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31/07/2018

Je déballe ma bibliothèque : vous y étiez


Artiste inconnu - Jeune femme dans les feuilles de bananier, 1908
Lithographie en couleurs pour Ehagaki sekai, suppl. illustré du Kokkei shimbun





Dans un vieux bar délabré
je buvais pour oublier
D'une bouteille d'alcool
une étiquette se décolle
J'ai pas voulu la froisser
alors je l'ai regardée
Babylone vous y étiez
nue parmi les bananiers
Rezvani - (la première strophe de)  Babylone
in Chansons silencieuses, 10/18 éd. 1975





René Ehni - Babylone vous y étiez nue parmi les bananiers 
10/18 éd. 1973



J'aime beaucoup ce livre, dit M. Chat, mais pour bien saisir pourquoi et à quel point, il faudrait s'imaginer en train de le lire en 1973...
  








  




Première édition, Christian Bourgois 1971














...en attendant que coule





Raphaelle Peale - Vénus sortant de l'onde



...la rivière







The Melodians - By the rivers of Babylon (Psalmiste - Brent Dowe - Trevor McNaughton)
Mis en ligne par The Melodians





Le tag Je déballe fait évidemment référence à l'article bien connu de Walter Benjamin, Ich packe meine Bibliothek aus (Die literarische Welt, Berlin, 17/7/1931) / Je déballe ma bibliothèque (première trad. française en 1978). Ce tag donne son titre à cette série d'été qui sera publiée plus ou moins épisodiquement, au long des mois d'août et septembre, voire au début d'octobre. Mise à part cette série ce blog restera en sommeil - il fait chaud, les chats restent à l'ombre mais ne dorment que d'un œil. Vous aussi, prenez soin de vous mais surveillez les alentours, on ne sait jamais.

25/05/2018

Mai 68, l'effet vintage et les sièges de voiture






Quand on avance en âge, dit M. Chat, on trouve dans sa boîte aux lettres ces catalogues à destination des anciens, lesquels vous proposent, au milieu des pose-cannes et autres chausse-pied télescopiques, certains articles ébouriffants - ainsi ce radio-cassette du bon vieux temps, rééquipé de ports SD et USB...







...ou ce répertoire à spirale d'un élégant marron, comme celui qui trônait sur la tablette de l'entrée, jadis, à côté du téléphone à cadran, voire du minitel. Mais celui-ci est dédié aux URL et aux mots de passe (on sait ce que c'est que la mémoire des vieux sages)...

Mme Chat : Waouh... à quand le Teppaz wi-fi ?

M. Chat - Ce sont là des exemples de ce que j'appellerais l'effet vintage.

Mme Chat - Késaco ?

M. Chat (sur le ton doctoral du septuagénaire marmonnant) - Non pas le vintage au sens original, le millésime, mais cette tendance à produire des objets dont on ne sait plus si c'est du neuf qui s'efforce de paraître vieux, ou du vieux qui essaie - plus ou loin misérablement - de se rajeunir. On pourrait même appeler ça - pour employer un terme à la mode - de l'innovation rétroactive...

Mme Chat (elle écoute distraitement) : Comme le steampunk ?

M. Chat - En moins drôle... Et justement il me venait à l'idée, en feuilletant ce catalogue...

(on entend un bruit de papier tombant à la poubelle)

...de faire un rapprochement avec ces livres sur Mai 68, tu sais, à la librairie du centre-ville, ils les mettent sur une petite console en coin à côté de la table "bouddhisme/yoga", ils les empilent les uns sur les autres, sans ordre, tellement il y en a.

Mme Chat - Je préfère le yoga au football selon Cohn-Bendit...

M. Chat - Hé bien, parmi ces bouquins, l'effet vintage fait des ravages - je pense à ces mémoires d'anciens responsables gauchistes qui en sont à leur deuxième, voire quatrième édition augmentée, certains à chaque décennie ! Ils s'ornent inévitablement en couverture d'une photo du héros dans sa jeunesse, prenant la parole, juché quelque part, entouré, je l'espère, de quelques solides gars du S.O...









ou encore empoignant un mégaphone...






...puis, vers le milieu du bouquin, crac, le gars adhère au Parti Socialiste et alors là il s'accroche, et ça dure. Remarque, pour Weber, il paraît qu'il faut attendre le tome 2 pour la fin de carrière.

Mme Chat - Je trépigne d'impatience.

M. Chat - C'est cela, l'effet vintage, le brouillage du temps : la jeunesse ici, c'est il y a un-demi siècle et en guise de bel aujourd'hui, on a un parti moribond. L'histoire vintage, c'est l'histoire qui piétine, qui tourne en rond, qui vient renifler ses traces d'hier pour se justifier de faire du surplace. Si j'étais jeune, ces trucs-là m'excèderaient.

Mme Chat - Mais mon pauvre minou, tu es toujours jeune...

