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09/09/2026

Rideau noir et fleuves de sang


Ruskin Spear - Study against a black Background - A portrait of Enoch Powell, 1969
Huile sur toile
Collection privée
 
 
Le portrait fait référence au discours des Fleuves de sang - Rivers of blood speech (1) prononcé le 20 avril 1968 devant un meeting du parti conservateur à Birmingham, discours qui marqua symboliquement l'émergence d'un puissant courant raciste au Royaume-Uni, y compris dans des secteurs de la classe ouvrière.
 
Le Rivers of blood speech est une date-clef dans l'histoire du racisme culturel en Europe. Powell - un des fleurons du parti Tory à l'époque, et qui aurait été premier ministre s'il n'avait pas été aussi franc - en a formulé les concepts-clés : le seuil de tolérance, la re-emigration, le grand remplacement (même si pour ce dernier il a laissé le soin de la dénomination à Renaud Camus).
 
Spear a peint ce portrait-charge sur un fond noir - le même rideau noir qui se tend aujourd'hui sur l'Europe. 
 
 
(1) D'après sa conclusion : As I look ahead, I am filled with foreboding ; like the Roman, I seem to see " the River Tiber foaming with much blood ", c'est une citation de Virgile, " Bella, horrida bella, et Thybrim multo spumantem sanguine cerno ", " Je vois des guerres, d'horribles guerres, et le  Tibre entièrement couvert d'une écume de sang " - prophétie de la Sibylle de Cumes, Enéide, VI, 86-87. Powell avait été professeur de grec à l'Université.
 
 
 
Et de Ruskin Spear, déjà. 

 
 
 
 
 

 

25/02/2026

Ronde de nuit : Benton Spruance


Benton Spruance - Road from the shore, 1936
Lithographie
 
 
Et de Benton Spruance, déjà. 

16/12/2025

Regarde-moi bien dans les yeux


Austin Osman Spare - Austin Osman Spare, 1937
Pastel
National Portrait Gallery, Londres
 
 
Le nimbe, au-dessus de l'artiste, vous signale que Spare était un mage occultiste, disciple d'Aleister Crowley et de Mrs. Paterson qui descendait elle-même, selon ses dires, des sorcières de Salem.
 
Et d'Austin Spare, déjà.

 

08/09/2025

Le diable probablement : sous de tels auspices


Carrefour des rues Silvio Berlusconi et Nicolas Sarkozy, Kamëz, banlieue nord de Tirana, Albanie

 

 
 

07/08/2022

Ciel... envisageons des scénarios

 Laurent Durieux - Perseus' Visitors, 2018, détail
 
 
 
Luke Kemp & alii - Climate endgame : exploring catastrophic climate change scenarios, PNAS (Proceedings of the Academy of Sciences of the United States of America), vol. 119 n°34, 1er août 2022
 
Voir par ici pour un rapide résumé en français de cet intéressant article


The characteristics and vulnerabilities of a modern globalized world where food and transport distribution systems can buffer against traumas will need to feature inwork on societal sensitivity. Such large, interconnected systems bring their own sources of fragility, particularly if networks are relatively homogeneous, with a few dominant nodes highly connected to everyone else. Other important modern-day vulnerabilities include the rapid spread of misinformation  and  disinformation. These epistemic risks are serious concerns for public health crises and have already hindered climate action. A high-level and simplified depiction of how risk cascades could unfold is provided in Fig. 3 :
 



04/07/2021

Poésie illustrée : Scaramuzza

 

Francesco Scaramuzza - Géryon, Ill. pour Dante, l'Enfer, Chant XVII, ca 1836


Géryon, qui a la tête d'un homme honnête mais une queue de serpent armée d'un dard de scorpion, emmène le poète et son guide, en un vol descendant, vers le huitième cercle de l'Enfer, celui de la Fraude.

 

Ecco la fiera con la coda aguzza,
che passa i monti, e rompe i muri e l’armi!
Ecco colei che tutto ’l mondo appuzza!

