07/08/2019

Avec vues sur la sainteté (une semaine italienne, #3)


Gregory Gillespie - Intérieur romain (nature morte), 1966-67
Huile, technique mixte sur bois
Via Thunderstruck





Jørgen Sonne - Un soir à Rome, 1866



06/08/2019

Transports en commun : Bonzagni (une semaine italienne, #2)


Aroldo Bonzagni - Il tram di Monza, ca 1910-15
Collection privée
Source





Signataire du premier Manifeste Futuriste, Bonzagni s'éloigne très vite du mouvement. Peintre de genre, satiriste et caricaturiste, il meurt en 1918 de la grippe espagnole - comme Apollinaire. Son œuvre la plus connue est Rifiuti della società / Les rebuts de la société.

04/08/2019

L'Egypte, King Kong et l'Iowa


Grant Wood - Shrine Quartet, 1939
Lithographie



Cette litho fait partie d'une série de 19 exécutées pour les Associated American Artists, une galerie de New York qui vendait au grand public à des prix abordables (5 $ pièce pour les lithos noir et blanc de Wood) tout en aidant ainsi les artistes paupérisés par la Grande Dépression.

Les Shriners (Ancient Arabic Order of the Nobles of the Mystic Shrine) sont une branche "Fun" (Harold Lloyd fut un temps leur Imperial Potentate) de la Franc-maçonnerie états-unienne. Fondés vers 1870, ils ont adopté des tenues orientales - dont le Fez - et, pour leurs temples, des décorations pseudo-islamiques (1). 




Walter Millard Fleming, le fondateur


Originellement issus du Rite écossais, les Shriners étaient en fait une fraternité de fêtards excentriques et, surtout, fortunés, amateurs de rituels bizarres, de défilés festifs et déguisés. Leurs exhibitions pouvaient être assez voyantes mais, s'agissant de notables, la police fermait les yeux. Ils s'achetèrent une respectabilité en fondant des hôpitaux pour enfants et en soutenant à fond les chasses aux sorcières communistes de l'époque McCarthy : J. Edgar Hoover fut un de leurs fervents supporters et même, semble-t-il, un membre, de même que John Wayne.

Le Shrine était riche, et l'est toujours - de quoi entretenir vingt-deux hôpitaux gratuits, avec les acrobaties comptables qui vont de pair, et bâtir une kyrielle de temples fastueux dont le Los Angeles Shrine Auditorium, 6300 places assises, qui abrita longtemps la cérémonie des Oscars et autres awards...





Le Los Angeles Shrine Auditorium & Temple Al-Malaïkah



...et où Cooper et Schoedsack tournèrent la scène où King Kong se libère de ses chaînes.




Le sujet de Grant Wood, dans cette litho, c'est évidemment l'imposture. Non seulement l'orientalisme de bazar ou la fable mystique, mais leur transplantation dans le Midwest profond où, effectivement, les Shriners faisaient recette. Il faut imaginer un Rotary tendance Groucho de petits entrepreneurs  au pays de Grant Wood - Cedar Rapids, Iowa - chantant coiffés de fez devant un décor égyptien dont leurs ombres projetées dénoncent la facticité. Leurs visages éclairés de bas en haut comme par la rampe d'une scène, ils font participer le spectateur, nolens volens,  à une scène où le ridicule se mue en un sentiment d'inquiétante étrangeté.

Par son thème (la fable, le faux semblant et leur critique en sous-main) comme par sa construction en deux plans distincts, l'œuvre est à rapprocher de Daughters of Revolution (1932) ainsi que de Parson's wheem fable qui date de la même année,1939 (2).

L'Unheimlich, l'inquiétante étrangeté dans notre bizarre traduction française, ne va pas en allemand sans le sentiment persistant du Heim, du foyer ; et Grant Wood, ce régionaliste à double fond, sait parfaitement peindre ce moment où le local, le tranquille et le bien-de-chez-nous vire à l'angoisse indicible et à la frayeur latente.



À propos de Grant Wood déjà, ici, là, là ou encore là.


(1) Sur l'orientalisme états-unien des années 1870-1930 et le mythe des Mille et Une Nuits, voir Susan Nance, How the Arabian Nights Inspired the American Dream, 1790-1935, University of North Carolina Press, 2009.

(2) Pour une analyse de Parson's wheem fable, qui ironise sur la fameuse anecdote du jeune Washington et de l'arbre, voir  R. Tripp Evans, Grant Wood, a life, Knopf ed. 2010, pp. 266-269.