M. Chat - Non, mais je suis tout aussi excédé. Bon, cela dit j'ai fouillé dans ces bouquins, et tout en-dessous, caché par le vintage, j'ai trouvé ça :







...et je me suis souvenu de ces militants étudiants qui avaient un beau jour (ou l'autre) décidé de déménager là-bas, du côté des cimenteries ou des usines de colle d'abord, et droit dans la gueule de l'usine ensuite, ouvrière/ouvrier, pour de longues années ou pour la vie (1). 

(Je me souviens de cette époque où, quand on s'enquérait d'Untel ou Unetelle
- On ne les voit plus dans le quartier ?
On nous répondait
- Ah, ils ont déménagé à Aubergenville
Moi qui ai attendu d'avoir quarante ans pour m'aventurer à bosser au-delà du périphérique - et encore, pas loin - cela m'impressionnait, dit M.Chat)

Ceci est donc une publicité gratuite pour le livre de Fabienne Lauret, qui vous fera oublier bien des bouquins moyens ou inutiles. C'était l'époque où un lycéen d'Henri IV pouvait tranquillement envisager de travailler pour le reste (disons, une bonne partie du reste) de son existence en 2x8 à la chaîne, et écrire tout aussi tranquillement par la suite "ces neuf ans et demi d'usine sont un grand moment de bonheur dans ma vie" (2). Combien d'élèves du même lycée aujourd'hui...? Plus d'un peut-être après tout, ne soyons pas victime de l'effet vintage.

Il faut rappeler aux mémoires oublieuses (3) ce qu'était l'usine de Flins à cette époque, 10.000 ouvriers en 68, plus de 20.000 en 72, les marocains, algériens, portugais venant s'ajouter aux ruraux (les "betteraviers") des débuts, une usine jeune, plus ouverte que Billancourt aux étudiants venus de Paris, les combats en pleine campagne du 10 juin 68 quand les étudiants viennent prêter main-forte aux ouvriers refusant de reprendre le travail, la mort de Gilles Tautin, puis tout de suite les tentatives gauchistes d'implantation, la Gauche Prolétarienne d'abord, le groupe VLR ensuite avec les assemblées de la Base Ouvrière, et enfin ces quelques militants plus tenaces...

Fabienne Lauret, étudiante en histoire à Censier, membre, à l'époque, du groupe Révolution ! (avec un !), entre à l'atelier de couture des housses de sièges en 1972 pour devenir le matricule Renault 842 564/68. Syndiquée et déléguée, participant à l'organisation de plusieurs grèves, elle y reste jusqu'en 1982, date à laquelle cette activité est externalisée puis délocalisée dans les pays de l'est européen. Elle reste ensuite à Flins, salariée du CE quand la CFDT (4) y devient majoritaire, subit une période de harcèlement managérial quand FO reprend ledit CE, est menacée de licenciement, mise à pied, est réintégrée par les prud'hommes... jusqu'à sa retraite en 2008.

Fabienne Lauret était mécanicienne, c'était ainsi qu'on appelait à Flins les ouvrières qui cousaient les housses de sièges des 4L et R5 de notre jeunesse. Avant de quitter l'atelier de couture, elle aura le temps de participer à sa grève victorieuse de 81, où les ouvrières obtiendront l'échelon P1 - c'est-à-dire le statut d'ouvrières professionnelles et le salaire qui  va avec. Certes le P1 ce n'est pas la révolution, mais je voudrais vous y voir, à coudre les housses. Et, quand elle écrit dans son livre...

Même encore aujourd’hui, je ne manque pas d’examiner les sièges d’une voiture inconnue lorsque je monte dedans, et parfois d’y déceler certains petits défauts ou la perfection de la façon. Quarante-cinq ans après, les restes d’une déformation professionnelle un peu nostalgique !

...il n'y a plus rien de l'effet vintage, sentez-vous, dans le regard averti posé sur ces sièges de voiture - le regard d'un ouvrière sur le travail cristallisé d'autres ouvrières, aujourd'hui comme hier et ailleurs comme ici. L'histoire piétine peut-être, mais cette nostalgie, cette déformation professionnelle restent un point d'appui et, qui sait, un point de départ.




(1) Lire Nicolas Dubost, Neuf ans et demi d'usine : aucun regret ? Jacques Verlhac, Quarante ans à Renault Flins, Fabienne Lauret, Une vie de femme à Renault Flins (1972-2008), Les Temps Modernes n°684-685 de Juillet-Octobre 2015, Ouvriers volontaires, les années 68, "l'établissement" en usine.
Egalement, l'excellent Flins sans fin de Nicolas Dubost, Maspero éd. 1979, épuisé. Il existe une réédition électronique, et on peut en lire 15% gratuitement sur Gallica...

(2) Nicolas Dubost, Neuf ans et demi... p. 249.

(3) Mais la mémoire est faite pour l'oubli, comme l'oubli fait pour le rappel.

