
Wallace Polsom - If 69 - Darwin’s Study, 2015
"les chinois voient l'heure dans l'œil des chats" Baudelaire
Dans la vraie vie, oui, mais dans notre littérature elles sont plutôt rares, la seule qui me vienne à l'esprit, là, c'est
Le taxi, la grande corpo des casquettes écossaises, le taxi de nuit, la nuit, la ville qui, brimée, travaillante, frustrée le jour, se précipite dans l'imaginaire et l'espérance de la nuit... mais la nuit fliquée, la nuit prostituée, la nuit quinze heures de boulot... et puis rouler sur le pavé-horizon, l'asphalte sensuelle et, inattendus, les éclairs inouïs de liberté...
Victoria Thérame - La dame au bidule, des femmes éd. 1976
Ah, et le bidule de la dame, c'est ça.
— Les greffiers, c'est bon à faire, y a l'Arménien de Maubert qui les achète.
— Lequel, celui de l'impasse ?
— Oui, celui de l'impasse, tu devrais essayer…
C'était peu de temps après l'occupe, la fourrure et le charbon étaient rares, ce qui avait donné naissance à une nouvelle industrie, l'exploitation de la peau de chat. Le pelage de ce carnivore, chargé paraît-il d'électricité, possède le pouvoir, avec celui de tenir chaud pour un prix relativement modique, de guérir les rhumatismes. Les notices publicitaires l'affirment.
— Tu crois qu'y a moyen d'en retrousser ?
— Pourquoi pas, après tout…
Déjà j'étais dans le métier, je le sentais, aucun besoin d'apprentissage.
Les turfs ont leurs champs d'exploitation, leurs mines d'or, les biques aussi. Les chats possèdent leurs rues, leurs places, leurs jardins, leurs avenues. Tous ceux de Paris ne sont pas bons, il s'en faut. À rayer tout de suite de la carte des minous, les beaux quartiers, les chouettes aux bonnes baraques en dur. La nuit, c'est rideau, aussi bien pour les patrons que pour les bestiaux. Les chats de riches ça a des idées de luxe, de confort. Ils possèdent un coussin brodé, un collier de cuir rouge – le rouge va tellement bien aux siamois –, une assiette où est écrit leur nom qu'ils lèchent avec attention quand ils boivent leur lait chaud bien sucré, ils sont fragiles comme un bibelot de Saxe. Au fait, on ne met jamais un bibelot dehors, il pourrait s'enrhumer, un chat de salon est un chat de salon, que diable.
Les autres qu'il fallait piéger, les sauvages de la ville qu'on ne peut tenir en laisse, les coureurs toujours à la recherche d'une fille, d'un piaf, d'un pigeon ou plus simplement encore d'un morceau de bidoche qui prend l'air sur un rebord de fenêtre. Les chats de la nuit sont des truands, leur instinct qui les pousse paraît-il à redevenir eux-mêmes à l'heure où s'allument les loupiotes. Le jour les retrouve se dorant l'oignon satisfaits de leur course ou endormis peinards sur les genoux de leur pipelette de probloque. Les chats du commun sont des manchards de la pire espèce. Comme les frappeurs de la Maube ils ont leurs adresses à eux pour se garnir le ventre dix fois sur un circuit sans rien offrir d'autre que le ronron à peine correct avant d'aller voir ailleurs. En pieds-de-biche conscients et organisés, ils possèdent leur clientèle qu'ils viennent taper aux heures connues pour ne jamais tomber sur un bec. Les risques, aucun, l'accueil est partout égal dans les cours, les boutiques et les rez-de-chaussée.
— Ce doit être un chat perdu ou abandonné, chaque soir il vient chercher sa croûte… et il est gentil avec ça, pauvre bête…
Le sournois apprécie la came, renifle, flaire, s'en occupe ou au contraire laisse tout glisser et pousse plus loin, la moustache en éventail.
Trop sûr de lui souvent, c'est ce qui le couillonne. Le trappeur, qui est un curieux animal, sait attendre le moment propice pour fabriquer son collègue aux pattes de silence.
