21/03/2026
Nature vieille
06/02/2026
Transports en commun : des millions de personnes
05/02/2026
Une semaine russe (7) : une chanson de voleurs (cf. note 1) et un hommage à Vitali Chentalinski
Tatiana Kabanova - Мама, я жулика люблю ! - Maman, j'aime un voleur ! (2)
- Qu'y a-t-il, camarades ?
Et les bandits partirent dans la nuit de Noël au volant d'une Rolls-Royce Silver Ghost. Elle était trop voyante pour qu'ils la gardent, et on la retrouva dans la nuit même sur un quai de la Moskova. C'est probablement la même qu'on peut encore voir au Musée de Gorki Leninskie.
Lequel en garda un souvenir durable : dans un passage de la maladie infantile du communisme, le gauchisme il fait le parallèle entre son action et celle des bandits de Kochelkov pour justifier ainsi le traité de Brest-Litovsk avec l'Allemagne :
En un sens, la rencontre de Lénine et Kochelkov est une allégorie : le pouvoir bolchevik face au crime de droit commun - chacun revendiquant le droit exclusif de définir ses propres règles. Entre ces deux usages de la force il existe pourtant une différence, que Kochelkov avait notée dans le petit carnet qu'on retrouva sur son cadavre :
"On me traque comme une bête : nul n'est épargné. J'ai laissé la vie à Lénine. Que veulent-ils donc de plus ?" (8)
Le voleur vous prend la pelisse, mais il vous laisse la vie sauve. Le parti-despote, lui, a tendance à fusiller d'emblée.
Kochelkov n'était qu'un grain de sable : depuis août 1918 et la tentative d'assassinat attribuée à Fanny Kaplan, la machine de la Tchéka tournait à plein régime. Une des curiosités de ce dossier est que Martynov, le flic de la Tchéka qui retrouva Kochelkov, faisait rédiger ses souvenirs par deux écrivains connus - mais il ne réussit pas à se faire publier. C'est ainsi que Vitali Chentalinski retrouva dans le dossier n°215 (9) deux récits écrits pour Martynov, l'un par Mikhaïl Boulgakov - qui devait plus tard connaître lui-même les interrogatoires, la censure et le silence forcé - et l'autre par Isaac Babel, qui finit vingt ans après dans le hachoir de la Loubianka (10).
(3) Calendrier julien, soit le 6 janvier 1919 grégorien.
10/01/2026
Alexandra Exter, trois fois
Vera Broido - Fille de la révolution
25/10/2025
Querelle des images et retours de mémoire
À propos d'iconoclasme, deux publicités gratuites : d'abord pour Le sablier, les souvenirs d'Ekaterina Olitskaïa (1899-1974) tout récemment réédités par les Éditions du bout de la ville : l'immense traversée des camps soviétiques de 1925 à 1956, des Solovki à la Kolyma.
Et puis pour ceux de Vera Broido (1907-2004), Fille de la révolution, chez Allia - depuis l'enfance en déportation sibérienne à la fuite hors d'URSS en 1920, à travers la ligne de front soviéto-polonaise, et la suite...
Un parallèle : chez l'une la persécution des SR, la mémoire des camps, chez l'autre celle de l'exil, du côté des menchéviks tout aussi pourchassés.
Et un paradoxe : à quel point, et souvent plus que d'autres littératures, celles des camps et de l'exil témoignent en faveur de l'humanité.
19/10/2025
16/03/2025
Les fleurs sont de retour
L'autrice de ce récent article, citant une chanson bien connue, me rappelle ce vieux post du 5 septembre 2008, que je republie presque tel que. Hé oui, elles sont de retour.
Mikhaïl Alexandrovitch Cholokhov (1905-1984)
photographié en 1938
Mikhaïl Cholokhov, le seul homme à avoir reçu à la fois le prix Nobel et le prix Staline de littérature, fut accusé par Soljénitsyne de n'avoir pas vraiment écrit Le Don paisible - et de l'avoir volé, en partie ou non, à Fiodor Krioukov ou à Vinyamin Alekséiévitch Krasnouchkine. Depuis que l'étoile de Soljénitsyne a un peu pâli, et que le manuscrit original du Don a été découvert et analysé, on a toutes raisons de penser que le livre est bien de la main de Cholokhov.
Ce qui n'a jamais fait de doute en revanche c'est que Tikhiy Don, saga de cavaliers cosaques qui suit la famille Melekhov depuis le début du XXème siècle jusqu'à la guerre civile entre Rouges et Blancs, fait partie des plus grands romans qu'ait produits une littérature qui n'en fut pas avare.
