Thomas Ott - Pas terrible, comme endroit, Ill. pour Jim Thompson, A Hell of a Woman, édition illustrée, La Baconnière, 2014
I went into the little bar there, next to the drugstore, and sat down near the door.
It was one of those places: the kind that makes you wonder how the hell they stay in business. Because this joint, it sure didn’t have any. An old codger nursing a dime beer. Some painted-up dame getting high on sherry, and counting her change every two minutes . . . That’s all there was.
Jim Thompson - A Hell of a Woman, 1954
La première édition Lion Books de A Hell of a Woman
J'entre dans le bistrot voisin du drugstore, et je m'assois à côté de la porte.
C’est une de ces boîtes dont on se demande comment elles font pour rester ouvertes. Parce que, pour les clients, on peut les compter : un vieux bonhomme qui fait durer son bock, une bonne femme maquillée à la truelle, qui se rétame au sherry et qui compte sa petite monnaie toutes les vingt secondes ; et voilà tout.
Jim Thompson - sous le titre Des cliques et des cloaques, trad. G. Sollacaro, Série Noire Gallimard, 1967
J'entre dans le petit bar qu'il y a là-bas, à côté du drugstore, et je m'assois près de la porte.
Pas terrible, comme endroit. C’est à se demander comment ils se débrouillent pour rester en activité. Parce que là-dedans, de l’activité, il n’y en a carrément pas. Un vieux débris qui boit une bière à deux sous. Une greluche au visage peinturluré qui carbure au sherry et recompte sa monnaie toutes les deux minutes… Point final.
Jim Thompson - sous le titreUne femme d'enfer, trad. Danièle Bondil, Payot/Rivages éd. 2013
Mais on se souvient que A Hell of a Woman a été adapté au cinéma par
Alain Corneau (réal.) - Alain Corneau & Georges Perec (1) (scénario) - Série Noire, 1979
On se souvient peut-être moins que Thompson avait lui-même tenté un procédé quasi-cinématographique - sur le modèle du split-screen - pour les dernières pages de A Hell of a Woman : le final schizoïde de Frank Dillon devenu Fred Jones et/ou Derf Senoj devait se jouer en deux colonnes côte à côte sur la page (2).
L'editor de Lion Books, Arnold Hano, n'était pas convaincu. Thompson et lui tombèrent d'accord pour présenter les deux versions parallèles sur une seule colonne mais en lignes alternées roman et italique. Le procédé se retrouve à peu près dans toutes les rééditions anglo-saxonnes...
Édition Dales (large print), 2006
mais n'est pas repris dans la traduction Série Noire de 1967. Il a été rétabli dans l'édition Payot/Rivages de 2013, ainsi que dans l'édition illustrée de l'année suivante :
Ill. de couverture par Thomas Ott
(1) Corneau avait produit un scénario sur la base de la traduction Série Noire (Des cliques et des cloaques) mais avait besoin d'un écrivain pour peaufiner les dialogues. La façon dont il en vint à recruter Perec est assez intéressante :
Le réalisateur Alain Corneau avait écrit une adaptation d’un thriller de Jim Thompson,Des cliques et des cloaques. Il avait trouvé un producteur pour le film et établi la distribution, mais les dialogues lui posaient problème. Il voulait que Frank, le personnage principal, s’exprime exclusivement en clichés pour montrer son vide intérieur. Il évoqua la question avec son producteur Maurice Bernart, qui en parla à sa femme, Florence Delay, qui sollicita l’avis de son collaborateur, Jacques Roubaud, qui proposa un de ses collègues de l’OuLiPo. Corneau fut surpris de savoir qu’un auteur aussi connu que Georges Perec serait prêt à travailler sur les dialogues de son film, mais il en était ravi. Un seul coup de téléphone rue Linné suffit pour établir un accord.
David Bellos, Georges Perec, une vie dans les mots, Seuil éd., 2ème édition 2022, pp. 635-636.
Perec s'acquitta de la tâche avec une grande facilité. Cette aptitude à placer dans la bouche de Patrick Dewaere les clichés et les expressions toutes faites rappelle évidemment l'art des Je me souviens.
