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17/01/2026

Le cheval et le néant



Guillaume IX d'Aquitaine - Farai un vers de dreyt nien
Brice Duisit - Las cansos del coms de Peitieus, Alpha éd.  
Mis en ligne par Musica Enchiriadis

 

 

Farai un vers de dreyt nien,
Non er de mi ni d'autra gen,
Non er d'amor ni de joven,
Ni de ren au,
Qu'enans fo trobatz en durmen
Sus un chivau.

Ferai un vers de pur néant,
Ni de moi, ni d'autres gens,
Ni de l'amour ni de jeunesse
Ni de rien d'autre,
Car il fut trouvé en dormant
Sur un cheval.

No sai en qual hora'm fui natz,
No sui alegres ni iratz,
No sui estrayns ni sui privatz,
Ni non pesc au,
Qu'enaisi fui de nuietz fadatz
Sobr'un pueg au.

Ne sais à quelle heure suis né,
Ne suis ni gai, ni enragé,
Ni sauvage, ni familier,
Je n'en puis mais si suis ainsi
Touché par les fées, une nuit 
En haut d'un mont.

No sai cora-m fui endurmitz,
Ni cora'm veill s'om no m'o ditz !
Per pauc no m'es lo cor partitz
D'un dol corau,
E no m'o pretz una fromitz,
Per Saint Marsau ! 

Ne sais plus si suis endormi,
Ou si je veille si on ne me le dit.
Peu s'en faut que mon cœur soit parti
De sa douleur
M'en soucie comme de fourmi,
Par Saint Martial !

Malautz soi e cremi morir,
E re non sai mas quan n'aug dir.
Metge querrai al mieu albir, 
E non sai cau :
Bon metges er si-m pot guerir,
Mas non, si m'mau.

Malade suis, crains de mourir,
Mais n'en sais rien que ce qu'on dit, 
Quant à chercher un médecin,
Je ne sais où
Bon médecin s'il me guérit,
Si j'ai mal il sera mauvais.

Amigu' ai ieu no sai qui s'es ,
C'anc no la vi si m'aiut fes,
N-im fes que-m plassa ni que-m pes, 
Ni no m'en cau
C'anc non ac Norman ni Franses
Dins mon ostau.

J'ai une amie, ne sais laquelle,
Jamais ne l'ai vue, si l'on veut m'en croire,
Elle ne m'a fait ni plaisir ni peine,
Et peu me chaut
Si n'ai ni Normand ni Français
En mon château.

Anc no la vi e am la fort,
Anc no-n aic drey ni no-m fes tort ;
Quan no la vei be m'en deport,
No-m prez un jau
Qu'ie-n sai gensor e belazor,
E que mai vau.

 Je l'aime fort, sans la connaître
Ne l'ai jamais vue, croyez-m'en
Elle ne m'a fait droit ni tort,
Si ne la vois m'en porte bien,
Je m'en soucie comme d'un coq, 
J'en sais une plus noble et belle
Et qui mieux vaut.

Fait ai lo vers, no sai de cui,
Et trametrai lo a celhuy
Que lo-m trameta per autrui
Enves Peitau,
Que-m tramezes del sieu estuy,
La contraclau.
 
Le vers est fait, ne sais sur qui,
Je le transmettrai à celui
Qui le transmettra à autrui 
Vers Poitiers ;
Qu'il me donne de son étui

La contre-clef.
 
 
 

  

Le comte de Poitiers (1) fut un des hommes les plus courtois du monde, et un des plus grands tricheurs de dames. C’était en armes un très bon chevalier, et aussi un grand séducteur. Et il sut bien trouver (2) et chanter. Il voyagea longtemps par le monde afin de tromper les dames. Guillem eut un fils dont la femme était duchesse de Normandie (3) dont il eut une fille qui fut mariée au roi Henri d’Angleterre, et fut mère du Jeune Roi, de Richard et du comte Jaufre de Bretagne.