(4) La CFDT de Flins gagna ces élections après avoir mené une grève victorieuse à l'atelier peinture. C'était la CFDT de son lieu et de son époque, pas celle d'aujourd'hui et du boulevard de la Villette.



04/07/2014

La Zone (5) : un panier, et aussi un tombeau





J'essaie de maintenir cet écart, de conserver cette distance (soit de quarante ans, à peu près), avec les mêmes conventions, et, en plus, un tombeau.

Donc, il y a quarante ans, à peu près, sur les routes. Avec Musaraigne et son chat-dans-un-panier, sous la pluie d'hiver que les phares trouaient, à peine. Dans la R5 que j'ai quasiment bousillée, un peu après (ou un peu avant ?) en m'endormant sur l'autoroute. Bref.

Le chat, ça lui faisait des vacances - en plus, c'était de loin le plus efficace de nous trois. Quand vous visitez des gens à moitié clandestins, parfois un peu paranoïaques, ils se méfient moins quand vous avez un chat dans un panier. A croire que des flics ou des RG avec un chat, c'est rare.

On faisait le tour de comités locaux. Avec des consignes de nos chefs à trois plumes, et dans la poche une espèce de lettre de mission de Daniel.

Daniel Guérin. Quand il s'était agi de trouver une personnalité-non-emprisonnable pour couvrir des activités un peu risquées (les comités de soldats, les insoumis, tout ça) - et sachant qu'on ne pouvait pas tout faire faire à Jean-Sol Partre - les rangs s'étaient subitement éclaircis,  j'avais essuyé des refus désolés. Et finalement il restait Daniel, et Pierre bien sûr. Et nous trois qui faisions les petites mains, le chat, Musaraigne, et moi.

Daniel était, depuis longtemps déjà, dans sa phase marxisme libertaire. Oxymore, certes, et pourtant... regardez la Première Internationale, autre oxymore de la même cuvée, avant que les organisations dites révolutionnaires décident qu'on ne progresse qu'en se coupant un bras (1872 on vire les anars, 1919 on vire les socialos, 1938 on vire les staliniens - si ce n'est l'inverse, à coups de piolet - et on se retrouve en 1943 à cinq dans une cave, à New York).

On était les petites mains, on faisait un petit journal définitivement proclamatoire, selon l'habitude du temps...


En septembre 1973, Marcel Bigeard est nommé adjoint du gouverneur militaire de Paris
Robert Galley (1) était un ministre gaulliste aujourd'hui oublié, mais à la biographie irradiante et édifiante


...on faisait le tour de comités bizarres pour porter la bonne parole de nos chefs à trois plumes...

Il faut fédérer tout cela disaient-ils, nos chefs anars (dont Daniel) et nos chefs minibolcheviks (2) - il faut faire un grand mouvement antimilitariste de toute la jeunesse...

Cela se comprend, remarquez - imaginez que la génération qui avait fait Mai (sa composante mâle, du moins) se préparait à la caserne, ou y était déjà, ou faisait tout pour ne pas y aller, et/ou défilait dans la rue contre une loi débile...

On allait sur les routes mouillées, donc, et par les matins froids. Comme ça plaisait au chat on faisait tourner ça sur le mange-cassette...



Pierre Mac Orlan - Jean de la Providence de Dieu
chanté par Juliette Gréco
Mis en ligne par lisgauty1




...et, pendant que je tombais lentement amoureux de Musaraigne, on sonnait aux portes des comités cachés au creux de la verdure ou au profond des villes. C'est comme ça qu'on avait rencontré le GARM de Lyon, et c'est pour cela que vais écrire ici le

Tombeau de Jean-Pierre Lanvin

Jean-Pierre Lanvin naît en 1924 à Dijon dans une famille de chocolatiers (oui, les chocolats Lanvin) - une famille profondément catholique comme on en faisait alors dans la bourgeoisie de province. En 1944 il rejoint le maquis du Morvan, puis le 8ème chasseurs d'Afrique qui vient de libérer Dijon : campagnes en Haute-Saône, dans les Vosges, en Alsace et Forêt-Noire jusqu'au lac de Constance -  c'est là qu'il fait l'expérience qui le marque pour toujours.

"ce fut l'absurdité d'une situation : après un combat rapproché (j'étais mitrailleur sur une jeep de reconnaissance), je me suis retrouvé sous la tente d'un hôpital de fortune, assis à côté d'un jeune Allemand que j'avais blessé et qui m'avait blessé. Echange d'un regard... et de cigarettes en guise de calumet de la paix. L'appel des armes, le livre de Psichari que j'avais glissé dans ma musette en partant en guerre, me parut soudain dérisoire. Je revins de guerre avec, dans la même musette,  le Pèlerinage aux sources de Lanza del Vasto (...) En permission à Strasbourg, je tombai en arrêt, dans une librairie, sur un poème de Lanza del Vasto :

"Qui se calfeutre et n'aime pas le vent
N'aura pas l'aventure et n'aura pas l'espace,
Ni les pleurs du départ, ni son destin devant,
Celui-là passe et ne sait pas qu'il passe" "(3)

De retour à Paris il reprend ses études (il prépare l'Ecole Coloniale) mais son regard sur l'aventure outre-mer a changé. La lecture des Immémoriaux de Segalen lui fait découvrir la vision des vaincus 

"Ce n'était plus Christophe Colomb qui avait découvert l'Amérique, c'étaient les Indiens d'Amérique qui avaient découvert Christophe Colomb. Et à quel prix !"

