19/08/2026
Se casquer d'un dragon d'artifice
03/01/2026
15/10/2025
Voir Londres, et penser à Gaza
Ginner travaille ici sur le Blitz en war artist, mais à partir du pittoresque des ruines, comme Eliot Hodgkin par exemple.
14/07/2025
L'art de la rue : Bang
Une partie (1) de la production de Kingsley gravite autour de la tour de refroidissement de la centrale électrique de Stockport, fermée en 1976 et détruite quelques années plus tard.
(1) Une partie mais pas seulement.
26/01/2025
La quinzaine du spectacle (5) : Le suspense
Le cinéma de Karl Verloc. Un film sur la terreur (1). Mais le grand roman d'où il est adapté...
...n'est pas le premier grand roman sur la terreur.
(1) Si, à la place du mot terrorisme, on emploie celui de terreur, on élève d'un cran le débat, me semble-t-il. Le terrorisme vient toujours d'ailleurs. La terreur, nous en portons déjà un morceau en nous.
06/12/2024
Célébrations : moins par habitude que par refus de la mort d’une habitude
Huile sur toile
Coll. particulière
(2) A propos de Quelque chose noir - en tant que chant de deuil et, accessoirement, sujet de concours et cible d'alerte à la bombe, voir par ici.
(3) Voir également cette page dans Jacques Roubaud, Le Grand Incendie de Londres. Récits, avec incises et bifurcations (1985-1987), 1989, Seuil éd.
01/12/2024
Les intérieurs sont habités : Eliot Hodgkin
"In so far as I have any conscious purpose, it is to show the beauty of natural objects which are normally thought uninteresting or even unattractive: such things as Brussels sprouts, turnips, onions, pebbles and flints, bulbs, dead leaves, bleached vertebrae, an old boot cast up by the tide. People sometimes tell me that they had never really ‘seen’ something before I painted it, and I should like to believe this…For myself, if I must put it into words, I try to look at quite simple things as though I were seeing them for the first time and as though no one had ever painted them before." "I like to show the beauty of things that no one looks at twice."
Hodgkin était un spécialiste de la nature morte, notamment des légumes et végétaux, comme on peut le voir dans ces œuvres en ligne à la Tate. Pendant la Seconde Guerre il s'était proposé de documenter les plantes sauvages qui poussaient sur les sites bombardés, ainsi dans :
27/10/2024
Retour de seventies (#2) : fantasmagorie de la banlieue, avec une publicité pour les taxis spatiaux
21/10/2024
Portrait craché : mauvais présage (par trois fois, et cinq règles simples)
08/11/2022
01/11/2022
J'ai rampé vers l'arrière (une semaine Hawkins, #2)
En 1914, Hawkins a 21 ans, s'engage dans les Queen's Westminster Rifles et part pour le front. Le 1er juillet 1916, lors de la bataille de la Somme, à Gommecourt, il est gravement blessé lors d'une attaque où les troupes sont sacrifiées.
Les flammes grondaient tout autour de moi, la vue était superbe... Les gaz... (...) Tous les hommes qui m'accompagnaient ont été tués... J'ai rampé vers l'arrière pendant deux jours.
S'évanouissant à plusieurs reprises, grimpant sur les cadavres et suffocant dans la boue, il parvient à rejoindre les lignes anglaises et les deux cents survivants des Westminster Rifles (un cinquième du régiment). Il subit vingt opérations chirurgicales qui le sauvent de l'amputation, mais sa main droite reste sans vie et inutilisable. Bien que la gauche soit également diminuée, il apprendra à l'utiliser pour peindre.
Remarquez l'absence de pouce à la main droite. Il peignait avec sa main gauche supportée de la main droite - à l'inverse, en fait, de ce qu'on voit sur ce tableau. Comme beaucoup de survivants du premier conflit mondial, il sera obsédé par la guerre - éventuellement nucléaire - et restera pacifiste jusqu'à la fin de sa vie.
23/02/2021
Où l'on découvre que Rilke avait raison, ainsi que la recette du Chilcano de Pisco (foutu Pérou mais depuis quand ?) (une semaine avec des ailes, 5)
Huile sur toile
Museo Nacional de Arte, La Paz
Comme le Ceviche et le Chilcano (1), les Anges arquebusiers (XVIIème-XIXème siècles) sont une spécialité typiquement péruvienne, l'atelier le plus renommé étant celui du Maître de Calamarca, qui décora l'église du même nom et qui était peut-être José López de los Ríos.
Qui donc dans les ordres des anges
m’entendrait si je criais ?
Et même si l’un d’eux soudain
me prenait sur son cœur :
de son existence plus forte je périrais.
Car le beau n’est que le commencement du terrible,
ce que tout juste nous pouvons supporter
et nous l’admirons tant parce qu’il dédaigne
de nous détruire.
