23/03/2008

L'hôtellerie de pensée #3 : deux ducs d'Orléans, un censeur et quelques ptérodactyles


Denise Duchateau-Destours - Vüe des Ecuries du duc d'Orléans mort à Sainte-Geneviève, 1807 - vue prise en regardant vers l'Ouest, juste avant la destruction de la première basilique, dont on voit encore le pignon entre la Tour Clovis, alors son clocher, à gauche, et St-Etienne-du-Mont à droite. La nef de cette première basilique occupait l'emplacement de l'actuelle rue Clovis. Au fond, le dôme du Panthéon.

Je despens chaque jour ma rente
En maints travaux aventuriers,
Dont est Fortune mal contente
Qui soutient contre moi Dangiers ;


1966. C'est l'année des désarrois de l'élève Törless.

L'hôtellerie a une curieuse histoire. D'abord abbaye, elle fut surtout
bibliothèque, un temps une des plus grandes d'occident, enrichie sans discontinuer depuis que le cardinal de la Rochefoucauld, nommé en 1624 abbé de Sainte-Geneviève "n'y trouva pas un seul ouvrage imprimé, ce qui l'obligea à envoyer chercher cinq à six cents volumes de sa bibliothèque, pour l'usage des chanoines réformés" (1). Les Augustins de France n'étaient pas aussi aventureux que leurs cousins d'Erfurt et de Cambridge, ces moinillons hardis qui, sola gratia, dynamitèrent le catholicisme au début du XVIème siècle. Mais ils étaient prudemment rétifs - sans trop de prudence pour certains d'entre eux comme Le Courayer, bibliothécaire à partir de 1717, qui fut excommunié dix ans plus tard pour avoir trop penché du côté anglican et dut alors se réfugier à Londres jusqu'à sa mort. Ou comme ces chanoines jansénistes auxquels Louis XV dut envoyer les flics - le lieutenant général de police, Feydeau de Marville - pour qu'en 1745 seulement ils acceptent de se soumettre à la bulle Unigenitus. Ou comme Louis, duc d'Orléans, le fils neurasthénique du Régent - "vous ne serez jamais qu'un honnête homme" lui aurait dit ce dernier, furieux d'avoir échoué à le dévergonder en lui envoyant des demoiselles de l'Opéra. Après la mort de sa femme en 1726 il vint s'enfouir à l'abbaye, étudiant le grec, le syriaque et l'hébreu, hanté par des hallucinations, suivi de son secrétaire le célèbre Monsieur de Silhouette, et si profondément janséniste lui aussi que le curé de Saint-Etienne-du-Mont lui refusa l'absolution à ses derniers moments en 1752. Premier prince du sang, il fut un des rares membres de la famille à se gagner la réputation d'un père des pauvres, une foule accompagna son convoi (2) et Jean-Jacques Rousseau lui écrivit une oraison funèbre.

Ce n'est que par la suite que l'hôtellerie devint le prototype du lycée caserne, après qu'en 1790 l'abbaye eut été supprimée comme toutes les communautés religieuses de France, et "
qu'un grand nombre de génovéfains adhérèrent aux nouvelles convictions, quittèrent le froc et se marièrent" (3).

Alexandre Bourla (fils) d'après une esquisse de son père "Vue générale de la crypte de l'Abbaye Sainte-Geneviève après la profanation des tombeaux en 1793", 1850

En l'an II, pour en clore symboliquement le chapitre, le département de la Seine décida de déposer la châsse de Sainte-Geneviève qui était à Saint-Etienne-du-Mont. La section du Panthéon s'exécuta et le 1er Frimaire (21 Novembre 1793) le Conseil général de la Commune de Paris délibéra des résultats de son action, dans un langage qui a l'âpre et expéditive poésie des périodes révolutionnaires.

