Pour clore cette petite série havraise, republication d'un vieux billet de 2015, on redonne un coup de manivelle pour Antoine Roquentin sur sa banquette au Rendez-vous des cheminots, Antoine qui est déçu
Je venais pour baiser, mais j’avais à peine poussé la porte que Madeleine, la serveuse, m’a crié :
« La patronne n’est pas là, elle est en ville à faire des courses. »
et qui a le mal de mer
« Qu’est-ce que vous prenez, monsieur Antoine ? »
Alors la Nausée m’a saisi, je me suis laissé tomber sur la banquette, je ne savais même plus où j’étais ; je voyais tourner lentement les couleurs autour de moi, j’avais envie de vomir. Et voilà : depuis, la Nausée ne m’a pas quitté, elle me tient.
Antoine reluque le cousin et ses bretelles mauves (elles sont peut-être violettes ?)
Quand la patronne fait des courses, c’est son cousin qui la remplace au comptoir. Il s’appelle Adolphe
sur sa chemise bleue, et sur fond de mur chocolat, et ça le rend encore plus malade
Ça aussi ça donne la Nausée. Ou plutôt c’est la Nausée. La Nausée n’est pas en moi : je la ressens là-bas sur le mur, sur les bretelles, partout autour de moi. Elle ne fait qu’un avec le café, c’est moi qui suis en elle
Mais heureusement
« Madeleine, jouez-moi un air, au phono...»
Madeleine tourne la manivelle du phonographe. Pourvu qu’elle ne se soit pas trompée, qu’elle n’ait pas mis, comme l’autre jour, le grand air de Cavalleria Rusticana.
Mais non, c’est bien ça, je reconnais l’air dès les premières mesures. C’est un vieux ragtime avec refrain chanté. Je l’ai entendu siffler en 1917 par des soldats américains dans les rues de La Rochelle. Il doit dater d’avant-guerre. Mais l’enregistrement est beaucoup plus récent. Tout de même, c’est le plus vieux disque de la collection, un disque Pathé pour aiguille à saphir.
Pendant ce temps, à côté, on joue à la manille, mais
Quelques secondes encore et la Négresse va chanter. Ça semble inévitable, si forte est la nécessité de cette musique : rien ne peut l’interrompre, rien qui vienne de ce temps où le monde est affalé ; elle cessera d’elle-même, par ordre. Si j’aime cette belle voix, c’est surtout pour ça : ce n’est ni pour son ampleur ni pour sa tristesse, c’est qu’elle est l’événement que tant de notes ont préparé, de si loin, en mourant pour qu’il naisse. Et pourtant je suis inquiet ; il faudrait si peu de chose pour que le disque s’arrête : qu’un ressort se brise, que le cousin Adolphe ait un caprice. Comme il est étrange, comme il est émouvant que cette dureté soit si fragile. Rien ne peut l’interrompre et tout peut la briser.
Le dernier accord s’est anéanti. Dans le bref silence qui suit, je sens fortement que ça y est, que quelque chose est arrivé.
Silence.
Some of these days
You’ll miss me honey !
Ce qui vient d’arriver, c’est que la Nausée a disparu. Quand la voix s’est élevée, dans le silence, j’ai senti mon corps se durcir et la Nausée s’est évanouie. D’un coup...
Moi, j’ai eu de vraies aventures. Je n’en retrouve aucun détail, mais j’aperçois l’enchaînement rigoureux des circonstances. J’ai traversé les mers, j’ai laissé des villes derrière moi et j’ai remonté des fleuves ou bien je me suis enfoncé dans des forêts, et j’allais toujours vers d’autres villes. J’ai eu des femmes, je me suis battu avec des types ; et jamais je ne pouvais revenir en arrière, pas plus qu’un disque ne peut tourner à rebours. Et tout cela me menait où ? À cette minute-ci, à cette banquette, dans cette bulle de clarté toute bourdonnante de musique.
And when you leave me.