(2) Voir sur ce point Robert Polito, Savage Art, a biography of Jim Thompson, Vintage Books 1996.
Alfred Eberling - Мастерская в блокаду / Un atelier pendant le blocus, 1942
Huile sur toile
Musée russe
J'ai déjà parlé d'Alfred Eberling, qui fut élève d'Ilia Répine et dont l'œuvre la plus connue, sinon la plus marquante, est le portrait...
...de Lénine sur les billets de banque et les timbres-poste soviétiques après 1937.
Je ne sais si cet atelier de 42 était celui d'Eberling. Certes il enseignait encore à Léningrad en 1940 - y était-il encore pendant ce que nous appelons le siège et que les russes nomment Блокада, le blocus (de fin 41 à début 44), comme semble l'attester ce tableau ?
On sait en revanche qu'à un certain moment, durant la guerre, Eberling a été évacué dans l'Altaï, et qu'il est revenu à Léningrad au plus tard en 1948 puisque c'est là qu'il qu'il a peint...
Alfred Eberling - Натюрморт / Nature morte, 1948
Huile sur toile
Musée d'art national de la région de l'Altaï
probablement en signe de joie et de retour au foyer.
Et puis à la fin ce tableau est retourné dans l'Altaï, sans son peintre.
Nature morte est une de mes images préférées. Et oui, cette petite étoile est d'un patriotisme naïf. Mais discret, et remarquez que ce ballon n'est pas rouge, il est vert. Et songez qu'entre ces deux tableaux, entre ces allers et retours, il y a quelque vingt millions de morts.
Songez à ce que ce fut de vivre et de survivre à Saint-Pétersbourg/Pétrograd/Léningrad, bref Piter, de 1872 à 1951, en peignant Nicolas II et Molotov, Trotski et Staline, sans compter les danseuses et les stakhanovistes.
Songez enfin que sans Alfred Rudolfovitch Eberling, nous ne verrions pas la Pétersbourg de la toute fin du XIXème siècle, parce que lui, il l'a vue, et qu'avec le Pocket Kodak f10 - un objectif de 65 mm et un obturateur mécanique qui ne fonctionnait qu'à 1/50 - il l'a photographiée :
Lanfranchi habite dans ce qu’on appelle ici la campagne. Ce qui reste de la campagne. Il faut contourner la Ville et un peu sortir, traverser la zone passe-partout, entrepôts, halls de vente, puis les maraîchages bouffés de villas néoprovençales préfabriquées, les tartines de débris de maçonnerie sur la vieille terre noire. Après, ça commence à craindre, la route devient chemin, on longe la petite rivière claire malgré les plastiques accrochés aux racines des berges. Derrière, on voit bien droites les falaises de ce putain d’aigle de Bonelli. L’humidité monte du sol style plaine du Pô. Il y a des peupliers. Chemin des Laurons, le bien nommé.
On ne peut pas rater Lanfranchi vu qu’il n’y a qu’une maison, qu’on a dû démonter en Piémont pour la remonter ici : murs de briques fissurés, arcades, grenier-séchoir. À côté d’une haie de cyprès miteux, un foutoir de carcasses de bagnoles, bétonnières rouillées, bidons d’essence incinérateurs, plus un poulailler.
Laugier va jusqu’à la maison. La terrasse semble abandonnée, sous un tilleul fatigué. Mais on peut toujours l’imaginer sympa au printemps – lucioles, concert précoce de grenouilles – et fraîche en été.
Les volets sont fermés. Pas de sonnette.
— Monsieur Lanfranchi ? Un petit chien-bordille arrive en aboyant autant qu’il peut. Cette manie des chiens, mais au moins, là, on s’évite le doberman.
Laugier fait le tour de la maison hantée. Surprise, au recto, retour à la civilisation : derrière une rangée de cannes, des containers pleins de cartons et d’emballages à bulle. Les aérateurs du Mammouth soufflent un boucan énorme sur les cannes et trois figuiers ruinés.
