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21/03/2026

Nature vieille


Mikhail Ryasnyansky  (1926-2003) - Портрет натурщика старика / Portrait d'après nature d'un vieil homme
 

06/02/2026

Transports en commun : des millions de personnes


Dimitri Anatolevitch Boulanov - Lue par des millions de personnes : la publicité dans le tram ! 1927
Affiche
 

On pourra prendre ici connaissance des dernières nouvelles reçues de Dimitri Boulanov, arrêté en 1941 par le NKVD.
 

05/02/2026

Une semaine russe (7) : une chanson de voleurs (cf. note 1) et un hommage à Vitali Chentalinski

 
Hé oui, republication, une fois encore, d'un article du 16 novembre 2011 qui avait perdu sa musique (ah, ces comptes youtube qui vont et viennent) et ceci est donc un hommage, non seulement à Vitali Chentalinski, mais aussi a Tatiana Kabanova. Ce post faisait partie d'une série intitulée une semaine russe dont on peut, si on veut, retrouver le premier article par ici.



  
Tatiana Kabanova - Мама, я жулика люблю ! - Maman, j'aime un voleur ! (2)

 
Dans la nuit de Noël, 24 décembre 1918 ancien style (3), une Rolls-Royce Silver Ghost roule dans les rues de Moscou - elle vient de dépasser la gare de Nikolaïev et fonce sur la route de Sokolniki. Brusquement, trois hommes armés de pistolets Mauser bloquent la route. Le chauffeur ralentit puis brusquement accélère, les inconnus s'écartent pour éviter la voiture qui s'arrête un peu plus loin. Les assaillants la rejoignent, ouvrent les portières et ordonnent aux passagers de descendre. Un homme se penche au-dehors

 

- Qu'y a-t-il, camarades ?  

 
- Ferme-la, on te dit de descendre.
 
Par la manche, on le tire dehors. Deux hommes braquent leurs armes sur sa tête. Il fait le geste de sortir son laissez-passer...
 
 - Bouge pas !
 
 - Je suis Lénine, voici mes documents...
 
L'histoire a été plusieurs fois racontée, parfois enjolivée, mais elle est tout à fait véridique. Le compte-rendu le plus fiable est contenu dans le dossier n°215 des archives criminelles de la Sécurité d'Etat (4) conservées à la Loubianka, tel que l'a retranscrit Vitali Chentalinski (5).
 
Les voleurs étaient six : Ivan Volkov dit "petit cheval", Vassili Zaïtsev ("le lièvre"), Alexeï Kirillov ("le cordonnier"), Fiodor Alexeïev ("la grenouille"), Vassili Mikhalkov ("le noiraud") et leur chef Iakov Kochelkov dit kocheliok, "le porte-monnaie", alors le bandit le plus puissant de Moscou.
 
 
 Une photo officielle de Iakov Kochelkov
 
C'est lui qui fouilla le manteau de Lénine, lui prit son portefeuille et son browning après lui avoir ordonné une nouvelle fois de la fermer - et cela se passait devant une foule de badauds qui, selon le rapport, "observaient avec curiosité, sans bouger". Un indice, au passage, de la popularité des chefs bolcheviks un an après Octobre.

Et les bandits partirent dans la nuit de Noël au volant d'une Rolls-Royce Silver Ghost. Elle était trop voyante pour qu'ils la gardent, et on la retrouva dans la nuit même sur un quai de la Moskova. C'est probablement la même qu'on peut encore voir au Musée de Gorki Leninskie.

 

Rolls Royce Silver Ghost, années 1910 - cadeau à Lénine des ouvriers des usines Poutilov
Musée de Gorki Leninskie


Après sa nuit de Noël, Iakov Kochelkov devint évidemment l'ennemi public n°1 - entre autres humiliations, Lénine avait dû se réfugier à pied dans le local d'un obscur soviet de quartier où les factionnaires l'avaient d'abord pris pour un plaisantin... La Tchéka arrêta et interrogea quelque deux cents personnes et la traque dura plusieurs mois. Le porte-monnaie échappa plusieurs fois à ses poursuivants en jouant du pistolet. Il finit par leur livrer un petite guerre privée. De haute taille, imposant avec sa capote et son bonnet caucasien, il pouvait passer pour un Tchékiste. 
 
