03/02/2023

Louons maintenant les modèles : l'indienne de la rue de Berri

 

Lucie Attinger - Etude de profil d'une modèle habillée en Indienne 
Gouache
 
 
 
Réalisé à la fin des années 1880, ce dessin représente la même modèle que celui de...
 
 
 
 
Marie-Thérèse Duchâteau - Jeune Indienne, 1892
Pastel
Coll. privée
 

 

Tous deux sont faits à l'Académie Julian, qui était en ce temps-là la seule école d'art ouverte aux femmes, dans des ateliers séparés qui se tenaient rue de Berri. Sur une photo d'époque d'un de ces ateliers, on peut voir...




 

 

...sur le mur du fond...

 

 



 

...des portraits de la jeune indienne.

On ne sait pas si la modèle était vraiment amérindienne. On ne sait d'ailleurs rien d'elle (1). On connaît très peu de peintures de Lucie Attinger, qui poursuivit une carrière d'illustratrice, pour des images d'Epinal et des revues. Le seul tableau qu'elle ait exposé au Salon, en 1889, représente précisément l'Atelier des Dames à l'Académie Julian...

 


Lucie Attinger - Mon atelier
Huile sur toile


...où elle figure, à gauche, de face, en train de dessiner le spectateur.



 

(1) On n'en saura pas plus, mais on apprendra autre chose, si l'on veut, ici, ou encore .





30/01/2023

Arlequin chiffré pour ballet mécanique



Fortunato Depero, Costume cifrato, 1929
MART, musée d’art moderne et contemporain de Trente et Rovereto
 
 
 
 
 
Fortunato Depero - Trois dessins pour le ballet Motolampade,  1925-1929
 
 
 
Günter Berghaus - Reconstitution du ballet Motolampade de Fortunato Depero
Wickham Theatre, Bristol, 1996
 
 
 
 
 
 
 
 

 

27/01/2023

L'art de la fenêtre : Lavery



John Lavery - Daylight Raid from My Studio Window, 7 July 1917
Ulster Museum
 
 
 
Dans le ciel, les bombardiers Gotha (probablement des G-IV)...
 
 
 
Gothas G-IV du 3ème groupe de bombardement lors d'une inspection, mars 1917
 
 
...qui remplacent les zeppelins à partir de mai 1917.
 
Le raid du 13 juin 17 fit plus de 100 morts et de 400 blessés à Londres. Les Gothas bombardèrent Londres jusqu'à mai 1918 et le bilan fut de plus de 600 morts et près de 2000 blessés dans la zone métropolitaine. À titre de comparaison, les raids de Gothas firent près de 800 morts à Paris pour la seule année 1918.
 
La première bombe larguée d'un avion fut italienne, sur la Libye. Mais les bombardements stratégiques de populations civiles datent de la première guerre mondiale.
 
 

 

Georges Brassens - La guerre de 14-18, 1962
Mis en ligne par Carlier Bruno

23/01/2023

Promenons-nous dans la ville futuriste, #7 et fin


Tullio Crali - In tuffo sulla città - En piqué sur la ville, 1939
Huile sur contreplaqué

 

Enfin, dans la ville futuriste, il y a le risque.

Dans la ville futuriste, on ne prend jamais assez de risques. Ni de périls, d'ailleurs.

22/01/2023

Promenons-nous dans la ville futuriste, #6

 

L'autre endroit où le temps s'arrête, dans la ville futuriste, c'est évidemment...

 

Sybil Andrews - Coffee Bar, 1952
Linogravure
 
 
 
...le bar du coin.
 
Où on s'accoude, bien carré et bien à la mode, mais décontracté. Enfin, disons : moins contracté que d'habitude.
 
En attendant que ça se passe.
 
Sans éviter la question. l'interrogation profonde, quasi-métaphyique, de la discussion de café : qu'est-ce qu'on sent venir ? Et qu'est-ce qui va se passer, exactement ?
 
(à suivre pour la fin)

 

21/01/2023

Promenons-nous dans la ville futuriste, #5

 

Pourtant, dans la ville futuriste, il existe des endroits où le temps suspend son vol. Au moins deux. Le premier...

