16/02/2008
The key to it all
Orson Welles lit les débuts de Moby Dick
"...the image of the ungraspable phantom of life, and this is the key to it all"
31/01/2008
Pooneil, Godard, les flics et la chanteuse
Le 1er Novembre 1968 Jean-Luc Godard (qu'on peut voir à la fenêtre dans un des premiers plans), D. A. Pennebaker et Richard Leacock donnent rendez-vous au Jefferson Airplane pour un concert non autorisé sur le toit du Schuyler Hotel, 57 West 45th Street, New York. Il tournent un film politique qu'il veulent intituler 1 A.M. (One American Movie). Le sujet, c'est le soulèvement en cours de la jeunesse états-unienne, à ce titre ils tiennent à y faire figurer l'Airplane, qui chante Somebody to love et The house at Pooneil corner, seul morceau à être filmé.
La police intervient avant le troisième morceau, qui devait être Crown of creation.
Ce qui veut dire que pour une bonne partie de ma génération la formule du petit déjeuner se composa plusieurs mois durant de cette musique et d'un bol de Nescafé.
Peu après cette journée de tournage, Godard quitte l'équipe pour une virée au Québec. Quand il revient à New-York il juge que les rushes tournés par le duo Pennebaker/Leacock ne correspondent pas à son projet et il se brouille avec eux. Ce qui reste du film sera repris par Pennebaker sous le titre de 1 P.M. (One parallel Movie) ou, comme Godard l'a rebaptisé, "One Pennebaker Movie". On peut retrouver cet épisode décrit chez Anne Wiazemsky (Un an après, Gallimard éd. 2015, pp. 164-165).
29/01/2008
La grande course aux signatures de 1840, ou l'histoire des quatre capitaines (le voyage de Meryon #6)
Au fond à droite sur la côte nord on aperçoit l'entrée de la rade de Port Cooper/Lyttleton Harbour.
Un peu plus près à l'ouest, légèrement cachée, on discerne l'entrée de Pigeon Bay. A l'horizon, la ville de Christchurch.
La pénétration a jusqu'alors suivi les étapes classiques des installations européennes du Pacifique : d'abord les aventuriers, déserteurs des équipages de baleiniers et de pêcheurs de phoques, bagnards échappés d'Australie, trafiquants d'armes, de poudre et d'alcool - et les missionnaires protestants et catholiques. On estime à deux mille les colons d'origine anglaise ainsi installés au début de 1839. En même temps une économie de type marchand se diffuse dans les îles à travers le commerce du mousquet, du bois, du lin et l'activité des stations baleinières. L'inégalité des termes de l'échange - des biens manufactués, rares pour les Maoris, contre des terres abondantes - redouble classiquement celle des moyens militaires.
Ensuite, viennent les sociétés de colonisation : en 1833 la tentative avortée d'une première New Zealand Company, puis la réussite de la seconde dont le premier navire, le Tory, quitte les côtes anglaises le 12 Mai 1839.
Les premières cessions de terres se font dans l'ignorance mutuelle du droit et des coutumes spécifiques à chacune des parties, anglaise et maorie. Or ces règles sont bien différentes - par exemple chez les Maoris certaines cessions de terrains, effectuées par des individus, sont en fait soumises à l'autorisation de la collectivité, exprimée par le biais de ses chefs. De plus, des terres qui "appartiennent" à un groupe peuvent également être grevées de droits détenus par des groupes plus lointains - tout cela découlant d'un droit foncier coutumier complexe, dépendant d'un système de répartition entre groupes et sous-groupes - Waka, Iwi et Hapu (1) - système opaque aux nouveau-venus occidentaux. De leur côté ces derniers établissent des actes de vente qui les favorisent sans trop de scrupules, les transcrivant dans une langue non maîtisée par les Maoris. Il en résultera des litiges interminables que le tribunal de Waitangi travaille encore aujourd'hui à désenchevêtrer, et qui seront la source des conflits sanglants de la seconde moitié du XIXème siècle.