"Il se procura des papiers en accord avec ce rôle et passa à la contre-attaque. Doté d'un culot monstre (...)  son modus operandi était le suivant : il se présentait chez un tchékiste et exigeait les adresses de ses collègues avant de l'abattre froidement... il s'amusait énormément. Il effectuait également des perquisitions et prenait l'argent et l'or des entreprises en préservant toutes les formes légales :  il convoquait l'administration et le syndicat et procédait à la "saisie" en présence des ouvriers. Il arrêtait aussi les militaires et leur confisquait leurs armes. Plus tard, ceux-ci se présentaient à la Loubianka pour demander qu'on leur rendît leurs revolvers..." (6). 
 
Finalement, on l'abattit devant un immeuble où il se rendait et que la Tchéka avait transformé en souricière. Dans sa poche, il avait toujours le browning de Lénine. 

Lequel en garda un souvenir durable : dans un passage de la maladie infantile du communisme, le gauchisme il fait le parallèle entre son action et celle des bandits de Kochelkov pour justifier ainsi le traité de Brest-Litovsk avec l'Allemagne :
 
 
V. I. Lénine - Детская болезнь «левизны» в коммунизме / La maladie infantile du communisme, le "gauchisme", 1920
 
"Imaginez-vous que votre automobile soit arrêtée par des bandits armés. Vous leur donnez votre argent, votre passeport, votre revolver, votre auto. Vous vous débarrassez ainsi de l'agréable voisinage des bandits. C'est là un compromis, à n'en pas douter. "Do ut des" (je te "donne" mon argent, mes armes, mon auto, "pour que tu me donnes" la possibilité de me retirer sain et sauf). Mais on trouverait difficilement un homme, à moins qu'il n'ait perdu la raison, pour déclarer pareil compromis "inadmissible en principe", ou pour dénoncer celui qui l'a conclu comme complice des bandits (encore que les bandits, une fois maîtres de l'auto, aient pu s'en servir, ainsi que des armes, pour de nouveaux brigandages). Notre compromis avec les bandits de l'impérialisme allemand a été analogue à celui-là"(7).

En un sens, la rencontre de Lénine et Kochelkov est une allégorie : le pouvoir bolchevik face au crime de droit commun - chacun revendiquant le droit exclusif de définir ses propres règles. Entre ces deux usages de la force il existe pourtant une différence, que Kochelkov avait notée dans le petit carnet qu'on retrouva sur son cadavre :
 "On me traque comme une bête : nul n'est épargné. J'ai laissé la vie à Lénine. Que veulent-ils donc de plus ?" (8)

Le voleur vous prend la pelisse, mais il vous laisse la vie sauve. Le parti-despote, lui, a tendance à fusiller d'emblée. 

Kochelkov n'était qu'un grain de sable : depuis août 1918 et la tentative d'assassinat attribuée à Fanny Kaplan, la machine de la Tchéka tournait à plein régime. Une des curiosités de ce dossier est que Martynov, le flic de la Tchéka qui retrouva Kochelkov, faisait rédiger ses souvenirs par deux écrivains connus - mais il ne réussit pas à se faire publier. C'est ainsi que Vitali Chentalinski retrouva dans le dossier n°215 (9) deux récits écrits pour Martynov, l'un par Mikhaïl Boulgakov - qui devait plus tard connaître lui-même les interrogatoires, la censure et le silence forcé - et l'autre par Isaac Babel, qui finit vingt ans après dans le hachoir de la Loubianka (10).



(1) Les blatnaya pesnya, qu'on traduit un peu improprement par "chansons criminelles" ou "chansons de voleurs" forment un répertoire qui plonge ses racines dans les chants de prisonniers et la romance urbaine (gorodskoï romans) du XIXème siècle, mais se renouvelle dans le milieu social de la mafia d'Odessa au moment de la NEP. Il y trouve des musiciens formés par le klezmer ashkenaze et le jazz. Le genre se diffuse ensuite dans le reste de l'URSS. Ce répertoire très populaire mêle tout au long du XXème siècle et jusqu'à nos jours chants de déportés, de voleurs et de contestation sociale. Il a été chanté par de grands artistes comme Arkadi Severnyi, ou, à ses débuts, Vladimir Vissotsky. Blatnaya vient du mot blat - la combine, le piston, ce qui se fait en marge de la loi.
 
