l'œil des chats
"les chinois voient l'heure dans l'œil des chats" Baudelaire
05/10/2026
Voyage à contre-ciel (et quelques fusillades)
03/10/2026
Pas de meilleur dans tout Alagon... Je l'avais bien dit !
« Aurais-tu la folle prétention de me loger ici ?
— C’est la plus belle chambre de mon auberge ; le roi Marsille y a couché le jour de....
— J’espère que tu ne vas pas continuer à me débiter de semblables sottises ; apprends à mieux connaître ton monde. Où est le lit ?
— Le voici, monseigneur.
— Cela un lit ?... par la barbe de Salomon, ce que tu as l’insolence d’appeler un lit eût fait reculer Job lui-même ; et il ne passait pas pour dégoûté. Qu'est-ce que cela qui pend aux courtines ?
— Des toiles d’araignée, dit avec satisfaction Ali-Pépé. On les ôte quand les voyageurs le demandent, mais ils ne le demandent jamais.
— Pourquoi cela ?
— Les araignées mangent la vermine, répondit-il sans s’émouvoir.
— Et tu oses entrer ici ! s’écria Porc-en-Truie pâle de colère.
— J’ose assurer à Votre Seigneurie qu’il n’y a pas de meilleur lit dans tout Alagon. »
Et Mitaine pressa encore le pas. Elle suivait depuis assez longtemps une muraille en ruine, quand un éclair balafrant le ciel, lui permit de distinguer un monstre hideux, qui la regardait par-dessus le mur. Quelque chose comme le squelette du cheval combiné avec ceux de l’autruche, de la baleine et de la girafe, une tête énorme pendant au bout d’un cou démesuré. Deux mains armées de longues griffes cherchaient sur le sommet du mur un point d’appui pour s’élancer. Mitaine surprise recula de vingt pas. La bête avança d'autant. L’enfant fléchit le genou et le monstre approcha; elle sentit son souffle sur sa figure.
« Par la châsse saint Landri ! j'agis en petite fille, et ne me montre guère digne de suivre au combat Charlemagne et Roland. » Elle se releva, le monstre recula aussitôt. — Rien ne me corrigera donc ! Chaque obstacle que j’affronte
disparaît, et je me laisserais arrêter par cette méchante carcasse. Hou! hou! hou!... cria l’enfant en s’élançant contre le mur auquel elle donna un vigoureux coup de talon. Les pierres s'écroulèrent entraînant des lianes et des ronces centenaires, et brisant un pauvre arbre innocent qui depuis bien longtemps vivait, les coudes appuyés sur la muraille.
L’enfant haussa les épaules et se borna à murmurer : « Je l'avais bien dit ! »
01/10/2026
Choral : nous voyons les gros titres
1938 : accords de Munich et montée des fascismes. En réaction, la London Co-operative Society passe commande à Benjamin Britten pour composer un chant en défense de la démocratie, sur les paroles du poète Randall Swingler : Advance Democracy.
Swingler est alors membre du Parti Communiste de Grande-Bretagne (CPGB) - qu'il ne quittera qu'en 1956. Tant que durera le pacte germano-soviétique il va s'aligner fidèlement sur la ligne du parti (1) mais après 1941 il servira sous les drapeaux et sera même médaillé. Alors que Britten, fondamentalement pacifiste, sera objecteur de conscience (2).
Deux itinéraires qui résument les questions sans réponse posées à la gauche antimilitariste et/ou pacifiste à la veille du conflit. Advance Democracy, que les critiques présentent parfois comme une pièce de pure propagande, est en fait l'expression de cette tension. C'est aussi ce qui rend ce choral si proche de nous, aujourd'hui.
There are whispers across tables,
Talks in a shutter'd room.
The price on which they bargain
Will be a people's doom.
There's a roar of war in the factories
And idle hands on the street
And Europe held in nightmare
By the thud of marching feet. Now sinks the sun of surety,
The shadows growing tall
Of the big bosses plotting
Their biggest coup of all.Is there no strength to save us?