Étrange roman assez éloigné du réalisme socialiste - le dogme n'était d'ailleurs pas en vigueur quand il fut écrit - avec son héros peu positif qui se bat d'abord chez les blancs, puis avec les rouges, et enfin pour lui seul. Cholokhov essaiera ensuite de se couler dans le moule en écrivant Terres défrichées - mais il butera entre autres problèmes sur la famine ukrainienne et les persécutions contre les paysans. Il écrira à Staline pour protester, sera quelque peu inquiété par le NKVD, puis capitulera, finissant président de l'Union des écrivains, y ayant perdu son génie. Mais ne lui jetez pas la première pierre, Soljénitsyne l'a déjà fait.
À cette même date, les conseillers militaires (military advisers) américains sont déjà 12.000 au Sud Viêt-Nam, y compris les forces spéciales - les Green Berets. L'année suivante, le fameux cable 243, envoyé sans l'aval de Kennedy par l'aile dure de l'administration américaine, donne le champ libre aux généraux sud-vietnamiens pour un coup d'état militaire. Le président Ngo Dinh Diem et son frère sont assassinés le 2 Novembre 1963, vrai début de la seconde guerre du Viêt-Nam. Vingt jours plus tard, à Dallas, Kennedy est assassiné lui aussi.
Cette année-là, où Dietrich chante Where are all the flowers gone, Lyndon Baines Johnson devient président des Etats-Unis, le 22 novembre 1963. Le Viêt-Nam n'est pas sa priorité - sa priorité c'est la Great Society. Mais les guerres vous changent. Viennent en Août 1964 les deux incidents du Golfe du Tonkin. On ne sait pas trop ce qui s'est passé les 2 et 4 Août de cette année là sur l'USS Maddox, particulièrement le 4. Ce qu'on sait, c'est que la marine américaine voulait dire des choses simples, que le président Johnson voulait entendre des choses simples, et qu'il allait être très bientôt en campagne électorale. Le 4 au soir, il parle à la télévision. Le 7, le Congrès américain vote le Gulf of Tonkin statement qui autorise Johnson à engager des opérations militaires sans déclaration de guerre préalable. Le reste est largement connu.
Le reste du reste, nous le connaissons aussi. Les présidents veulent entendre des choses simples, les généraux leur disent des choses simples et les peuples écoutent des choses de plus en plus simples, à la télévision.
Wo sind sie geblieben?
Sag mir, wo die Blumen sind
Was ist geschehn?
Sag mir, wo die Blumen sind
Mädchen pflückten sie geschwind
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn?
Long time passing
Where have all the flowers gone?
Long time ago
Where have all the flowers gone?
Young girls picked them every one
When will they ever learn?
When will they ever learn?
Wo sind sie geblieben?
Sag mir, wo die Mädchen sind
Was ist geschehn?
Sag mir, wo die Mädchen sind
Männer nahmen sie geschwind
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn?
Long time passing
Where have all the young girls gone?
Long time ago
Where have all the young girls gone?
Gone to young men every one
When will they ever learn?
When will they ever learn?
Wo sind sie geblieben?
Sag mir, wo die Männer sind
Was ist geschehn?
Sag mir, wo die Männer sind
Zogen fort, der Krieg beginnt
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn?
Long time passing
Where have all the young men gone?
Long time ago
Where have all the young men gone?
Gone for soldiers every one
When will they ever learn?
When will they ever learn?
Wo sind sie geblieben?
Sag, wo die Soldaten sind
Was ist geschehn?
Sag, wo die Soldaten sind
Über Gräber weht der Wind
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn?
Long time passing
Where have all the soldiers gone?
Long time ago
Gone to graveyards every one
When will they ever learn?
When will they ever learn?
Wo sind sie geblieben?
Sag mir, wo die Gräber sind
Was ist geschehn?
Sag mir, wo die Gräber sind
Blumen wehn im Sommerwind
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn?
Long time passing
Where have all the graveyards gone?
Long time ago
Where have all the graveyards gone?
Covered with flowers every one
When will we ever learn?
When will we ever learn?
Wo sind sie geblieben?
Sag mir, wo die Blumen sind
Was ist geschehn?
Sag mir, wo die Blumen sind
Mädchen pflückten sie geschwind
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn?
Long time passing
Where have all the flowers gone?
Long time ago
Where have all the flowers gone?
Young girls picked them every one
When will they ever learn?
When will they ever learn?