Le camp européen a ses contradictions. Les missionnaires, notamment Henry Williams, comprennent que la pression économique finira par exproprier les tribus et les pousser à la violence; ils se lancent dans une campagne contre la NZ Company, qui de son côté exhortera les colons à se gouverner eux-mêmes, par crainte de voir la Couronne prendre des mesures pour protéger les Maoris. Le Colonial Office, qui dispose d'un nombre limité de vaisseaux de guerre dans cette partie de l'Océanie - tout au plus les HMS Britomart, Herald et Pelorus - est pris entre la menace d'une révolte maorie si on laisse le champ libre aux immigrants, et sa répugnance à annexer le territoire sans avoir les moyens de le contrôler. Aussi la Couronne n'a toujours pas proclamé l'annexion de la Nouvelle-Zélande, se contentant d'envoyer en 1833 un "résident", James Busby, pour négocier avec les chefs Maoris.
C'est à la mi-1839 que les événements se précipitent. En Septembre la NZ Company va faire partir trois convois d'émigrants sur l'Oriental, l'Aurora et l'Adelaïde, dans la plus stricte illégalité vis-à-vis des autorités anglaises. Lord Normanby, chef du Colonial Office, se résoud à dépêcher sur place l'énergique capitaine William Hobson, avec le titre de "lieutenant-gouverneur de tout territoire sur lequel Sa Majesté détient ou peut détenir la souveraineté en Nouvelle-Zélande" et les missions :
- de traiter avec les Maoris de façon à ce qu'ils reconnaissent la souveraineté de la couronne britannique, car "la Reine, comme son prédécesseur, décline pour elle-même comme pour ses sujets toute prétention à s'emparer des îles de Nouvelle-Zélande, ou à les gouverner comme une partie des Dominions de Grande-Bretagne, sauf à obtenir préalablement le consentement libre et éclairé des natifs, exprimé selon leurs usages. Croyant cependant, que leur propre bien-être serait, dans les circonstances que j'ai décrites, mieux promu par la remise à Sa Majesté d'une souveraineté maintenant si précaire et guère plus que nominale, et persuadée que les bénéfices tirés de la protection britannique et des lois administrées par des juges britanniques feraient bien plus que compenser le sacrifice par les natifs, d'une indépendance nationale qu'ils ne sont plus capables de préserver, le gouvernement de Sa Majesté a résolu de vous autoriser à traiter avec les aborigènes de Nouvelle-Zélande pour la reconnaissance de la souveraineté de Sa Majesté sur tout ou partie de ces îles qu'ils pourraient souhaiter placer sous son autorité" (2)
- de faire en sorte, avec l'accord des chefs Maoris, qu'aucune terre ne soit plus vendue sauf à la Couronne, et en conséquence de proclamer qu'aucun titre de propriété ou acte de vente passé ou à venir ne sera reconnu valide que s'il est assorti d'une concession de la Couronne (Crown grant) (3).
Mais une fois ces instructions connues à Paris, une campagne se déchaîne - sans doute à l'instigation des investisseurs qui formeront une première compagnie de colonisation mort-née, puis, à la fin de l'année, la Nanto-bordelaise - pour que la France prenne sa part de Nouvelle-Zélande. C'est après une quarantaine d'articles dans les journaux français, et une pétition de la Chambre de Commerce (4) que le roi et le gouvernement donneront leur accord pour l'expédition navale.
En retour bien sûr l'agitation française, puis les préparatifs de l'Aube et du Comte de Paris ne restent pas inaperçus des autorités anglaises. Normanby et Hobson savent donc qu'ils devront faire face à une double crise, intérieure avec la NZ Company et extérieure avec la marine de Louis-Philippe, active dans le Pacifique puisqu'au même moment à Tahiti les pasteurs de la London Missionary Society (LMS) sont confrontés à Dupetit-Thouars (un escorteur de baleiniers, lui aussi...)