(2) Мама, я жулика люблю fait partie du répertoire des blatnaya pesnya. Les auteurs, inconnus, l'ont probablement écrite dans les années 1920. Elle a notamment été chantée, en France, par Aliocha Dimitrievitch.

(3) Calendrier julien, soit le 6 janvier 1919 grégorien.

(4) KGB, ex-GPOu, ex-Tchéka.

(5) Vitali Chentalinski, Les surprises de la Loubianka, Nouvelles découvertes dans les archives littéraires du KGB, trad. Galia Ackerman et Pierre Lorrain, Laffont 1996, pp. 7-26.

(6) Vitali Chentalinski, Les surprises de la Loubianka, p. 21.

(7) V.I. Lénine, La maladie infantile du communisme, le gauchisme, 1920, IV.

(8) Cité par Vitali Chentalinski, Les surprises de la Loubianka, p. 23.

(9) Cf  Vitali Chentalinski, Les surprises de la Loubianka, pp. 24-26.

(10) Et cela, c'est aussi Chentalinski qui l'a raconté le premier, cf. La parole ressuscitée, dans les archives littéraires du KGB, Laffont, 1993 pp. 36-101.














10/01/2026

Alexandra Exter, trois fois


Alexandra Exter - Revue projet, 1927 (de Décors de théâtre, Éditions des quatre chemins, Paris, 1930)
  

 

 

Vera Broido - Fille de la révolution, 1999
Trad. Anne Foucault & Maria Matalaev, 2025 Allia éd. 

 

 

Alexandra Exter - Maquette de lumière, 1927 (de Décors de théâtre

  

 

Vera Broido - Fille de la révolution

 

 

Alexandra Exter - Cirque, 1927-28 (de Décors de théâtre)
 


 

25/10/2025

Querelle des images et retours de mémoire


Boris Orlov - Iconostase, 1974-1975 
Technique mixte 

 

 

À propos d'iconoclasme, deux publicités gratuites : d'abord pour Le sablierles souvenirs d'Ekaterina Olitskaïa (1899-1974) tout récemment réédités par les Éditions du bout de la ville : l'immense traversée des camps soviétiques de 1925 à 1956, des Solovki à la Kolyma.

 

 


Et puis pour ceux de Vera Broido (1907-2004), Fille de la révolution, chez Allia - depuis l'enfance en déportation sibérienne à la fuite hors d'URSS en 1920, à travers la ligne de front soviéto-polonaise, et la suite...

 


Raoul Haussmann - Vera Broido, ca 1930, Berlin

 

 

Un parallèle : chez l'une la persécution des SR, la mémoire des camps, chez l'autre celle de l'exil, du côté des menchéviks tout aussi pourchassés.

Et un paradoxe : à quel point, et souvent plus que d'autres littératures, celles des camps et de l'exil témoignent en faveur de l'humanité.

 

 

19/10/2025

Regarde la route : Prochkine


Viktor Prochkine - Route, 1969

 

Et de Prochkine, déjà
 

16/03/2025

Les fleurs sont de retour

 

L'autrice de ce récent article, citant une chanson bien connue, me rappelle ce vieux post du 5 septembre 2008, que je republie presque tel que. Hé oui, elles sont de retour.

 

 

Mikhaïl Alexandrovitch Cholokhov (1905-1984)
photographié en 1938

 

Mikhaïl Cholokhov, le seul homme à avoir reçu à la fois le prix Nobel et le prix Staline de littérature, fut accusé par Soljénitsyne de n'avoir pas vraiment écrit Le Don paisible - et de l'avoir volé, en partie ou non, à Fiodor Krioukov ou à Vinyamin Alekséiévitch Krasnouchkine. Depuis que l'étoile de Soljénitsyne a un peu pâli, et que le manuscrit original du Don a été découvert et analysé, on a toutes raisons de penser que le livre est bien de la main de Cholokhov.

