Affichage des articles dont le libellé est L'art au travail. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est L'art au travail. Afficher tous les articles

01/08/2026

Le bar du coin : travailler pour le rire


Louis Marcoussis - Le rire, ca 1911
Gouache et fusain sur papier monté sur carton


Marcoussis a dessiné pour Le Rire, qui fut à partir de 1894 le modèle initial des hebdos humoristiques illustrés à destination du public masculin. Pour ces journaux, Le Rire et son concurrent Le Sourire, les artistes devaient évidemment s'adapter aux préjugés, à l'étroitesse d'esprit...

 


Louis Marcoussis - Dessin pour Le Rire, 9 avril 1910

 

...et aux phobies de leur public, notamment à son nationalisme et à son antisémitisme lors de l'affaire Dreyfus. L'Assiette au beurre s'en démarquera à partir de 1901 dans le registre de la satire sociale.

On peut (1) donner une tonalité critique à ce dessin de Marcoussis (qui signait Markous dans Le Rire). Le journal est identifié à un produit de consommation courante (indication du prix, proximité avec la boisson vendue) et le travail du dessinateur (noter la plume et la bouteille d'encre) est intégré aux objets de la vie quotidienne. Pour beaucoup d'artistes et non des moindres, travailler pour Le Rire c'était gagner son pain, au jour le jour et, peut-être, en se bouchant un peu le nez.

 

(1) Puissance du cubisme synthétique : peu de signes picturaux, beaucoup de place à l'interprétation.

 

30/07/2026

Au travail : Laurent Proux (et un ange passe)


Laurent Proux - Travailleuses du textile 1, 2023
Huile sur toile
 

 


Laurent Proux - Yokosuka Souvenir, 2026
Gravure
 
 
 
Et pendant ce temps-là...
 

D’où vient l’ange qui passe ? Vous êtes là à discuter gravement de l’avenir du monde en préparant des rognons (que, fidèles à un champ de cohérence bien défini, vous veillez à ne pas saisir plus de trois minutes), à élaborer un budget d’entreprise, à peaufiner une stratégie, à estimer les conséquences d’une décision, quand le souvenir incongru d’un mot d’enfant ou d’une étreinte amoureuse vous traverse et vous bouleverse.
La banalité du phénomène n’a cessé d’offrir à l’art, à la littérature, à la psychanalyse, aux commérages une alimentation pléthorique et surfaite. Il me plaît, quant à moi, d’y déceler l’intrusion insolite d’un messager, d’un « ange » – en aucun cas céleste – mandaté par la vie qui tout à la fois est en moi et autour de moi. Étant partie prenante de ses obscurs et lumineux desseins, j’accède à un « discours du corps » où s’aiguise cette faculté de recevoir et d’émettre que l’intellect, confronté au mystère de l’acte créateur, nomme « intuition » ou « inspiration ».
Si cet angelos, que les Grecs antiques appelaient daimôn, nous paraît bizarre, c’est que nous sommes devenus étrangers à son univers. Cet univers est pourtant le nôtre. Seule la tyrannie de la réalité dominante, de la nécessité et de ses rouages psychosociaux nous a rendu sa richesse inaccessible.
 
Raoul Vaneigem (Lessines, 21 mars 1934 - Barcelone, 29 juillet 2026) - De la destinée, Le cherche-midi éd. 2015 
 
 

 

09/03/2026

La garde dans le cadre (une semaine Gluck #7)


Gluck - The report post, 1945 
Huile sur toile
 
 
Le tableau représente la journaliste Edith Heald, l'amie de Gluck (puis sa dernière compagne), quand elle tenait la garde pour le Fire service à Steyning, dans le Sussex. 
 
Noter le cadre à trois niveaux, le Gluck Frame, qu'elle avait fait breveter. 
 
 
 Dessin du brevet 402,567 

12/02/2026

Tableaux parisiens : Stanley Anderson


Stanley Anderson - The Fallen Star, 1929 
Pointe sèche 

 

La scène est située à Paris, sur les quais. Un coiffeur de luxe tombé dans la dèche coupe les cheveux d'un autre vagabond sous les yeux d'un troisième, fasciné.