Hobson croyait les Maoris du Sud incapables "de par leur ignorance de conclure en connaissance de cause un traité avec la Couronne". Bunbury, tout au contraire, trouva des chefs qui pour certains entendaient suffisamment d'anglais et étaient en tout cas disposés à croire, comme ceux du Nord, qu'ils signaient de puissance à puissance et que cela valait mieux que d'être "découverts" comme de bons sauvages. En une quinzaine de jours, il reçoit l'accord de quatorze chefs à Ruapuke, Otaku, Akaroa (Tikao, dont Meryon fera le portrait, est parmi les signataires) et Cloudy Bay, où il proclame en conséquence la souveraineté anglaise saluée le 17 juin par vingt et un coups des canons du Herald.
Ignorant de ces événements, Langlois jette l'ancre du Comte de Paris le 9 Août à Pigeon Bay sur la côte nord de la péninsule de Banks. Il invite à bord des chefs Maoris et leur fait signer des actes de vente en blanc. Les négociations se font en anglais, avec un interprète Maori local, et Langlois écrira les actes de vente en français quelques jours plus tard à Akaroa. Le premier des actes transfère à la Nanto-bordelaise la propriété de la péninsule de Banks en contrepartie d'un paiement en marchandise dont ni la liste ni la valeur ne sont spécifiées, bien qu'il soit admis que cette valeur était supérieure aux 850 francs qui restaient à devoir sur le contrat de 1838. Le second acte porte sur la vente d'une étendue de terrain beaucoup plus importante, plus du tiers de l'île sud, de la côte ouest à la côte est, depuis Kaikoura au nord à Te Waiteruati (aujourd'hui Temuka) au sud, pour 120.000 Francs payables en cinq fois sur dix ans, le premier paiement étant effectué le 24 août à Akaroa en marchandises. Le contenu de ces deux actes, particulièrement l'étendue des terres cédées, sera par la suite contesté par les Maoris.
De son côté l'Aube, le navire de guerre du capitaine Lavaud, mouille le 10 Juillet à la Baie des Iles où le capitaine Hobson l'informe que l'île du sud étant désormais sous souveraineté anglaise tout nouvel achat de terres par des Européens sera considéré comme nul par le Colonial Office, et que les achats antérieurs devront être confirmés par les land commissioners anglais. Il semble bien que Lavaud et Hobson soient arrivés alors à un accord provisoire : "Fondamentalement Lavaud ne devait rien faire qui pourrait remettre en cause les droits des britanniques à la souveraineté sur l'Ile du Sud, tandis que ceux-ci, autoriseraient non seulement les colons français à débarquer et à s'installer sur les terres que Langlois avait achetées, mais s'engageaient aussi à n'entreprendre aucune action qui puisse porter atteinte à l'autorité de Lavaud sur ces mêmes colons... Le drapeau français ne devait pas être arboré comme un signe de revendication française" (5). Le 22 Juillet Hobson dépêche un navire de guerre, le Britomart, capitaine Stanley, avec deux magistrats à son bord, pour surveiller l'arrivée des navires français et établir un tribunal britannique à Akaroa en signe de souveraineté. Lavaud lui-même ne quittera la Baie des Iles que le 27.
Vues du ciel, la pénisule de Banks et la rade d'Akaroa
Lavaud a croisé le baleinier français Pauline qui, abordant à Port Cooper, informe Langlois que l'Aube est à Akaroa, l'empêchant du même coup de pproclamer la souveraineté française (6) ce qui aurait provoqué un incident diplomatique. Le Comte de Paris part immédiatement rejoindre l'Aube et arrive le 17 Août à Akaraoa pour recevoir la visite d'une barque du Britomart portant les magistrats britanniques, et découvrir que la loi anglaise est censée désormais s'appliquer dans la petite colonie. Langlois rédige les contrats signés à Pigeon Bayen les antidatant des 11 et 12 Août, c'est-à-dire avant qu'il ait eu vent de la souveraineté revendiquée par Hobson.