02/08/2019

Parcs et jardins : Francis Speight, usines et pommes de terre


Francis Speight - Depression garden, 1939




Il y a un jeu dans ce titre. Le potager est installé dans une légère dépression du terrain. Mais on appelait aussi Depression Gardens les jardins potagers que les ménages appauvris par la Grande Dépression de 1929 cultivaient pour survivre, derrière leur maison ou, parfois même, dans des terrains fournis par les entreprises. Ainsi ce Depression Garden organisé par la Sheet & Tube de Youngstown pour ses ouvriers : 









Les logements ouvriers à droite, l'aciérie au fond.
Source :  Donna M. DeBlasio - Images of America : Youngstown, Arcadia Pub. 201,  p. 88.


Au plus fort de la Dépression les aciéries de Youngstown fonctionnaient au quart de leur capacité. Jusqu'à trois mille ouvriers ont travaillé dans les Depression Gardens de Youngstown, surnommée Hungry City - la cité de la faim. 

A Detroit à la même époque, cela s'appelait les Thrift Gardens - jardins économiques.







Et toujours à Detroit aujourd'hui, après l'effondrement de l'industrie automobile, cela s'appelle l'Urban Farming, avec différents modèles, depuis Earthworks jusqu'à l'Oakland Avenue Farm et au mégaprojet de la Michigan Urban Farming Initiative...





Le projet MUFI




...tout cela donnant lieu à des débats fort intéressants, en anglais ou en français. Mais de toute façon, une chose est certaine : les usines passent, les pommes de terre resteront.

01/08/2019

Solitaire, mais deux fois


Modern Jazz Quartet - Lonely Woman (Ornette Coleman, 1959)
également sur l'album du même nom, 1962
Milt Jackson, vib - John Lewis, p - Percy Heath, b - Connie Kay, d
Mis en ligne par Fotis Xenakis





Ornette Coleman - Lonely Woman de l'album The Shape of Jazz to come, 1959
Ornette Coleman, as - Don Cherry, c -  Charlie Haden, b - Billy Higgins, d
Mis en ligne par Zaanjam Studios

31/07/2019

Ronde de nuit : par excellence



Linden Frederick - Police
Huile sur toile
Via urgetocreate

30/07/2019

Duos : climat


Richard Ferrand (président de l'Assemblée nationale française) et Greta Thunberg (qu'on n'a plus besoin de présenter), Assemblée nationale susdite, 23 juillet 2019
Photo AFP / Lionel Bonaventure
Source




Carte de la bascule climatique autour de 2047


Le point de bascule climatique (climate departure), tel qu'il a été défini par des chercheurs de l'Université de Hawaï (1), est le moment à partir duquel, en un lieu donné, la température de l'année la plus froide devient égale ou supérieure à la température de l'année la plus chaude depuis 150 ans. Dans le scénario "business as usual", c'est-à-dire celui où les émissions de gaz à effet de serre continuent au rythme actuel, ce point de bascule est atteint en 2047 en moyenne planétaire (mais plus tôt ou plus tard selon les endroits, comme on le voit sur la carte).

En 2047 Richard Ferrand sera âgé de 85 ans. Greta Thunberg en aura 44.

Et maintenant notre question-test : à laquelle des deux personnes photographiées ci-dessus achèteriez-vous une planète d'occasion ?








29/07/2019

Les vacances du bestiaire : Barry Moser, enfin


Barry Moser - The Great Whale
Ill. pour Moby Dick, Arion Press, San Francisco, 1978
Gravure sur bois
Source

28/07/2019

L'art de la fenêtre : Barry Moser, encore


Barry Moser - He lived in a basement apartment...
Ill. Pour Ethel Pochocki - The Mushroom Man at Home
Green Tiger Press, New York, 1993
Source

27/07/2019

L'art de la lecture : Barry Moser, le roi Arthur, la locomotive et Mordred dansant au clair de lune


Barry Moser - Ill. de couverture pour Donald Barthelme - The King
Première édition, Harper & Row, New York, 1990
Via Biblioklept





Donald Barthelme - Le Roi
avec huit gravures sur bois de Barry Moser
Denoël éd. 1992




Trad. d'Isabelle Chedal et Maryelle Desvignes




Barry Moser - Ill. pour The King : Mordred
Via Biblioklept, toujours







26/07/2019

Ronde de nuit : en apnée


Marie Tooth (Patricia Aibar) - Sleep Apnea / Apnée du sommeil, 2016
Aquarelle
Via Artig Gallery




Patricia Aibar, artiste barcelonaise née en 1985, est atteinte de la maladie de Charcot-Marie-Tooth (CMT) (1). Elle en a fait son nom d'artiste. Son travail porte sur l'image du corps.