Laugier est en train de contempler ce désastre quand d’un coup il sent dans ses reins quelque chose qui ressemble clairement à un canon de fusil.
René Merle - Treize reste raide (1) (2), Gallimard Série Noire n°2471, 1997
On rencontre cinq fois l'aigle de Bonelli dans Treize reste raide. Un petit hommage à cet oiseau qui revient de loin et à René Merle, historien de l'Occitan provençal et de la résistance au coup d'état du 2 décembre, dont les doigts viennent de se suspendre sur le clavier.
(1) "Treize reste raide !" est un terme de pétanque : c’est une formule conjuratoire, un sort qu’on jette à celui qui est en passe de gagner pour l’empêcher de gagner, mais dans " raide " il y a à la fois une idée de mort, une idée phallique, et " treize " c’est le nombre qui symbolise les Bouches-du-Rhône, Marseille(3).
(2) Treize reste raide est aussi, via le roman noir, une anamnèse historique du Sabianisme - soit un remède à une politique de l'oubli spécifiquement marseillaise.
(3) Là je cite René Merle, car la pétanque et les chats, ça fait trois. Et si j'ai bien compris cela vient du fait que le chiffre 13 porte malheur : quand la mène (la manche) est en 15 points, le sort qu'on jette à celui qui atteint le score de
13, tout près de la victoire, fera qu'il n'ira pas plus loin et sera battu. Cela a évidemment un sens dans ce roman, il faut le lire jusqu'au bout.
Ruskin Spear - Study against a black Background - A portrait of Enoch Powell, 1969
Huile sur toile
Collection privée
Le portrait fait référence au discours des Fleuves de sang- Rivers of blood speech (1) prononcé le 20 avril 1968 devant un meeting du parti conservateur à Birmingham, discours qui marqua symboliquement l'émergence d'un puissant courant raciste au Royaume-Uni, y compris dans des secteurs de la classe ouvrière.
Le Rivers of blood speech est une date-clef dans l'histoire du racisme culturel en Europe. Powell - un des fleurons du parti Tory à l'époque, et qui aurait été premier ministre s'il n'avait pas été aussi franc - en a formulé les concepts-clés : le seuil de tolérance, la re-emigration, le grand remplacement (même si pour ce dernier il a laissé le soin de la dénomination à Renaud Camus).
Spear a peint ce portrait-charge sur un fond noir - le même rideau noir qui se tend aujourd'hui sur l'Europe.
(1) D'après sa conclusion : As I look ahead, I am filled with foreboding ; like the Roman, I seem to see " the River Tiber foaming with much blood ", c'est une citation de Virgile, " Bella, horrida bella,
et Thybrim multo spumantem sanguine cerno ", " Je vois des guerres, d'horribles guerres, et
le Tibre entièrement
couvert d'une écume de sang " - prophétie de la Sibylle de Cumes, Enéide, VI, 86-87. Powell avait été professeur de grec à l'Université.
Long ago in 1945 all the nice people in England were poor, allowing for exceptions.
Jadis, en 1945, en Angleterre, tous les gens bien étaient pauvres, à quelques exceptions près.
The
streets of the cities were lined with buildings in bad repair or in no
repair at all, bomb-sites piled with stony rubble, houses like giant
teeth in which decay had been drilled out, leaving only the cavity.
Des
immeubles mal remis en état ou pas remis en état du tout, des cratères
de bombes où s’entassaient des gravats, des maisons pareilles à des
dents géantes, dont la carie aurait été enlevée à la fraise pour ne
laisser que la cavité, bordaient les rues des grandes villes.
Some
bombripped buildings looked like the ruins of ancient castles until, at a
closer view, the wallpapers of various quite normal rooms would be
visible, room above room, exposed, as on a stage, with one wall missing;
sometimes a lavatory chain would dangle
over nothing from a fourth- or fifth-floor ceiling; most of all the
staircases survived, like a new art-form, leading up and up to an
unspecified destination that made unusual demands on the mind’s eye.