Cette souveraineté anglaise, Lavaud ne l'a évidemment pas reconnue, mais on a vu qu'en même temps il s'est mis d'acord avec Hobson pour ne pas la défier. Il garde des relations courtoises avec Stanley qui ne fait pas flotter le pavillon britannique sur Akaroa, permettant ainsi au commandant de l'Aube de conserver son autorité sur les colons français à terre. La guerre du Pacifique n'aura pas lieu; l'heure est venue des contacts diplomatiques pour débrouiller les revendications des deux parties, qui disposent chacune de documents à faire valoir et de canons sur place. Les entretiens vont commencer entre le chargé d'affaires de Louis-Philippe à Londres et Lord Aberdeen.
Et maintenant qu'il est à pied d'oeuvre Lavaud découvre toutes les faiblesses des contrats de Langlois, y compris ceux de 1838, signés à Port Cooper par des Maoris de tribus différentes de celles d'Akaroa. Il prend connaissance de revendications d'autres européens, notamment Hempelman, et des français Cafler et Ratau qui avaient eux aussi "acheté" la péninsule de Banks. "Tout ce dédale m'a prouvé que les naturels ont été trompés par les acquéreurs, qui ont écrit eux-mêmes leurs contrats, en y mettant plus que moins, mais que plus tard, ceux-ci s'en apercevant, ont vendu à plusieurs la même portion de terre, pour laquelle chacun vient aujourd'hui étaler ses prétendus droits; néanmoins, je suis fortement porté à croire, que pas un des contrats que j'ai vu jusqu'ici, n'est rédigé de bonne foi" (7). Lavaud sait aussi que les Anglais ne reconnaîtront pas, même s'ils sont antidatés, les contrats apportés de Pigeon Bay par Langlois. Il lui demande donc de rédiger un document entièrement nouveau, antidaté cette fois de 1838, que Langlois signe un peu plus tard avec des chefs Maoris du nord de la péninsule et d'Akaroa. Le père Comte, missionnaire français, sert d'interprète et trois officiers de l'Aube de témoins. Le contrat transfère à Langlois la totalité de la Péninsule sans préciser la limite occidentale des terres cédées et à l'exception d'une portion qui devient réserve Maorie, cela pour un montant de 6.000 francs au lieu des 1.000 initialement prévus, les marchandises correspondantes à livrer aux Maoris étant maintenant listées. Comme pour les autres contrats, les termes de celui-ci seront contestés par les Maoris; il sont aussi mis en doute, selon Peter Tremewan, par certains Français comme Belligny, représentant sur place de la Nanto-bordelaise, pour qui le contrat n'aurait porté en réalité que sur le port d'Akaroa, en plus des terres déjà achetées par Langlois à Port Cooper et Pigeon Bay. Et pour les Maoris les terres vendues à Akaroa se limitaient à celles occupées par les colons français.
Pendant ce temps les colons du Comte de Paris sont dans des tentes, par le froid rigoureux de l'hiver Néo-Zélandais. Lavaud et Belligny d'un côté, le capitaine Stanley et les deux magistrats anglais de l'autre délimitent 3.000 acres (1.200 hectares) de terrain dans la baie de Pala Akiri, pour y installer les immigrants : 5 acres par homme adulte, deux et demi par enfant de 10 à 15 ans. Comme il n'y a pas assez de place pour tous, on regroupera les Allemands un peu plus loin à Takamatua - et je ne peux m'empêcher de penser que ces pauvres gens que la misère a poussés là doivent grandement ressembler à mes arrière-arrière-grands-parents, n'était-ce le hoquet de l'histoire qui les a projetés aux antipodes. Ils y feront souche, devenant de loyaux sujets de Sa Majesté, et aujourd'hui encore certaines rues d'Akaroa portent des noms français.
Quand la Nanto-bordelaise, en France, apprend que l'Angleterre revendique la souveraineté sur l'île du sud, elle cesse d'envoyer des colons et prend dès 1841 des contacts à Londres pour savoir si elle pourrait revendre ses titres de propriété à la New Zealand Company - mais pour cela il faudra d'abord que ces titres soient reconnus par la Couronne, tractations et péripéties qui dureront jusqu'en 1849. En attendant, Lavaud s'installe dans le provisoire, on construit des maisons de torchis, petit bourg qu'on baptise du nom pompeux de Philippeville, on plante des choux et des pommes de terre. Au début de 1842 une nouvelle corvette, l'Allier, remplace l'Aube, toujours sous le commandement de Lavaud. Il ne sera relevé qu'en Janvier 1843 à l'arrivée de la corvette Le Rhin - capitaine Bérard, un des grands explorateurs du Pacifique - avec à son bord un cadet de 1ère classe nommé Charles Meryon.