Le syndrome d'apnée du sommeil (SAS) est parfois associé à la CMT. Les signes dessinés ici sur les doigts font penser aux icônes sur les panneaux de commande des appareils d'assistance respiratoire utilisés la nuit par les personnes atteintes de SAS. Entre tatouage et stigmate rêvés, ces marques pourraient symboliser l'intrication du corps et de la machine dans le processus de sommeil.



(1) A ne pas confondre avec la maladie de Charcot tout court, ou SLA. La CMT est une maladie neurologique qui ralentit la vitesse ou l'intensité de l'influx nerveux, mais elle n'affecte pas l'espérance de vie.

25/07/2019

Ayons congé : célébration


Pierre Bonnard - Femme assoupie sur un lit ou L'indolente, 1899
Huile sur toile
Musée d'Orsay, ancienne collection Félix Fénéon



Il y aura plus de monde aux deux expositions Fénéon, présente et à venir (1), qu'à l'incinération du critique, collectionneur et anarchiste (c'est le sous-titre du catalogue) : le 4 mars 1944 ils étaient huit (2) en tout et pour tout : André Berne-Joffroy, François Michel, Bernard Groethuysen, Alix Guillain, René Delange, Maria Van Rysselberghe, César de Hauke et, bien sûr, Jean Paulhan.








La collection Fénéon, où s'assoupissait l'indolente, fut dispersée en plusieurs lots de 1941 à 1944. On trouvera ici, par exemple, le catalogue de la première vente.

C'est une année Fénéon qui s'est ouverte. Les œuvres complètes, publiées il y a presque un demi-siècle (3) chez Droz par Joan Halperin, vont être rééditées aux éditions du Sandre ; le premier volume serait attendu le 17 octobre.


Et, à propos de Fénéon, déjà.




(1) Félix Fénéon (1861-1944) Les temps nouveaux, de Seurat à Matisse, au Musée de l'Orangerie du 16 octobre 2019 au 27 janvier 2020, et Félix Fénéon - Les arts lointains, Musée du quai Branly, du 28 mai 2019 au 29 septembre 2019.

(2) "...interminable incinération - le charbon manque en cette fin de guerre" selon Claire Paulhan, Joan Ungersma Halperin et Flora Vinatier, "Histoire vraie", catalogue de l'exposition, p. 54.

(3) Sous le titre d'Œuvres plus que complètes  - "car le goût de Fénéon pour l'anonymat et son fréquent recours à des pseudonymes ont rendu ma tâche hasardeuse : croyant reconnaître notre auteur, je lui peut-être parfois attribué une fausse paternité" Joan U. Halperin, Au lecteur, en tête des Œuvres plus que complètes, Droz éd. 1970. Il est toujours fascinant de voir qu'une œuvre peut ainsi déborder son auteur.

24/07/2019

Le diable probablement : parfois, allez, on se lâche (mais on paie après)


Ken Russel - The devils, 1971, scène d'introduction
Graham Armitage (Louis XIII), Christopher Logue (le cardinal de Richelieu)
Mis en ligne par Mrlvan




Jerzy Kawalerowicz - Mère Jeanne des Anges, 1961
Lucyna Winnicka (Mère Jeanne des Anges), Mieczyslaw Voit (Père Joseph Surin), Zygmunt Malawski (l'exorciste)
Mis en ligne par Studio Filmowe Kadr




Basés, comme on sait, sur les mêmes faits (plus ou moins) réels.

23/07/2019

Le diable probablement : si je ne me retenais pas


Illustration, publicité pour un cours d'expression en public et de développement personnel dans un magazine états-unien pour apiculteurs
Gleanings in Bee Culture, Juillet 1916




M. Chat - C'est affreux, je les ai tous, qu'est-ce que je vais faire...
Mme Chat - Même la conscience de soi ?
M. Chat - Oui, juste un peu, mais ça suffit...
Mme Chat - En même temps, pourquoi faire des conférences aux abeilles par cette chaleur ? 




21/07/2019

Transports en commun : the happy few


Horace Taylor - Brightest London is Best Reached by Underground, 1924
Affiche publicitaire pour l'Underground Electric Railways Company of London

20/07/2019

La rémunération au chapeau : Donghi


Antonio Donghi - Il giocoliere / Le jongleur, 1936



D'Antonio Donghi, déjà.