Vies des troubadours, réunies et traduites par Margarita Egan,  UGE-10/18 1985

 

Il se maria deux fois, fut excommunié deux fois, dont une pour son obstination à entretenir une relation amoureuse avec la vicomtesse Dangereuse de Chatellerault, "la Maubergeonne" alors qu’il était marié à sa deuxième épouse, Philippa de Toulouse. Jusqu’à sa mort, il adoptera un comportement en lutte contre les autorités cléricales en refusant de mettre un terme à sa relation extra-conjugale. Sa détermination anticonformiste accentue son caractère de seigneur puissant et souligne du même coup son vif attachement à sa maîtresse. Pour appuyer l’idée qu’il avait un caractère en opposition avec les pratiques de son temps, ou plutôt qu’il usait des modes et des interdits avec ironie, on apprend par Guillaume de Malmesbury (1093-1143), un de ses chroniqueurs, qu’il avait voulu fonder une abbaye de femmes aux mœurs légères (abbaliam pelli-cum) pour répondre à la fondation de l’abbaye de Fontevrault par Robert d’Arbrissel, qui était par ailleurs son ami.

Delphine Lacombe - Guillaume IX d’Aquitaine : l’uns dels majors cortes del mon e dels majors trichadors de dompnas, Actes du Colloque Nouvelle recherche en domaine occitanPresses universitaires de la Méditerranée, Montpellier, 2003

 
  

Trad. Les chats
Le texte en Langue d'Oc est celui de trobar.org et peut différer de la chanson enregistrée

 

(1) Guillaume IX (1071-1126) était comte de Poitiers, duc d'Aquitaine et de Gascogne. La tradition le considère comme le premier des troubadours.

(2) Trobar en langue d'oc, c'est-à-dire composer au sens poétique et musical.

(3) Le biographe se trompe ici. Le fils du poète, Guillem X, époux d’Aénor de Châtellerault, fut le père d’Eléonor d’Aquitaine. C’est elle qui devint duchesse de Normandie en épousant le roi Henri II d’Angleterre en 1152 (Note de Margarita Egan).

25/02/2022

Il grêle sur ce pays

 

Jean Boudou

Ont existís aquel pais que se ditz Ucraina ?

Tanplan benlèu non existís,  mas degun s'en maina...

Cisampa, front del paradís, granissa tintaina

Crica la nèu coma lo ris, la filha se desgaina

E ieu la man sus un eriç. Coneissi pas Ucraina.

 

Où peut bien être ce pays qu'on appelle Ukraine ?

peut-être qu'il n'existe pas, nul ne s'en soucie...

Vent du Nord, front du paradis, grêle tintante,

Crisse la neige comme riz, la fille se met nue,

Et j'ai ma main sur des piquants. Je ne connais pas l'Ukraine.

 

Quora cantava lo Grand Duc ? Del temps dels Polhaires : 

Un regiment pas fregeluc, et los tambornaires...

Mas qué podiá tan d'abeluc contra los reis laires ?

Pargues d'aran de truc en truc, quantes de pesolhaires ?

Copèron lo còl del Grand Duc. Oblidi los Polhaires.

 

Quand donc chantait-il le Grand-duc ? Au temps des Poulacres :

Régiment qui a le coeur au ventre, avec ses tambours...

Mais que pouvait tant d'ardeur contre les rois malfaiteurs ?

Camps barbelés sur les hauteurs, combien d'hommes en haillons ?

On a tranché le cou du Grand-Duc. J'oublie les Poulacres.


Virasolelh, vira la flor sus la tiá camisa.

Una prison per mon amor, la flaçada grisa.

Rastolhs sens fin del camp d'onor sens crotz ni devisa.

Per cada pèl la siá prusor : l'espasa nos avisa.

Vira lo solelh sus la flor, garda la tiá camisa.

 

Tournesol, tourne la fleur, la fleur sur ta chemise.

Une prison pour mon amour, une couverture grise.

Chaumes sans fin sur des champs d'honneur sans croix ni devise.

Chacun gratte où ça le démange : l'épée est sur nos têtes.