Sì cominciò lo mio duca a parlarmi;
e accennolle che venisse a proda
vicino al fin d’i passeggiati marmi.

E quella sozza imagine di froda
sen venne, e arrivò la testa e ’l busto,
ma ’n su la riva non trasse la coda.

La faccia sua era faccia d’uom giusto,
tanto benigna avea di fuor la pelle,
e d’un serpente tutto l’altro fusto;

due branche avea pilose insin l’ascelle;
lo dosso e ’l petto e ambedue le coste
dipinti avea di nodi e di rotelle.
(...)


Nel vano tutta sua coda guizzava,
torcendo in sù la venenosa forca
ch’a guisa di scorpion la punta armava.


Voici qu'il vient, le monstre à la queue affilée,
Qui passe monts, qui brise armes, tour crénelée,
Et de son souffle impur pourrit le monde entier.

Mon maître, en même temps qu'il me tint ce langage,
A la bête du geste indiqua le rivage,
L'invitant à monter jusqu'au pierreux sentier.

Et de la Fourbe alors cette hideuse image
S'en vint ; elle avança le torse et le visage,
Laissant pendre sa queue en arrière des bords.

Ses traits semblaient d'abord les traits d'un homme honnête,
Tant douce était la peau qui recouvrait sa tête ;
En serpent s'allongeait le tronc et tout le corps.

Elle avait deux grands bras velus jusqu'aux aisselles,
Et des nœuds tachetés en forme de rondelles
Émaillaient sa poitrine et son dos et ses flancs.
(...)

Elle tordait sa queue énorme dans le vide
Et dressait une fourche au venin homicide.
Vrai dard de scorpion à sa queue attaché.
Dante, L'enfer, Chant XVII

Trad. française de Louis Ratisbonne, 1870

23/04/2021

Si nous n'avons pas oublié que nous avons oublié (Serpents et Araignées, #5)



Bruce Pennington - Ill. de couverture pour Fritz Leiber - The Big Time 
New English Library, 1969

 

Dans son autobiographie, Not much disorder and not so early sex (1) Fritz Leiber raconte comment il a écrit The Big Time "en cent jours depuis la première idée jusqu'à l'envoi du manuscrit" sous la pression du matériau inconscient accumulé pendant trois années improductives. Années (1954 à 56) qui correspondaient à sa première crise aiguë d'alcoolisme. Suivirent quatre mois passés à s'en sortir à coups de somnifères, et la résurrection - "ma machine à écrire était brûlante, et il en sortait des choses presque automatiquement". Parmi ces choses, outre The Big Time, il y avait deux autres morceaux plus ou moins rattachés au cycle de la Guerre uchronique (Change War dans l'original) : Try and Change the Past et A Deskful of Girls (2).

The Big Time mêle deux thèmes qui étaient déjà classiques en 1957 (4) : le voyage dans le temps et ses paradoxes d'une part, l'uchronie et ses frayeurs rétrospectives, de l'autre. Ils étaient d'ailleurs déjà classiquement mêlés. La fin de l'éternité (Isaac Asimov, The End of Eternity, 1955) et La patrouille du temps (Poul Anderson, Time patrol, 1955) avaient déjà mis en scène ces polices temporelles dont l'objectif est d'empêcher d'éventuels perturbateurs de modifier la trame historique standard. Pour que surtout rien ne change dans le cours prévu par de bienveillante entités super- (ou supra-) humaines réfugiées dans un lointain futur - et pour la continuation du mode de vie du lecteur supposé standard, mâle blanc états-unien du milieu du XXème siècle.

C'est précisément là que Leiber introduit une petite nouveauté.

 

 

Fritz Leiber en officier des Araignées lors d'un bal masqué, 1962

 

Dans The Big Time, le temps est l'enjeu d'une bataille entre deux entités également lointaines et malveillantes, les Serpents et les Araignées. Elles se font la guerre et l'ennemi est l'ennemi, point. Elles ressuscitent des humains (ou des centaures vénusiens venus du futur, etc...) qui leur servent de soldats - et des filles qui seront infirmières/femmes de réconfort (3). Les araignées sont plutôt à l'ouest, et les Serpents à l'est. Ça me rappelle quelque chose.