Tout ange est terrible.
Rainer Maria Rilke - Première élégie de Duino
trad. Lorand Gaspar
(1) Au sujet du Chilcano de Pisco, dont voici la recette, en profiter pour relire Conversation à la Cathédrale / Conversación en la Catedral...
(2) Il existe une seconde traduction par Albert Bensoussan et Anne-Marie Casès, sous le titre Conversation à La Catedral, Gallimard éd. 2015. Sur les mérites comparés de ces deux traductions les avis peuvent varier mais les chats sont plutôt d'accord avec Christophe Mercier (accès conditionnel mais le petit bout gratuit suffit pour se donner une idée).
05/02/2021
Boom & bang
Pointe sèche
Via Thunderstruck
Nevinson fit deux voyages aux Etats-Unis, en 1919 et 1920. Et ce que les brokers saluent ici de leurs grands gestes, ce sont ces années où les Etats-Unis deviennent les créanciers du monde.
C'est aussi en 1920, après le premier procès de Sacco et Vanzetti, qu'a lieu l'attentat de Wall Street, dirigé non contre le Stock Exchange mais tout près de là, au Corner, contre la banque J.P. Morgan.
Une charrette contenant 45 kilos de dynamite et 230 kilos de ferraille explose le 16 septembre à midi devant le 23 Wall Street, faisant 40 morts et des centaines de blessés. Le conducteur parvient à s'échapper. On accuse les anarchistes (Galléanistes). Mais, malgré les recherches, on n'est jamais parvenu à identifier les responsables.
A propos et autour de Nevinson, déjà.
01/02/2021
Trois fois la trace de l'éclair
Eric Manigaud - Shunkichi Kikuchi - Le quatrième étage de la Caisse d'épargne d'Hiroshima, Lundi 1er octobre 1945
Crayon et poudre de graphite sur trame digigraphique
Eric Manigaud reproduit, au crayon gras et à la poudre de graphite, des photographies à caractère d'archive représentant des événements traumatiques ou excédant le cadre de la "normalité". Il a notamment travaillé sur les photographies de la manifestation du 17 octobre 1961, sur des portraits cliniques en asiles d'aliénés, sur les photographies spectrales de la spirite Madge Donohoe et sur les photographies scientifiques d'Hiroshima.
Le dessin part d'une photographie prise par Shunkichi Kikuchi, qui fit partie de la mission japonaise chargée d'enregistrer les effets de la bombe d'Hiroshima, du 30 septembre au 22 octobre 1945.
Les traces blanches, sur les murs impressionnés par la lumière de l'explosion, sont les ombres négatives des traverses de fenêtres.
Manigaud travaille à partir d'une trame digigraphique, centimètre par centimètre, la photo originale étant projetée et agrandie sur le papier à dessin. L'effet produit est celui d'une représentation amplifiée - mais en même temps mise à distance - du trauma initial. Dans le cas présent l'effet est évidemment multiplié du fait que les ombres négatives fonctionnent comme une image rémanente de l'éclair nucléaire.
23/01/2021
Le greffe : Bang (en plus, ça ne coûte rien...)
Ill. de couverture par Elrik
De ce côté-là, il avait tort. Ce n’était franchement pas dur à expliquer. C’était simplement dur à comprendre. Selon Heisenberg, on ne pouvait jamais connaître simultanément la position et le mouvement d’une particule. Vous pouviez savoir soit où elle se trouvait, soit où elle se dirigeait. Pas les deux en même temps.
Pis que ça, il y avait certaines questions auxquelles non seulement on ne pouvait pas trouver de réponse mais qui n’en avaient pas, et c’est là qu’intervenait le chat. Imaginez que vous mettiez un chat dans une boîte, disait Schroedinger. Supposons que vous l’y mettiez avec une particule radioactive qui ait exactement une chance sur deux de fissionner. Supposons en outre qu’avec le chat et le radionucléide, vous introduisiez un bidon de gaz empoisonné muni d’une valve qui s’ouvre si la particule fissionne. Puis vous considérez la boîte de l’extérieur en vous demandant si le chat est vivant ou mort. Si la particule a fissionné, il est mort. Dans le cas contraire, le gaz n’a pas été libéré et le chat est vivant.
Mais de l’extérieur, on n’a aucun moyen de savoir si c’est vrai. De l’extérieur, il y a cinquante chances sur cent que le chat soit vivant.
Seulement, un chat ne peut pas être vivant à cinquante pour cent.