 

 

Ce qui n'a jamais fait de doute en revanche c'est que Tikhiy Don, saga de cavaliers cosaques qui suit la famille Melekhov depuis le début du XXème siècle jusqu'à la guerre civile entre Rouges et Blancs, fait partie des plus grands romans qu'ait produits une littérature qui n'en fut pas avare.

 

 

Étrange roman assez éloigné du réalisme socialiste - le dogme n'était d'ailleurs pas en vigueur quand il fut écrit - avec son héros peu positif qui se bat d'abord chez les blancs, puis avec les rouges, et enfin pour lui seul. Cholokhov essaiera ensuite de se couler dans le moule en écrivant Terres défrichées - mais il butera entre autres problèmes sur la famine ukrainienne et les persécutions contre les paysans. Il écrira à Staline pour protester, sera quelque peu inquiété par le NKVD, puis capitulera, finissant président de l'Union des écrivains, y ayant perdu son génie. Mais ne lui jetez pas la première pierre, Soljénitsyne l'a déjà fait.

 

 

 

Le Don paisible, surtout dans sa première partie, décrit la vie rurale cosaque dans la région natale de l'auteur, autour de Véchenskaya. Il contient de nombreux chants populaires qui doivent leur survie à Cholokhov. L'un d'eux dit en ukrainien :

А где ж гуси?
В камыш ушли.
А где ж камыш?
Девки выжали.
А где ж девки?
Девки замуж ушли.
А где ж казаки?
На войну пошли …


Où sont passées les oies ? - Elles ont couru dans les roseaux
Où sont passées les fleurs ? - Les filles les ont cueillies
Où sont passées les filles ? - Elles ont pris un mari
Où sont passés les maris ? - Ils sont partis pour la guerre...



En 1955 le folksinger Pete Seeger fut convoqué (subpoenaed) par la HUAC, la commission des activités anti-américaines du sénateur Mc Carthy, et refusa de témoigner sur ses liens éventuels avec le Parti Communiste Américain, de donner des noms et même d'invoquer le cinquième amendement, ce qui l'exposait aux peines les plus lourdes que pouvaient encourir les suspects comme lui. Et de fait il fut condamné en 1961 à 10 ans de prison pour outrage à la Cour - verdict annulé en appel l'année suivante.

C'est pendant ces années passées sous la menace d'une incarcération qu'il retrouva un jour dans un carnet la citation du Don paisible et qu'il y ajouta trois mots "long time passing" qui le hantaient comme une scie musicale. Where have all the flowers gone était né. Seeger la retravailla avec Joe Hickerson, qui ajouta les deux couplets finaux. Le Kingston Trio la reprit puis Peter, Paul & Mary, et Joan Baez. Et en 1962 Marlene Dietrich chanta la version française au gala de l'UNICEF à Paris, puis la version allemande. Where have all the flowers gone n'était déjà plus une chanson - mais un hymne international.

Marlene Dietrich enregistre la version française en Mai 1962. En Algérie, la guerre civile à trois fait rage entre l'OAS, le FLN et l'armée française. La France ne reconnaît officiellement la République Algérienne que le 5 juillet de cette année-là.

À cette même date, les conseillers militaires (military advisers) américains sont déjà 12.000 au Sud Viêt-Nam, y compris les forces spéciales - les Green Berets. L'année suivante, le fameux cable 243, envoyé sans l'aval de Kennedy par l'aile dure de l'administration américaine, donne le champ libre aux généraux sud-vietnamiens pour un coup d'état militaire. Le président Ngo Dinh Diem et son frère sont assassinés le 2 Novembre 1963, vrai début de la seconde guerre du Viêt-Nam. Vingt jours plus tard, à Dallas, Kennedy est assassiné lui aussi.

Where have all the flowers gone charrie avec elle une bonne partie de l'histoire du XXème siècle, et même plus. Tout le passé cosaque, la guerre de 14, la révolution d'Octobre et la guerre civile russe à travers Cholokhov. La seconde guerre mondiale, à travers Dietrich et le quiproquo qui lui a fait endosser Lili Marlene à la place de Lale Andersen, ce quiproquo qu'elle exorcisait, d'une certaine façon, avec Sag mir,

...avec en arrière-fond la guerre froide à travers Seeger et la HUAC. Et en prolongement le Viêt-Nam, bien sûr.