"
Le Conseil entend ensuite lecture du procès-verbal du dépouilement de la châsse de Sante-Geneviève, et arrête que ce procès-verbal sera envoyé à toutes les sections, ainsi qu'au pape.
Arrête, en outre, que les ossements et les guenilles qui se sont trouvés dans cette boîte seront brûlés sur-le-champ sur la place de Grève, pour y expier le crime d'avoir servi à propager l'erreur et à entretenir le luxe de tant de fainéants.
La dépouille de cette châsse a produit 23.830 livres. Un membre observe que ce produit lui paraît bien médiocre, attendu que l'on pouvait à peine supporter l'éclat du brillant de cette châsse. Le rapporteur répond que tous les objets qui l'ornaient sont encore en nature, et que la majeure partie des diamants sont faux..."

Les reliques furent brûlées en place de Grève le 3 décembre. Dix ans plus tard, sous Napoléon 1er redevenu catholique, on exhumait pieusement le fond du sarcophage présumé de Sainte Geneviève dans la crypte de l'Abbaye, et on le déposait à Saint-Etienne ainsi que "la terre qui avait reçu les émanations du corps de la sainte". Passons sur les dernières aventures de la châsse, rétablie en 1822 au Panthéon redevenu basilique par la grâce de la Restauration, cachée lors de la révolution de 1830, puis livrée "par trahison" mais respectée, finalement remise à l'archevêque...


Alexandre Bourla (fils) d'après une esquisse de son père "Vue générale des fouilles exécutées en 1807 dans la crypte de l'abbaye Sainte-Geneviève", 1850 Le père d'Alexandre Bourla était l'architecte des domaines chargé en 1807, avant la démolition de la première basilique, de la campagne de fouilles qui mit à jour trente-deux sarcophages mérovingiens. Parmi eux, ceux que l'on désigna, probablement à tort, comme ceux de Clovis et Clotilde.

A l'hôtellerie, bibliothèque et école-caserne cohabitèrent à partir de 1791, mais
après des années de complots pour expulser les successeurs des Génovéfains les autorités du collège obtinrent finalement gain de cause et en 1851 on déménagea les livres dans le bâtiment actuel de la bibliothèque Sainte-Geneviève, place du Panthéon sur l'emplacement de l'hôtel de Montaigu, lui-même ancien collège devenu prison militaire, caserne d'infanterie puis dépôt de recrutement - éternel échange de mauvais procédés. C'est dans ce collège de Montaigu, quelque trois siècles et demi plus tôt, qu'Erasme crevait de faim sous les coups du sinistre Jean Standonck, ce même Standonck qui aimait venir étudier la nuit au sommet de la tour Clovis, "à la clarté des astres".

Une fois vidés les rayonnages génovéfains, la caserne triomphante y aligna ses chambrées - nos dortoirs, et nous rêvions dans la bibliothèque absente, sous la coupole où le Saint Augustin de Restou foudroie les hérésiarques. Nous étions la dernière couvée.

Comme toutes les dernières couvées depuis que le monde est monde, nous nous agitions. En 1966 L'UNEF suivait une ligne "syndicale". Défense des intérêts étudiants, Groupes d'études, polycopiés, "jeunes travailleurs intellectuels", Bapu... tout cela ne dit plus rien à personne, et surtout aurait dû ne rien dire à nos prépas qui s'écarquillaient sur leurs thèmes grecs. Pourtant, signe des temps, les classes se vidaient comme un seul homme aux mots d'ordre de grève, et la
Shtrasse devenait nerveuse. Un beau soir, las d'être pris pour des demeurés, les internes préalablement bourrés de sandwichs refusèrent en bloc, à l'appel de la section UNEF, la nourriture infâme qu'on nous servait au réfectoire. Un surgé s'égosilla en vain et, les chers petits ayant de la famille, un article du Monde informa le surlendemain la nation ébahie que l'hôtellerie avait fait la grève de la faim. Nous demandions simplement le minimum vital, un foyer des élèves sans pion à demeure. Grinçant des dents et jurant in petto de se venger plus tard, la Shtrasse nous ouvrit un cabanon au fond de la cour des internes. Il y avait un baby-foot et un pick-up du genre Teppaz, ce n'était pas grand-chose mais nous passions de la caserne à l'auberge de jeunesse et cela nous l'avions conquis de haute lutte. Sans compter que je pouvais enfin écouter autre chose que le transistor :




Charles Mingus - Haitian fight songMis en ligne par MasterXelpud



Presque quarante ans plus tard je hurlais de rire à la lecture du numéro 1 du gentil Ravaillac (4)...


cliquer pour agrandir, comme d'habitude...