(1) Voir par exemple Steven Webster, Maori Hapu as a whole way of struggle 1840s-50s before the land wars. Sur le droit foncier coutumier maori et sa compréhension par les auteurs Pakeha (non-Maoris blancs) du XIXème siècle, lire le chapitre 8 de l'étude de Hazel Riseborough et John Hutton pour le Tribunal de Waitangi, The crown's engagement with customary tenure in the 19th century.
(2) et (3) Lettre de mission de Lord Normanby à Hobson, en date du 14 Août 1839.
(4) Selon Gibbon Wakefield, rapport au Select Committee for New-Zealand affairs du 17 Juillet 1840, cité par J. C. Andersen, "The mission of the Britomart at Akaroa".
(5) Peter Tremewan, French Akaroa, an attempt to colonize southern New-Zealand, pp. 94-95, cité et traduit par Nicolas Poirier, Les baleiniers français en Nouvelle-Zélande, p. 115.
(6) Lettre du capitaine Lavaud au ministre de la Marine, en date du 19 Août 1840, citée par Johannes C. Andersen, The mission of the Britomart at Akaroa.
(7) Rapport général du capitaine Lavaud, p. 30, Archives du Ministère de la Marine et des Colonies, A.N. BB4 1011, cité par Nicolas Poirier, Les baleiniers français en Nouvelle-Zélande.
Sources :
Johannes C. Andersen, The mission of the Britomart at Akaroa, 1919. Andersen a dépouillé, entre autres, le journal de bord de Stanley et celui du magistrat anglais.
Jean Ducros, Charles Meryon, officier de marine, peintre-graveur 1821-1868, Musée de la marine, Paris, 1968.
Nicolas Poirier, les baleiniers français en Nouvelle-Zélande, Les Indes savantes éd., 2003. Nicolas Poirier prépare une thèse sur les baleiniers français; comme Ducros il a exploité les archives du Ministère de la Marine, notamment les lettres et rapports de Lavaud et Bérard.
Peter Tremewan, French purchases in Banks peninsula, abrégé du rapport dans le cadre du Ngai Tahu Land report au Tribunal de Waitangi. Le livre de Tremewan, French Akaroa, an attempt to colonize southern New-Zealand, University of Canterbury press 1990, est malheureusement indisponible. C'est l'ouvrage de référence en langue anglaise.
13/01/2008
Façons de découper le temps et les baleines

cliquer sur la baleine
Un affichage plein écran est préférable; en bas à droite, choisir un des trois modes d'affichage, mosaïque, timeline ou pinwheel. A partir de la page d'accueil du projet on peut glaner quelques explications, voir en particulier la partie "interface".
11/01/2008
Le greffe : La pointe courte
24/12/2007
Peace on earth & Bollywood
...et son remake par Hanna-Barbera (1955)...
...évidemment certains ne suivront pas ces bons conseils...
...Joyeux Noël
18/12/2007
Ce qui se passait au printemps de 1839 (le voyage de Meryon #5)
18 Avril 1839 : Baudelaire est renvoyé du lycée Louis-le-Grand
Ce matin M. votre fils, sommé par le sous-directeur de remettre un billet qu'un de ses camarades venait de lui glisser, refusa de le donner, le mit en morceaux et l'avala. Mandé chez moi, il me déclare qu'il aime mieux toute punition que de livrer le secret de son camarade, et pressé de s'expliquer dans l'intérêt même de cet ami qu'il laisse exposé aux soupçons les plus fâcheux, il me répond par des ricanements dont je ne dois pas souffrir l'impertinence. Je vous renvoie donc ce jeune homme, qui était doué de moyens assez remarquables, mais qui a tout gâté par un très mauvais esprit, dont le bon ordre du collège a eu plus d'une fois à souffrir. Veuillez agréer, Monsieur, avec l'expression de mes regrets, l'assurance de mes sentiments les plus respectueux et les plus distingués.