Enfin il rencontre Lanza del Vasto, s'intègre peu à peu à la communauté de l'Arche - ses cantilènes, son apprentissage de la méditation, les commentaires de Lanza sur l'Evangile et le Livre des Morts égyptiens, les fuseaux de laine autour du rouet de Gandhi...  Il en animera le groupe lyonnais. Or, quand vient la guerre d'Algérie, l'Arche prend connaissance des dossiers de Robert Barrat sur la torture et décide "qu'une communauté qui ne s'engage pas dans l'action non-violente est un groupe croupion" (4). Jean-Pierre Lanvin participera à toutes ces actions.

A Clichy, dans une baraque en planche, Lanza del Vasto et deux compagnons jeûnent en public 20 jours pendant que le groupe distribue à 150.000 exemplaires, parfois sous les injures et les crachats, l'Appel à la conscience des Français, qu'aucun journal français n'osera citer in extenso. 

(Rappelons qu'à ce moment le parti socialiste SFIO est au gouvernement, que le PCF lui a voté en mars de l'année précédente les pouvoirs spéciaux pour organiser la répression à sa guise en Algérie, qu'en conséquence la Bataille d'Alger fait rage et que, toujours en conséquence, le (futur) général Aussaresses est au travail.)



Source : Jean-Pierre Lanvin - A Dieu Vat, CDRPC éd.


Puis l'Arche - sous le nom d'Action Civique Non Violente, ACNV, prend l'initiative des marches à la prison : devant les camps d'internement où l'on parquait, sans jugement, les Algériens "suspects" trente volontaires se présentent en se déparant "tous suspects" et demandent à être internés. L'action dure deux mois, aux camps du Larzac (déjà...), de Thol près de Pont d'Ain, au centre de tri de Vincennes, devant le Ministère de l'Intérieur place Beauvau...



Source : Jean-Pierre Lanvin - A Dieu Vat, CDRPC éd.



Cette dernière réunit 1500 personnes. Toutes ces actions sont durement réprimées, les participants soumis à des interrogatoires poussés.

La troisième campagne menée par l'Arche est celle des chantiers : alors que les insoumissions se multiplient, en l'absence de tout statut pour les objecteurs, le groupe ouvre des chantiers de service civil "sauvages" où les réfractaires se trouvent en compagnie de volontaires : ensemble, enchaînés aux monuments publics ou arrêtés la pioche à la main, tous déclinent le même nom. Ces actions précèdent de quelques années la grève de la faim poursuivie par Louis Lecoin pour l'instauration du statut d'objecteur.

La formation de l'ACNV remonte à un camp de la non-violence, à Bollène, en avril 1958, sur deux thèmes : les actions non-violentes des noirs états-uniens (le boycott des bus de Montgomery date de deux ans) et le nucléaire. Marcoule est à deux pas, Lanza del Vasto intervient "C'est bien joli de disserter sur les méthodes gandhiennes, mais ne serait-il pas urgent de faire connaître à 'opinion publique ce qui se trame à quelques kilomètres d'ici : la fabrication de la bombe ?" 82 volontaires se désignent et vont forcer les portes de Marcoule, avant de se faire évacuer par les CRS - la première action anti-nucléaire en France (5).

C'est plus tard, à partir de 1970 à Lyon, que se créera le GARM, Groupe d'Action et de Résistance à la Militarisation, groupe informel autour de Jean-Pierre Lanvin et de quelques autres. Imprévues, ludiques et efficaces, les actions du GARM auront notamment pour objectif la sinistre prison militaire du fort Montluc, où croupissaient insoumis et témoins de Jéhovah - Jean-Pierre Lanvin purgera quelques semaines de prison pour avoir tenté de s'y introduire nuitamment sur une échelle de huit mètres, afin de manifester à l'intérieur de la prison - le motif de la condamnation : "violation de domicile"...

Mais l'autre cible, c'était le Mont-Verdun : des kilomètre de galeries à cent mètres de profondeur, le PC bis de la force de frappe, doublure de celui de Taverny. Douze personnes du GARM réussissent à envahir le chantier dans la nuit du 30 au 31 janvier 1971, puis le groupe organise en juin sur le site même une grande fête anti-militariste et anti-nucléaire (4000 personnes). Mais les travaux avancent, le PC va être opérationnel. Le GARM décide de fêter l'anniversaire de la première occupation, une dizaine de ses membres falsifient des laissez-passer, franchissent sans encombre les postes de garde, traversent  les 800 mètres de galerie, la salle informatique centrale, et parviennent au poste de commandement vide (il n'est pas huit heures...), déploient leur banderole, prennent quelques photos (6)...