Exemple d'un artiste chez qui une technique traditionnelle (voire traditionaliste) n'exclut pas le commentaire social - on pourrait même dire qu'elle le souligne.

07/02/2026

I never found so true a democrat


Frederick Sandys (dessinateur), Joseph Swain (graveur) - The Old Chartist, Ill. pour le poème du même titre par George Meredith dans le magazine Once a Week, 8 février 1862
Gravure sur bois
 
 
Dans ce poème (qui n'a pas été traduit en français à ma connaissance) Meredith imagine le monologue d'un vieux militant chartiste après son retour de déportation (1). Il compare son sort avec celui d'un rat d'eau en train de se nettoyer.
 
Well, well! Not beaten—spite of them, I shout;
And my estate is suffering for the Cause. -
No,—what is yon brown water-rat about,
Who washes his old poll with busy paws?
What does he mean by't?
It's like defying all our natural laws,
For him to hope that he'll get clean by't. 

His seat is on a mud-bank, and his trade
Is dirt:- he's quite contemptible; and yet
The fellow's all as anxious as a maid
To show a decent dress, and dry the wet.
Now it's his whisker,
And now his nose, and ear: he seems to get
Each moment at the motion brisker! 

To see him squat like little chaps at school,
I could let fly a laugh with all my might.
He peers, hangs both his fore-paws:- bless that fool,
He's bobbing at his frill now!—what a sight!
Licking the dish up,
As if he thought to pass from black to white,
Like parson into lawny bishop. 
 
(...)
 
You teach me a fine lesson, my old boy!
I've looked on my superiors far too long,
And small has been my profit as my joy.
You've done the right while I've denounced the wrong.
Prosper me later!
Like you I will despise the sniggering throng,
And please myself and my Creator. 

I'll bring the linendraper and his wife
Some day to see you; taking off my hat.
Should they ask why, I'll answer: in my life
I never found so true a democrat.
Base occupation
Can't rob you of your own esteem, old rat!
I'll preach you to the British nation. 
 
 
 
 
George Meredith
 
 
 
(1) Après la tentative d'insurrection de 1839 et les mouvements de 1842-1848 plus d'une centaine de militants chartistes furent déportés en Tasmanie. Le cas le plus célèbre est celui de John Frost qui ne revint en Angleterre qu'en 1856 après une amnistie (pardon) conditionnelle. Il est possible que son cas ait inspiré le poète.

 

25/12/2025

Un florilège de fin d'année : ça n'explique pas tout

 

Voilà. Nous avons, vous avez ouvert nos, vos cadeaux. Le moment de se rappeler qu'il existe un monde à la fois réel et fantastique, un monde de l'entreprise et du travail, si loin de vous au moment présent mais diablement prégnant tout de même - d'où viennent d'ailleurs tous ces cadeaux, qui les a fabriqués, pour quel maigre salaire ? En fonction de quelle stratégie invérifiable et mal barrée, inspirée par un consulting zombifié coupable (mai pas responsable) de l'indicible catastrophe managériale, et n'est-il pas le moment de lire...

 


 

 

Elle songe à retourner se coucher. Puis ouvre la porte. Juste pour voir, en laissant la chaîne, elle ne risque rien, non ?

Un paquet cadeau cubique, à peu près gros comme un four à micro-ondes, enveloppé de papier rouge métallisé et couvert d’un gros nœud doré l’attend sur son paillasson. Une carte le surmonte. Joyeux Noël.