07/02/2025
C'est la fin de l'été
07/10/2024
Les aventures de Mme Chat : en couleurs
28/10/2022
17/08/2022
Le greffe : le piano, vraiment ?
(à l'époque où il étudiait le piano, avant d'aller en sanatorium, avant de s'inscrire à l'institut de langues orientales pour apprendre l'arabe, avant de partir en expédition géologique dans la Taïga, et avant d'ouvrir enfin la porte du VGIK)
06/07/2021
03/06/2021
Entre chien et loup : Voligamsi
Voligamsi est par ailleurs l'auteur d'une biographie non-officielle et légèrement uchronique de Lénine en images.
30/04/2021
10/04/2021
Du sentiment dans un bocal (une semaine Pivovarov, #6)
Москва, весна и рыбка на окне /Moscou, le printemps et un petit poisson à la fenêtre, 1994, de la série Appartement 22
Émail sur toile
Galerie Trétyakov, Moscou
L'appartement 22 était un appartement commun (kommunalka) domicile de la famille de Pivovarov, il y est né en 1937. La série Appartement 22 est située dans les années 1950 et décrit des moments de la vie quotidienne au temps de sa jeunesse. Le format informatif crée une distance vis-à-vis de l'affect dont est empreint le souvenir d'enfance. La distance, l'ironie, la subversion du sens par une esthétique formellement décalée (1) sont des caractéristiques du conceptualisme russe.
(1) Qu'on pense, par exemple, à l'utilisation du mannequin "futuriste" (ce que Pivovarov appelle un eidos) dans Gothique moscovite.
31/03/2021
08/03/2021
La boutique de souvenirs futuristes
Huile sur toile
Comme souvent chez Kubarev il s'agit à la fois d'un autel mémoriel et d'un portrait distancié, sinon critique, d'un élément de la culture soviétique. Les principaux ornements du culte sont là : la Remington du poète moderne, la statuette à laquelle Kubarev a donné un air un peu plus renfrogné que les représentations habituelles et sur la table, à côté du poème en train de s'écrire...
Vladimir Maïakovski - Kем Быть ? / Qui être ?
dans sa première édition de 1929, avec les dessins de Shifrin...
un poème sur le thème du choix de la profession qui devint pour longtemps un classique de la littérature pour enfants...
1980...
1985.
Sur le mur, deux affiches de la production commune Rodtchenko (graphisme) /Maïakovski (textes) :
Visiteurs, que vous veniez des datchas, des villes ou des villages, n'usez pas vos semelles à chercher - vous trouverez TOUT au Goum, à votre goût, rapidement et à moindre coût !
Publicité pour le magasin Goum, 1923
REZINOTREST Protège de la pluie et de la neige fondue - sans caoutchoucs l'Europe n'aura qu'à s'asseoir et pleurer
Publicité pour les caoutchoucs Rezinotrest, 1923
...puis, en partie recouverte par la deuxième affiche :
Le dessin de Maïakovski pour la couverture d'un numéro de la même année 1923 de la revue Krasnaïa Nov'. On y voit la main du poète caricaturant les adversaires de l'époque, Pilsudski, Poincaré, Mussolini.
Enfin, pour revenir sur la table, la célèbre photographie...
de Maïakovski, Lili et Ossip Brik en 1929.
C'est par un beau soir de 1915 que Lili Brik invite, chez elle et son mari Ossip, le jeune poète dont sa sœur Elsa est amoureuse. Il leur lit ce qui sera la version définitive du Nuage en pantalon :
"Pour faire de l'espace, nous avons décroché la porte séparant les deux pièces. Maïakovski se tenait debout, adossé au chambranle."
"Il sortit de la poche de son veston un mince cahier, y jeta un coup
d'œil, le renfouit, prit un temps de réflexion, parcourut l'assistance
du regard comme s'il se fût agit d'un immense auditoire."
"Pas une fois, il ne changea de pose. Sans regarder personne en particulier, il se lamentait, s'indignait, raillait, revendiquait, entrait en transe."
Venez prendre des leçons
– salonnière de satin,
fonctionnaire formatée de la ligue angélique,
et celle qui feuillette des lèvres sans émoi aucun,
comme si c’étaient les pages d’un livre de cuisine !
"Nous ne pouvions pas détourner les yeux de ce prodige inouï"
"J'avais perdu l'usage de la parole" (1)
Vladimir Maïakovski - О́блако в штана́х / Le nuage en pantalon, 1915
Trad. de Wladimir Berelowitch, Mille et une nuits éd. 1998
A la fin, Maïakovski ouvre son petit cahier à la première page et demande à Lili Brik :
- Puis-je vous le dédier ?
et sous le titre il écrit : "A Lili Yourievna Brik".