Robert Giraud - Le vin des rues, Denoël éd. 1955
Sabine Weiss - Homme allumant une cigarette, Paris, 1951
Jamais l’aube à grands cris bleuissant les lavoirs,
L’aube, savon trempé dans l’eau des fleuves noirs,
L’aube ne moussera sur cette nuit livide
Ni sur nos doigts tremblants ni sur nos verres vides.
C’est la nuit sans frontière et fille des sapins
Qui fait grincer au port la chaîne des grappins
Nuit des nuits sans amour étrangleuse du rêve
Nuit de sang nuit de feu nuit de guerre sans trêve
Nuit de chemin perdu parmi les escaliers
Et de pieds retombant trop lourds sur les paliers
Nuit de luxure nuit de chute dans l’abîme
Nuit de chaînes sonnant dans la salle du crime
Nuit de fantômes nus se glissant dans les lits
Nuit de réveil quand les dormeurs sont affaiblis.
Sentant rouler du sang sur leur maigre poitrine
Et monter à leurs dents la bave de l’angine
Ils caressent dans l’ombre un vampire velu
Et ne distinguent pas si le monstre goulu
N’est pas leur cœur battant sous leurs côtes souillées.
Nuit d’échos indistincts et de braises mouillées
Nuit d’incendies étincelant sur les miroirs
Nuit d’aveugle cherchant des sous dans les tiroirs
Nuit des nuits sans amour, où les draps se dérobent,
Où sur les boulevards sifflent les policiers
Ô nuit ! cruelle nuit où frissonnent des robes
Où chuchotent des voix au chevet des malades,
Nuit close pour jamais par des verrous d’acier
Nuit ô nuit solitaire et sans astre et sans rade !
Robert Desnos - The night of loveless nights, 1926-27
— Nous avons un télégramme de la reine. Concernant une locomotive soudée aux rails par le syndicat des cheminots.
— Oui, oui, dit Arthur. Qui est le dirigeant syndical des cheminots, maintenant ? Je suppose qu’ils veulent plus d’argent.
— Comme les hommes des chantiers navals. Un certain Polonais parle au nom des deux corporations. J’ai oublié son nom.
— Donnez-leur un peu plus d’argent, dit Arthur, et augmentez proportionnellement la taxe sur le demi.
— Non, dit monseigneur Kay. Augmentez la taxe d’abord, puis donnez-leur l’augmentation, faites-le dans cet ordre. Ça se remarque moins.
— Ils pensent que je suis cousu d’or, dit Arthur. Les réserves d’argent sont limitées. Ils ne s’en rendent pas compte. Ils s’imaginent que j’ai de grands coffres-forts remplis d’argent dans tous les placards et tous les greniers de tous mes châteaux.
— Et c’est la vérité, dit monseigneur Kay.
— Mais là n’est pas la question, dit Arthur. Cet argent n’est pas le mien, en aucun cas. C’est l’argent de l’État, l’argent de l’Angleterre. Nous en avons besoin pour faire marcher le pays. Qui sait ce qui peut arriver avec cette guerre ? Nous pouvons perdre. Nous pouvons être obligés de nous racheter nous-mêmes ou tout le foutu royaume. C’est tout simplement prudent de garder un peu d’argent de côté pour les imprévus. L’homme de la rue ne se soucie jamais des imprévus.
— Bien vrai.
— Sans compter que Wilhelmine des Pays-Bas est plus riche que moi, tout le monde le sait. Est-ce que je me plains de n’être que la seconde grande fortune d’Europe ? Non. J’accepte le fait de bonne grâce.
— Vous êtes admirablement modeste et prudent, dit monseigneur Kay, et en plus, inébranlable…
— Accorderons-nous aux Italiens une partie de ce qu’ils demandent ? Je ne le pense pas. Ils en redemanderaient.
— Nous pourrions bombarder Milan. Un coup de semonce. Ça les ferait réfléchir. Ultime réflexion.
— Je n’ai jamais aimé bombarder les populations civiles, dit le roi. C’est comme la violation d’un contrat social. Nous sommes censés nous battre et elles, payer.
— C’était comme ça au bon vieux temps.
Donald Barthelme - The King, 1990 / Le Roi, 1992, trad. Isabelle Chedal et Maryelle Desvignes, Denoël éd.
Quand tu t'appelles Sphere comme papa et que celui qui t'a offert ta première batterie s'appelait Art Blakey.