Cette année-là, où Dietrich chante Where are all the flowers gone, Lyndon Baines Johnson devient président des Etats-Unis, le 22 novembre 1963. Le Viêt-Nam n'est pas sa priorité - sa priorité c'est la Great Society. Mais les guerres vous changent. Viennent en Août 1964 les deux incidents du Golfe du Tonkin. On ne sait pas trop ce qui s'est passé les 2 et 4 Août de cette année là sur l'USS Maddox, particulièrement le 4. Ce qu'on sait, c'est que la marine américaine voulait dire des choses simples, que le président Johnson voulait entendre des choses simples, et qu'il allait être très bientôt en campagne électorale. Le 4 au soir, il parle à la télévision. Le 7, le Congrès américain vote le Gulf of Tonkin statement qui autorise Johnson à engager des opérations militaires sans déclaration de guerre préalable. Le reste est largement connu.

Le reste du reste, nous le connaissons aussi. Les présidents veulent entendre des choses simples, les généraux leur disent des choses simples et les peuples écoutent des choses de plus en plus simples, à la télévision.

Where have all the flowers gone est une chanson qui se rappelle à votre souvenir chaque fois qu'une guerre envoie au loin mourir des jeunes gens. Creusez les motifs, vous trouverez des mensonges. Les tombes et les fleurs, elles, sont vraies. Et voici Marie-Magdalene Dietrich (1901-1992), dite Marlene, chantant en allemand une vieille chanson cosaque.
 
 
Sag mir, wo die Blumen sind ? - version allemande chantée par Marlene Dietrich
 
 
...et, pour ceux qui ne parleraient pas allemand, je rajoute la version anglaise (ah oui, la française est ici) :

Sag mir, wo die Blumen sind
Wo sind sie geblieben?
Sag mir, wo die Blumen sind
Was ist geschehn?
Sag mir, wo die Blumen sind
Mädchen pflückten sie geschwind
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn?
 
Where have all the flowers gone?
Long time passing
Where have all the flowers gone?
Long time ago
Where have all the flowers gone?
Young girls picked them every one
When will they ever learn?
When will they ever learn?

Sag mir, wo die Mädchen sind
Wo sind sie geblieben?
Sag mir, wo die Mädchen sind
Was ist geschehn?
Sag mir, wo die Mädchen sind
Männer nahmen sie geschwind
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn
?

 
Where have all the young girls gone?
Long time passing
Where have all the young girls gone?
Long time ago
Where have all the young girls gone?
Gone to young men every one
When will they ever learn?
When will they ever learn?

Sag mir, wo die Männer sind
Wo sind sie geblieben?
Sag mir, wo die Männer sind
Was ist geschehn?
Sag mir, wo die Männer sind
Zogen fort, der Krieg beginnt
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn?

 
Where have all the young men gone?
Long time passing
Where have all the young men gone?
Long time ago
Where have all the young men gone?
Gone for soldiers every one
When will they ever learn?
When will they ever learn?

Sag, wo die Soldaten sind
Wo sind sie geblieben?
Sag, wo die Soldaten sind
Was ist geschehn?
Sag, wo die Soldaten sind
Über Gräber weht der Wind
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn?

 
Where have all the soldiers gone?
Long time passing
Where have all the soldiers gone?
Long time ago 
 Where have all the soldiers gone?
Gone to graveyards every one
When will they ever learn?
When will they ever learn?

Sag mir, wo die Gräber sind
Wo sind sie geblieben?
Sag mir, wo die Gräber sind
Was ist geschehn?
Sag mir, wo die Gräber sind
Blumen wehn im Sommerwind
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn?

 
Where have all the graveyards gone?
Long time passing
Where have all the graveyards gone?
Long time ago
Where have all the graveyards gone?
Covered with flowers every one
When will we ever learn?
When will we ever learn?

 
Sag mir, wo die Blumen sind
Wo sind sie geblieben?
Sag mir, wo die Blumen sind
Was ist geschehn?
Sag mir, wo die Blumen sind
Mädchen pflückten sie geschwind
Wann wird man je verstehn?
Wann wird man je verstehn?