Le soleil tourne sur la fleur, garde donc ta chemise.

 

Per arrestar l'aiga del riu cal una paissièira,

per la pregària del Bon Dieu manca la frairièira.

Se me vòls pas, dormís un brieu sus la coissinièira.

Darrièira nuèch del meu estiu, torna lusir l'aubièira.

Caminarai lo long del riu, vau cercar la paissièira.

 

Pour arrêter l'eau des ruisseaux, il faut un barrage,

Et pour prier le bon Dieu, il faudrait vivre en frères.

Si tu te refuses à moi, dors un instant sur mon coussin.

Dernière nuit de mon été, brille la gelée blanche.

J'irai le long de la rivière, chercher le barrage.

 

Granissa sus aquel país que se ditz Ucraina :

Es a la broa del paradís, cisampa tintaina.

L'infèrn benlèu non existís, ma degun s'en maina...

Posca de nèu coma de ris, una filha sens gaina,

Picons de mòrt, barba d'eriç, cementèris d'Ucraina.

Joan Bodon

Sant Laurenç d'Òlt, estiu de 1968

 

Il grêle sur ce pays qu'on appelle Ukraine :

C'est au bord du paradis, vent du nord tintant.

Peut-être l'enfer n'existe pas, nul ne s'en soucie...

Neige comme poudre de riz, une fille toute nue,

Barbes et barbelés de mort, cimetières d'Ukraine.

Jean Boudou

Saint-Laurent d'Olt, été 1968

Trad. de Roland Pécout

Du recueil Sus la mar de la galèras / Sur la mer de nos galères, 1975


Joan Bodon (1920 - 1975), alors qu'il venait d'être nommé instituteur à Durenque (Aveyron), fut envoyé au STO (Service du Travail Obligatoire) à Breslau, en Silésie. Il y resta de 1943 à 45, et son groupe de travailleurs/prisonniers, après avoir été évacué et avoir erré entre Silésie et Bohême-Moravie, fut libéré par les troupes soviétiques. C'est la Silésie, et non l'Ukraine, qui représente donc l'extrême-est de Boudou.

Mais le nom Ukraine prend un autre sens pour le poète si on considère son étymologie, qui le dérive de la racine slave *kraj-, bord, frontière. Et après tout l'Ukraine a bien été un bord, une marche, selon les temps, que ce soit de la Pologne-Lituanie, de la Russie ou de l'Autriche-Hongrie.

Boudou fait suivre le titre du poème d'un appel de note ainsi développé : * Ucraina : Talvera. La talvera, la lisière, c'est le bord du champ où l'on fait tourner les boeufs pour reprendre le labour. Pour Boudou c'est un concept-clé, le bord, la marge. Le recueil Sus la mar de la galeras est divisé en deux parties, la seconde étant titrée, comme le poème qui l'ouvre, La Talvera, où l'on trouve les vers les plus connus de Boudou :

Es sus la talvera qu'es la libertat,

La mòrt que t'espèra garda la vertat.

Cal sègre l'orièira, lo cròs del valat,

Grana la misèria quand flori lo blat.

Es sus la talvera qu'es la libertat...

C'est sur la lisière qu'est la liberté,

La mort qui t'attend dit la vérité.

Tu suis la bordure, le creux du fossé,

Graine la misère quand fleurit le blé.

C'est sur la lisière qu'est la liberté.

 


Ucraina fait directement suite à ce poème. À partir de ses souvenirs de guerre et de ses errances de prisonnier, Boudou passe des grands-duc Jagellon, fondateurs du royaume de Pologne, au quatrième duc de Montmorency, celui qui fit faire au Languedoc sécession du royaume de France, et qui fut pour cela décapité, à huis clos, à Toulouse.

Montmorency avait semble-t-il des soldats slaves - polaires - mais pour Boudou les occitans d'aujourd'hui ne sont peut-être que des polhaires - des valets gardiens de poules de l'abbaye de Bonnecombe...