...nous étions en 2001 et la Shtrasse, non content d'avoir fermé notre vieux foyer, s'arc-boutait encore pour ne pas en ouvrir d'autre. Nos dignes successeur(e)s se battirent courageusement jusqu'au numéro 2, après lequel ils furent virés, bien sûr.

Revenons à 1966, soit trois ans bien tassés avant l'érotisme. C'était un temps déraisonnable, Napoléon IV venait de se faire réélire en 1965 et à cette occasion notre cercle de l'UEC s'était rangé sur les positions du secteur lettres trotskysant : pas question d'accepter que le PC appelle à voter dès le premier tour pour Mitterrand, qui était toujours un mauvais souvenir...


L'enthousiasmante campagne présidentielle de 1965


...voici qu'à peine devenus bolcheviks, nous nous découvrions déjà dissidents. Comme c'était l'usage en pareil cas, la Fédération de Paris du PC nous envoya un surveillant. A la librairie Clarté du 3 place Paul-Painlevé, dans le sous-sol où se réunissait notre cercle au milieu des piles de journaux que nous refusions de vendre car nous étions en désaccord, G., qui ne croyait pas trop à son rôle, et qui lui-même allait plus tard se faire maltraiter par les pontes du Colonel-Fabien, subissait avec calme nos lazzi et nos jugements sommaires. Dans mon souvenir lointain et peut-être faussé, G. a une voix lasse de prolo ashkenaze - "vous verrez bien, les gars..." Pour nous, c'était tout vu.

En 1965 le bureau national oppositionnel et "italien" (5) de l'UEC avait été déposé par une brillante manoeuvre d'appareil. La nouvelle direction alliait les staliniens standard et les althussériens maoïstes de la rue d'Ulm. Puis, au début de l'année 66, dans un deuxième mouvement le secteur lettres fut exclu par cette coalition - en coulisse Roland Leroy était à la manoeuvre. Notre petit cercle de l'hôtellerie fut viré en parallèle, officiellement pour non-paiement de cotisations, au cours d'une réunion houleuse vite expédiée par des maoïstes sardoniques qui ne l'emporteraient pas en paradis. Il fallut faire des choix, le secteur lettres venait de fonder la JCR (Krivinienne), allions-nous nous y rallier? Après un débat bref et intense, seuls les cloutards y entrèrent. Nous autres khâgneux, trouvant la Chkreuh décidément trop petite-bourgeoise, prîmes langue avec les vrais prolétaires de l'UC-VO.

Ainsi les dramatis personae des années politiques à venir étaient déjà en place :

- la JCR (6) familièrement la Chkreuh, qui genuit la Ligue Communiste, qui se travestit plus tard en LCR, qui produisit à son tour le Facteur, qui lui-même prépare le Nouveau Parti Anticapitaliste.

- Quant aux très althussériens maoïstes un peu staliniens de la rue d'Um, leur seule utilité aux yeux du Parti (le grand, le vrai) était d'avoir aidé à exclure les trotskystes. Ils furent donc exclus eux aussi, troisième mouvement, quelques mois plus tard et formèrent l'UJC-ml (7), la Chmeul pour les intimes, qui se métamorphosa après 68 en Gauche Prolétarienne, qui engendra le journal Libération, qui fut racheté par Edouard de Rothschild (8).

- L'UC-VO (9) est une bête bien plus ancienne, puisqu'elle est issue d'un petit groupe de trotskystes roumains actif en France dès les années trente, le groupe Barta, qui devint le groupe Voix ouvrière, dissous en Juin 68 et vite repeint en Lutte Ouvrière, qu'Arlette incarne aux yeux des profanes, avant d'être un jour prochain remplacée dans ce rôle par Isabelle Bonnet, Farida Megdoud, Valérie Hamon ou Nathalie Artaud, le choix n'est pas encore définitif.