Aux armes, citoyens !
Peuple, lève-toi ! et tes ennemis disparaîtront comme la poussière devant l'ouragan. Frappe, extermine sans pitié les vils satellites, complices volontaires de la tyrannie; mais tends la main à ces soldats sortis de ton sein, et qui ne tourneront point contre toi des armes parricides.
En avant ! Vive la République !
"Hier, à trois heures et demie, aux premiers coups de fusil, le roi a fait venir chez lui le maréchal Soult et lui a dit : "Maréchal, l'eau se trouble. Il faut pêcher des ministres." Une heure après, le maréchal est venu chez le roi et lui a dit, en se frottant les mains, avec son accent méridional : Cette fois, Sire, jé crois qué nous férons notré coup". Il y a, en effet, ce matin un ministère dans le Moniteur" (1).
La crise ministérielle qui durait depuis trop longtemps aux yeux de Louis-Philippe est résolue. Le maréchal Jean-de-Dieu Soult est premier ministre.
Le colonel Aupick, beau-père de Baudelaire, ne couche pas chez lui dans la nuit du 12 au 13 : il participe activement à la répression. Cela lui vaudra trois mois plus tard d'être promu général de brigade.
Le printemps se termine; Charles Meryon est toujours à l'école navale à Brest, il bûche l'hydrographie, la cartographie et les manoeuvres de marine. Il est considéré comme "intelligent mais indiscipliné" (2) et se prépare à passer l'examen de fin d'études.
23 Juin 1839 : le corps de lady Hester Stanhope est enterré à Joun selon le rite de l'Eglise d'Angleterre et dans un cercueil enveloppé du drapeau britannique, contrairement à ses dernières volontés par lesquelles elle reniait tout lien avec son pays d'origine et avec la religion chrétienne.
C'est maintenant l'été. Le 24 Juillet 1839 le vaisseau de guerre l'Héroïne rentre de Nouvelle-Zélande en rade de Brest. Son commandant, le capitaine Cécille, prend la route de Paris. A côté de lui dans la diligence, un jeune cadet de seconde classe tout juste sorti de l'école navale, onzième sur soixante de sa promotion, Charles Meryon. Cécille lui expose les plans de colonisation de l'île du Sud et l'encourage vivement à rejoindre le capitaine Lavaud qui va partir sur l'Aube pour la péninsule de Banks.
(1) Victor Hugo, Choses vues, Dimanche 12 Mai 1839.
(2) Roger Collins, Charles Meryon, a life, Garton & Co, Devizes, 1999, p. 29.
14/12/2007
Le cadeau de Noël de l'oeil des chats : The bloody olive
Un film de Vincent Bal, à partir d'une BD de Lewis Trondheim
Vincent Bal a aussi fait cet autre film, Miaou...

avec Carice Van Houten, oui, vous savez bien
09/12/2007
Fantômes à la rencontre : What was on (1957)

08/12/2007
07/12/2007
Des Maoris et des baleines, ou l'histoire de deux manteaux, six pantalons, douze chapeaux, deux paires de chaussures, un pistolet et deux chemises

Août 1838. Pierre-Narcisse Chaspoux, la mère de Meryon, est gravement malade. Elle fait faire son testament, que les rhumatismes articulaires l'empêchent de signer elle-même (1). Charles Meryon, de son côté, bûche la navigation, la mécanique et la chimie à Brest; il est passé en seconde année d'Ecole navale, 42ème sur 60. Charles Baudelaire, né la même année que Meryon, termine sa rhétorique à Louis-le-Grand avec les premiers prix de discours français et de version latine - il ne commencera vraiment à faire du mauvais esprit que l'année suivante.