Oui, moi qui aimais tant, à Rome, m’asseoir au bord du Tibre, à Barcelone, le soir, descendre et remonter cent fois les Ramblas, moi qui près d’Angkor, dans l’îlot du Baray de Prah-Kan vis un banian nouer ses racines autour de la chapelle des Nagas, je suis ici, je vis dans la même seconde que ces joueurs de manille, j’écoute une Négresse qui chante tandis qu’au-dehors rôde la faible nuit.
Le disque s’est arrêté.
Mais les disques ne s'arrêtent jamais vraiment, n'est-ce-pas, les seules choses qui s'arrêtent ce sont les ports de mer...
Je vais rentrer à Bouville. La Végétation n’assiège Bouville que de trois côtés. Sur le quatrième côté, il y a un grand trou, plein d’une eau noire qui remue toute seule (2) .
...comme Bouville qui est aussi Le Havre décadastré - la même année que que cet autre quai - une jetée au bord du grand rien, un terminal pour le néant, tu as de beaux yeux tu sais, et un de ces jours tu me manqueras, vraiment...
(1) Walging (néerlandais) - Dégoût, aversion, écœurement. (2) Tous les passages cités, ainsi que le titre de ce billet : Jean-Paul Sartre, La Nausée, Gallimard, 1938.
George Grosz - Peace, 1934 Plume, calame, fusain, lavis et blanc couvrant sur papier Collection Judin, Berlin
Grosz a quitté l'Allemagne pour les Etats-Unis en 1932. Le premier grand plan de réarmement allemand (pour une armée de 300.000 hommes) est annoncé en décembre 1933 et accéléré à partir d'avril 34 ; il est opérationnel en octobre. Dans la même année la Grande-Bretagne dénonce ce réarmement dans un livre blanc, mais son gouvernement temporisera dès 1935.
Franz Skarbina - Ein Nachtbild, 1895 Huile sur toile Collection H. Huth
Ne jamais dire son rêve A celui qui ne vous aime pas L'oreille hostile est tarie La bouche amère calomnie La haine vomit le sable du sablier Plus vite toujours plus vite La nuit trahie avorte Une passion au présent déjà passée Et la peur ne fait qu'augmenter La rage du caïman La taille du cancer Enfouissez vos rêves dans les poches sous vos yeux Ils seront à l'abri de l'envie Ils seront à l'abri de l'adage Qui veut que l'Africain babille Et que tous les vieux soient sages
Ignatius Taschner - Schneewittchen / Blanche Neige, ca 1907-1913 Fontaine des contes / Märchenbrunnen, parc de Friedrichshain, Berlin
La Fontaine des contes / Märchenbrunnen fut conçue par Ludwig Hoffmann et construite au début du siècle dernier à l'entrée du parc de Friedrichshain. Les dix principales figures qui ornent la fontaine illustrent les contes de Grimm et sont dues à Ignatius Taschner. D'autres furent produites par Georg Wrba (dont le Rübezahl d'un précédent billet) et Joseph Rauh. L'ensemble fut quasiment détruit pendant la seconde guerre (mondiale), les statues récupérées en mauvais état, des restaurations sommaires entreprises dans les années 50, 70 et 80, pour aboutir à une réfection complète en 2007, les statues ayant longtemps fait la joie des graffiteurs.
L'un des sept nains est censé porter les traits du peintre Adolph Menzel, en guise de protestation après le refus opposé (1) par Guillaume II à l'érection d'un monument à sa mémoire. Mais, entre les misères survenues aux statues d'origine - retrouvées en mauvais état dans un potager en 1950 - et les restaurations successives, difficile de savoir si Menzel est plutôt Prof ou plutôt Grincheux, sans compter que chez les Grimm les nains n'ont pas de noms, tout au plus des numéros.
Car depuis les frères Grimm nombreuses sont les Blanche Neige, mais ma préférée c'est celle de
Donald Barthelme - Snow White / Blanche Neige
Atheneum books, 1967, Gallimard 1969
Trad. Céline Zins
(1) Et supposé - en fait Guillaume II autorisa les funérailles officielles de Menzel et même il y participa.