Source : Rebellyon.info



- l'un d'entre eux ressort pour les transmettre à la presse - puis cassent la croûte en attendant les militaires...

Les militants du GARM seront parmi les premiers à prévenir des dangers du surgénérateur Superphénix de Creys-Malville - 14 personnes vont prélever en mars 1977 60 kilos de documents au siège de la NERSA, la filiale chargé de construire le monstre. Le dénouement sanglant de la seconde manifestation de Malville (7), la trahison du gouvernement de gauche qui laisse poursuivre le chantier en 1981 pèseront bien sûr sur le mouvement. Jean-Pierre Lanvin continue avec Artisans de la Paix à Lyon, puis ce sont les Caravanes de la Paix à Sarajevo, les voyages avec la CIMADE et EquiLibre : Sarajevo, Zagreb, deux tentatives au Kosovo, l'AMFP en Cisjordanie, Gaza plusieurs fois avec EquiLibre... En 1994, après la fête de ses 70 ans, il écrit un beau texte qui commence par ces mots : "je ne crois pas en l'enfer, sinon fabriqué de main d'homme..." 

Jean-Pierre Lanvin est mort le 31 décembre 1997. Il n'avait jamais voulu être patron, poste que voulait lui transmettre son père, et il gagnait sa vie comme représentant de commerce des chocolats Lanvin, lui aussi sous la pluie, sur les routes - il en avait fait une complainte :

Tu fais dans les fromages
Et toi dans les aspirateurs
Et lui dans les corsages
Et moi dans les bon'sœurs...

Ah ! voyageurs, voyageurs,
Mes frères de peine,
Combien, combien je partage
Votre mélancolie
De vendre vos verbiages 
Et le vent des ouvrages 
Que jamais vous ne fîtes...

Il fait dans les fromages
Et lui dans les aspirateurs
Et toi dans les corsages
Et moi dans les bon'sœurs... (8)



Jean-Pierre Lanvin
Photo Thierry Aucher
Source : Jean-Pierre Lanvin - A Dieu Vat, CDRPC éd.





Le GARM nous avait accueillis avec chaleur et nous avait expliqué tout ce qu'on peut lire plus haut, et plus encore. Le chat, dans son panier, prenait les notes. Quant au Grand Mouvement National, ils avaient poliment éludé, et nous les comprenions bien. Leurs modèles c'était, ç'avait toujours été Gandhi et MLK, et nous ne pouvions leur garantir l'accord de tous les militants - sans parler de nos chefs à trois plumes - sur la Non-Violence Active systématique. La non-violence a ses limites - ainsi en 1960 l'ANCV avait dû arrêter ses marches à la prison, à partir du moment où elle estima que les manifestants, désormais trop nombreux et pas assez formés à la non-violence active, étaient exposés à des risques physiques non maîtrisables. Comme le Cheikh El-Okbi le disait à Robert Barrat : "Un Gandhi était impossible en Algérie... ils nous l'auraient tué !" (9).

Mais la violence aussi a ses limites - Malville 1977 en était un exemple. D'autres, nombreux, ont suivi. C'est un débat qui tourne autour d'une aporie ou, pire, d'un indécidable. Mais une chose est sûre : depuis que le monde est monde, les non-violents, eux, peuvent dormir la nuit même quand ils atteignent leurs objectifs (10).

Un tombeau disais-je, mais au sens musical du terme : même si ce n'est que sur mon crincrin, avec mon style plutôt lourdingue, je voudrais en faire, comme dit le wikigériâtre, quelque chose de rythme lent et de caractère méditatif, non dénué parfois de fantaisie, à propos de personnes que j'ai croisées, parfois brièvement, parfois peu et parfois pas du tout, mais qui ont marqué le temps qu'ils avaient en commun avec moi. Je prévois d'en faire quatre, et si celui de Jean-Pierre Lanvin est le premier, c'est qu'il nous a aussi précédés en âge. Il était de cette génération qui a connu à la fois la guerre totale européenne, les décolonisations sanglantes et embourbées, la montée des méga-machines nucléaires - il a vu passer et venir les monstres qui nous hantent encore, et il leur a résisté avec ses faibles moyens - et cette faiblesse qui ne manque pas de force, c'est toujours la nôtre, après tout.




De et sur Jean-Pierre Lanvin, on lira le livre que j'ai cité, A Dieu Vat, Carnets de route, 1999, édité par Christiane Lasserre et publié par le CDRP - ouvrage épuisé mais qu'on peut se procurer ici ou là d'occasion. On lira deux articles intéressants, avec des extraits du précédent, ici et là sur Rébellyon.info.