Le soir, des fenêtres de l'internat où il dévore les volumes de Hugo que lui apporte un externe, il voit dans la rue Saint-Jacques les lueurs que tourmente le vent des réverbères à huile - du moins est-ce fort probable, plus des deux tiers des rues de Paris étant encore ainsi éclairées à cette date. Rambuteau puis Haussmann n'auront généralisé l'éclairage au gaz qu'au début des années 1850.
Lampes à huile et quinquets fonctionnent à l'huile de baleine, c'est le pétrole du début du XIXème siècle. En 1838 encore une trentaine de bateaux baleiniers partent du port du Havre. Ils étaient soixante en 1825 - s'ils sont de moins en moins nombreux, ce n'est pas seulement à cause du gaz, mais aussi parce que les frais s'alourdissent : la baleine migre.
"De 1830 à 1835, on la pêche particulièrement aux îles Malouines, au sud de l’Amérique, que les Anglais, bien entendu, ont appelé les îles Falkland, autour de l’île Tristan da Cunha, et le voyage dure 7 à 12 mois. De 1836 à 1839, il faut doubler le cap Horn et aller croiser le long de la côte du Chili, le long de la côte Araucanienne, dans l’archipel des îles Chiloë, et alors la croisière des baleiniers dure de 16 à 24 mois. De 1834 à 1844, les gammes, les bandes de baleines et de baleineaux émigrent au sud de la Nouvelle-Zélande, et les baleiniers havrais sont contraints de faire le tour du monde, de doubler le cap de Bonne-Espérance pour aller stationner aux îles Saint-Paul et Amsterdam. L’expédition dure alors 18 à 20 mois." (2)
Nouvelle-Zélande donc, île du Sud, grand rendez-vous des harponneurs de l'époque. Ces côtes était connues des navigateurs français : de Surville en 1769 les avait explorées au même moment que le capitaine Cook, Marion du Fresne y avait débarqué en 1772 pour se faire tuer par des guerriers maoris et en 1793 d'Entrecasteaux y avait recherché La Pérouse disparu. Ensuite pendant quelques années les Français sont occupés ailleurs, mais de 1824 à 1829 l'Uranie de Duperrey, l'Astrolabe de Dumont d'Urville et la Favorite de Laplace s'y succèdent. Point d'installation pourtant, à la différence des Anglais de l'île du Nord. C'est la baleine qui devait forcer la décision.

Les whaleships anglais et américains avaient eu quelques années d'avance mais en 1838 plusieurs dizaines de baleiniers français sont à l'oeuvre autour de la péninsule de Banks, protégés par un navire de guerre, l'Héroïne. Tous ces bateaux s'abritent dans la rade de Port Cooper, l'un des mouillages naturels offerts par les pentes du volcan éteint. Quelques douzaines d'européens sont installés sur la péninsule, dans des stations baleinières - ce type d'établissement était utilisé pour transformer les cétacés une fois tués et traînés à terre. Un anglais, George Hempelman, en a monté une à Peraki sur la côte sud, il en existe d'autres à Island Bay, Ikoraki, Oashore et Little Port Cooper, et à Arakoa le plus entreprenant des baleiniers français, le capitaine Langlois, commandant du Cachalot, a installé des comptoirs d'approvisionnement et une station de carénage. Il y a donc là déjà quelques bretons, mais parmi eux ni fermiers, ni missionnaires, ni familles. Les tribus sont déstabilisées économiquement et militairement par la colonisation qui a introduit entre autres les maladies d'Europe, la pomme de terre et le mousquet. Réduite à moins de deux cents personnes, la population maorie locale a été saignée par la guerre contre Te Rauparaha, un chef de guerre que la présence anglaise dans l'île du Nord a poussé vers le Sud. C'est alors que Langlois juge le moment venu de forcer la main aux autorités françaises. En Août 1838 donc, il assure avoir conclu avec onze chefs maoris un contrat par lequel il lui auraient vendu la péninsule de Banks, pour mille francs français, dont 150 francs versés immédiatement sous la forme de :
- deux manteaux
- six pantalons
- douze chapeaux
- deux paires de chaussures
- un pistolet
- et deux chemises,
Charles Meryon - Portrait de Toma Kéké, chef de tribu de la Nouvelle-Zélande, 1846Le titre qui est resté à ce dessin lui a été attribué de façon inexacte par Gustave Geffroy dans son livre sur Meryon. Le personnage représenté par Meryon d'après un daguerréotype est Tikao, Maori d'Akaroa qui fut signataire du traité de Waitangi. Le titre initialement donné par l'artiste était d'ailleurs "Tikao, naturel de la Nouvelle-Zélande, orateur".