Erwin Wurm - Narrow House, Installation au Havre, 2019
Erwin Wurm a rétréci (en largeur) la maison de son enfance - être né en Autriche dans les années 1950 pouvait donner un sentiment d'étroitesse voire de claustrophobie, quelques-uns de ses proches aînés pourraient aussi en témoigner. Ici l'étroitesse de la maison contraste avec la vastitude et la largeur d'esprit de l'avenue Foch. On peut voir ici, par exemple, la salle de bains.
Georg Wrba - Statue de Rübezahl, ca 1907-1913 Märchenbrunnen / Fontaine des contes, Parc de Friedrichshain, Berlin
Rübezahl est un personnage des contes allemands, tchèques et polonais; il aurait son origine dans les monts du Riesengebirge, d'où son vrai nom Herr der Berge - seigneur des montagnes. C'est un géant - ou parfois un gnome - génie des forêts parfois bienveillant, parfois jouant des tours, parfois assimilé au chasseur sauvage - et en tout cas très méchant quand on l'appelle par ce nom ridicule - Rübezahl, le compteur de navets.
Le conte (1) dit qu'il enleva un jour une princesse pour l'enfermer dans son royaume secret. La princesse se morfondant, il lui offrit un panier rempli de merveilleux navets qui pouvaient se transformer en tout ce qu'elle désirait (2) - y compris les demoiselles de compagnie qui pourraient la distraire. Ce qui se produisit effectivement. Mais bien vite les demoiselles se mettaient à vieillir et à se ratatiner, comme les vieux navets qu'elles étaient. Et il fallait toujours trouver de nouveaux navets, et ils ne duraient jamais assez... et l'hiver vint. Et le gnome (ou le géant, enfin le Seigneur des montagnes) s'en alla replanter des navets, les récolter au printemps, les amener à la princesse, etc...
Mais la princesse s'ennuyait de plus en plus. Donc, un jour, elle inventa un stratagème. Elle demanda au géant - ou au gnome, enfin, au Seigneur des montagnes - une preuve d'amour.
On ne résiste pas à une telle demande.
Gnome, dit-elle (ou Géant...), pour preuve de ton amour, va compter tous les navets qui poussent dans ton royaume, et reviens m'en donner le nombre exact.
Et le géant (ou le gnome) s'exécuta, allant fureter partout avec son boulier / sa calculette / son bâton de Napier ou tout ce que vous voudrez. Il compta, compta, recompta puis revint.
Et la princesse était partie, elle était allée retrouver son prince, il était charmant, ils se marièrent, ils furent heureux, ils eurent beaucoup d'enfants, ils placèrent une partie de leurs économies dans l'immobilier en Floride, une autre partie dans des fonds d'investissement équitable, et le reste dans l'industrie d'armement.
Et le gnome (ou le géant) fut très malheureux, puis il s'en remit, et depuis il erre par les montagnes, parfois gentil, parfois jouant des tours, en tout cas dégoûté des princesses. Mais il aime toujours les navets - regardez, il en a plein son panier (3). Et maintenant notre question test. Que préférez-vous : (a) les princesses (b) les navets (c) vous pelotonner dans votre lit en pensant aux malins génies qui errent dans la montagne.
(1) On peut lire ici ici (en allemand) la version de Johan Karl August Musäus (1783) et là une adaptation en anglais par Andrew Lang. Pour la version ci-dessus, seuls les chats sont à blâmer. (2) Sauf, évidemment, un prince charmant. (3) Ou des raves, ou des betteraves - Rübe, c'est le même mot en allemand. Bon appétit / Guten appetit.
Le Havre, quai de Southampton, 25 septembre Bas-relief en bois peint de Stephan Balkenhol, de la série des Apparitions Nous sommes mis en garde. Car en ces autres temps Où tout change tellement, ceci pourtant demeure : Si nous ne savons pas trancher à chaque instant Nous périrons avant que notre chair ne meure
"Alors que le français s'est constitué comme langue unitaire pour des raisons politiques, bureaucratiques, étatiques, l'italien est devenu une langue unitaire pour une raison purement littéraire..."
Giorgio de Chirico - L'angelo ebreo / L'ange juif, 1916
Le 23 mai 1915, l'Italie déclare la guerre aux puissances centrales. Giorgio de Chirico et son frère Andrea (Alberto Savinio) quittent Paris pour s'enrôler, profitant ainsi de l'amnistie accordée aux déserteurs - Chirico, appelé en 1912, avait quitté Turin pour Paris, échappant au service.