Certains
immeubles, éventrés par une bombe, ressemblaient à des ruines de
châteaux anciens jusqu’à ce qu’en y regardant de plus près, on pût
distinguer les papiers muraux de différentes pièces tout à fait
normales, l’une au-dessus de l’autre, exposées à la vue ainsi que sur
une scène de théâtre, avec un mur manquant ; parfois, une chaîne de
cabinets se balançait dans le vide, d’un plafond de quatrième ou
cinquième étage ; presque tous les escaliers subsistaient, pareils à
quelque nouvelle forme d’art ; ils montaient, montaient vers une
imprécise destination qui sollicitait l’imagination de manière insolite.
All the nice people were poor; at least, that was a general axiom, the best of the rich being poor in spirit.
Tous
les gens bien étaient pauvres ; il s’agissait là, du moins, d’un axiome
d’ordre général, les meilleurs des riches étant pauvres en esprit.
(Incipit de)
Muriel Spark - The Girls of Slender Means
MacMillan, Londres 1963
/ Demoiselles aux moyens modestes
trad. Léo Dilé, Librairie Arthème Fayard 1995
Couvertures : Penguin Books - par Leo Duff (n°1) Mike Wilcox (n°3), artiste inconnu (n°4) et Robert Croxford (n°5) - à l'exception de la seconde, par Lyndon Hayes pour Folio Society en 2013.
Yves Panafieu - S'il y avait une métempsycose, en quel animal
voudrais-tu être transformé ?
Dino Buzzati - En un oiseau assez intelligent... J'entends
par là un oiseau qui comprenne les pièges de
l’homme, et qui puisse, par conséquent, se sauver...
Y.P. - Un exemple ?
D.B. - Je ne sais pas s'il en existe... Existe-t-il des
oiseaux très intelligents ?... Les corbeaux sont assez
intelligents... Un corbeau, ça ne doit pas être si
mal... À cause des milieux où il vit, aussi...
Y.P. - Tu as dit : « qui comprenne les pièges de l'homme... » En quel sens as-tu eu a souffrir de
semblables pièges dans ton existence ?
D.B. - Non. Ce n’est pas pour ça. Je voyais plutôt
ces pauvres bêtes, qui sont horriblement décimées..
C’est pour cela que j’ai toujours souhaité
qu’un jour ou l’autre, dans l’échelle de l’évolution
— qu’évidemment on ne voit pas (parce que jusqu’à présent, les bêtes sont toujours identiques à elles-mêmes...) — elles puissent apprendre à utiliser
les armes a feu. Et pour ma part je souhaiterais que les chasseurs, un beau matin, se trouvent
devant des lièvres, des lapins de garenne et même
des oiselets, munis de petits fusils... Il ne serait
pas nécessaire qu’ils fassent tellement mal... Il
suffirait qu’ils leur tirent dessus... Mais qu’ils tirent
pour de bon!... Ce serait une chose superbe !...
Dino Buzzzati - Mes déserts, dialogues avec Yves Panafieu
L'enluminure fait allusion à la question de la souris rongeuse d'hostie (consacrée), qui a donné lieu à des débats théologiques au Moyen-Âge. C'est la question (Quaestio) quid mus sumit ?Que prend la souris ? Ou : la souris communie-t-elle au sens sacramentel en bouffant l'hostie ?
Pour ceux que cela passionnerait, la réponse de Thomas d'Aquin est ici (Summa theologiae, Quaestio 80 Articulus 3).
Et un peu plus loin au fil de ce bestiaire on trouve effectivement des oiseaux (d'Irlande, sans doute), ainsi...
...au f.41r (pas de disputatio théologique au sujet des asticots)
La Chevrolet-corvette c1 convertible à injection directe, 1961
Le soir tombait. Nous roulions en silence. Sur la route devenue large et lisse, les lignes jaunes, tout au long des courbes, traçaient leurs messages en morse rapide. Au-dessus de la voiture ouverte, les arbres glissaient dans l'eau du ciel comme les algues d'un grand fleuve.
On est en 1960, date de parution, et un homme conduit une voiture de sport. À son côté, un passager qu'il ne connaît pas, qu'une amie lui a demandé de transporter "vers Champagnole". Le passager est Algérien, ce que l'amie n'avait pas précisé, et il porte un petit sac de voyage dont on connaîtra le contenu vers la fin du roman.
