mésange illustre une collection de 101 poèmes. L'édition a été financée par une association poétique, peut-être à l'occasion d'un rassemblement d'auteurs. Etait-ce réellement au printemps, comme l'indiquent les fleurs de saule ? C'était en tout cas en la sixième année du règne calamiteux de l'empereur Daoguang et les mésanges, les poètes et les saules n'avaient plus que quinze ans de tranquillité devant eux.

 

 

Mais pendant ce temps-là...

...on se demande bien si Vinclair ne va pas /

bientôt devoir donner une suite à cela