Where have all the flowers gone?
Long time passing
Where have all the flowers gone?
Long time ago
Where have all the flowers gone?
Young girls picked them every one
When will they ever learn?
When will they ever learn?


 

07/02/2025

C'est la fin de l'été


Kino - Кончится лето / L'été se termine
Mis en ligne par Omnistar East
 
 
...et ce n'est pas sur la plage. Moscou, 4 octobre 1993, après un été tendu. Les images sont (en partie) celles de l'assaut contre le Parlement russe. Ce qu'on désigne par euphémisme comme la crise constitutionnelle de 93 fut en fait un putsch présidentiel appuyé par une partie de l'armée, contre un parlement incendié à coups de canon par les chars T80 de la division Tamanskaïa. Des scènes de guerre civile et un bilan estimé entre 150 et 1500 morts (1).
 
On entend L'été se termine (2), une des plus belles chansons de Viktor Tsoï, qui était mort un peu moins de trois ans plus tôt, en Août.
 
(1) Pour ceux qui voudraient se pencher là-dessus en détail, voir par exemple ici.
 
(2) On en trouvera une traduction en français par ici. La chanson est reprise dans le film de Serebrennikov, Leto.

07/10/2024

Les aventures de Mme Chat : en couleurs


Mme Chat voit rouge
Exposition Années pop années choc 1960-1975 
Mémorial de Caen, Juillet 2023

 

 

Erró - La place rouge (série 4 Cities), 1971
Huile et peinture glycérophtalique sur toile
Fondation Gandur pour l'art
 

 

28/10/2022

Le greffe : Sovietica


Télévision soviétique, 1974


 

17/08/2022

Le greffe : le piano, vraiment ?


 
Andreï Tarkovski à 16 ans 
Via Punlovsin 

 

(à l'époque où il étudiait le piano, avant d'aller en sanatorium, avant de s'inscrire à l'institut de langues orientales pour apprendre l'arabe, avant de partir en expédition géologique dans la Taïga, et avant d'ouvrir enfin la porte du VGIK)

 

 

Taoofchao - Mon chat regardant Andreï Roublev d'Andreï Tarkovski

06/07/2021

1984, c'est aussi du futur antérieur


Piotr Petrovitch Vassioukov - Утро моей страны / Un matin dans mon pays, 1984
 

30/04/2021

Ciel... Nissky


Georgy Grigorievich Nissky - En Route (1958-1964)

 

Et de Nissky, déjà.
 

10/04/2021

Du sentiment dans un bocal (une semaine Pivovarov, #6)



Москва, весна и рыбка на окне /Moscou, le printemps et un petit poisson à la fenêtre, 1994, de la série Appartement 22 

Émail sur toile

Galerie Trétyakov, Moscou

 

L'appartement 22 était un appartement commun (kommunalka) domicile de la famille de Pivovarov, il y est né en 1937. La série Appartement 22 est située dans les années 1950 et décrit des moments de la vie quotidienne au temps de sa jeunesse. Le format informatif crée une distance vis-à-vis de l'affect dont est empreint le souvenir d'enfance. La distance, l'ironie, la subversion du sens par une esthétique formellement décalée (1) sont des caractéristiques du conceptualisme russe.


(1) Qu'on pense, par exemple, à l'utilisation du mannequin "futuriste" (ce que Pivovarov appelle un eidos) dans Gothique moscovite.




31/03/2021

Quand le jus de tomate était rouge

 

Boris Klabunovsky - Achetez des livres, buvez du jus de tomate, ca 1950

Via Soviet postcards



 




08/03/2021

La boutique de souvenirs futuristes

Philipp Kubarev - О́блако в штана́х / Le nuage en pantalon, 2012

Huile sur toile

 

 

Comme souvent chez Kubarev il s'agit à la fois d'un autel mémoriel et d'un portrait distancié, sinon critique, d'un élément de la culture soviétique.  Les principaux ornements du culte sont là : la Remington du poète moderne, la statuette à laquelle Kubarev a donné un air un peu plus renfrogné que les représentations habituelles et sur la table, à côté du poème en train de s'écrire...