 


 

Les Araignées emploient les grands moyens : côté Ouest les nazis sont plus efficaces, ils vont donc arriver jusqu'au Kansas. Les Serpents ne sont pas en reste, d'ailleurs.

On peut donc ranger The Big Time dans les rangs (serrés) des métaphores SF de la Guerre Froide. Mais avec un correctif : c'est une Guerre Froide où il n'y a pas de gentils. Ne reste que l'angoisse infinie des Démons, résurrectés comme mercenaires par les deux factions belligérantes à un point donné de leur ligne de vie, et qui se demandent lesquels de leurs souvenirs correspondent encore à une réalité soumise à des modifications permanentes.

 
Mais je me demande parfois si nos mémoires sont aussi bonnes que nous le croyons, si le passé en entier n’a pas été complètement différent de tout ce dont nous nous souvenons et si nous n’avons pas oublié que nous avons oublié.

Fritz Leiber - L'Hyper-temps, trad. française d'Hervé Denès, révisée par Timothée rey, Mnémos éd. 2020

 

Je me souviens du monde bipolaire, qu'Erri de Luca décrit quelque part comme les deux côtés, pile et face, d'une  même pièce de monnaie (5). je suis né dans ce monde biface, et je l'ai vu se modifier quelque peu (6). Je me souviens qu'à la fin des années 1970 on nous annonçait la Fin Hégélienne de l'Histoire ou, à tout le moins, la Fin des Grands Récits. Certes, me disais-je in petto (7), nous nous sommes un peu raconté des Histoires, mais voyons un peu s'il me reste un récit. Ah, oui.

Les Serpents et les Araignées.

 

Ne vous est-il jamais arrivé de vous poser des questions sur votre mémoire qui prend comme un malin plaisir à vous rapporter d’un jour sur l’autre une image différente du passé ? Ne vous est-il jamais arrivé de ressentir que votre personnalité était en train d’évoluer sous l’influence effrayante de forces échappant à votre connaissance et, à plus forte raison, à votre contrôle ? L’intuition d’une mort foudroyante, prête à fondre sur vous à l’improviste, vous a-t-elle parfois serré la gorge ? Avez-vous déjà eu peur des fantômes – non, pas ceux des bouquins fantastiques – mais la pensée de ces millions et ces millions d’êtres qui furent à un moment donné si vivants, si forts, qu’il est bien difficile de les croire tous envolés à jamais, bien rangés dans un sommeil immatériel et inoffensif ?

 

Ne vous arrive-t-il pas, à vous aussi, que vos souvenirs, voire vos convictions politiques se brouillent ? N'entendez-vous pas de plus en plus souvent parler de post-vérité, de faits alternatifs, de triangulation ou de storytelling ? Je vous le dis...

Les Serpents et les Araignées.

Un peu comme si le Vieux Fritz était toujours à la manœuvre. On me murmure d'ailleurs que certains ne se cachent même plus... Et ça, vous allez me prouver que ce n'était pas un coup des Araignées ? Quant aux Serpents, ils ne se débrouillent pas mal non plus.

Oui, je sens que vous allez me traiter de complotiste - pourtant, des méthodes éprouvées nous ont confirmé la valeur heuristique de la paranoïa ou de la démonologie... 

Bon. J'arrête. Je ne voudrais pas vous inquiéter.


(à suivre)

 


 

 

(1) Berkley books, 1984.

(2) Un météore de calibre 32 et Pavane pour les filles-fantômes, trad. française d'Eric Chedaille, Le Masque éd. 1979.