C’est le moment d’être parfaitement réveillée, totalement lucide. Mais ce n’est pas le cas. Elle tente de faire entrer le paquet dans l’appartement, en le faisant glisser (il est plutôt lourd). Il ne passe pas la porte ; celle-ci refuse de s’ouvrir plus. Merde. La chaîne ! Elle referme, enlève la chaîne, hésite à rouvrir. Elle imagine derrière la porte le palier obscur, intimidant. Elle entrouvre, guette une respiration, un voleur en embuscade, un imbécile qui fait une blague. Personne. Silence d’église. Elle tire vite fait le paquet à l’intérieur, remet la chaîne, claque la porte, tout essoufflée. Et si c’était une bombe ? Elle préfère en rire mais elle arrête aussitôt ; elle n’aime pas le son de son rire, cette nuit, dans sa cuisine. Elle ouvrira le paquet demain. Tout s’expliquera. Le gardien aura reçu pour elle une livraison déposée pour quelqu’un d’autre et faisant sa ronde à pas d’heure, comme d’habitude, ivre, comme d’habitude, il aura déposé ce paquet idiot sur le mauvais paillasson.

Qu’est-ce que ça contient ? Elle pourrait ouvrir, juste pour voir. Elle rirait de découvrir une collection de taies d’oreiller Mickey (non, trop lourd), ou bien une cafetière automatique, justement, elle en a besoin (des petites choses bougent à l’intérieur quand on incline le carton), ou une lava lampe dans une énorme boîte entourée de milliers de boules en polystyrène ? Pas mal… Après tout Charlotte est une fille d’Ève et Göding lui a dit d’écouter plus souvent ses intuitions. Avec les ciseaux de cuisine, elle ouvre soigneusement le paquet pour pouvoir le refermer proprement si besoin était.

Ce sont des paquets de bonbons. Des dizaines, des centaines de paquets de Peep-o-mint, la dernière production de l’usine de Maligny, pas encore mise sur le marché. Le projet Huysmans. Boules de chocolat veinées de vert, cœur vert intense, liquide, à la menthe. Des bonbons un peu mous, fondants, des saloperies délicieuses et sans sucre.

Qui a bien pu ressentir le besoin de lui en offrir trois cents paquets ? Qui sinon Joachim, le manager du département emballage ? Il passait son temps à lui faire la cour ! Lui seul pouvait avoir accès au matériel promotionnel, aux paquets de démonstration… Mais quel étrange cadeau de Noël… Avec deux mois d’avance. Ce pauvre Joachim est fêlé, en vérité. 

Ça n’explique pas tout. Charlotte boit un verre d’eau, puis un petit doigt de gin saphir. En mode automatique, elle ouvre son téléphone, regarde ses messages, Vinh a tenté de la joindre pendant qu’elle était au restau avec Sébastien. Il n’a pas laissé de message. Allume son ordinateur sur la table de la cuisine. Ouvre un paquet de bonbons, en mange une pleine poignée (puisqu’ils sont là, autant en profiter… Et plus de doute possible, maintenant. Ce paquet lui était bien destiné). Aucun mail ne vient expliquer ce mystère. Et si elle appelait Vinh ? Sa réunion ne va pas tarder à commencer, ça lui fera plaisir d’entendre une voix amie. Il doit être stressé. Est-ce qu’il a trouvé un plan d’action à présenter à Argerich, pour le projet Huysmans ? Elle pourrait lui raconter le coup des bonbons… Ça le fera rire. Peut-être.

Ça ne va pas, ma fille ? Il est minuit vingt. Le temps d’aller dormir. Demain, elle travaille. Au lit, maintenant.

L. L. Kloetzer - Cleer, une fantaisie corporate, 2010 

 

Vous avez deviné - les bonbons, c'est louche, c'est un indice. Il va se passer quelque chose, mais quoi ? Et pour vous, quand vous reprendrez le cours non-festif de la vie quotidienne, voire professionnelle - que va-t-il se passer ? Oui, que va-t-il bien se passer ?

 

21/12/2025

Un florilège de fin d'année : malotru d'étranger...

 

 

La découverte de cette malle aux trésors des incipits (en remerciant Tororo) me donne l'envie, à l'occasion des fêtes, de colliger les textes qui comportent - même en passant - les termes Noël, le Nouvel An voire le Réveillon par le biais d'une recherche randomisée dans ma bibliothèque (mettons que ce soit une tentative de dérive électronique de fin d'année...)