John Tenniel - The white rabbit, Ill. pour Alice in Wonderland, 1865
Quand nous sommes arrivés dans la ville, dit M. Chat, on a tout de suite remarqué le restaurant, tout près de chez nous. Une façade à l'ancienne en bois peint en rouge, patinée, Cuisine traditionnelle et des plats à l'avenant.
Dont le lapin à la moutarde.
On avait envie de s'y glisser et de s'y asseoir en soupirant d'aise.
Mme Chat - On va y aller, ça a l'air bien, hein ?
On allait y aller, après avoir testé les autres, lentement.
Et le jour où on s'est dit On y va, il a fermé.
Un temps, on a vu le vieux monsieur dans sa vitrine, le matin, en train de faire ses sudoku ou ses mots croisés, après son petit déjeuner.
Il est malade, nous a dit une voisine. Le cœur.
Et puis un jour il n'y a plus eu personne, dans la vitrine.
Il est mort, a dit la voisine. Le cœur.
Le restaurant a été remplacé par un truc qui s'est avéré éphémère mais qui ne l'avait pas prévu. Et qui a fermé, assez vite.
Le quartier est plutôt populaire - quoique près de l'hyper-centre. Pas mal de commerces sont restés dans leur jus, ajoutez-y quelques vieux alternatifs qui persistent. Mais en haut de la rue, vers l'hyper-centre, on voit des enseignes qui parient sur une hypothétique gentrification, contredite plutôt qu'annoncée par une floraison de minuscules kebabs/tacos/burgers/pizzas...
Ou alors ce pourrait être une gentrification-du-pauvre, avec des airbnb qui servent à loger ces gens qui après le petit déjeuner vont ailleurs, plus loin, vers l'hypercentre, voir ce qu'il y a à voir, comme on dit.
De fait la gentrification-du-pauvre n'est pas une hypothèse à écarter par les temps qui courent, comme tous les trucs-du-pauvre.
Bref, chaque fois qu'on passe devant l'ancien restaurant on a ce pincement au cœur en pensant au lapin à la moutarde.
Le lapin à la moutarde a tendance à disparaître. Même dans les néo-bouillons qui s'installent un peu partout et font dans le décongelé rapido-facile (pour les fractions moyenne et inférieure de la classe-moyenne-du-pauvre(1)).
Mais, encore une fois bref, on n'y aura pas goûté.
Ce matin, je lis dans Libération (que je lis encore un peu et qui est de moins en moins cher car financé par un milliardaire, ou plusieurs milliardaires, et ce financement durera, je pense, jusqu'à la prochaine présidentielle après quoi basta dira/diront le ou les milliardaires) (et cette encre sur papier que je lis quand même (2) donne une idée de ce qu'on peut servir à la classe-moyenne-du-pauvre pour qu'elle rêve encore, oui encore un moment s'il vous plaît que tout ira bien, qu'elle pourrait être un peu moins dominée à condition de se tenir tranquille en votant centre-centre--gauche de temps en temps) donc ce matin je lis dans Libération, ce journal quasi-gratuit, que des chefs étoilés ou qui veulent l'être un jour se font conseiller par des coachs culinaires (qu'ils payent un bras, bien sûr) et même que, par exemple
et tandis que j'absorbe ce discours qui garde tongue in cheek ses distances tout en dealant de la fascination pour les chefs de la haute (3), je me dis que le vieux monsieur qui faisait ses sudoku dans la vitrine n'a pas eu la chance de s'appuyer sur les neurosciences, la fréquence des atomes, les énergies, ou l'impact des émotions (4) sur les cellules. Pourtant, il faisait du lapin à la moutarde et un goût (dans tous les sens du terme) s'est perdu, comme se perdent tant de choses.
Le local du restaurant est toujours vide. La dernière fois qu'on y a vu de la lumière, c'était pour deux jours de Pokémon pop-up store.
(1) À propos des classes moyennes et de leur déréliction programmée, se rappeler de Nathalie Quintane. Ne voir aucun snobisme, non plus qu'aucun mépris dans mes déblatérations. Je reconnais expressément faire partie de la fraction inférieure susmentionnée, j'ai même testé le néo-bouillon le plus proche, il était bien rapido-facile.