C'est un roman parce que
C'est René Julliard qui m'avait suggéré d'étiqueter sous le titre de mon récit l'appellation contrôlée de « roman ». "Jusqu'à présent on n'a pas encore saisi de roman !" disait-il, habile et perspicace. De fait, le livre, quoique cité en exemple de la littérature « Anti-France » au sein même de l'Assemblée nationale, ne fut pas inquiété. Moi non plus. Et la presse dans son ensemble feignit de l'apparenter plutôt à Adolphe et à la princesse de Clèves qu'aux pamphlets de Vergès ou Jeanson (1).
Le passager de la nuit est, outre une très belle relation de voyage nocturne, l'histoire d'une rencontre et d'un dialogue qui permettent de toucher, par le biais précisément du romanesque, ce point sensible de l'histoire de notre cher et vieux pays - les porteurs de valise. Ces citoyens du cher et vieux pays qui ont décidé à un moment donné d'aider ceux qui se battaient, au nom de la justice, contre le cher et vieux pays.
Et tout le monde sent bien (y compris justement les censeurs) que c'est par ce genre de point sensible qu'on apprend vraiment l'histoire de son pays. Mais comme le pensait René Julliard, la censure a de ces pudeurs quand il s'agit du roman, elle pense à la Princesse de Clèves.
Très peu de temps après, les soviétiques publièrent la traduction du Passager...
Maurice Pons - Ночной пассажир
Collection Bibliothèque Ogoniok
dans la revue Ogoniok (2). Et l'auteur apprit par sa traductrice
que, sur la place de Tallinn, capitale de l'Estonie, on était en train de dresser des terrasses de café avec parasols et des colonnes Morris en carton portant en bandoulière les fameux mots incantatoires Dubo... Dubon... Dubonnet symboles, dans l'imagerie soviétique, de la vie et du paysage français (1).
C'est à Moscou, aux studios Mosfilm, que Maurice Pons vint rencontrer
Zacharias lui-même est un peu un personnage de roman, résistant de l'EPON pendant l'occupation allemande de la Grèce et la guerre civile, réfugié en France en 1945 par le fameux voyage de Noël du Mataroa, formé à Paris à l'IDHEC puis à Moscou à Mosfilm, réalisant sept films en URSS avant de retourner en Grèce à la chute des colonels pour rejoindre, chargé du cinéma, le ministère de la culture de Melina Mercouri. Mais...
un point me préoccupait encore : et la voiture ? La puissante et élégante voiture décapotable de Georges Pradier (le héros français du livre) est, d'une certaine façon, le personnage principal de ce récit. Et je savais qu'on ne fabrique pas de cabriolet de sport en URSS .
Eh bien, venez voir, me dit en riant Anneka, la jeune assistante de Manos.
Elle me conduisit vers un autre coin de l'immense plateau et là, cachée derrière des panneaux (1)...
À ma connaissance Manos Zacharias, né le 9 juillet 1922, est toujours en vie. Maurice Pons est parti voyager dans le grand ailleurs le 8 juin 2016.
Quant à ce film, qui avait bien peu de chances d'être projeté en France ces années-là, il reste la mémoire spectrale d'une guerre civile innommée, refoulée et bien présente encore aujourd'hui, où des policiers français parlent en russe sous nos yeux de spectateurs lointains de notre propre histoire, en regardant passer une Chevrolet-corvette c1 convertible, à injection directe.
Manos Zacharias - Ночной пассажир / Le passager de la nuit, 1961, Mosfilm
(1) Maurice Pons - Souvenirs littéraires et quelques autres, éd. du Rocher, 2000, repris dans les préfaces des rééditions Rocher et Points/Seuil du Passager de la nuit, 1991 et 2017.
(2) La couverture présentée est celle de l'édition séparée sous forme de livre, en 1962. Compte tenu de la date de réalisation du film, le roman (ou ses extraits) a dû être publié en revue l'année précédente.