No power we can trust
Before our lives and liberties
Are powder'd into dust. Time to arise Democracy
Time to rise up and cry
That what our fathers fought for
We'll not allow to die.Time to resolve divisions,
Time to renew our pride,
Time to decide
Time to burst our house of glass. Rise as a single being
In one resolve arrayed:
Life shall be for the people
That's by the people made.29/09/2026
L'escalier tartare
Non, physiquement, Drogo n’est pas diminué, s’il voulait recommencer à faire du cheval et à grimper à toute vitesse les escaliers, il en serait parfaitement capable, mais ce n’est pas là ce qui importe. Ce qui est grave, c’est qu’il n’en éprouve plus l’envie, c’est qu’après le déjeuner il préfère faire une petite sieste au soleil plutôt que de se promener sur le plateau pierreux. C’est cela qui compte, cela seul marque le passage des années.
Oh ! s’il avait pensé à cela, le premier soir où il monta les escaliers une marche à la fois ! Il se sentait un peu las, c’est vrai, il avait la tête dans une sorte d’étau et il n’avait pas la moindre envie de faire son habituelle partie de cartes (il avait, du reste, auparavant, renoncé déjà parfois à grimper les escaliers quatre à quatre, à cause de malaises passagers). Il ne se douta pas le moins du monde que ce soir-là fut très triste pour lui, que, sur ces marches, à cette heure précise, sa jeunesse s’achevait, que, le lendemain, sans aucune raison particulière, il ne reviendrait pas à ses anciens errements, et le surlendemain non plus, ni plus tard, ni jamais.
Quand on lit Le désert à seize ans on découvre (1) cette évidence : plus tard, beaucoup plus tard, les escaliers seront durs à monter. Quelques décennies après, je confirme.
(1) Du moins quand on fait partie de ces gens bizarres qui ont besoin de la fiction pour réaliser.
Et de Mellery, déjà.
27/09/2026
Le bar du coin : Burra
La scène est censée se dérouler au Continental Snack Bar, alors sur Shaftesbury Avenue à Soho.
26/09/2026
Et pourtant je vais chanter jusqu'au bout
Marina Vlady - Так Дымно / Il y a tant de fumée (Paroles et musique de Vladimir Vissotsky, 1971)
Mis en ligne par Владимир Высоцкий
Так Дымно,
что в зеpкале нет отpаженья
И даже напpотив не видно лица,
И паpы yспели yстать от кpyженья, -
И все-таки я допою до конца!
Il y a tant de fumée
Que le miroir ne reflète rien
Et même en face, on ne voit pas les visages,
Et la vapeur a déjà cessé de tourbillonner, -
Et pourtant, je vais chanter jusqu’au bout !
Все нyжные ноты давно
Сыгpали,
Сгоpело, погасло вино
В бокале,
Минyтный поpыв говоpить
Пpопал, -
И лyчше мне молча допить
Бокал...
Toutes les notes nécessaires ont depuis longtemps
Été jouées,
Le vin a brûlé, s’est éteint
Dans le verre,
L’élan fugace de parler
S’est évanoui, –
Et mieux vaut que je finisse mon verre
En silence…
Полгода не балует солнцем погода,
И души застыли под коркою льда,-
И, видно, напрасно я жду ледохода,
И память не может согреть в холода.
Depuis six mois, le temps ne nous offre pas de soleil,
Et les âmes se sont figées sous une croûte de glace, –
Et, apparemment, j’attends en vain la fonte des glaces,
Et la mémoire ne peut me réchauffer dans le froid.
Все нужные ноты давно
Сыграли,
Сгорело, погасло вино
В бокале,
Минутный порыв говорить -
Пропал,-
И лучше мне молча допить
Бокал...
Toutes les notes nécessaires ont depuis longtemps
Été jouées,
Le vin a brûlé, s’est éteint
Dans le verre,
Cette envie fugace de parler –
A disparu, –
Et je ferais mieux de finir mon verre
En silence…
В оркестре играют устало, сбиваясь,
Смыкается круг - не порвать мне кольца...
Спокойно! Мне лучше уйти улыбаясь,-
И все-таки я допою до конца!