Et donc ça commence en préparant Noël avec... 

 

 


...Prix Renaudot 1939, dans cette mine de plomb/argent du Sud de la France, petit bagne salarié pour travailleurs étrangers en situation plus ou moins régulière et surnommée l'île de Java... Perroni, l'employé aux écritures, scrute la liste du personnel, évoque au passage la douce nuit, sainte nuit - mais il ne faut pas y dépasser les limites :

 

  Ritals, Ruthènes, Bulgares, Turcos, allez, tous des norafs pas de chez nous. D’accord, sont nés d’une femme eux aussi, faut bien, mais au bord de la route comme qui dirait, d’où que c’est des races sans papiers ni rien. Notez, on ne leur cherche pas noise, même pas, à preuve qu’on est hospitalier et tout, sauf que moi, les Polaques-Bosniaques-Macaques, confessez que nous en avons notre claque.

  Je confessons, je confessons. Dix ans ce Valaque a été manœuvre d’usine ; dix ans de métro, de bifteck frites, d’église orthodoxe, jusqu’à tant que par une sainte nuit de Noël il se pisse un coup contre un lampadaire – et malotru d’étranger ! flagrant délit d’exhibitionnisme, violon, raclée, correctionnelle, un an avec sursis, expulsion, affaire suivante. Cet Albano, naguère sujet austro-hungaro-roumano selon le traité de Vienne, présentement sujet zéro selon le traité de Versailles, énumère au Tchéco ou Serbo ou Yougo, à vous de statuer, les cent façons de baiser les frontières à la barbe des gabelous. Le Birman, qui se dit mandchou mais serait plutôt chinetok, pense calcule que ses frontières à lui pointent droit Est-Est à cause des Japonais, de Chapeï, de la 19e armée et du fils de chienne Tchang Kaï-Chek. L’Espingo, en cavale du Tercio, de la Légion, de lui-même, bourre sa pipe, l’allume, se promet que si la pipe tient bon un quart d’heure tapant c’est à Bayonne qu’il ira, sinon c’est à Bayeux. Les femmes mettent le nez dehors, la trompe d’une micheline ponctue les trente-deux aires du vent, pas de panique, ronde est la terre et courbe l’horizon, alors pas de panique, où que tu ailles c’est à rebours que tu arrives. On y va, on y va. Le Tchéco fait sauter un caillou dans sa main, le Valaque fait claquer les branches de ses bretelles, la pipe de l’Espingo tiendra bon un quart d’heure tapant. Il ne se rappelle plus au juste les termes de son pari, mais jeune est encore la nappe du matin et longue l’imagination. Continuant sur sa lancée, le Chinetok vitupère le Kouo-min-tang et le bloc des quatre classes. Le Tchéco en perd son caillou, bloc quoi s’inquiète-t-il, kouo qui. L’ Albano se cure le dedans des ouïes avec une allumette, les frontières il en sait long, c’est là où quand tu les baises de Croatie en Slovénie, c’est. 

  — Et la Niña de la Cruz ? s’informe l’Espingo. Tu y baises comment la Niña de la Cruz ?

  — Simple. Par le versant nord du Srmk. tu la. (1)

 

Jean Malaquais - Les Javanais, 1939, chap. X

 

(1) Commentaire de Léon Trotsky : "L'auteur est jeune et aime passionnément la vie. Mais il sait déjà établir entre lui-même et la vie la distance artistique nécessaire pour ne pas se noyer dans son propre subjectivisme."

 

Et à propos de Malaquais, déjà. 

06/11/2025

La semaine de la photo (3) : ceci n'est pas le marché de l'art mais c'est quand même un marché de l'art


Michael Wolf - Ed Ruscha euro5.70 - de la série real fake art


 

Dans cette série Michael Wolf a photographié les peintres chinois de Dafen (banlieue de Shenzhen), la ville où l'on fabrique à la chaîne les copies de peintres célèbres vendues sur internet aux clients qui ne peuvent se payer les originaux - ici Noise (Ed Ruscha 1963) et ci-dessous...