 

Cyril Edward Power - The exam room, ca 1934 
Linogravure

 

 ...c'est la salle d'examen. ici, on peut écouter le silence, regarder les mouches voler, sucer des crayons, rêver, s'imaginer qu'elle est retrouvée, prendre son temps - à ses risques et périls certes, mais le prendre. L'examen, le contrôle, dans la ville futuriste, c'est sacré.

20/01/2023

Promenons-nous dans la ville futuriste, #4



Claude Flight - Speed, 1922
Linogravure
 
 
 
Et, une fois arrivé à la surface de la ville futuriste, on est saisi...
 
 
 
Sybil Andrews - Speedway, 1934
Linogravure
 

 

...par la vitesse. Car, au fur et et à mesure que le présent vous verse dans le futur...

 

 

Sybil Andrews - Rush hour, 1930 
Linogravure
 
 
 
...on va de plus en plus vite. Ne le sentez-vous pas déjà, un peu chaque jour ?
 
 
 

19/01/2023

Promenons-nous dans la ville futuriste, #3


Cyril Edward Power - The Escalator, 1930  
Linogravure

 

Dans la ville futuriste, on entre et sort du métro par des moyens mécaniques...

 


Cyril Edward Power - The Tube Staircase, 1929
Linogravure


...ou purement musculaires. Comme chez nous.

Mais aussi avec un mélange de précipitation et d'angoisse diffuse, qu'on soit seul - ou au milieu de la foule. Comme chez nous, aussi.



Cyril Edward Power - Whence and Whither ? ca 1930
Linogravure

 

18/01/2023

Promenons-nous dans la ville futuriste, #2


Cyril Edward Power - The Tube Station, 1932
Linogravure
 
 
Et dès qu'on a mis le pied sur le quai de métro de la ville futuriste, un premier constat s'impose : le futur ressemble au passé. Mais en plus mécanique, en mieux éclairé et en plus rapide. On pourrait même conjecturer que ce futur du passé ressemble à notre présent, mais cela nous mènerait de la conjecture au malaise - si nous sommes déjà dans le futur, quel est notre avenir, au juste ?
 
Oui, évitons de nous poser ce genre de question.
 
(à suivre)


 

17/01/2023

Promenons-nous dans la ville futuriste, #1



Cyril Edward Power - The tube train, 1934 
Linogravure

 

On peut arriver dans la ville futuriste par le métro, c'est même le moyen le plus pratique. Où l'on remarque d'ailleurs que le futur a abandonné les smartphones pour ce média avant-gardiste, biodégradable et disruptif : le papier.


(à suivre)

07/01/2023

Éloge (posthume ?) du fallacieux


Illustration de couverture tirée de : Hans (ou Jan) Wedeman de Vries, Perspective.
 

 

C'est en l'an 79 du siècle dernier que Gilbert Lascault (25 octobre 1934 - 19 décembre 2022, Strasbourg-Paris, ceci étant, hélas, une entrée d'obituaire)  - que Gilbert Lascault, donc, fit paraître ce quatrième tome de sa...

 





 

 

...Petite tétralogie du fallacieux (1975-1979), depuis rééditée en un volume. Et c'est donc en mémoire de son auteur que l'on va, profitant de ce Voyage d'automne et - comme par les temps qui courent, chaudement certes, aujourd'hui - d'hiver, jeter un œil sur...

 




 

...une rue.

 

 

 

06/01/2023

Ciel... Henri Rivière


Henri Rivière - En haut de la Tour, Planche 4 des Trente-six vues de la Tour Eiffel, 1888-1902
Lithographie

 

01/01/2023

Et donc...

 

 

Et donc les chats, qu'il soient courbes...


 

  

ou qu'ils soient à angles droits...

 

 

 

vous souhaitent pour l'an vingt-trois...

 

 

 Moritz von Schwind - Katzenmusik,1868

 

 le meilleur en Do majeur...

 

 

Mis en ligne par Musique pour chats

 


- j'insiste, bis repetita -...


 

(Allez, encore une fois, donc : ) Jean-Sébastien Bach - Prélude en Do Majeur - Clavier bien tempéré - BWV 846
Mis en ligne par TzviErez
 
 
 
et du soleil dans vos cœurs...
 