Dans l’orchestre, on joue avec lassitude, en se décalant,
Le cercle se referme – je ne peux pas briser la chaîne…
Du calme ! Mieux vaut que je parte en souriant,
Et pourtant, je vais finir mon verre jusqu’au bout !
Все нужные ноты давно
Сыграли,
Сгорело, погасло вино
В бокале,
Тусклей, равнодушней оскал
Зеркал...
И лучше мне просто разбить
Бокал!
Toutes les notes nécessaires ont depuis longtemps
été jouées,
Le vin s’est consumé, s’est éteint
dans le verre,
Le reflet des miroirs est plus terne, plus indifférent…
Et je ferais mieux de simplement briser
le verre !
25/09/2026
Transports en commun : Bakerloo
23/09/2026
Portrait craché : de Kooning/Cunningham
D'Elaine de Kooning (et à propos d'elle), déjà.
Et pendant ce temps-là...
...des demandes d'emploi, dont celle d'un chat roux.
21/09/2026
La vie est diverse (avec Madame de Castellane, deux barbares, un amiral et Jean Valjean)

On va s’écrire (2) chez M. Molé, à l'occasion de la mort de Mme de Castellane (3); personne ne parle de s’écrire chez M. de Castellane.
Le nom de M. de Castellane est omis dans les billets de faire part de la mort de Mme de Castellane (1). Ils sont faits seulement au nom de ses enfants. C’est du reste l'usage actuel.
— Interrompu (5) par la loi sur les prisons.
Aux larges épaules,
De joyeux bandits,
Sachant rire et battre,
Mangeant comme quatre,
Buvant comme dix.
Quand, vidant les litres,
Nous cognons aux vitres
De l’estaminet,
Le bourgeois difforme
Tremble en uniforme
Sous son gros bonnet.
Nous vivons. En somme,
On est honnête homme,
On n’est pas mouchard.
On va le dimanche
Avec Lise ou Blanche
Dîner chez Richard.
On les mène à Pâques,
Barrière Saint-Jacques,
Souper au Chat Vert,
On dévore, on aime,
On boit, on a même
Un plat de dessert !
Nous vivons sans gîte,
Goulûment et vite,
Comme le moineau,
Haussant nos caprices
Jusqu’aux cantatrices
De chez Bobino.
La vie est diverse.
Nous bravons l’averse
Qui mouille nos peaux ;
Toujours en ribotes
Ayant peu de bottes
Et point de chapeaux.
Nous avons l’ivresse,
L’amour, la jeunesse,
L’éclair dans les yeux,
Des poings effroyables ;
Nous sommes des diables,
Nous sommes des dieux !
Nos deux seigneuries
Vont aux Tuileries
Flâner volontiers,
Et dire des choses
Aux servantes roses
Sous les marronniers.
Sous les ombres vertes
Des rampes désertes
Nous errons le soir,
L’eau fuit, les toits fument,
Les lustres s’allument,
Dans le château noir.
Notre âme recueille
Ce que dit la feuille
À la fin du jour,
L’air que chante un gnome.
Et, place Vendôme,
Le bruit du tambour.
Les blanches statues
Assez peu vêtues,
Découvrent leur sein,
Et nous font des signes
Dont rêvent les cygnes
Sur le grand bassin.
Ô Rome ! ô la Ville !
Annibal, tranquille,
Sur nous, écoliers,
Fixant ses yeux vagues,
Nous montre les bagues
De ses chevaliers !
La terrasse est brune.
Pendant que la lune
L’emplit de clarté,
D’ombres et de mensonges,
Nous faisons des songes
Pour la liberté.
(Pièces non retenues des Chansons des rues et des bois)
19/09/2026
17/09/2026
Le bar du coin : en attendant qui ?
Bruno Mouron - Samuel Beckett, pause café sur une terrasse de la Place Denfert - Rochereau, 1988
C'est probablement la dernière photo de Beckett, prise au téléobjectif ("pour ne pas le déranger") par un photographe de célébrités (1).
On est en 1988. Au début de l'année Beckett habite encore l'appartement du 38, Boulevard Saint-Jacques. Il est déjà affaibli par l'emphysème et fait une première chute en avril en empruntant la passerelle qui surplombe le métro, pour traverser le boulevard Saint-Jacques (2).