 



Michael Wolf - Magritte euro14.40

 

La trahison des images, de Magritte.

 

À rapprocher d'une autre série de Michael Wolf, real toy story, sur la fabrication des jouets en Chine.  

 

Et de Michael Wolf, déjà.

 

 

 

24/10/2025

L'art au travail : trop moderne pour la guerre moderne


Sybil Andrews - Boat Yard, ca 1943
Huile sur toile
Royal Air Force Museum
 
 
Le sujet est le chantier naval de la British Power Boat Company à Hythe, qui fabriquait des vedettes rapides de secours en mer pour les besoins de la R.A.F. et où Andrews travaillait comme soudeuse, comme elle l'avait déjà fait pendant la première guerre.
 
Le tableau est d'un futurisme bien moins affirmé que le travail habituel de l'artiste, peut-être parce qu'elle voulait le proposer au War Artists’ Advisory Committee. C'était encore trop pour le Comité, qui le refusa.
 
De toute façon le futurisme n'était plus à la mode. Andrews et son mari partirent gagner leur vie au Canada, à réparer des bateaux. Elle attendit un quart de siècle avant d'être redécouverte par le marché de l'art.
 
De Sybil Andrews, déjà. 
 
 

 

12/02/2025

L'art au travail, et sans : Horton


Percy Horton - Postman, 1926
 

 

Percy Horton - Unemployed man
Sheffield Museums

11/12/2024

Les conspirateurs de l'Arche (5) : et tant qu'il y aura une seule âme en prison...

 

 

Le 25 mars 1911, un incendie se déclare dans une fabrique de robes et chemisiers, la Triangle Shirtwaist Company située aux 8ème, 9ème et 10ème étages de l'Asch Building, 23-29 Washington Place, tout près de Washington Square, en plein Greenwich Village. Les portes menant aux escaliers de sortie étant bloquées pour éviter les pauses non autorisées et les vols, les travailleuses ne peuvent fuir et un grand nombre se jettent par les fenêtres. On relève 146 morts, dont 123 femmes, par les fumées, le feu ou les chutes. les deux propriétaires se sauvèrent par le toit, furent inculpés mais acquittés au pénal, puis condamnés au civil à payer 75 $ par victime, montant largement compensé par les assurances.

 

Deux jours plus tard, Sloan fait ce dessin pour le New York Call :


John Sloan - The Triangle Shirtwaist Factory Fire, 27 mars 1911
Fusain, encre et gouache


A cette époque Manhattan est encore en bonne partie une ville ouvrière, une cité du textile, du port et des docks. La gauche de l'intelligentsia et du mouvement ouvrier balance entre deux pôles - l'anarchisme d'Emma Goldman, et le socialisme d'Eugene Debs. 

C'est sur les conseils d'Emma Goldman que le peintre Robert Henri, qui fut le maître de John Sloan (1), enseigna avec George Bellows, deux soirs par semaine de 1911 à 1918, au Centre Ferrer, un centre culturel anarchiste. Parmi ses élèves, il y eut Man Ray et même Léon Trotsky, qui y prit des cours de peinture pendant son exil à New York de 1917.

Eugene Victor Debs (ses prénoms font référence à Eugène Sue et Victor Hugo) travailla d'abord comme chauffeur de locomotives, devint secrétaire général du syndicat desdits chauffeurs, la Brotherhood of Locomotive Firemen, soutint à ce titre le boycott des trains Pullmann lors de la Pullman Strike et fut en conséquence condamné à 6 mois de prison, durant lesquels, comme bien d'autres, il eut le temps de lire Karl Marx. Par voie de conséquence, il fut parmi les fondateurs et le principal animateur du Socialist Party of America.