Peter J. Treweman, senior lecturer de français à l'université de Canterbury (NZ), a effectué une étude détaillée (3) des contrats successifs de Langlois dans le cadre de la plainte déposée par l'iwi (tribu) de Ngai Tahu contre ses colonisateurs tant anglais que français. Pour résumer ses conclusions, on sait que ces maoris ne lisaient pas le français, que l'identité des signataires est douteuse, que leur autorité pour signer et l'existence même de la vente ont été vigoureusement contestées deux ans plus tard par plusieurs chefs maoris de Port Cooper. On a dénombré vingt-trois représentants maoris de la péninsule de Banks, et sept autres résidant ailleurs mais ayant des droits sur ses terres, dont la signature ne figure pas sur le contrat alors qu'elle l'aurait dû. Les seules choses dont on soit sûr c'est (a) que le contrat a existé et (b) que certaines déclarations de maoris d'Akaroa peuvent être interprétées comme indiquant qu'ils pensent que d'autres maoris de Port Cooper ont vendu au français une petite portion de terrain sise dans ce village. Le reste, selon le rapport de Treweman, ne repose que sur la parole de Langlois.
Son contrat en poche, le capitaine repart sur le Cachalot. Il lui faut encore trouver des financiers, des colons et, accessoirement, des canons.
Le 5 Octobre 1838, Pierre-Narcisse Chaspoux meurt, laissant semble-t-il à son fils un petit capital. Elle est enterrée dans la fosse commune du cimetière Montmartre. A Brest, Charles Meryon reçoit la nouvelle par une lettre de sa soeur Fanny Lowther. C'est lui qui écrit à son père pour lui annoncer la mort de la troisième femme de sa vie.
(1) Roger Collins, Charles Meryon, a life, Garton & Co, Devizes, 1999, p. 24.
(2) Georges Dubosc, Les anciens Baleiniers Normands, 1924, sur le site de la Bibliothèque électronique de Lisieux.
(3) Son rapport se trouve sur le site du tribunal de Waitangi. On peut aussi visiter le site de la tribu de Ngai Tahu.
26/11/2007
L'hôtellerie de pensée, interlude intrusif
Mis en ligne par infiteam, quelles que soient leurs convictions politiques ces jeunes gens sont audacieux. Et, pour ce qui est du côté Panthéon...
21/11/2007
The cat's meow : kana kapila, kili watch !
Clips mis en ligne par Thundernest (via PCL Linkdump) et par Draadnagel.
19/11/2007
Onetti, avant la fin
(mis en ligne par Phrayres)

"Et ils continuaient d'avancer, sans le savoir, à travers le vin de la première messe, la lutte pour le pain quotidien, l'ignorance et la stupidité.
Ils avançaient contents, distraits, presque sans douter; avec une belle innocence, détendus ou guindés, vers le puits final et le dernier mot. Sûrs d'eux-mêmes, banals, tranquilles, phraseurs, imbéciles.
Le puits les attendait sans véritable espoir ou intérêt. Ils marchaient allégrement, certains s'appuyant sur d'autres; quelques-uns demeuraient solitaires et souriants, en monologuant à voix basse. En général, ils confrontaient des plans et parlaient de l'avenir et de celui de leurs enfants, aussi des petites et grandes révolutions qu'ils portaient sous le bras dans des livres. L'un d'eux faisait de grands gestes avec les mains tandis que d'autres s'attardaient sur leurs souvenirs, leurs maîtresses et les fleurs fanées qui portaient le même nom."

