Il peut encore sortir de chez lui, avec précaution. Il est atteint de troubles de l'équilibre.
C'est à la fin du mois de Juillet 1988 qu'il fait une autre chute, chez lui, dans sa cuisine, se heurte la tête à un radiateur, est retrouvé sans connaissance. Il sera emmené à l'hôpital et de là admis, non loin de son domicile, au Tiers-temps, "hôtel et maison de retraite médicalisée" - nous dirions aujourd'hui un EHPAD - situé au 26 rue Rémy Dumoncel, le bâtiment est d'ailleurs toujours et bien officiellement un EHPAD aujourd'hui. Il y restera jusqu'à son décès le 22 décembre 1989.
Dans les premiers temps, il pouvait sortir de l'établissement, par exemple pour se promener du côté de son ancien domicile. Et c'est mon hypothèse sur cette photo : elle serait postérieure à l'entrée au Tiers-temps. Bien sûr, l'accident et le déménagement ne sont pas passés inaperçus de la presse, d'où la paparazzade, il s'agit quand même d'un prix Nobel écrivant en français (un seul autre en vie à ce moment-là : Claude Simon). C'est ainsi que Samuel Beckett se retrouvera sur le papier chic des livres de photos aux côtés de Brigitte Bardot, Elizabeth Taylor et les Kennedy. Mais pour l'instant il occupe
" Une chambre terne avec une petite salle de bains attenante. La pièce est meublée de façon spartiate : un lit, une table de chevet, une commode, des étagères où il range les livres qu'il a envie de lire (des biographies d'Oscar Wilde et de Nora Joyce, quelques titres de Kafka), un réfrigérateur qu'il s'est procuré, une petite table installée devant la fenêtre où il s'installe pour écrire son courrier (3). "
C'est une maison de retraite des plus ordinaires. Beaucoup de visiteurs trouvent qu'il pourrait se payer quelque chose de mieux, lui s'y sent bien, le personnel est très gentil. Mais il prend ses repas dans sa chambre car il trouve déprimant de manger avec les autres.
Dans les derniers jours il
Récite de la poésie jusque dans son délire (...) Verlaine, Apollinaire. Hier, Keats (4).
C'est Anne Atik aussi qui recueille le 11 décembre 1989, au milieu d'états incohérents, ces vers, peut-être les derniers de sa composition :
Le médecin nage
Le malade coule (5).
Beckett sera inhumé le 26 décembre au cimetière du Montparnasse, en présence de dix personnes (dont Jérôme Lindon). Quelques jours plus tard, nous raconte Anne Atik, quelqu'un déposera sur sa tombe
un ticket de métro jaune ou quelqu'un a écrit en petites lettres " Godot viendra "(6).
Reste la photo prise par le paparazzo : ce vieux monsieur qui attend élégamment Godot et s'alcoolise doucement (pause-café, vraiment ?), la tête remplie des vers de Dante et préparant peut-être in petto un autre canular aussi énorme que la conférence sur le concentrisme. Samuel Beckett, aède de la vie quotidienne, impavide face à la mort (7).
(1) Respectueuse traduction française du Fellinien paparazzo.
(2) Là-dessus et sur la suite, cf. James Knowlson, Beckett, Solin-Actes Sud éd. 1999, pp. 877-878. Comme on sait, la biographie (inaugurale) de Beckett par Deidre Bair s'arrête en 1973. À ce propos je recommande la lecture des souvenirs de Deidre Bair (Parisian Lives, Samuel Beckett, Simone de Beauvoir and me, a Memoir, Atlantic Books, 2020, non traduit en français), particulièrement pp. 192-200, sur la façon dont, lors de la sortie de son livre, elle s'est fait maltraiter par la petite bande de spécialistes mâles de Beckett jaloux de l'avoir vue accéder aux confidences du Maître - un véritable petit bizutage par des gamins envieux. On en ressort en éprouvant une estime modérée pour Knowlson.
(3) Knowlson, p. 879.