Les deux frères ne seront pas envoyés au front, mais au 27ème régiment d'infanterie à Ferrare. De Chirico y reste deux ans avant d'être déclaré inapte et transféré à l'Hôpital neurologique militaire de Villa Del Seminario (1), non loin de la ville - il y rencontrera le peintre Carlo Carrà (2). A Ferrare les frères font en 1916 la connaissance de Filippo de Pisis, qui habite alors, avec sa famille, le palais Calcagnini où il a transformé une série de pièces en collection d'objets chinés - tabatières, dentelles, bagues, éventails, oiseaux empaillés... (3). Il est possible que l'atmosphère des chambres, des stanze de De Pisis ait joué un rôle dans l'évolution de De Chirico qui passe alors des extérieurs vides, places et palais, aux intérieurs déstructurés, les grands intérieurs métaphysiques.
Giorgio de Chirico - Grand intérieur métaphysique, 1917
Sur ces tableaux de la période on retrouve les pains...
...du Ghetto. C'est donc là, faut-il croire, dans les Stanze de De Pisis et les rues étroites du Ghetto que naquit l'école métaphysique et, incidemment, un bon morceau du surréalisme et de ses proches banlieues. Car en un sens, sans les Grands intérieurs métaphysiques...
Giorgio de Chirico - Grand intérieur métphysique (avec une grande usine), 1916
Staatsgalerie Stuttgart
...n'aurait-il rien manqué à Magritte, Max Ernst, Salvador Dali - et à la Neue Sachlichkeit ? On sait ce que pensait De Chirico devenu âgé - et passablement bougon...
Si j'étais mort à 31 ans, comme Seurat, ou à 39 ans, comme Apollinaire, je serais considéré aujourd'hui comme l'un des peintres majeurs du siècle. Vous savez ce qu'ils diraient, ces critiques imbéciles? Que le grand peintre surréaliste, c'était moi, Chirico. Pas Dalí, pas Magritte, pas Delvaux. Moi.
Effectivement, à 31 ans (comme Seurat...) Chirico retourne (apparemment) au néo-classicisme, écrit Il Ritorno al mestiere - le Retour au métier qu'il conclut en proclamant Pictor classicus sum - et un peu plus tard, André Breton le traitera d'escroc (4). Mais on sait qu'il revient spectaculairement à la peinture métaphysique dans les années 1950. Certes, on l'accusera alors de se pasticher lui-même, mais il est intéressant de comparer à l'Ange juif...
Giorgio De Chirico - Intérieur métaphysique à Manhattan, 1972
...cette toile du dernier De Chirico. Ici un assemblage du même type s'intègre à un intérieur - L'Ange juif de 1916 est contemporain des premiers intérieurs métaphysiques, mais se détache sur un fond nu. Sur l'intérieur de Manhattan les éléments assemblés sont les mêmes, à l'exception...
...de l'œil, cet œil qui se retrouve aussi...
Giorgio de Chirico - Le salut de l'ami lointain, 1916
Collection particulière
...dans ce tableau de la même année, toujours en compagnie de la Coppia Ferrarese. Le coin corné rappelle, selon le frère de De Chirico, la forme des cartes que leur mère laissait quand elle faisait des visites, accompagnée des enfants, et qu'elle ne pouvait pas s'attarder. L'ange, conformément à son étymologie (5), est avant tout un messager, et cette carte cornée annonce une visitation. Cela dit, cet ange est aussi juif, et arpente les rues du Ghetto - ceux qui imaginent un De Chirico versé dans la Kabbale (6) voient donc ici l'œil du Maggid mais ce pourrait être aussi (en même temps ?) un souvenir de l'enseigne d'un oculiste du Ghetto... Quant aux objets accumulés qui constituent l'ange, ils mêlent les instruments du peintre et, dit-on, ceux de l'ingénieur-dessinateur (le père de De Chirico construisait des chemins de fer). A moins que ce ne soient des instruments de couture...