(3) j'utilise cette expression pour rendre le caractère ambigu de leurs prestations dans The Big Time. Dans le texte ce sont des amuseuses et Leiber prend d'infinies précautions pour ne pas mentionner de prestations sexuelles (qui restent constamment sous-entendues, bien sûr). Donc, officiellement, elles restent dans le domaine du care, elles réconfortent les héros fatigués. On est dans les années 1950, dans une SF restée assez prude, particulièrement en ce qui concerne les relations sexuelles avec les extraterrestres (4), qui sont pour l'inconscient états-unien une métaphore du sexe interracial - il faut rappeler qu'en 1957 les miscegenation laws sont encore en vigueur sur une bonne partie du territoire états-unien. L'Affaire Loving date de 1958.

(4) Philip José Farmer publie certes la nouvelle The Lovers en 52, mais après qu'elle ait été plusieurs fois refusée, notamment par Campbell.

(5) Je me permets de développer pour mon propre compte : capitalisme libéral, capitalisme d'état.

(6) Se modifier, et non pas disparaître. Non, il n'est pas disparu en 1989 à Berlin, il a commencé à se modifier, bien plus tôt, sur la Rivière des Perles. Et il est - un peu moins, mais toujours largement - pile et face, majoritairement néo-libéral d'un côté, majoritairement capitaliste d'état de l'autre. 

(7) In petto, c'est-à-dire au creux de ma poitrine, il faut se rappeler des très individualistes (et étouffantes) années 1980, où l'on ne pouvait se dire certaines choses qu'in petto. 



Et pendant ce temps-là...

...J'ai fêté pas mal d'anniversaires à Buffalo Grill

12/04/2020

Le diable probablement : oui, mais en Haute-Savoie


Ill. de couverture : Le diable emportant une femme 
Collections du Musée savoisien de Chambéry
Cliché J.-C. Giroud




On peut lire, en accès libre sur Gallica, les 23 premières pages du livre de Catherine Maire, qui décrit une des dernières grandes visites du Diable en France.









Une des dernières seulement, car on a pu en documenter d'autres, ainsi, Lion Feuchtwanger...

24/07/2019

Le diable probablement : parfois, allez, on se lâche (mais on paie après)


Ken Russel - The devils, 1971, scène d'introduction
Graham Armitage (Louis XIII), Christopher Logue (le cardinal de Richelieu)
Mis en ligne par Mrlvan




Jerzy Kawalerowicz - Mère Jeanne des Anges, 1961
Lucyna Winnicka (Mère Jeanne des Anges), Mieczyslaw Voit (Père Joseph Surin), Zygmunt Malawski (l'exorciste)
Mis en ligne par Studio Filmowe Kadr




Basés, comme on sait, sur les mêmes faits (plus ou moins) réels.

23/07/2019

Le diable probablement : si je ne me retenais pas


Illustration, publicité pour un cours d'expression en public et de développement personnel dans un magazine états-unien pour apiculteurs
Gleanings in Bee Culture, Juillet 1916




M. Chat - C'est affreux, je les ai tous, qu'est-ce que je vais faire...
Mme Chat - Même la conscience de soi ?
M. Chat - Oui, juste un peu, mais ça suffit...
Mme Chat - En même temps, pourquoi faire des conférences aux abeilles par cette chaleur ? 




12/07/2018

11/10/2017

Une semaine de l'estampe (4) : le retour des enfants perdus


Albrecht Dürer - Le Christ aux limbes, de la Grande Passion, avant 1511
Gravure sur bois



Chez mes grands-parents, dit M. Chat, il y avait ce vieux recueil d'images religieuses, dans la veine sulpicienne fin XIXème, au temps où des missions couraient les villages pour tenter vainement de les rechristianiser. Quatre grandes planches rotogravées. Le Paradis, où on avait l'air de s'ennuyer ferme. Le Purgatoire, plutôt cool et reposant, on s'y promenait sous des bosquets, l'inconvénient c'est qu'on était obligé d'en sortir un jour ou l'autre - ma grand-tante Philomène était une spécialiste des neuvaines pour les âmes du Purgatoire, elle connaissait tous les morts du village qui y séjournaient. L'Enfer, beaucoup plus intéressant, là au moins il y avait de l'action. Et, suprêmement angoissants, Les Limbes.