Donc, triompha le physicien en nous contemplant, l’air radieux du plaisir d’avoir été si limpide, le piquant de la chose, c’est que les deux sont bel et bien vrais. Le chat est vivant. Le chat est mort. Mais chaque déclaration est vraie dans un univers particulier. Au point de décision, l’univers se sépare – et désormais, jusqu’à la fin des temps, vont se dérouler deux univers parallèles. Un univers au chat vivant et un univers au chat mort. Un univers différent chaque fois qu’intervient une réaction sub-nucléaire susceptible d’avoir deux résultats – car les deux résultats se réalisent, et les univers se multiplient à l’infini.
À ce point du raisonnement, le sénateur Kennedy se racla la gorge. « Ah-hum, docteur Fass, dit-il, tout ceci est fort intéressant, à titre d’exercice spéculatif. Mais dans l’univers réel, il nous suffit d’ouvrir la porte pour constater que le chat est mort, quoi ?
— Non, non, sénateur ! s’écria le physicien. Non, c’est entièrement faux. Tous sont réels. »
Nous nous dévisageâmes. « Au sens mathématique, vous voulez dire ? hasarda Kennedy.
— Dans tous les sens du terme », s’exclama Fass, en hochant la tête avec force. « Ces univers parallèles, créés au rythme de plusieurs millions chaque microseconde, sont tout aussi “réels” que celui dans lequel je témoigne devant vous. Ou pour situer les choses dans un contexte différent, l’univers que nous habitons est exactement aussi “imaginaire” que tous ces autres. »
Nous en restâmes cloués sur place comme de vulgaires pantins, tous les dix-huit, sénateurs et députés venus de tous les coins des États-Unis, à nous demander si ce bonhomme cherchait à nous rouler dans la farine – et à nous demander ce que tout cela signifiait si ce n’était pas le cas. Un député du New Jersey se pencha pour me souffler à l’oreille : « Voyez-vous une quelconque application militaire de tout ceci, Dom ?
— Demandez-lui, Jim », lui murmurai-je, et, lorsqu’il lui posa la question, le physicien parut étonné.
« Oh ! je vous demande pardon, messieurs… et mesdames ; bien sûr », ajouta-t-il en adressant un signe de tête au sénateur Byrne. « Je pensais m’en être parfaitement expliqué. Bon. Supposons que vous désiriez lancer une bombe H sur une ville, une installation militaire ou n’importe quoi, n’importe où dans le monde. Vous construisez votre bombe. Vous l’emportez dans l’un des univers parallèles. Vous l’amenez à la latitude et la longitude de Tokyo – enfin, je veux dire, l’endroit que vous avez choisi –, la réintroduisez dans notre monde et la faites sauter. Boum. Quel que soit l’objectif, il est détruit. Si vous avez dix mille objectifs – mettons, l’intégralité de la capacité en missiles d’un autre pays – vous n’avez qu’à fabriquer dix mille bombes et les balancer toutes à la fois. Il n’y a aucune parade. Les autres ne peuvent pas les voir arriver. Parce que, dans leur univers, aucune bombe n’arrive… jusqu’au moment où elle est là. »
Sur quoi il se recula dans son siège, apparemment très content de lui.
Nous fîmes de même. Et nous nous dévisageâmes. Mais je ne crois pas qu’aucun de nous fût ravi outre mesure.
Mais même cela n’aurait pu emporter l’adhésion de la commission, hormis un point d’importance. Je l’ai déjà mentionné : même si ce programme ne marchait pas, comme nous le pensions tous, et comme la plupart d’entre nous l’espérait, on n’y perdrait pas grand-chose.
Car il ne coûtait quasiment rien.
Frederik Pohl, L'avènement des chats quantiques
Trad. de Jean Bonnefoy, Denoël éd. 1987
22/02/2020
18/10/2019
Bang : histoire explosive de l'art
Ralston Crawford - Bikini, 1946
Source
Ainsi confondues en un éclair, réunies en un moment, deux offensives séparées et victorieuses. Celle de l'école de New York contre celle de Paris, telle que théorisée par Clement Greenberg - le principal commentateur critique de l'oeuvre de Pollock (3). Et celle des forces, politiques et militaires, qui de 1945 à 1948 redessinent le monde à l'aube de la Guerre Froide et, pour la politique intérieure, liquident l'aile gauche du New Deal (4) et instaurent un consensus conservateur de vingt ans, du Parti Républicain à la Partisan Review.
(3) Offensive victorieuse dont on trouvera une traduction graphique par ici.
(4) Henry Wallace, vice-président sous Roosevelt, n'obtient au titre de la gauche du parti démocrate que 2,5 % des voix aux primaires de 1948.
Sur Fulltable on trouvera ici l'article de Fortune illustré par Crawford et là un ensemble documentaire sur les essais de Bikini, tiré des médias de l'époque.
Et de Serge Guilbaut, plus récemment.








