Vladimir Maïakovski - Kем Быть ? / Qui être ?

 

dans sa première édition de 1929, avec les dessins de Shifrin...



 

un poème sur le thème du choix de la profession qui devint pour longtemps un classique de la littérature pour enfants...

 

1980...

 

 

1985.


Sur le mur, deux affiches de la production commune Rodtchenko (graphisme) /Maïakovski (textes) :

 

Visiteurs, que vous veniez des datchas, des villes ou des villages, n'usez pas vos semelles à chercher - vous trouverez TOUT au Goum,  à votre goût, rapidement et à moindre coût ! 

Publicité pour le magasin Goum, 1923 

 

REZINOTREST Protège de la pluie et de la neige fondue - sans caoutchoucs l'Europe n'aura qu'à s'asseoir et pleurer

Publicité pour les caoutchoucs Rezinotrest, 1923
 

...puis, en partie recouverte par la deuxième affiche :

 


Le dessin de Maïakovski pour la couverture d'un numéro de la même année 1923 de la revue Krasnaïa Nov'. On y voit la main du poète caricaturant les adversaires de l'époque, Pilsudski, Poincaré, Mussolini.

Enfin, pour revenir sur la table, la célèbre photographie...

 


de Maïakovski, Lili et Ossip Brik en 1929.

 

C'est par un beau soir de 1915 que Lili Brik invite, chez elle et son mari Ossip, le jeune poète dont sa sœur Elsa est amoureuse. Il leur lit ce qui sera la version définitive du Nuage en pantalon :


Votre pensée,
qui rêvasse sur votre cervelle ramollie,
tel un laquais obèse sur sa banquette graisseuse,
je m’en vais l’agacer
d’une loque de mon cœur sanguinolent
et me repaître à vous persifler, insolent et
caustique.

"Pour faire de l'espace, nous avons décroché la porte séparant les deux pièces. Maïakovski se tenait debout, adossé au chambranle."

Mon âme n’a pas pris un seul cheveu blanc,
et il n’y a en elle aucune tendresse sénile !
Enfracassant le monde par le bourdon de ma voix,
je m’avance, beau gosse, mes vingt-deux ans en
prime.

"Il sortit de la poche de son veston un mince cahier, y jeta un coup d'œil, le renfouit, prit un temps de réflexion, parcourut l'assistance du regard comme s'il se fût agit d'un immense auditoire."

Tendres !
Vous couchez l’amour sur les violons.
Les brutaux le flanquent sur des cymbales.
Mais sauriez-vous comme moi vous retourner
comme un gant
pour que vous ne soyez plus que des lèvres
intégrales ?

"Pas une fois, il ne changea de pose. Sans regarder personne en particulier, il se lamentait, s'indignait, raillait, revendiquait, entrait en transe."

Venez prendre des leçons
– salonnière de satin,
fonctionnaire formatée de la ligue angélique,
et celle qui feuillette des lèvres sans émoi aucun,
comme si c’étaient les pages d’un livre de cuisine !

"Nous ne pouvions pas détourner les yeux de ce prodige inouï"

Voulez-vous
que je sois un enragé de la viande,
ou bien, changeant de ton comme les couleurs
du ciel –
voulez-vous
que je sois impeccablement tendre,
un nuage en pantalon au lieu d’un homme
charnel ?

"J'avais perdu l'usage de la parole" (1)

Ce n’est pas vrai qu’il y ait une Nice florale !
Voilà que je me remets à chanter vos louanges
– vous, hommes, défraîchis comme un hôpital,
et vous, femmes, rebattues comme un proverbe.

Vladimir Maïakovski - О́блако в штана́х / Le nuage en pantalon, 1915

Trad. de Wladimir Berelowitch, Mille et une nuits éd. 1998

 

A la fin, Maïakovski ouvre son petit cahier à la première page et demande à Lili Brik :

- Puis-je vous le dédier ?

et sous le titre il écrit : "A Lili Yourievna Brik".

S'ensuit le coup de foudre, le passage d'une sœur à l'autre, les débuts du tendre et infernal trio de la rue Guendrikov. La décade prodigieuse du futurisme et de la propagande de masse, l'affichisme, les fenêtres Rosta.