Pour cela comme pour le reste il faut évidemment se référer aux commentaires, par Boudou lui-même, de son poème, publiés en occitan par J. de Cantalausa dans  Boudou et son temps, Le Monastère, Cultura d'òc, 1995, p.31 et traduits par Philippe Carbonne dans son article Jean Boudou, la Silésie, l'Allemagne et l'Ukraine, revue Slavica Occitania, n°5

Les voici :

 « 1. Je crois que la poésie occitane doit être aussi classique qu'il est possible.

2. Dans chaque strophe du poème il y a une seule rime. Chaque vers est coupé par une autre rime. 

3. Ce poème fait suite à La talvera, paru dans l'Armanac Roergàs. - C'est sur la « talvera » qu'est la liberté. La talvera, c'est la frontière. Ukraine veut dire frontière, confins. Le pays d'Ukraine est l'Occitanie et la Russie. Ce poème est dédié à tous les pays et peuples niés : au Kurdistan, à la Laponie, à la Kabylie, à la Frise, au Pays Basque, à la Catalogne, à la Bretagne, et à tant d'autres. Ukraine se dit aussi « Graniza » (frontière). Mais en Rouergue la granissa vient avec le tonnerre. L'Ukraine s'appelle encore la Ruthénie. C'est de cette Ruthénie que vinrent autrefois les hommes qui firent le Rouergue, les Ruthènes. Et la jolie couleur qui leur plaisait le plus était le rouge. Ce rouge, ils le portaient dans le vêtement et c'était la couleur de leurs monuments. C'est une mode comme une autre de jeter du riz quand on se marie. Le vent de bise de la guerre poussa, il n'y a pas longtemps, les filles d'Ukraine en Allemagne. Mais la neige ne valait pas le riz. 

4. Le Grand Duc est celui de Montmorency. Il avait levé un régiment sur les limites de la Moscovie. Les Hommes l'appelaient les Polaires (quelque chose comme les Polonais; mais comment reconnaître souvent un Ukrainien d'un Polonais ?). Et Montmorency perdit la bataille de Castelnaudary. Les Polaires connurent la prison. Ceux d'aujourd'hui ont connu les parcs à moutons de toute sorte et autres camps de concentration. Là il y a des poux: Polaire = pesolhaire. Et le Grand Duc, tout le monde sait comment il a fini.

5. L'Ukraine est le pays du tournesol dont les filles mangent les graines. C'est le pays des corsages et des chemises fleuries. Sur les terres noires sans fin on moissonne le blé et il reste les chaumes. Mais en Ukraine aussi, sans fin, passent les guerres étrangères et civiles, gardes blanches et gardes rouges, aussi la garde noire de Makhno, et je ne parle pas de la dernière guerre. L'Ukraine est souvent divisée par les armes: en 1918 entre la Pologne, la Tchécoslovaquie et la Russie. Et depuis... 

6. La dernière croix du métropolite de Kiev vint, il n'y a pas longtemps, en Rouergue, à l'abbaye de Bonnecombe. Des moines orthodoxes prenaient la place des cisterciens. J'eus l'occasion d'aller les voir et de leur parler devant une retenue sur le Viaur. Pour certaines raisons que je ne connais pas (je crois que c'était l'absence de fraternité entre nous et les orthodoxes) cette expérience fut un échec. La gelée blanche luit de nouveau et va luire pour moi, mais peut-être que je parlerai un jour de Bonnecombe.

7. C'est par les Slaves que l'hérésie albigeoise vint en Occitanie. C'est pour cela que les Albigeois étaient souvent appelés Bougres ou Bulgares. En 1210, Jean de Belmont, seigneur de Terrières, prit Mur de Barrés et Laguiole tenus par les Albigeois. Et le peuple du pays devait crier: "Vive Terrières qui nous a protégés et défendus des Albigeois et des Bulgares". 

Ces cathares ne croyaient pas à l'enfer. Mais l'enfer, où est-il et où n'est-il pas? L'orée est la bordure ou frontière du bois; l'Ukraine est la bordure du ciel. C'est sur la bordure qu'est la liberté; cette liberté payée de mille cimetières. Mais la chair est la mort... Sur ce poème cependant tout n'est pas dit ».