 
 

(artiste inconnu, mais avec une allusion à Saul Leiter)

 
 
 
...même s'il neige sur vos pas.
 
 

31/12/2022

Ciel... (d'hiver)


Grietje Postma - Paysage 2002-IV
Gravure sur bois en couleurs

 

30/12/2022

Et plus tard un ange : Münzer


Adolf Münzer - Der Weihnachtsengel / L'ange de Noël 

 

29/12/2022

Tableaux parisiens : Mason


Raymond Mason - My courtyard at Monsieur-le-Prince, 1979
Aquarelle sur papier

 

Et de Raymond Mason, déjà

27/12/2022

Dalila à la crèche (une semaine britannique, #7)


Margaret Clarke - The Wife / The Haircut, ca 1926-27

 

 

Orpen, qu'on a vu hier, était Irlandais. Jusqu'en 1915, partageant son temps entre Londres et Dublin il fut visiting teacher à la Dublin Metropolitan Art School. En 1906 il y remarqua Margaret Clarke, une jeune institutrice qui avait suivi les cours du soir pour obtenir une bourse d'études en art. Cinq ans plus tard elle obtint son diplôme, devint l'assistante d'Orpen et le remplaça à son départ. Elle travailla surtout comme portraitiste (pour Eamon de Valera, entre autres) et entra à la Royal Hibernian Academy (1) en 1926.

Dans The wife / The haircut elle se peint avec son mari Harry Clarke, artiste verrier tuberculeux qu'elle soigna jusqu'à sa mort en 1931. La beauté du tableau tient en partie à son ambigüité puisqu'il fait référence au mythe de Samson et Dalila.

et je dois dire que j'aime beaucoup aussi...


 Margaret Clarke - Bath Time at the Crèche, ca 1925
National Gallery of Ireland





(1) Hibernia, c'est le nom latin (et quasi-lovecraftien) de l'Irlande.

 

 

26/12/2022

Une voyageuse du temps (une semaine britannique, #6)



William Orpen - Sunlight, ca 1925
Huile sur toile
National Gallery of Ireland
 
 
Le tableau est un hommage à (et une confrontation avec) celui de Monet qu'on voit sur le mur du fond :
 
 
 
Claude Monet - Le Bassin d'Argenteuil avec un seul voilier, 1874
Huile sur toile
 
 
Tableau qu'Orpen possédait à l'époque, et qui se trouve aujourd'hui à la National Gallery of Ireland. On notera le reflet qui se surajoute à ceux du bateau, peints par Monet (et qu'Orpen a modifiés ici, comme d'autres parties d'ailleurs) :
 
 

 
 
Comme une volonté d'incorporer une œuvre à l'autre, et de transformer la modèle d'Orpen en baigneuse d'Argenteuil, à un demi-siècle d'écart.


Et de William Orpen, déjà.
 
 

25/12/2022

Et comme ça ? (une semaine britannique, #5)

 

Patrick Procktor - Gervase III, 1968
Aquarelle sur papier

 

Patrick Proctor naquit à Dublin mais vécut et travailla en Angleterre à partir de 1940.  Avant de faire ses études d'art à la Slade il travailla comme interprète (du russe) au British Council, séjourna trois fois en Union Soviétique et devint un peu marxiste, mais sans plus. Grand ami et très proche stylistiquement de Hockney (il apparaît dans A bigger splash), on le rattache généralement aux artistes de la New Generation dont le grand moment fut l'exposition de 1964.

Ici il fait le portrait de son amour (fou) du moment, Gervase Griffiths, mannequin et chanteur d'un groupe folk psychédélique marginal, auquel il consacra une exposition entière (pas moins de 44 tableaux) à New York, exposition qui fut un échec total. Gervase Griffiths le quitta peu après pour aller s'initier au vaudou à Port-au-Prince, en tira un spectacle - raté lui aussi, et retourna rentrer dans le rang, agent d'assurance en Afrique du Sud. Procktor, de son côté, épousa une veuve et continua à peindre - dans l'ombre grandissante de David Hockney.

On pourrait rapprocher Gervase III du portrait de Procktor, par Hockney précisément...

 


David Hockney - The Room, Manchester street, 1967 
Acrylique sur toile
David Hockney Foundation

 

(celui qu'il éclaire au briquet dans A bigger splash, en manière de provocation, devant un Procktor médusé)...


