Dans la journée du mardi 27 juillet, (Lepage) a cru devoir s’opposer à l’enlèvement des armes antiques et précieuses que contenaient ses magasins ; il voulait faire lui-même, avec ses ouvriers, une distribution régulière de tout ce qui pouvait servir à la défense personnelle des patriotes. Pendant les trois jours, M. Lepage n’a cessé de distribuer des armes et des munitions de toute espèce ; le 27, au matin, il s’était pourvu de cent vingt livres de poudre. Depuis mardi, une fonte continuelle de balles de tous calibres a eu lieu chez lui ; on en a distribué à toute heure. Il était assisté de son père, vieillard de quatre-vingt-cinq ans. Le patriotisme est héréditaire dans la famille Lepage. Lors de la première révolution, M. Lepage père, arquebusier, livra trois fois ses magasins aux défenseurs de la liberté ; aujourd’hui M. Lepage fils n’a conservé que son fusil national, et, dans ce moment, comme touts ses concitoyens, heureux du triomphe populaire, il est sous les armes à sa municipalité.
Le Constitutionnel, 7 Août 1830
La boutique de l’armurier Lepage, rue de Richelieu, reçoit la visite des manifestants. Le vieux père Lepage, quatre-vingt-cinq ans, a connu les mêmes scènes sous la Révolution, il a déjà distribué les fusils de son magasin, il abandonne ses armes de chasse, ses munitions, mais refuse ses armes anciennes et précieuses, sur son enseigne Arquebusier de Son Altesse Royale le duc d'Orléans, Son Altesse Royale saute, on laisse le duc d'Orléans.
Jean-Louis Bory - La révolution de Juillet, Gallimard éd. 1972


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