On y voyait le Christ, enveloppé d'un élégant suaire, poser un pied prudent dans un espace nuageux d'où émergeaient des têtes d'angelots sans corps, pareils à ces minuscules chérubins de cire qui, posés sur du coton jauni sous une cloche de verre, trônaient sur les cheminées de mes grand-tantes ou pendaient aux murs décrépits des chapelles de cimetières. Le Grand Culpabilisateur qui avait fabriqué le bouquin avait évidemment confondu le Limbe des Pères (ou des Patriarches), celui de la gravure de Dürer, avec le Limbe des enfants morts sans baptême.




Détail



Le Limbe des Pères, c'est le réduit dont on voit l'entrée en bas à droite de la gravure. On y a enfermé tous les justes  (1) morts entre le péché originel et l'an 33 après J.C. (2) date à laquelle JC, précisément, est mort, a été enseveli, est descendu aux enfers (3) pour les libérer : c'est cette descente que décrit Dürer.



Détail


J'aime beaucoup l'espèce d'autruche, probablement le gardien en second du réduit.

Donc, dès 33, si l'on s'en tient aux articles de foi, les pères étaient tirés d'affaire. Mais, comme il arrive souvent, en fermant une prison on en a rouvert une autre, celle des enfants morts avant le baptême. Ici, un bref rappel de théologie catholique.

Dans un premier temps les Pères de l'Eglise (Saint Augustin, en fait) estimaient que ces enfants allaient directement en enfer : pas de baptême, pas de salut. Après une rapide réflexion est venu ce correctif : ils n'étaient condamnés qu'au plus léger des châtiments infernaux (bien sûr qu'il y a une gradation, voyez chez Dante). A partir d'Abélard (1079-1142) les théologiens ont précisé ce qu'était ce châtiment : les mioches sont simplement privés de la vision béatifique de leur Dieu. Et donc, vers la fin du XIIème siècle (4) on a réalisé que, si l'enfer est conçu pour faire vraiment souffrir le pécheur, il est difficilement soutenable - et cela pourrait même prêter à confusion - d'y maintenir des innocents qui ne souffrent pas ou si peu. On a donc conçu ce lieu : Limbus, la Lisière - la lisière de l'enfer, mais ce n'est déjà plus tout à fait l'enfer, même si on y reste (restait ?) pour l'éternité.

Se sont ensuivis neuf siècles d'intense réflexion théologique, avec quelques zigzags (par exemple, les Jansénistes sont contre les Limbes, pour eux les mioches vont en enfer, point final) jusqu'à ce qu'enfin les instances responsables décident de baisser définitivement la grille sur les Limbes des enfants, le 19 janvier 2007 (5).

Que s'est-il passé alors, dans les nuages de coton où pâlissaient les angelots de mon vieux livre ? A-t-on entendu, ce 19 janvier au soir,  la sonnerie de fermeture ? Est-ce que le gardien est passé en répétant Messieurs on va fermer, au revoir comme dans The Waste Land  (6) : 


?





Michel Polnareff - On ira tous au paradis, 1972
Mis en ligne par sdup




 
Détail


(1) Quant à savoir qui est juste et qui ne l'est pas, c'est une autre histoire, à voir avec le Dieu de l'ancien testament - qui n'était pas un tendre.

(2) On dit maintenant 33 EC, pour ère courante, ce qui évite de parler à tout bout de champ de J.C. Pour avant J.C. on dit AEC, Avant l'ère courante.

(3) C'est le texte du Symbole des Apôtres.

(4) A noter que c'est à peu près à la même époque et toujours à Paris sur la rive gauche que, selon Jacques Le Goff, on inaugure le Purgatoire.

(5) Plus précisément, dans une formulation diplomatique, lesdites instances constatent qu'on des raisons théologiques et liturgiques solides "d'espérer" que les Limbes n'existent pas, voir ici au paragraphe 102. 