(4) Anne Atik - Comment c'était, souvenirs sur Samuel Beckett, L'Olivier éd. 2001. Entrée du 12 décembre 1989, p. 167.
(5) Anne Atik, ibid. p. 166. Comme elle le précise, c'est aussi une plaisanterie sur le nom de son médecin, le docteur Coulamy.
(6) Ibid. p. 168.
(7) La paparazzade, quand elle est vraie, a quelque chose de la tauromachie selon Michel Leiris, c'est une façon d'user de matériaux dont elle n'est pas maître et qu'il lui faut bien prendre tels qu'elle les trouve. Dans sa violence, la photo volée est censée nous révéler une vérité au-delà de la pose et de la convention (8), par une double héroïsation du photographe et de son sujet-réputé-célèbre, chacun des deux courant le risque du ridicule. La charge de la situation est ici compliquée du fait que la paparazzade s'adresse à celui qui, plus que bien d'autres, a voué sa vie à exprimer par les mots la limite inhérente à la vie même en en soulignant, précisément, le ridicule. Beckett, humoriste tragique, est en soi tellement dérangeant que le paparazzo a bien compris qu'il n'avait nul besoin de le déranger et nul intérêt à le faire. Paparazzer Beckett assis immobile à une table de café, c'est déjà faire ressentir toute la violence malaisante qu'il y a à vouloir représenter la vie quotidienne dans le monde où nous vivons.
(8) Raison pour laquelle la fausse paparazzade est un imparable révélateur d'ignominie, ainsi quand notre actuel président s'obstine à nous infliger sa désespérante vacuité de prétendant idéal.
P. S. : sur la vie de Samuel Beckett, on dispose des 1115 pages de Knowlson (oui, cela peut épouvanter) qui regorgent de petits faits, mais je trouve qu'elles ne constituent guère plus qu'une sorte de chronologie définitive. Je maintiens que Deirdre Bair (Samuel Beckett, 1978, 1979 pour la trad. française) l'emporte de loin par l'empathie et donc par la compréhension de son sujet, même si, comme je l'ai déjà dit, elle ne traite pas des seize dernières années de Beckett. Je recommanderais aussi, outre le livre bouleversant d'Anne Atik (voir plus haut) celui, fort bref et allusif (mais l'allusion est ici efficace) de Nathalie Léger : Les vies silencieuses de Samuel Beckett, Allia éd. 2006.
Et, du passage de S.B. au Tiers-temps, Maylis Besserie a fait un roman.
15/09/2026
Le bar du coin : en attendant les traductions
Alain Corneau (réal.) - Alain Corneau & Georges Perec (1) (scénario) - Série Noire, 1979
(1) Corneau avait produit un scénario sur la base de la traduction Série Noire (Des cliques et des cloaques) mais avait besoin d'un écrivain pour peaufiner les dialogues. La façon dont il en vint à recruter Perec est assez intéressante :
Le réalisateur Alain Corneau avait écrit une adaptation d’un thriller de Jim Thompson, Des cliques et des cloaques. Il avait trouvé un producteur pour le film et établi la distribution, mais les dialogues lui posaient problème. Il voulait que Frank, le personnage principal, s’exprime exclusivement en clichés pour montrer son vide intérieur. Il évoqua la question avec son producteur Maurice Bernart, qui en parla à sa femme, Florence Delay, qui sollicita l’avis de son collaborateur, Jacques Roubaud, qui proposa un de ses collègues de l’OuLiPo. Corneau fut surpris de savoir qu’un auteur aussi connu que Georges Perec serait prêt à travailler sur les dialogues de son film, mais il en était ravi. Un seul coup de téléphone rue Linné suffit pour établir un accord.
David Bellos, Georges Perec, une vie dans les mots, Seuil éd., 2ème édition 2022, pp. 635-636.
Perec s'acquitta de la tâche avec une grande facilité. Cette aptitude à placer dans la bouche de Patrick Dewaere les clichés et les expressions toutes faites rappelle évidemment l'art des Je me souviens.
(2) Voir sur ce point Robert Polito, Savage Art, a biography of Jim Thompson, Vintage Books 1996.