 

Tout n'est pas dit, en effet. Et sur l'Ukraine non plus, par les temps qui courent, l'Ukraine, cette marche, cette marge où se débat la liberté.

04/05/2021

Les rois mages existent, je les ai rencontrés en 1990


James Tissot - Les rois mages en voyage, ca 1894

Huile sur toile

Brooklyn Museum

 

 


André Ricros & Louis Sclavis quartet - Mes amics (trad., arr. Louis Sclavis)
de l'album Le partage des eaux, Silex éd. 1990
Mis en ligne par Elwood P. Dowd


 

Qu'est-ce que j'ai pu écouter ça en 1990. Pas le plus connu de Sclavis, mais tout ce disque est une superbe résurgence trad-jazz.

Et puis bon, se dit M. Chat, c'est un occitan limousin assez compréhensible - d'autant que très vieux-croyant - je ne vais pas le traduire...


Mes amics que n'ai ausit
Un ange que cantava
Cantava qu'èra Nuèch,
Vira la mièja-nuèch,
Que la vièrga enfantava.
Un portava de l'ór,
E l'autra de la mirra.
E l'autra de l'encens,
Cadun emb son present,
E totse tres l'adorèron.

 

Et de Tissot, bien sûr, déjà

22/02/2021

Damoiselle en d'autres termes (une semaine avec des ailes, 4)

Lisa Dinhofer - Dragonfly / Libellule, 2000

Eau-forte

Via Lisa Dinhofer

 

 

Car c'est tout aussi joli en occitan : domaisèla

 

 

La Talvera - Domaisèla pichonèla (Petite libellule), 2005

18/01/2017

Une semaine dans les oreilles (3) : c'est la terre promise


Fabulous Trobadors - Demain
Mis en ligne par lafolle5931







Des Trobadors déjà, ici et .

18/10/2014

Cadrans solaires, sobriquets collectifs et blues paysans


Cadran solaire de la Commanderie de Nébian, Hérault, 17 octobre 2014


Quota ? Forte tua
Quelle heure est-il ? Peut-être la tienne

Fantur plures, norunt pauci

Ils sont nombreux à parler, mais peu ont cherché à savoir

Les bavards, les caqueteurs, les babilleurs : 
parlier, charraïre, lengut, barjacaïre, batanaïre, japaïre, coumédian, couplimentous, peïrot, salamandrin...

Les menteurs, trompeurs, gens de mauvaise foi :  malo-fé, bancoroutié, mésourguié, rénégat, trichaïre, estafièr...

Non, les inuits n'ont pas cent mots pour désigner la neige, mais chaque village de mon pays a une grande richesse, ces cent mots pour désigner les fainéants, bavards, songe-creux, imbéciles et escrocs du village  d'à côté... (1)


Daniel Loddo (La Talvèra) & Claude Sicre (Fabulous Trobadors) - Batèstas & cantariás
Mis en ligne par NEon liquide



(1) Pour plus d'exemples, voir André Bernardy, Les sobriquets collectifs, Gard et pays de Langue d'Oc, Ateliers Henri Peladan éd.,1962; rééd. Lacour, 1990.





01/10/2014

Inondations, moustaches et façons de parler : trois petits morceaux de Jan dau Melhau


L'Hérault en crue au barrage de la Pansière d'Agde, 18 Septembre 2014
Mis en ligne par Christine Brandani


Parleren d'inondacion. Inondacion, z'an tòst 'dobat, z'an tòst nommat. Inondacion, pòdes creire, quo erat tot simplament lo liet de nòstre riu que desvirava un bocin son chamin per venir far 'na p'ita visita a son cosin, lo liet de nòstra chambra.E quand siguet per s'en tornar, tots 'quilhs que partigueren coma se, tant de muebles, lo quite cosin, quo es ben que lo vougueren segre, degun los forcet pas, segur pas se, l'i 'neren be de bona gracia, l'enveja dau voiatge, sabe-ieu, besonh de chamnhar d'aer... Entre mos quatre murs, ben siclat sus mon cuol, as pas paur ! trobarai be lo perque d'aqueu coma, chas nos aura l'i a plaça per pensar.