Sur l'ACNV, l'article de Travor Quemeneur, déjà donné en lien.

L'association Daniel Guérin, c'est ici.

La première internationale revient un peu à la mode, avec ce bouquin, qui ne dispense pas de lire James Guillaume.


Et puis au fait, un tombeau, c'est ceci :




Sylvius Leopold Weiss - Tombeau sur la mort de M. Comte d'Logy
Raphaella Smit, guitare
Mis en ligne par GuitarArtFestival







(1) Robert Galley fut un héros militaire de la seconde guerre totale dans le camp français (mais certains héroïsmes ont leur revers, et même si on y répugne il faut parfois écouter le camp d'en face). Il fut le grand architecte du nucléaire français civil et militaire, chargé des études et de la construction des centrales/usines de Marcoule et Pierrelatte. Ensuite directeur de l'IRIA (futur INRIA) et chargé de mettre en oeuvre le plan calcul, il fut aussi un des chauds partisans du Service d'Action Civique dans l'après-mai 68. Il attend encore son/sa biographe, bon courage.

(2) Apercevez que nous étions assez unitaires dans notre genre - cela dit, même si nous étions tous trois minibolcheviks, le chat, Musaraigne et moi, on commençait à remarquer que nos chefs à nous étaient plus manipulateurs que ceux des autres...

(3) Jean-Pierre Lanvin,  Du chocolat à la résistance non-violente active, p. 16, in A Dieu Vat, Carnets de route, 1999, éd. CDRPC, 187 montée de Choulans, Lyon 69005.

(4) Ibid. p. 21

(5) Ibid. p. 95. La préparation de la bombe française est alors, en principe, secrète. La première expérimentation date de 1960. Le compte-rendu par J.-P. L. de cette occupation est proprement hilarant - rien que pour ces pages je recommande de se procurer ce livre.

(6) Yvon Montigné, À l'assaut du Mont-Verdun, ibid. pp. 106-107

(7) 31 Juillet 1977,  plusieurs dizaine de manifestants blessés, deux mutilés, un mort, Vital Michalon.

(8) Ibid. p. 343

(9) Cité par Robert Barrat, Un journaliste au cœur de la guerre d'Algérie, Paris, L’Aube, 2001

(10) Une chose me frappe toujours quand je discute avec des gens d'opinion laïque : dites-leur "témoins de Jéhovah" et ils s'emballent. Demandez-leur de citer une catégorie de la population française dont on est sûr qu'elle n'a jamais torturé sous l'uniforme en Algérie, et ils sont étonnés de la réponse. Il faut simplement rappeler qu'entre 1950 et 1992, 7.593 jeunes Témoins de Jéhovah ont été arrêtés, emprisonnés et condamnés pour refus d'obéissance à passer au total 8.383 années en prison, et cela dans le plus grand silence et la parfaite tranquillité de l'opinion publique française. La vie est compliquée, la religion aussi, et la laïcité plus encore.




18/03/2014

Danse avec les fantômes


Carel Weight - The Battersea Park Tragedy,  1974
Huile sur toile
Via Anne Karsten



Et ce soir-là j’ai vu le visage d’Isa sur l’écran de mon téléviseur.