(2) Au souvenir des amis qui y ont travaillé dans les débuts, et du fric que j'ai versé, comme une partie de ma génération, pour faire vivre ce journal, une colère aveugle me saisit quand je lis des choses comme ça.
(3) La pression du service pub ? Le placement de produit ? La bête envie d'être admis dans le salon de Mme Verdurin ou de s'installer dans le Luberon ? Qui dira ce qui travaille les entrailles d'un journaliste ?
(4) C'est à l'insistance des discours sur les-émotions qu'on peut mesurer les progrès de l'insensibilité.
Dessin aquarellé à rapprocher de la première feuille de la série Ein neuer Totentanz, de la même année. L'année de l'Anschluss au fait, Kubin était autrichien.
Comme chez d'autres artistes, les années national-socialistes de Kubin sont marquées au sceau de l'ambigüité : une bonne partie de sa production est déclarée entartete Kunst/art dégénéré et retirée des musées et collections.
En même temps, comme dirait notre Président actuel, Kubin reste membre de la Reichskammer der bildenden Künste (Chambre des Beaux-Arts du Reich). Il participe à au moins 16 expositions collectives ou individuelles et, en 1941-1942, il a pu publier des dessins dans la Gazette de Cracovie quand elle était le journal de propagande nazi du Gouvernement général de Pologne occupée.
En fait Kubin a toujours été de
Ira Korman récupère de vieux photomatons dans les marchés aux puces et les magasins d'occasion, pour les reproduire au fusain.
Au lieu de pleurer sur votre sort, voyons », dit-elle. (Elle dit toujours « voyons » parce qu’elle réfléchit – mais réfléchit vraiment – quand elle parle.) Elle dit donc : « Voyons. Et si la faille n’était pas en vous, mais au Grand Cañon. »
« La faille est en moi », répondis-je héroïquement.
« Voyons ! Le monde n’existe que par vos yeux – que par l’idée que vous en avez. Vous pouvez en faire quelque chose d’aussi énorme ou d’aussi petit que vous voulez. Et vous vous acharnez à être un petit individu misérable. Nom de Dieu, si je me fêlais, je ferais éclater le monde avec moi. Voyons ! Le monde n’existe que par la manière dont vous le saisissez, alors il vaut beaucoup mieux dire que ce n’est pas vous qui avez la faille – que c’est le Grand Cañon. »
« Le petit chou a bien avalé son Spinoza ? » (1)
« Je ne connais rien à Spinoza. Mais ce que je sais… » – Elle se mit alors à parler des malheurs qu’elle avait eus, qui à l’écouter semblaient avoir été plus pénibles que les miens, et à expliquer comment elle les avait accueillis, et surmontés, et dépassés.
Je réagis un peu à ce qu’elle me disait, mais je ne réfléchis pas vite, et en même temps je m’avisai que, de toutes les forces de la nature, la vitalité est la moins communicative. Au temps où l’on était gorgé de jus qui ne payait aucun droit d’entrée, on essayait d’en donner – mais toujours sans succès ; pour employer une autre métaphore, la vitalité ne « prend » jamais. On en a ou on n’en a pas, comme on a de la santé ou les yeux marron ou de l’honneur ou une voix de baryton. J’aurais pu lui en demander, bien empaquetée, prête à faire cuire et à digérer à la maison, mais je n’aurais rien eu – même en attendant un millier d’heures, la gamelle de ma compassion pour moi-même à la main. Je pus la quitter, franchir sa porte – je me tenais bien soigneusement comme on tient une poterie fêlée pour regagner le monde de l’amertume où je m’installais avec les matériaux que j’y trouvais – et après avoir franchi sa porte je me répétai la citation : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel perd sa saveur, qui la lui rendra ? » (Matthieu, V, 13).
Francis Scott Fitzgerald - The Crack-up, 1936 / La fêlure, 1963, trad. Dominique Aury et Suzanne Mayoux
(1) "Baby et up all her Spinoza?" dans le texte original.
Aquarelle
Les premières oeuvres connues de Duchamp datent de cette année 1902, celle de ses quinze ans. La maison des Duchamp était remplie des gravures de son grand-père, Emile Nicolle, qui lui donna ses premières leçons de dessin - mais qui mourut quand Marcel n'avait que sept ans.