S'ensuit le coup de foudre, le passage d'une sœur à l'autre, les débuts du tendre et infernal trio de la rue Guendrikov. La décade prodigieuse du futurisme et de la propagande de masse, l'affichisme, les fenêtres Rosta.
Mais aussi la course de rat névrotique avec des femmes toujours mariées à un autre, les échecs programmés - y compris par Lili qui lui met dans les bras celle qu'elle juge moins dangereuse que la précédente. Et la cornérisation progressive des futuristes. L'adhésion au RAPP, l'organisation concurrente, pour se protéger quand la menace se resserre - démarche inutile, les Bains, sa pièce antibureaucratique, est férocement critiquée par le même RAPP qui en organise l'échec.
Et la présence insistante, dans un coin ou un autre de l'appartement de la rue Guendrikov, de l'homme de la Loubianka - Iakov Agranov... De plus en plus de parties de cartes à l'alcool, de cris et d'insultes, et souvent le tchékiste, dans un coin. Cet aveu pathétique à Iouri Annenkov. Et pour finir la balle dans le cœur, la fameuse lettre sur la barque de l'amour qui s'est brisée contre la vie courante, qu'on présente comme un lettre à Lili, et qui était en fait une lettre aux autorités (2).
La suite est bien connue, les funérailles spectaculaires organisées par l'OGPU (3), dénonciateur en tête. Puis l'étau qui se resserre sur la génération qui a gaspillé ses poètes. Pour Maïakovski, l'oubli complet pendant cinq ans, avant la fameuses décision de Staline, à l'encre rouge sur la lettre de protestation envoyée par Lili Brik le 24 novembre 1935 :
Camarade Iejov, je vous prie de porter attention à la lettre de Brik. Maïakovski était et demeure le meilleur, le plus doué poète de notre époque soviétique...
S'ensuit la deuxième mort de Maïakovski, celle-là involontaire, comme dira Pasternak (4). La transformation en poète national, l'érection des statues, les anthologies expurgées, les biographies orwelliennes où à la fin même Ossip et Lili Brik disparaîtront parce qu'ils étaient un peu trop juifs. A la même époque, Rodtchenko survivait en exaltant des bagnes, au Biélomorkanal.
Et enfin cette boutique de souvenirs, quelques affiches aux couleurs un peu fanées, un livre pour enfants dont la première édition fut de loin la meilleure, une statuette votive à la limite du ridicule et, posée au coin d'une table, la photo floue d'un trio de perdants magnifiques.
On peut lire le nuage en pantalon :
ici, en russe
là, en anglais
mais en ce qui concerne le français, l'édition la plus accessible vous coûtera 1,99 € (et vous achèterez des DRM, en plus).
Et de Kubarev, déjà.
(1) Les citations des souvenirs de Lili Brik sont extraits de sa biographie par Arkadi Vasksberg, Albin Michel éd. 1999, p. 29.
(2) On lira dans la biographie de Maïakovski par Bengt Jangfeldt, La vie en jeu, p. 542, la façon dont les dernières volontés du poète ont été accommodées d'un commun accord entre le Kremlin et Lili Brik. Veronica Polonskaïa (Nora, la dernière amante), était nommée dans la lettre de suicide qui avait ainsi valeur de testament :
Camarade gouvernement, ma famille c'est Lili Brik, maman, mes sœurs et Veronica Vitoldovna Polonskaïa. Si tu leur rends la vie possible, merci.
En fait, les droits d'auteur seront partagé pour une moitié à Lili Brik, et pour l'autre à la mère et aux sœurs. Le fonctionnaire du Kremlin proposa cyniquement à Veronica de se contenter de vacances payées par l'état. Elle fut effacée des biographies et tomba dans l'oubli jusqu'à la parution de de ses Mémoires, rédigés en 1938, parus dans les années 80 - mais dans leur intégralité seulement en 2005 (Jangfeldt, pp. 561-562).
(3) Sur le coup, le Bureau Politique avait eu peur d'une épidémie de suicides chez les écrivains, à commencer par Boulgakov.
(4) La troisième mort interviendra, involontaire elle aussi, comme le dit Jangfeldt, à la chute de l'URSS quand les ex-écoliers gavés de Maïakovski refuseront d'en entendre parler plus longtemps et qu'il disparaîtra des programmes.

















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