09/09/2026
Rideau noir et fleuves de sang
25/02/2026
16/12/2025
Regarde-moi bien dans les yeux
08/09/2025
Le diable probablement : sous de tels auspices
07/08/2022
Ciel... envisageons des scénarios
04/07/2021
Poésie illustrée : Scaramuzza
Francesco Scaramuzza - Géryon, Ill. pour Dante, l'Enfer, Chant XVII, ca 1836
Géryon, qui a la tête d'un homme honnête mais une queue de serpent armée d'un dard de scorpion, emmène le poète et son guide, en un vol descendant, vers le huitième cercle de l'Enfer, celui de la Fraude.
Ecco la fiera con la coda aguzza,
che passa i monti, e rompe i muri e l’armi!
Ecco colei che tutto ’l mondo appuzza!
Sì cominciò lo mio duca a parlarmi;
e accennolle che venisse a proda
vicino al fin d’i passeggiati marmi.
E quella sozza imagine di froda
sen venne, e arrivò la testa e ’l busto,
ma ’n su la riva non trasse la coda.
La faccia sua era faccia d’uom giusto,
tanto benigna avea di fuor la pelle,
e d’un serpente tutto l’altro fusto;
due branche avea pilose insin l’ascelle;
lo dosso e ’l petto e ambedue le coste
dipinti avea di nodi e di rotelle. (...)
Nel vano tutta sua coda guizzava,
torcendo in sù la venenosa forca
ch’a guisa di scorpion la punta armava.
Voici qu'il vient, le monstre à la queue affilée,
Qui passe monts, qui brise armes, tour crénelée,
Et de son souffle impur pourrit le monde entier.
Mon maître, en même temps qu'il me tint ce langage,
A la bête du geste indiqua le rivage,
L'invitant à monter jusqu'au pierreux sentier.
Et de la Fourbe alors cette hideuse image
S'en vint ; elle avança le torse et le visage,
Laissant pendre sa queue en arrière des bords.
Ses traits semblaient d'abord les traits d'un homme honnête,
Tant douce était la peau qui recouvrait sa tête ;
En serpent s'allongeait le tronc et tout le corps.
Elle avait deux grands bras velus jusqu'aux aisselles,
Et des nœuds tachetés en forme de rondelles
Émaillaient sa poitrine et son dos et ses flancs. (...)
Elle tordait sa queue énorme dans le vide
Et dressait une fourche au venin homicide.
Vrai dard de scorpion à sa queue attaché.
Dante, L'enfer, Chant XVII
Trad. française de Louis Ratisbonne, 1870
23/04/2021
Si nous n'avons pas oublié que nous avons oublié (Serpents et Araignées, #5)
Dans son autobiographie, Not much disorder and not so early sex (1) Fritz Leiber raconte comment il a écrit The Big Time "en cent jours depuis la première idée jusqu'à l'envoi du manuscrit" sous la pression du matériau inconscient accumulé pendant trois années improductives. Années (1954 à 56) qui correspondaient à sa première crise aiguë d'alcoolisme. Suivirent quatre mois passés à s'en sortir à coups de somnifères, et la résurrection - "ma machine à écrire était brûlante, et il en sortait des choses presque automatiquement". Parmi ces choses, outre The Big Time, il y avait deux autres morceaux plus ou moins rattachés au cycle de la Guerre uchronique (Change War dans l'original) : Try and Change the Past et A Deskful of Girls (2).
The Big Time mêle deux thèmes qui étaient déjà classiques en 1957 (4) : le voyage dans le temps et ses paradoxes d'une part, l'uchronie et ses frayeurs rétrospectives, de l'autre. Ils étaient d'ailleurs déjà classiquement mêlés. La fin de l'éternité (Isaac Asimov, The End of Eternity, 1955) et La patrouille du temps (Poul Anderson, Time patrol, 1955) avaient déjà mis en scène ces polices temporelles dont l'objectif est d'empêcher d'éventuels perturbateurs de modifier la trame historique standard. Pour que surtout rien ne change dans le cours prévu par de bienveillante entités super- (ou supra-) humaines réfugiées dans un lointain futur - et pour la continuation du mode de vie du lecteur supposé standard, mâle blanc états-unien du milieu du XXème siècle.
C'est précisément là que Leiber introduit une petite nouveauté.