 


Le logo de 1915


Il faut rappeler qu'en 1912 Debs récolta plus de 900.000 suffrages à l'élection présidentielle, soit 6% des voix, et que jamais plus un candidat socialiste n'obtiendra ce pourcentage aux Etats-Unis. Ceux qui voudraient en savoir plus peuvent regarder ce petit documentaire réalisé par un admirateur nommé Bernie Sanders.

 

 
C.W. Fryer - Caricature pour le Montana News  à l'occasion de la campagne de 1904, montrant Debs embrochant la pieuvre capitaliste portant les têtes des deux candidats Républicain et Démocrate, Theodore Roosevelt et Alton B. Parker, 9 novembre 1904

 

John Sloan adhère au Socialist Party en 1910. De 1910 à 1912 il se présente sans succès comme candidat socialiste aux élections de l'assemblée de l'état de New-York. A la même époque il est art editor pour le magazine The Masses, où s'exprimaient les divers courants du socialisme états-unien, sous la direction, notamment, de Max Eastman et John Reed.

 


 

Sloan réalisa 59 dessins pour The Masses...

 

 
John Sloan - Direct "Action" !
Dessin pour The masses, février 1913
 

 

...où pouvaient s'exprimer toutes les idées nouvelles, notamment le féminisme de la première vague...


 

 
Alice Beach Winter - Discrimination 
 Dessin pour The Masses, février 1913

 

Mais où les débats acerbes ne manquaient pas, comme d'ailleurs au Socialist Party. En témoigne cet épisode où, comme Sloan le retrace dans son journal...


 
"Dolly went to Woman’s Committee meeting in the evening. A vote of 3 to 2 decided that they would not accept the invitation of the Women’s suffrage party to parade with them. Idiots!"

...le comité des femmes de la section (chapter) socialiste, dont il était membre avec sa femme Dolly, avait refusé de participer à la manifestation pour le droit de vote : "idiotes !".  

Sloan avait fait ce dessin pour la campagne pour le droit de vote en 1913 :

 


 

Ce genre de débats amenait un jour ou l'autre à des ruptures. En 1916, Sloan quitte The Masses - Sloan était surtout un artiste et un peu un militant, pas un artiste militant. Et dans les années qui suivent il quitte le Socialist Party tout en restant attaché à ses idées.

Il faut rappeler encore que le Socialist Party fut un des partis socialistes les plus opposés à la guerre, même après l'intervention des Etats-Unis. Eugene Debs, dans un célèbre discours à Canton, Ohio, appela le 16 juin 1918 à résister à la conscription, fut arrêté deux semaines plus tard et condamné à 10 ans de prison. Face à la Cour, il prononça cette phrase restée fameuse :

Your Honor, years ago I recognized my kinship with all living beings, and I made up my mind that I was not one bit better than the meanest on earth. I said then, and I say now, that while there is a lower class, I am in it, and while there is a criminal element, I am of it, and while there is a soul in prison, I am not free.


 

 
Couverture de The Liberator, Mai 1919,
après l'incarcération d'Eugene Debs

 

La suite au prochain numéro.


 (1) Et également membre du Groupe des Huit, "The Eight" : Robert Henri, Arthur B. Davies, William Glackens, Ernest Lawson, George Luks, Maurice Prendergast, Everett Shinn et John Sloan. George Bellows se joignit à eux après la formation du groupe, dont le noyau était constitué de Henri et de ses élèves Philadelphiens.

 


26/11/2024

L'art de l'achat et de la vente : Schlosser


Gérard Schlosser - Il n'y a pas beaucoup de monde aujourd'hui, 1970
Acrylique sur toile sablée
Fondation Gandur pour l'Art, Genève

 

Comme Fromanger, Schlosser (1931-2022) me manque, se dit M. Chat. Un gars qui décide de devenir peintre après avoir vu En attendant Godot, ça nous manque, voilà.

 

 

Et pendant ce temps-là... 