19/07/2019

L'art de la cuisine : Ken Currie


Ken Currie - Our Share / Notre part, 2009
Huile sur toile
Via Thunderstruck

18/07/2019

Le fils du roi se promène au bout d'une autre chanson


Anne Vanderlove (1939 ou 1943 - 30 juin 2019) - La fontaine de Dijon, 1967
Mis en ligne par Ahmad F Elyan

17/07/2019

L'art de la fenêtre : Bang


Viktoriia Sviaiuk - Sans titre, de la série Même la guerre est quotidienne, 2019
Pierre noire sur papier
Via amare-habeo





Viktoriia Sviaiuk, artiste ukrainienne née en 1989, a étudié les arts graphiques à Kiev puis en France. La série Même la vie est quotidienne décrit la vie de sa grand-mère dans son appartement à Stakhanov (1), qu'elle a depuis abandonné aux séparatistes pro-russes de la République populaire de Lougansk, théâtre de la seule guerre chaude intra-européenne  à ce jour.



"J’ai cherché à comprendre « la beauté de l’explosion » en réalisant des dizaines de croquis. De nombreux témoignages provenant de l’Est de l’Ukraine prouvent que même les civils sont souvent attirés par la beauté hypnotique des explosions."
Viktoriia Sviaviuk, via Le curieux des arts (d'autres dessins de la série sur la même page).


(1) Ainsi nommée car elle est la ville natale d'Alexeï Stakhanov.

16/07/2019

Ronde de nuit : Takeshi Miyasaka


© Takeshi Miyasaka - Titre inconnu
Via It's Nice That





Egalement sur Flickr.








Et pendant ce temps-là...


15/07/2019

Ciel... Babylone (et Klemens Brosch, encore)


Klemens Brosch - Sternwarte / Observatoire, 1926
Huile sur toile
Nordico Stadtmuseum Linz
Source






Ted Chiang - La tour de Babylone, 1990
Trad. Pierre-Paul Durastanti, Denoël éd. 2006




Détail






(Bien sûr, il faudrait lire la nouvelle jusqu'au bout pour savoir où se trouve le ciel, précisément.)

08/07/2019

L'art de la lecture : la pourpre et l'or

Évangiles de Saint-Germain des prés, 9e siècle.
Parchemin, écriture à l'or liquide sur pourpre rose foncé, couleurs non retouchées
Via Maxence Hermant



La pourpre utilisée pour teindre ces manuscrits d'apparat carolingiens n'était pas extraite du murex comme dans l'antiquité, mais de l'orseille de lichen ou du tournesol macéré.


Et les chats reprennent une semaine de vacances, de retour au lendemain de la fetnat...

07/07/2019

Oh pardon, je vous ai écrasé le gros orteil (une semaine de maintien de l'ordre, 7)


Colette Magny - Répression, 1972
Mis en ligne par LIBEROJAZZ





Et, quarante-sept ans plus tard...



En Belgique, j’ai fait plein de marches pour le climat avec mon gamin de 6 ans sur les épaules. Je n’oserai jamais le faire en France. On ne peut pas se résoudre à ça dans une démocratie. Je ne fais pas partie de ceux qui vont dire « sale flic », parce qu’eux aussi sont sous tension et ils ne sont jamais que les instruments d’ordres qui leur sont donnés par la préfecture ou par le ministère. Mais je pense que Castaner devrait démissionner immédiatement. Il faut repenser en urgence la gestion du maintien de l’ordre en France, avoir une vraie réflexion par rapport aux techniques policières, aux nasses, à l’utilisation des armes comme les grenades, les LBD, et plus globalement sur comment réinstaurer un dialogue entre les services de police, de gendarmerie et les manifestants.

François Gemenne, Université de Liège & Sciences-po Paris

06/07/2019

While the city sleeps (une semaine de maintien de l'ordre, 6)


Paris : la République en panne, épisode 1 : les rats
Mis en ligne par TARANIS NEWS






Paris : la République en panne, épisode 2 : la honte
Mis en ligne par TARANIS NEWS





Paris : la République en panne, épisode 7 : le harcèlement
Mis en ligne par TARANIS NEWS







(While the city sleeps / Quand la ville dort - Fritz Lang, 1956)

04/07/2019

The high window (une semaine de maintien de l'ordre, 4)









Zineb Redouane (1938-2019)













(The High window / La grande fenêtre - Raymond Chandler, 1943 -  John Brahm, 1947)

01/07/2019

Une semaine de maintien de l'ordre (1) : un peu d'air frais (et aussi : petite et grande histoire du gaz, #5)


Pont Sully, Vendredi 28 juin 2019, jour le plus chaud à Paris, innovation française : le brumisateur lacrymogène

















(Un peu d'air frais / Coming up for air, George Orwell, 1939)