Mais aussi la course de rat névrotique avec des femmes toujours mariées à un autre, les échecs programmés - y compris par Lili qui lui met dans les bras celle qu'elle juge moins dangereuse que la précédente. Et la cornérisation progressive des futuristes. L'adhésion au RAPP, l'organisation concurrente, pour se protéger quand la menace se resserre - démarche inutile, les Bains, sa pièce antibureaucratique, est férocement critiquée par le même RAPP qui en organise l'échec.

Et la présence insistante, dans un coin ou un autre de l'appartement de la rue Guendrikov, de l'homme de la Loubianka - Iakov Agranov... De plus en plus de parties de cartes à l'alcool, de cris et d'insultes, et souvent le tchékiste, dans un coin. Cet aveu pathétique à Iouri Annenkov. Et pour finir la balle dans le cœur, la fameuse lettre sur la barque de l'amour qui s'est brisée contre la vie courante, qu'on présente comme un lettre à Lili, et qui était en fait une lettre aux autorités (2).

La suite est bien connue, les funérailles spectaculaires organisées par l'OGPU (3), dénonciateur en tête. Puis l'étau qui se resserre sur la génération qui a gaspillé ses poètes. Pour Maïakovski, l'oubli complet pendant cinq ans, avant la fameuses décision de Staline, à l'encre rouge sur la lettre de protestation envoyée par Lili Brik le 24 novembre 1935 :

Camarade Iejov, je vous prie de porter attention à la lettre de Brik. Maïakovski était et demeure le meilleur, le plus doué poète de notre époque soviétique...

S'ensuit la deuxième mort de Maïakovski, celle-là involontaire, comme dira Pasternak (4). La transformation en poète national, l'érection des statues, les anthologies expurgées, les biographies orwelliennes où à la fin même Ossip et Lili Brik disparaîtront parce qu'ils étaient un peu trop juifs. A la même époque,  Rodtchenko survivait en exaltant des bagnes, au Biélomorkanal.

Et enfin cette boutique de souvenirs, quelques affiches aux couleurs un peu fanées, un livre pour enfants dont la première édition fut de loin la meilleure, une statuette votive à la limite du ridicule et, posée au coin d'une table, la photo floue d'un trio de perdants magnifiques.

 

On peut lire le nuage en pantalon :

ici, en russe 

, en anglais

mais en ce qui concerne le français, l'édition la plus accessible vous coûtera 1,99 € (et vous achèterez des DRM, en plus).

Et de Kubarev, déjà.

 


(1) Les citations des souvenirs de Lili Brik sont extraits de sa biographie par Arkadi Vasksberg, Albin Michel éd. 1999, p. 29.

(2) On lira dans la biographie de Maïakovski par Bengt Jangfeldt, La vie en jeu, p. 542, la façon dont les dernières volontés du poète ont été accommodées d'un commun accord entre le Kremlin et Lili Brik. Veronica Polonskaïa (Nora, la dernière amante), était nommée dans la lettre de suicide qui avait ainsi valeur de testament : 

Camarade gouvernement, ma famille c'est Lili Brik, maman, mes sœurs et Veronica Vitoldovna Polonskaïa. Si tu leur rends la vie possible, merci.

En fait, les droits d'auteur seront partagé pour une moitié à Lili Brik, et pour l'autre à la mère et aux sœurs. Le fonctionnaire du Kremlin proposa cyniquement à Veronica de se contenter de vacances payées par l'état. Elle fut effacée des biographies et tomba dans l'oubli jusqu'à la parution de de ses Mémoires, rédigés en 1938, parus dans les années 80 - mais dans leur intégralité seulement en 2005 (Jangfeldt, pp. 561-562).

(3) Sur le coup, le Bureau Politique avait eu peur d'une épidémie de suicides chez les écrivains, à commencer par Boulgakov.

(4) La troisième mort interviendra, involontaire elle aussi, comme le dit Jangfeldt, à la chute de l'URSS quand les ex-écoliers gavés de Maïakovski refuseront d'en entendre parler plus longtemps et qu'il disparaîtra des programmes.