On parla d'inondation. Inondation, ils l'ont vite arrangé, ils l'ont vite nommé. Inondation, tu peux croire, c'était tout simplement le lit de notre ruisseau qui détournait un peu son chemin pour venir faire une petite visite à son cousin, le lit de notre chambre. Et quand il fut pour s'en aller, tous ceux qui partirent avec lui, tant de meubles, le cousin même, c'est bien qu'ils voulurent le suivre, personne ne les forçait, sûrement pas lui, ils y allèrent bien de bonne grâce,  l'envie du voyage, est-ce que je sais, besoin de changer d'air... Ente mes quatre murs, bien assis sur mon cul, n'aie pas peur ! je trouverai bien le pourquoi de ce comment, chez nous désormais il y a place pour penser.



Venguet lo temps daus vielhs sens mostachas et de lors vevas de piaus blueis.

Vint le temps des vieux sans moustaches et de leurs veuves aux cheveux bleus.  


Disian ieu, disian tu. Quand disian ieu, parlavan de ilhs,  quand disian tu, avian pres ta plaça.

Ils disaient moi, ils disaient toi. Quand ils disaient moi, ils parlaient d'eux, quand ils disaient toi, ils avaient pris ta place.

Jan dau Melhau - Obras completas / Oeuvres complètes
Edicions dau chamin de Sent Jaume, 1994
respectivement pp. 47, 49 et 115.


Jan dau Melhau, poète, chanteur, conteur et musicien limousin, parle de la danse ici , de ses chansons et du reste , et lançait en Juin dernier l'appel du préfet du maquislà-bas encore.

Les Edicions dau chamin de Sent Jaume sont domiciliées chez l'auteur, à Royer de Meuzac (87380) - c'est par ici (il faut supporter 45" de pub et 25" de Jean-Pierre Pernaut au début, vous étiez prévenus, ne venez pas chougner). On peut aussi trouver des livres de Jan dau Melhau par là-bas (je sais, c'est commercial, mais il faut avoir une pensée pour ces Montpelliérains qui émergent à peine).




12/04/2014

Dans le style ornementé


Marilis Orionaa - Sent Jan 
de l'album Damn, 2007 
Olivier Kléber-Lavigne, guitare - Nicolas Martin-Sagarra, percussions
Mis en ligne par Vaelnahan64


Puisque j'ai commencé avec Manciet, je continue avec Marilis Orionaa. Qui chante en gascon, et plus exactement en béarnais

- mais le béarnais, c'est du gascon...
- je n'entrerai pas dans cette discussion...
- mais...
- non...
- bien...

...bref qui chante, comme elle le dit, "dans le style ornementé du Béarn et des Pyrénées, tout d’arabesques et de fioritures". Et qui s'obstine à chanter dans ce langage

- le gascon ?
- disons, pour le moment, le béarnais

et dans ce style, ce qui fait que vous aurez beaucoup de mal à trouver ses disques car dans notre beau mais vieux pays, ne pas chanter dans la langue de Molière et de Patrick Sébastien vous expose à ne pas foisonner dans les bacs des supermarchés. Seul son dernier album est disponible ici. Vous vous consolerez en sachant que vous faites partie des happy few, fans de la plus grande chanteuse française qui ne chante pas en français. Mais qu'on peut sous-titrer.

- Mais tout ça, c'est de l'occitan, non ?
- alors là, vous entrez dans un débat où la chanteuse aurait des choses à dire, et à juste raison...