...deux publicités gratuites pour Lucy Mushita

06/01/2023

Ciel... Henri Rivière


Henri Rivière - En haut de la Tour, Planche 4 des Trente-six vues de la Tour Eiffel, 1888-1902
Lithographie

 

06/07/2021

1984, c'est aussi du futur antérieur


Piotr Petrovitch Vassioukov - Утро моей страны / Un matin dans mon pays, 1984
 

21/05/2021

Les intérieurs sont habités : un point de vue sur le soutien aux forces de l'ordre


Cellule du seul et unique (1) gardé à vue lors de la manifestation de soutien aux forces de l'ordre du mercredi 19 mai à Paris, le journaliste Gaspard Glanz, retenu pendant 3 heures suite à son interpellation, pour vérification d'identité semble-t-il, par douze policiers en tenue, après avoir parcouru 12 mètres de trottoir parisien à la sortie du métro Invalides alors qu'il allait couvrir la manifestation.

Via @GaspardGlanz

 

 

De Gaspard Glanz (Taranis News), déjà. 


 

(1) Jusqu'à vérification de l'identité de l'éventuel second.
 

18/03/2021

La vie avec et la vie sans (une semaine de lectures, #6)

 


 

Oui, comme si vous les aviez vécu, ces années-là...

ou comme si vous les reviviez, rappelez-vous du début...

 


 

Comment elles ont très vite viré, serré, à contre-sens...


 

Comment elles ont continué...



 

...vues du rétroviseur.




 

 C'est à la fois vécu et hautement éducatif, et ça se trouve là.

 

Désirée et alain Frappier ont également commis, chez le même éditeur, Dans l'ombre de Charonne, et trois autres albums chez Steinkis.  

 

Quant à l'auteur de la vie-avec... 

 


 

on sait qu'il était bien place de la Bastille, tout joyeux avec les autres, au soir du 10 mai 1981 (1). Puis il s'envole vers l'Australie, pour donner des conférences et quelques cours en résidence. Il offre à la bibliothèque de l'Université de Brisbane une feuille des notes préparatoires à La vie mode d'emploi. De retour à Paris, il travaille à son dernier roman, 53 jours. C'est le 2 mars 1982 qu'une ambulance vient le chercher rue Linné pour l'amener à l'hôpital Charles-Foix d'Ivry où il meurt le lendemain vers huit heures du soir. 

Un flashforward de quarante-neuf jours : les grèves des OS de l'automobile  commencent - et flashback : voir trois images plus haut.


 

Et à propos de Perec :

- il faut absolument visiter, si vous ne l'avez fait, l'iconographie perecquienne selon Alain Korkos

- aussi déjà, la rue Linné. 

  

 

(1)  cf. David Bellos, Georges Perec une vie dans les mots, 1994, p. 699.

05/02/2021

Boom & bang

C.R.W. Nevinson - The Stock Exchange, ca 1919-21. de la série New York

Pointe sèche

 Via Thunderstruck


Nevinson fit deux voyages aux Etats-Unis, en 1919 et 1920. Et ce que les brokers saluent ici de leurs grands gestes, ce sont ces années où les Etats-Unis deviennent les créanciers du monde.

C'est aussi en 1920, après le premier procès de Sacco et Vanzetti, qu'a lieu l'attentat de Wall Street, dirigé non contre le Stock Exchange mais tout près de là, au Corner, contre la banque J.P. Morgan.

 

 

Une charrette contenant 45 kilos de dynamite et 230 kilos de ferraille explose le 16 septembre à midi devant le 23 Wall Street, faisant 40 morts et des centaines de blessés. Le conducteur parvient à s'échapper. On accuse les anarchistes (Galléanistes). Mais, malgré les recherches, on n'est jamais parvenu à identifier les responsables.

 

A propos et autour de Nevinson, déjà. 

 

 
 

03/02/2021

Rousse, mais coiffée

Jeanne Mammen - Die Rothaarige (Gedanken beim Friseur) / La Rousse (pensées chez le coifeur), ca 1928

Crayon et aquarelle sur papier

Berlinische Galerie