Le titre vient du chapitre 5 d'un livre d'Alphonse Daudet :
Et l’on faisait de beaux projets pour ce moment-là. On s’en irait à la campagne, assez près de Paris pour en avoir la lumière, assez loin pour en éviter le bruit. Ils auraient une petite maison à eux, dont il méditait le plan depuis longtemps, toute basse, avec une terrasse italienne garnie de pampres et une devise au fronton de la porte : « Parva domus, magna quies. Petite maison, grand repos. » Là il travaillerait. Il ferait un livre, son livre, le Livre, cette Fille de Faust dont il parlait depuis dix ans. Puis, tout de suite après la Fille de Faust, viendraient les Passiflores, un volume de poésies, les Cordes d’airain, des satires impitoyables. Il avait ainsi dans l’esprit une foule de titres vacants, des étiquettes d’idées, des dos de volumes sans rien dedans.
Alphonse Daudet, Jack, 1876
On peut en voir le manuscrit ici. Daudet a été éclipsé par sa propre chèvre, ce qui fait oublier que Dickens - oui Dickens, le voyait comme son petit frère de France.
La parva domus de Duchamp est un landau. C'est aussi, loin de Blainville-Crevon, une micro-nation, la République de Parva Domus, sise dans le quartier de Punta Carretas à Montevideo, Uruguay, et fondée en 1878 par l'ami d'un lecteur de Daudet.
De Bomben auf Monte-carlo il y eut une version originale allemande (avec Hans Albers)...
...et une version française (avec Jean Murat) à laquelle on donna pour titre
car c'est le nom du héros.
Ce film est une comédie musicale militaro-maritime qui rendit célèbre la chanson Das ist die Liebe der Matrosen, chantée dans le film par Peter Lorre, entre autres, mais qui est bien plus agréable à entendre dans la version des
Par une dure loi relégué aux extrémités de la terre, non loin des harmonieuses Hespérides, Atlas soutient de sa tête et de ses infatigables mains la voûte immense du ciel. C’est le prudent Zeus qui lui assigna cette destinée.
Hésiode, Théogonie, 520, trad. Patin
M. Chat - Ces temps-ci, on dirait qu'Atlas n'a plus toute sa tête et que ses mains fatiguent...
Mme Chat - Oui, ça dégringole d'un peu partout.

M. Chat - Zeus n'est peut-être pas si prudent, après tout.
Mme Chat - Jupiter, tu veux dire ?
Et d'Étienne Léopold Trouvelot, déjà.
Frank Dadd - Ill. pour Washington Irving, Old Christmas (1) éd. G. P. Putnam's Sons, New York 1916
D’après ces anecdotes et d’autres qui suivirent, le croisé paraissait être, dans tout le voisinage, le héros favori des histoires de revenants. Son portrait, suspendu dans la grand’salle, était réputé par les domestiques avoir en soi quelque chose de surnaturel ; car ils avaient remarqué que vers quelque point de la salle que vous vous dirigiez, vous aviez toujours les yeux du guerrier fixés sur vous. Enfin, la vieille concierge, qui était née et avait grandi dans la famille, et qui était une grande commère parmi les servantes, affirmait que dans son jeune temps elle avait souvent entendu dire que la veille de la mi-août, époque où, comme chacun sait, tous les fantômes, lutins et fées existants deviennent visibles et errent çà et là, le croisé avait habitué monter sur son cheval, descendre de son cadre, faire le tour de la maison, descendre l’avenue, et puis aller à l’église visiter sa tombe ; auquel cas la porte de l’église roulait sur ses gonds et s’ouvrait fort civilement d’elle-même ; non qu’il en eût besoin, car il traversait sur son cheval les portes fermées et même les murs de pierre, à preuve qu’une des femmes employées à la laiterie l’avait vu de ses propres yeux passer entre deux barreaux de la grande porte du parc, se faire aussi mince qu’une feuille de papier.
(1) Publié d'abord dans The Sketch Book of Geoffrey Crayon, Gent. de 1819 à 1820. S'agissant d'histoires de Noël, Irving bénéficie d'une certaine antériorité. Pensez : à l'époque, Dickens avait 8 ans.