07/04/2014

Un par extravagance




Un me dishoren lo cèu de desbòrd
d'eth separat a tròc  mèi dont se'n plenha 
huec qui de huec e se liva e se vrenha
d'eth mèi a l'enavant eth de tot bòrd


On nous a dit le ciel un par extravagance,
de soi-même distrait car comble de lambeaux,
feu qui naîtrait du feu, et se vendangerait,
plus lui-même car lui-même de toutes parts.






se s'esbrigalha es lutz e non pas mòrt
shens variar mès vibrar com ventenha
shens esposar mès non pas sens estrénher
e d'eth a d'eth e criculari e tòrt


S'il s'éparpille c'est lumière et non pas mort,
invariable mais de tempête vibrant,
et qui jamais n'épouse, étreignant sans merci,
allant de soi à soi par un circuit boiteux.





ò mas amors en còs desseparats
amassa! Hai de cap a l'Arren sonque
mèi en avant viste desemparats :


Vous autres, mes amours, en corps désassemblés
ensemble! hâtons-nous vers le néant, toujours
plus avant et plus vite encor désemparés.






aquí los sòs lo hèir deu nòste leit
aquí la pluja que trauca lo teit
e l'ostessa que truca e nos destronca 


En attendant, il faut payer le fer du lit,
la pluie, au même prix, qui traverse le toit
et l'hôtesse heurte à la porte et nous dérange.


Bernat Manciet (1923-2005)
Sonets / Sonnets, I - XXI
Jorn éd. 1996
Version française de l'auteur (1)






Et les vrais poètes sont immortels, comme disait le Monsieur mercredi dernier, à la bibliothèque publique du Nouveau Panier à Chats - Manciet, on le voit de temps en temps, et il aime le vin blanc !




(1) Les autotraductions de Manciet ne sont pas littérales,  et sa langue d'oc n'est pas l'occitan référentiel mais le gascon et même le gascon noir des Landes - qu'on peut écouter ici, par exemple.





Et pendant ce temps-là...
...ce n'est pas de gaîté de cœur, non...

08/11/2011

Le greffe : Mal Coiffée



La Mal Coiffée - Lo gat/Le chat
Mis en ligne par labelsirventes

26/08/2011

Chambre d'enfant : ...du pays de sous la terre, là-bas, dans les ravins du Pourcassés



Joan Bodon - L'enfant polit/L'enfant joli
Contes del Drac, 1975
Mis en ligne par AnPrionsaBeag


Texte français ici. Sur et de Joan Bodon, également et . Et des œuvres .

21/04/2011

Chambre d'enfant : les trois ours de Puech Mignon




Boucles d'or et les trois ours 
"en occitan de Puech Mignon dans le Tarn-et-Garonne"
Mis en ligne par elospc



La transcription en oxytan (1) n'est pas puristement correcte mais c'est vrai, qu'est-ce qu'elles y peuvent (2) nos grands-mères, elles ne l'écriv(ai)ent pas, l'oxytan. La faute à qui ?



(1) Car l'occitan est un oxymore : des trois langues du Oui selon Dante, c'est celle qui précisément a fait de ce Oui son nom propre, et qu'en même temps on a niée.

(2) pouvaient, pour les miennes. 


Bonus : quand grand-mère était jeune, elle causait anglais...


Seymour Joseph Guy - Story of Golden Locks/Histoire de Boucles d'or, ca 1870 
Metropolitan Museum of Art, New-York - via Gandalf's Gallery


...et après tout, dans le grand voyage historico-linguistique qui va de l'oxytan de mes grands-parents au probable globish de nos arrière-descendants, ne peut-on pas imaginer des raccourcis ? Merci, Odeta et Laetitia.

13/03/2011

L'herbe de Hongrie




L'erba d'Ongria/L'herbe de Hongrie
Texte et musique : Miquèu Montanaro
Chant : Écsy Gyöngyi
Vents d'Est - enr. 1992-1993
Mis en ligne par 44elvina

Mon paire me vou maridar
Per lei motons me far gardar
N'en gardi pas ni un ni dos
N'en gardi jusqu'a trente dos
Lo loup vengut m'en a pris dos
Gentil galant ont'eriatz vos?
N'en éri au jardin de l'amor
N'en fasiu très boquets de flors
N'i a un per ieu l'autre per vos
L'autre per peire l'amoros
Nautrei s'embraçarem tot dos.