...utilisait-on vraiment des courbes françaises pour dessiner les clothoïdes des voies ferroviaires grecques ? Cela dit, on voit qu'avec cet ange on est bien dans le cercle de famille. Mais pourquoi un ange juif ? Des déclarations de De Chirico, il ressort toujours que son état d'esprit, sa Stimmung ferraraise vient de ces quelques boutiques, quelques devantures du Ghetto. Mais encore ? Première hypothèse : De Chirico, issu d'une famille habitant Salonique depuis deux siècles, et qui a passé une bonne partie de sa vie à Athènes, Munich et Paris, a les plus grandes difficultés à se sentir italien. Mais, comme le dit Giovanni Lista (7)
"Son angoisse de déraciné (...) a pris fin dès que le port de l'uniforme militaire lui fait vivre le sentiment d'avoir une identité et une patrie. Dès son arrivée à Ferrare, sa peinture commence ainsi à changer (...) Le peintre ne subit plus l'image, il la construit au contraire en élaborant un langage culturel précis, fait de citations et de mémoire"
L'ange - comme tout de qu'on trouve entassé dans les intérieurs métaphysiques - n'est qu'une accumulation de citations et de mémoire. Et, vu les instruments qui la composent (ceux du peintre, du concepteur, du constructeur) cette accumulation est une (re)composition, une (re)construction.
Seconde hypothèse : l'ange juif nous ramène à cet autre tableau :
Giorgio De Chirico - Le songe de Tobie, 1917
Dans le Livre de Tobie, le jeune Tobie pêche un poisson, et c'est l'archange Raphaël, dont c'est la seule apparition dans la Bible, qui révèle au jeune Tobie que le fiel de ce poisson guérira son père de sa cécité. Où l'on retrouve donc le père (8) dans le cadre d'une révélation et d'un dévoilement. Les lettre AIDEL sont généralement interprétées comm elle début du mot grec aidèlon...
...et le thermomètre contient du mercure. Mercure, Hermès, est le dieu préféré de De Chirico - c'est le dieu messager, et aussi celui de l'interprétation. Il ya encore d'autre hypothèses possibles, et qui ne s'excluent pas entre elles, mais il reste que cet ange est bien juif. Il y a deux types de De Chiriquistes : ceux qui pensent que 1916 est le début de la fin, et qu'au fond le vrai De Chirico est celui de Turin, celui des énigmes, que le reste est radotage - et ceux pour qui de toute façon la vie du maître est un voyage comme toute autre vie, avec ses allers-retours, ses remords, voire ses verifalsi. Mais en général tout le monde est d'accord : Ferrare est le point d'inflexion. C'est le moment des intérieurs, et celui de l'intériorisation, celui où l'on reprend les vieux maîtres, les vieux mythes, où on se connaît suffisamment pour les travailler, entre quatre murs.
(1) Initialement une colonie de vacances pour séminaristes, transformée en hôpital psychiatrique pour les soldats traumatisés au front. Certaines choses ne s'inventent pas. (2) Carrà, partagé entre anarchisme et futurisme, fit partie des interventionnistes (partisans de l'entrée en guerre de l'Italie) mais, prudent, attendit la mobilisation générale pour partir au front - d'où il revint atteint de ce qu'on appelait alors une névrose de guerre - et qu'on nomme depuis la guerre du Viêt Nam un PTSD. (3) Cf. par exemple Mario Ursoni, L'effetto metafisico, Gangemi ed. 2010 p. 54. (4) Chirico en avait autant à son service. (5) Ne pas oublier que De Chirico vient de Grèce, où il est né à Volos - l'antique Iolcos, cité d'où partirent les Argonautes. (6) Ou, plutôt, la théosophie dont la sœur de De Pisis était fervente. (7) Giovanni Lista, De Chirico et le kunstwollen identitaire de l'art moderne italien, Cat. de l'exposition De Chirico et la peinture italienne de l'entre-deux guerres, Silvana Editore & Musée de Lodéve, 2003. (8) De Chirico a 17 ans quand son père meurt en 1905, ce qui amène le reste la famille à quitter la Grèce.