On regarde ces trucs de guerre lasse. Un doc. Je ne regarde presque plus ces docs sur les politiques années 70, je ne lis presque plus de livres sur le sujet. Parfois je les achète et je m’aperçois que je les ai rangés avant de les lire, avec un vague haut-le-cœur. Parce que c’est toujours la même histoire, de vieux reniements hautains, de jeunes fascinations mal documentées, et le pire c’est le disque rayé des vieux persévérants. Bref.
Pourtant cette fois le sujet me concernait directement et j’ai appuyé sur le bouton en me disant tiens - quels vont être les nouveaux mensonges ? Et là, surprise.
Le machin se tenait à peu près, même très bien par moments. Quelques minutes criantes de vérité. Voilà.
Fucking french TV. Telling the truth. Just wait some 40 years for that.
Le sujet, c’était comment ils ont fini par supprimer le Service, après vingt ans de résistance sourde, de révolte ouverte, puis de dégoût multiforme et prolongé. Car les jeunes d’aujourd’hui, ma bonne dame, ils ne savent pas très bien ce que c’était de se trouver à 19 ans dans l’armée française des années 70 - 18 mois passés essentiellement à courir dans la neige et à nettoyer à fond. Jusqu’à gratter à la pointe de couteau entre les lames de parquets - probable qu’il fallait que tout soit nickel quand les Russes arriveraient. Sous le commandement de gens qui se vengeaient sur nous d’avoir perdu trois guerres, battus à plate couture et successivement par des mécaniciens allemands, des paysans tonkinois et des bergers kabyles. Et qui n’avaient de hâte que de se faire écrabouiller par l’Armée Rouge, une bonne fois, pour prouver leur valeur et retrouver le goût du bon vieux temps. Non qu’ils eussent beaucoup d’imagination dans la brimade - la plus courante c’était de nous faire faire des pompes en criant des trucs follement vintage comme
Brigitte Bardot est une belle femme
Mais j'suis trop con pour la baiser.
Je vois les gens se pâmer aux films de Schœndorffer, paix à son âme mais personnellement ça me laisse froid. D’abord je pense à Bardot, et puis J’ai tendance à penser que les vrais héros ce sont les enfants qui se font bombarder et griller au napalm, au passage.
Et je vous assure que s’il y avait un truc triste et moche c’était bien d’être jeune aux mains des gens qui fascinaient le cinéaste susnommé. Et je ne vous parle pas des jeunes arabes du contingent - oui, il  y en avait déjà, trois rien que dans ma batterie.
Bref.
Je regardais le doc, fucking french TV.
La manifestation de Draguignan était bien racontée, c’était le morceau de bravoure, à juste raison d’ailleurs - quelque deux cents bidasses en uniforme dans les rue de la Bonne Ville, organisés en comité, et filmés pour le coup. Avec interview des principaux animateurs, qui avaient évidemment payé le prix, assez fort, par la suite. Et des vues rapides d’une manifestation de soutien. Et Isa, là, juste au coin d'un plan.
Isa comme moi, on faisait partie d’un petit groupe aujourd’hui complètement oublié et qui bataillait ferme, campant sur la lisière imprécise entre les léninistes obtus et les joyeux troubadours. Pour des raisons qui me sont propres et qui n’intéressent personne, une bonne partie de mon activité militante fut un temps consacrée au soutien aux objecteurs (nombreux), insoumis (qui commençaient à pulluler) et déserteurs (de même, un peu plus clairsemés) ainsi qu’aux comités de soldats naissants (et clandestins). Ce qu’on appelait d’une formule pompeuse la résistance à la militarisation. Je dois dire qu’à l’époque je pensais que l’essentiel se passerait chez ceux qui refusaient d’y aller, et que nous n’avions absolument pas prévu la révolte massive dans les casernes. Et de toute façon au moment de Draguignan j’étais déjà sur un autre front, comme on disait alors. Tout ça pour expliquer que cette fois-ci j’ai appuyé sur le bouton du téléviseur.
La boîte à connerie va parler de trucs que je connais un peu.
Isa, c’était une lumière noire. D’un sérieux militant à couper au couteau, avec un sourire à vous faire fondre en larmes, et au fond des yeux les papillons nocturnes de la mélancolie.
Quand on connaît un peu les groupes militants, on fait très vite la différence entre deux catégories de gens  (je ne parle pas des chefs-nés, ceux-là ont leur propre rétribution en pouvoir un peu minable et en reconnaissance des ouailles). Il y a ceux qui y vont à fonds perdus et ceux qui se gardent une petite réserve de survie, une perspective de carrière de rechange, un jardin privatif en quelque sorte. Isa comme moi on était dans la première catégorie et ne croyez pas que je m’en fasse gloire - ceux qui avaient raison, c’étaient ceux qui pensaient aussi à leur peau, on l’a bien vu le moment venu.
D’ailleurs je ne l’ai pas vraiment connue, juste côtoyée régulièrement, et je n’arrive même pas à me souvenir si j’ai été amoureux d’elle, quand je me repasse le film tressautant et rayé de ces années, dans ma mémoire. Ce dont je me souviens parfaitement bien en revanche, c’est cela : Isa hurlant dans la rue au sortir des réunions interminables, Isa arrachant les affiches sur les quais du métro, Isa riant, métamorphosée, dans les virées nocturnes. Et les nuits passées au poste quand on se faisait ramasser en collant des affiches ou des trucs du genre. Libérés à l’aube, le café avec Isa, au bar du coin.
Je t’entends quand tu riais, quand tu riais sans cesse.
Un soir, le téléphone a sonné et à l’autre bout du fil il y avait une camarade qui pleurait toutes les larmes de son corps, et un peu plus peut-être. Isa était partie, probablement pour une tâche militante de plus, impérieuse et inutile, et si urgente qu’en enfourchant sa mobylette elle n’avait pas mis son casque. Le casque qu’elle portait en première ligne des manifestations - montrer que les filles sont aussi aptes à donner des coups que les garçons c’était important - elle l’avait oublié. Une fois de trop. Et toute cette nuit-là le téléphone a sonné un peu partout, et nous avons chialé, we sat down and wept. Nous avons pleuré la douce et dure et tendre Isa et, accessoirement, sur notre jeunesse.
Dans ma mémoire c’était en 75 et c’est à ce moment-là que tout a commencé à se déglinguer autour de nous. Le téléphone qui sonnait, c’était dans ce grand appartement qu’on avait loué dans le XXème, si grand qu’on s’attirait quelques remarques acerbes. Je sortais (nous sortions), sur les genoux, d’une très longue et grosse grève perdue et nous le sentions venir, le backlash. Il y en a qui disent qu’il s’est fait dans les années 80, pas du tout, il est venu beaucoup plus vite. Les Italiens ont tenu un peu plus longtemps mais en ce qui nous concerne en 77 c’était réglé, nous nous sommes débandés après un débat en clair-obscur - ce genre de discussion que les groupes radicaux se paient tous les huit ou dix ans et où les choses vraies se disent confusément, définitivement et dans la haine. Puis les ponts individuels se sont coupés, un par un, et vite.
Mais encore une fois, dans ma mémoire, c’est le soir de ce coup de fil qui fait le partage entre deux époques, deux versants, un clivage, une césure que je n’ai pas soupçonnée sur le coup, et qui est peu à peu devenue évidente dans toute sa précision - mais des années plus tard.
Les camarades sont devenus bien des choses. Les cabinets ministériels de gauche ont prélevé leur dîme. Les bureaucraties syndicales également. Le consulting aussi, avec plus ou moins de compromis. J’en connais même un qui est devenu banquier. Certains ont écrit des livres. Et il y a ceux, nombreux, qui sont restés au cul d’une machine dans un endroit peu confortable. Finalement, comme dit le poète, on connaît gens de toute sorte,
ils n’égalent pas leurs destins.
Je me souviens d’un copain, établi, comme on disait, dans une imprimerie-usine. Un beau soir la cellule qui le soutient se réunit, décide d’abandonner le turf, on a bien réfléchi tout ça n’en vaut plus la peine, et on fait une grande fête. On se dit ciao et le lundi matin il retourne bosser au cul d’une machine. Seul. 
Bon. Je ne jette la pierre à personne, après tout les erreurs politiques existent, je les ai rencontrées. Et moi aussi je me suis retrouvé au cul d’une machine, dans un endroit pas trop inconfortable d’ailleurs - je n’en demandais pas tant.
Des années plus tard, j’ai repensé à Isa - et un peu après, de plus en plus souvent. Maintenant, je peux dire qu’il n’y a pas de semaine sans qu’elle me traverse l’esprit, à un moment ou à un autre. Ces derniers temps, cela s’accélérait. Puis je l’ai vue sur mon écran. 
A vrai dire, je m’attendais un peu à reconnaître les petits camarades. Mais là, dans le coin en bas à gauche, Isa… Avec à la main le petit journal que j’écrivais et dont on faisait la maquette tant bien que mal à l’Imprimerie du Soleil, avec Moon, la camarade Moon. 
Et je sais qu’Isa va maintenant m’accompagner, par-ci, par-là. Ce n’est pas une expérience désagréable - comme un bruissement attentif, un tintement de diapason, Isa, et son sourire de Cheshire cat.
Bonjour, animula.
C’est une question que je me suis souvent posée - on sait par cœur ce que répètent les Grands Anciens survivants de ces années-là - logorrhée, actes de contrition, stèles, thèses et épigraphes, rien ne manque. Mais ceux qui sont morts précisément in illo tempore, avec dans leur sac le carnet de chants révolutionnaires et le petit guide de Victor Serge - qu’auraient-ils à nous dire ?  Que peuvent-ils faire pour nous ? Pouvons-nous leur demander, comme dans le poème d’Eliot