L'erba d'ongria
Totjorn reverdilha
L'erba d'amor
Reverdilha totjorn
Mon père veut me marier
Pour que je garde les moutons
je n'en garde pas un ni deux
Mais j'en garde jusqu'à trente deux.
Le loup m'en a pris deux
Gentil galant où étiez-vous ?
J'étais au jardin de l'amour
Je faisais trois bouquets de fleurs
Il y en a un pour moi, l'autre pour vous
L'autre pour Pierre l'amoureux
Nous nous embrassons tous les deux.

L'herbe de Hongrie
Toujours reverdit
L'herbe d'Amour
reverdira toujours.

20/01/2010

The cat's meow : trois fois Indifférence



Tony Murena et les frères Ferret - Indifférence
Mis en ligne par wininboy

Ainsi va la vie d'ici, la vie est là d'ici-bas

Elle débat et batt'rie les premiers pas dansés al banc des écoliers
Balancés dans l'air sans en avoir d'air, saoulés dans le temps
Aux folles nuits d'abus du soufflet qui s'étire et rit, c'est bon, c'est l'ton du blues

Et si c'était ça la vie, et si on nous l'avait pas dit ?
L'épique époque aussi va de l'avant, l'aventure est là
Allez, dis-le-nous donc, dis, dans des mots doux au dit désir ici, efficace étape à passer





Angelo Debarre, g - Indifférence (Tony Murena)
Mis en ligne par kapitanswing

Sur ton accordéon tu touches à touches, écoules, et facile agis là du bout des doigts

Docile au songe assis tu médites tes fois t'effaces au firmament une note cassée
Qu'assez on en ait plus jamais d'enlacer la musique
Infinie mélodie qui vit, effile l'âme à son pas dédicacé là, baladant l'horizon

Ainsi va Lubat la vie, la vie ça va, tu l'as dit
Au bal aussi c'est là que t'as tout vu passer
Le pas s'est dépaysé
Vas-y l'évasif, vas-y l'enfant, tout petit déjà
Jadis on l'a dit : "Mainatge aqueste còp te'n sortiràs pas coma aquò..."




André Minvielle voc, Bernard Lubat acc - Indifférence (Tony Murena)
Mis en ligne par bratske


Et si c'était dommage, pas si c'est un hommage
Aux hommes assis devant, vu de l'avant
L'aventure est là
Allez dis-le-nous donc dis
Dans des mots doux au dit désir ici efficace étape à passer

E si l'oblidas dispareish deu lengadge
Autant vrai coma pèc qu'un desir ambicios
"Assurement", libèria, tot de l'animaut sauvadge
La cauja es coma te l'as hèita.

Tanpòc au bal a tu que trucas, a tu que tracas
A tu que tòcas, a tu que rigas, a tu que ragas
A tu que riga-raga on avèvas mis lo cap Petit caborrut
Enqüèras un còp a tu que trucas, a tu que tracas
A tu que tòcas, a tu que rigas, a tu que ragas
A tu que riga-raga on avèvas mis lo cap pelut

E si l'oblidas dispareish deu lengadge
Autant vrai coma pèc qu'un desir ambicios
"Assurement", libèria, tot de l'animaut sauvadge
La cauja es coma te l'as hèita.

Vois si tu n'es pas d'avis
A ton avis ça se vit
Vitale hésitation qui va faire éclater le banc des attelés
Balancés dans l'air sans en avoir d'air, saoulés dans le temps
Aux folles nuits d'abus du soufflet ils s'étirent et rient, c'est bon, c'est l'ton du blues.
Et si c'était ça la vie, et si on nous l'avait pas dit ?
L'épique époque aussi va de l'avant, l'aventure est là
Allez, dis-le-nous donc, dis, dans des mots doux au dit désir ici, efficace étape à passer
Et si tu vas tout droit, t'y auras droit !


paroles : André Minvielle