Fritz Leiber en officier des Araignées lors d'un bal masqué, 1962
Dans The Big Time, le temps est l'enjeu d'une bataille entre deux entités également lointaines et malveillantes, les Serpents et les Araignées. Elles se font la guerre et l'ennemi est l'ennemi, point. Elles ressuscitent des humains (ou des centaures vénusiens venus du futur, etc...) qui leur servent de soldats - et des filles qui seront infirmières/femmes de réconfort (3). Les araignées sont plutôt à l'ouest, et les Serpents à l'est. Ça me rappelle quelque chose.
Les Araignées emploient les grands moyens : côté Ouest les nazis sont plus efficaces, ils vont donc arriver jusqu'au Kansas. Les Serpents ne sont pas en reste, d'ailleurs.
On peut donc ranger The Big Time dans les rangs (serrés) des métaphores SF de la Guerre Froide. Mais avec un correctif : c'est une Guerre Froide où il n'y a pas de gentils. Ne reste que l'angoisse infinie des Démons, résurrectés comme mercenaires par les deux factions belligérantes à un point donné de leur ligne de vie, et qui se demandent lesquels de leurs souvenirs correspondent encore à une réalité soumise à des modifications permanentes.
Mais je me demande parfois si nos mémoires sont aussi bonnes que nous le croyons, si le passé en entier n’a pas été complètement différent de tout ce dont nous nous souvenons et si nous n’avons pas oublié que nous avons oublié.
Fritz Leiber - L'Hyper-temps, trad. française d'Hervé Denès, révisée par Timothée rey, Mnémos éd. 2020
Je me souviens du monde bipolaire, qu'Erri de Luca décrit quelque part comme les deux côtés, pile et face, d'une même pièce de monnaie (5). je suis né dans ce monde biface, et je l'ai vu se modifier quelque peu (6). Je me souviens qu'à la fin des années 1970 on nous annonçait la Fin Hégélienne de l'Histoire ou, à tout le moins, la Fin des Grands Récits. Certes, me disais-je in petto (7), nous nous sommes un peu raconté des Histoires, mais voyons un peu s'il me reste un récit. Ah, oui.
Les Serpents et les Araignées.
Ne vous est-il jamais arrivé de vous poser des questions sur votre mémoire qui prend comme un malin plaisir à vous rapporter d’un jour sur l’autre une image différente du passé ? Ne vous est-il jamais arrivé de ressentir que votre personnalité était en train d’évoluer sous l’influence effrayante de forces échappant à votre connaissance et, à plus forte raison, à votre contrôle ? L’intuition d’une mort foudroyante, prête à fondre sur vous à l’improviste, vous a-t-elle parfois serré la gorge ? Avez-vous déjà eu peur des fantômes – non, pas ceux des bouquins fantastiques – mais la pensée de ces millions et ces millions d’êtres qui furent à un moment donné si vivants, si forts, qu’il est bien difficile de les croire tous envolés à jamais, bien rangés dans un sommeil immatériel et inoffensif ?
Ne vous arrive-t-il pas, à vous aussi, que vos souvenirs, voire vos convictions politiques se brouillent ? N'entendez-vous pas de plus en plus souvent parler de post-vérité, de faits alternatifs, de triangulation ou de storytelling ? Je vous le dis...
Les Serpents et les Araignées.
Un peu comme si le Vieux Fritz était toujours à la manœuvre. On me murmure d'ailleurs que certains ne se cachent même plus... Et ça, vous allez me prouver que ce n'était pas un coup des Araignées ? Quant aux Serpents, ils ne se débrouillent pas mal non plus.
Oui, je sens que vous allez me traiter de complotiste - pourtant, des méthodes éprouvées nous ont confirmé la valeur heuristique de la paranoïa ou de la démonologie...
Bon. J'arrête. Je ne voudrais pas vous inquiéter.
(à suivre)
(1) Berkley books, 1984.
(2) Un météore de calibre 32 et Pavane pour les filles-fantômes, trad. française d'Eric Chedaille, Le Masque éd. 1979.
(3) j'utilise cette expression pour rendre le caractère ambigu de leurs prestations dans The Big Time. Dans le texte ce sont des amuseuses et Leiber prend d'infinies précautions pour ne pas mentionner de prestations sexuelles (qui restent constamment sous-entendues, bien sûr). Donc, officiellement, elles restent dans le domaine du care, elles réconfortent les héros fatigués. On est dans les années 1950, dans une SF restée assez prude, particulièrement en ce qui concerne les relations sexuelles avec les extraterrestres (4), qui sont pour l'inconscient états-unien une métaphore du sexe interracial - il faut rappeler qu'en 1957 les miscegenation laws sont encore en vigueur sur une bonne partie du territoire états-unien. L'Affaire Loving date de 1958.