Pray for Guiterriez, avid of speed and power
For Boudin, blown to pieces,

For this one, who made a great fortune

And that one who went his own way.

Pray for Floret by the boorhound slain between the yew trees,
Pray for us now and at the hour of our birth.

Priez pour Guiterriez, avide de vitesse et de puissance
Pour Boudin, réduit en bouillie
Pour celui-ci, qui fit une grande fortune
Et celui-là qui alla son chemin.
Priez de même pour Floret, que le limier a déchiré entre les ifs.
Priez pour nous maintenant et à l'heure de notre naissance.


Je ne crois pas tant aux fantômes qu’à la perpétuation du souvenir, à son ressac contrarié mais incessant, et que nos mémoires sont les échos réverbérés d’autres mémoires encore - mais en un sens cela revient au même, pour les fantômes. Ceux qui sont morts en ces années-là, avec de l’amour dans les yeux et des illusions plein leurs poches, je crois qu’ils font ce qu’ils peuvent pour nous venir en aide et nous sauver du désespoir -
ils nous hantent.


(Ceci -1- est la réédition d'un billet publié déjà mais ailleurs, ce qui explique les passages en saxon, et -2- s'insère dans le fil repris récemment dans la Zone, à suivre...)



Le poème : T.S. Eliot, Animula, 1929. Traduction de Pierre Leyris, légèrement modifiée pour le dernier vers.

Le tableau de Carel Weight fait référence à un accident survenu dans un parc d'attraction anglais, au cours duquel plusieurs enfants trouvèrent la mort.