 

Jack Hazan - A bigger splash, 1973
Mis en ligne par First run features

 

et se dire que, eût-il fait d'autres rencontres, des galerie commerciales l'eussent-elles plus énergiquement poussé, Procktor aurait peut-être été à la place de Hockney, en moins hiératique. Mais ce ne fut pas le cas et, comme on dit en anglais, C'est la vie.

 

Patrick Procktor - Boy with a facial eruption, 1967 
Acrylique sur toile
Redfern Gallery

 

On peut voir ici certaines des illustrations que Procktor a réalisées pour The Rime of the Ancient Mariner de Coleridge.

La dernière exposition parisienne de Procktor était chez loveandco.

En français, on peut lire le livre de Fabrice Gaignault, Patrick Procktor, le secret de David Hockney. Et enfin, à propos de Procktor et Griffiths, voir aussi ici ou .


24/12/2022

Une pinte, sinon rien (une semaine britannique, #4)

 

Fred Elwell (1870-1958) - A man with a pint

 

 

'When you were a young man we were all living in the treetops,' said the barman, with a glance at the other customers.

There was a shout of laughter, and the uneasiness caused by Winston's entry seemed to disappear. The old man's whitestubbled face had flushed pink. He turned away, muttering to himself, and bumped into Winston. Winston caught him gently by the arm.

 'May I offer you a drink?' he said.

'You're a gent,' said the other, straightening his shoulders again. He appeared not to have noticed Winston's blue overalls. 'Pint!' he added aggressively to the barman. 'Pint of wallop.'

The barman swished two half-litres of dark-brown beer into thick glasses which he had rinsed in a bucket under the counter. Beer was the only drink you could get in prole pubs. The proles were supposed not to drink gin, though in practice they could get hold of it easily enough. The game of darts was in full swing again, and the knot of men at the bar had begun talking about lottery tickets. Winston's presence was forgotten for a moment. There was a deal table under the window where he and the old man could talk without fear of being overheard. It was horribly dangerous, but at any rate there was no telescreen in the room, a point he had made sure of as soon as he came in.

"E could 'a drawed me off a pint,' grumbled the old man as he settled down behind a glass. 'A 'alf litre ain't enough. It don't satisfy. And a 'ole litre's too much. It starts my bladder running. Let alone the price.'

'You must have seen great changes since you were a young man,' said Winston tentatively.

The old man's pale blue eyes moved from the darts board to the bar, and from the bar to the door of the Gents, as though it were in the bar-room that he expected the changes to have occurred.

'The beer was better,' he said finally. 'And cheaper! When I was a young man, mild beer -- wallop we used to call it -- was fourpence a pint. That was before the war, of course.'

'Which war was that?' said Winston.

'It's all wars,' said the old man vaguely. He took up his glass, and his shoulders straightened again. "Ere's wishing you the very best of 'ealth!'

In his lean throat the sharp-pointed Adam's apple made a surprisingly rapid up-and-down movement, and the beer vanished. Winston went to the bar and came back with two more half-litres. The old man appeared to have forgotten his prejudice against drinking a full litre.

George Orwell - 1984

23/12/2022

Étapes dans la vie de la novice de Concarneau (une semaine britannique, #3)



William John Leech - A Convent Garden, Brittany, ca 1913
 
 
 

Le peintre irlandais habille sa première épouse, l'artiste états-unienne Saurin Elizabeth Kerlin, du costume que portaient, au moment de prononcer leurs vœux, les novices des Sœurs du Saint-Esprit à Concarneau, ville où il aimait à peindre et où il l'avait rencontrée. Au fond du jardin du Couvent-Hôpital les religieuses passent en procession et, au premier plan, les lys complètent la symphonie en blanc.

Bien qu'ainsi figuré de manière quasi-mystique, Le mariage ne dura que deux ans, pourtant ce furent... 


 
William John Leech - Portrait of Elizabeth, ca 1910-12 
Aquarelle

 

 

des années...

 



Girl with a tinsel and a scarf, ca 1912 
Huile sur toile


productives, autant que de...




The cigarette, ca 1915
Huile sur toile



maturation.