(6) T. S. Eliot, The Waste Land, II, A game of chess. Messieurs on va fermer
Messieurs on va fermer

'Soir, Bill. 'Soir, Lou. 'Soir, May. 'Soir, Bob. A la prochaine.
Bonsoir.  Bonsoir. Bonsoir.
(Dans la traduction de Pierre Leyris).

22/09/2017

Duos : Gauguin


Paul Gauguin - Tahitienne avec esprit malin, ca 1900 
Transfert d’un dessin à l’huile sur papier
Collection privée
Via terminus ante quem




Et, à propose de Gauguin, déjà.

24/03/2017

Petits mystères du Grand Macabre (une semaine de chanteuses, 2)


György Ligeti - Mystères du Macabre pour soprano colorature et ensemble, 1992
Barbara Hannigan, soprano - Orchestre symphonique de Göteborg, 12 Avril 2013
Mis en ligne par Göteborgs Symfoniker




Les trois airs des Mystères sont tirés de l'opéra originel, Le Grand Macabre (1974-77 pour la première version), d'après la pièce de Michel de Ghelderode.


"- Ecoutez, mes féaux. D’un tombeau sort la vie. Il faudra nous conduire de sorte que les hommes de l’avenir ne pleurent autrement que de joie. Comme je le fais... Et que je vous embrasse, la fraternité n’étant pas une vaine inscription. Soudards, sonnez. C’est le moment de boire en Breughellande. Sonnez vers le soleil!..."
Tirade de fin de Sire Goulave, in Michel de Ghelderode, La Balade du Grand Macabre, 1934

03/05/2016

Ronde de nuit : ville qui a vu le diable







Dans la ville de Vic (1), quand vient le soir...








le diable sort et se promène...



José María Sert y Badía - Ecce rex vester (le jugement de Pilate)
Mural de la cathédrale Sant Pere de Vic, 1940-1945 (2)
cliquer pour agrandir



car comme toutes les villes pétries de religion...










Vic est peuplée de démons...










ils pourraient voler au-dessus de vos têtes...











surgir sur votre passage...





Lluis Borrassà - Retable de saint André de Gurb, 1415-1418, quatre détails
Musée épiscopal de Vic




vous empoigner à l'improviste...





Lluis Borrassà - Retable de saint Antoine, 1er quart du XVème s.
Musée épiscopal de Vic





et vous faire passer un très mauvais moment...





Maître de Cervera - Retable de saint Michel archange, 1494, détail
Musée épiscopal de Vic




et l'on a beau se défaire du diable chaque matin...











il revient chaque soir...










et les habitants de Vic se cachent...













...le diable passe sous leurs fenêtres.






Le diable en haut-de-forme porte l'habit des étudiants du séminaire de Vic, seule institution universitaire de la ville de 1749 à la fin des années 1970 (3). Statue de Joan Seguranyes, L'Estudiant de Vic, 1978.


(1) Comarque d'Osona, province de Barcelone.

(2) Sert a décoré à trois reprises la cathédrale de Vic. L'ensemble de la seconde décoration (1930) ayant disparu dans l'incendie pendant la guerre civile, il l'a entièrement refaite avant de mourir. A partir des années quarante, Sert développe une esthétique des ruines inspirée des théories d'Albert Speer - la troisième décoration de Vic peut être interprétée comme une tentative pour réaliser cette esthétique. Le franquisme de Sert à la fin de sa vie ne doit pas faire oublier qu'il fut un des rares et des derniers à intervenir, sans succès, pour sauver Max Jacob.

(3) Le séminaire a fonctionné jusqu'en 1947 dans la vieille ville près de l'église Sant Just. Le nouveau bâtiment, de style néo-fasciste, a été construit à la fin des années 40 par les prisonniers du franquisme. Il n'y a plus de séminaristes à Vic et le bâtiment abrite un hôtel, une école de cuisine et des salles de formation. Toujours propriété de l'église, il ne paie pas de taxes, ce qui est matière à débats révélateurs.