(4) Philip José Farmer publie certes la nouvelle The Lovers en 52, mais après qu'elle ait été plusieurs fois refusée, notamment par Campbell.
(5) Je me permets de développer pour mon propre compte : capitalisme libéral, capitalisme d'état.
(6) Se modifier, et non pas disparaître. Non, il n'est pas disparu en 1989 à Berlin, il a commencé à se modifier, bien plus tôt, sur la Rivière des Perles. Et il est - un peu moins, mais toujours largement - pile et face, majoritairement néo-libéral d'un côté, majoritairement capitaliste d'état de l'autre.
(7) In petto, c'est-à-dire au creux de ma poitrine, il faut se rappeler des très individualistes (et étouffantes) années 1980, où l'on ne pouvait se dire certaines choses qu'in petto.
Et pendant ce temps-là...
12/04/2020
Le diable probablement : oui, mais en Haute-Savoie
Collections du Musée savoisien de Chambéry
Cliché J.-C. Giroud
On peut lire, en accès libre sur Gallica, les 23 premières pages du livre de Catherine Maire, qui décrit une des dernières grandes visites du Diable en France.
28/03/2020
24/07/2019
Le diable probablement : parfois, allez, on se lâche (mais on paie après)
Graham Armitage (Louis XIII), Christopher Logue (le cardinal de Richelieu)
Lucyna Winnicka (Mère Jeanne des Anges), Mieczyslaw Voit (Père Joseph Surin), Zygmunt Malawski (l'exorciste)
23/07/2019
Le diable probablement : si je ne me retenais pas
Gleanings in Bee Culture, Juillet 1916
M. Chat - C'est affreux, je les ai tous, qu'est-ce que je vais faire...
Mme Chat - Même la conscience de soi ?
M. Chat - Oui, juste un peu, mais ça suffit...
Mme Chat - En même temps, pourquoi faire des conférences aux abeilles par cette chaleur ?
05/07/2019
They gave him a gun (une semaine de maintien de l'ordre, 5)
12/07/2018
11/10/2017
Une semaine de l'estampe (4) : le retour des enfants perdus
Albrecht Dürer - Le Christ aux limbes, de la Grande Passion, avant 1511
Gravure sur bois
(3) C'est le texte du Symbole des Apôtres.
(5) Plus précisément, dans une formulation diplomatique, lesdites instances constatent qu'on des raisons théologiques et liturgiques solides "d'espérer" que les Limbes n'existent pas, voir ici au paragraphe 102.
Messieurs on va fermer
'Soir, Bill. 'Soir, Lou. 'Soir, May. 'Soir, Bob. A la prochaine.
Bonsoir. Bonsoir. Bonsoir.
(Dans la traduction de Pierre Leyris).
22/09/2017
Duos : Gauguin
Transfert d’un dessin à l’huile sur papier
Collection privée
Via terminus ante quem
Et, à propose de Gauguin, déjà.
24/03/2017
Petits mystères du Grand Macabre (une semaine de chanteuses, 2)
Barbara Hannigan, soprano - Orchestre symphonique de Göteborg, 12 Avril 2013
14/05/2016
03/05/2016
Ronde de nuit : ville qui a vu le diable
car comme toutes les villes pétries de religion...
Vic est peuplée de démons...
ils pourraient voler au-dessus de vos têtes...
et l'on a beau se défaire du diable chaque matin...
et les habitants de Vic se cachent...
...le diable passe sous leurs fenêtres.
(1) Comarque d'Osona, province de Barcelone.
(2) Sert a décoré à trois reprises la cathédrale de Vic. L'ensemble de la seconde décoration (1930) ayant disparu dans l'incendie pendant la guerre civile, il l'a entièrement refaite avant de mourir. A partir des années quarante, Sert développe une esthétique des ruines inspirée des théories d'Albert Speer - la troisième décoration de Vic peut être interprétée comme une tentative pour réaliser cette esthétique. Le franquisme de Sert à la fin de sa vie ne doit pas faire oublier qu'il fut un des rares et des derniers à intervenir, sans succès, pour sauver Max Jacob.
(3) Le séminaire a fonctionné jusqu'en 1947 dans la vieille ville près de l'église Sant Just. Le nouveau bâtiment, de style néo-fasciste, a été construit à la fin des années 40 par les prisonniers du franquisme. Il n'y a plus de séminaristes à Vic et le bâtiment abrite un hôtel, une école de cuisine et des salles de formation. Toujours propriété de l'église, il ne paie pas de taxes, ce qui est matière à débats révélateurs.




