La façade Ouest, sur la place du Panthéon / Charles Meryon, le Collège Henri IV, détails


Mais Espoirs, s'ils sont droicturiers,
Et tiennent ce qu'ils m'ont promis,
Je pense faire telle armée
Qu'aurai, malgré mes ennemis,
L'hôtellerie de Pensée.


A l'été 66 nous dîmes au revoir à ceux de notre groupe qui ne passeraient pas en khâgne et en étaient assez heureux. A la rentrée nous nous réinstallions à l'hôtellerie. Les deux classes de Khâgne fonctionnaient dans deux salles jumelles, toujours au fond de la cour des internes. Avec un côté Kant et un côté Hegel.

J'étais tombé du côté Kant. K. était un mythe khâgnal vivant - il s'installait à son bureau à l'heure exacte comme à Königsberg, sortait fatidiquement de son cartable fatigué la Cripure Tremesaygues-Pacaud et la posait sur le coin droit de la table, où elle atterrissait avec le bruit mat que fait la vérité tombant sur le dogme. Avec une intelligence qui n'avait d'égale que sa gentillesse, il dépiautait l'incertain pour trouver trace du possible, puis en extrayait le probable à partir duquel il pouvait distiller le doute qui lui permettrait de s'interroger finalement sur les conditions de possibilité de la connaissance du vrai. De temps en temps, pour relâcher la tension il se payait la tête de Heidegger, alors il fallait rire. Mais la plupart du temps régnait un silence terrifié au milieu duquel les raisonnements synthétiques a priori dépliaient des ailes parcheminées de ptérodactyles avec une trompeuse lenteur. Car sitôt qu'on croyait avoir anticipé leur développement, les arguments de K. se retournaient dans une direction imprévue et filaient...



Max Klinger, de la série Le gant : Entführung / Enlèvement



...insaisissables.

Ce qui était le plus frustrant, c'était d'ouïr à travers la cloison l'écho des mélopées hégéliennes de B. - la concurrence - entrecoupées des hourras de son auditoire captivé. A la sortie les deux petits peuples germaniques confrontaient leurs notes, alors qu'est-ce qu'il a dit, car il fallait garder deux cordes à son arc pour le Khâl et dans cet exercice d'équilibre si B. était le fil de fer K. était réputé être le balancier, la voix de la sagesse. Dans mon souvenir d'ailleurs je confonds cette voix avec celle de G. dans le sous-sol de Clarté.

Ainsi allait notre petit monde, dualiste sans être simplet, combat d'animaux héraldiques - Kant contre Hegel, Althusser contre Sartre, La Chkreuh contre la Chmeul, Trotsky contre Mao, le dogme contre la spontanéité, griffons et léopards, anges contre fantômes.

Notre petit groupe consacrait maintenant ses rares sorties à des entretiens obligatoires avec un commissaire politique de Voix Ouvrière, qui nous entretenait un par un à la Chope Monge, chacun sous un pseudonyme différent qu'il nous choisissait à la suite sur le plan de la ligne 8 du métro parisien - j'étais Reuilly, Diderot c'était un autre. Nous découvrions VO et son univers romanesque et tatillon, sa clandestinité de carbonaro imperturbable, ses cercles extérieurs où il n'y avait de contacts qu'individuels avec un membre anonyme de cercles intérieurs dont on ignorait tout du fonctionnement, sauf qu'il devait être à coup sûr ultradémocratique. Suivant la sainte règle du groupe, la lecture et le commentaire obligatoire d'un livre par semaine (10) s'ajouta donc à nos petit grec et petit latin. Ce qui pour l'essentiel me fit découvrir Victor Serge.

Pour une bonne partie, nous restions étrangement cathos, et notre coach nous abreuvait donc de tout un fatras matérialiste primaire : brochures puériles de Plékhanov et rengaines tirées de Matérialisme et empiriocriticisme (11). En bon khâgneux nous nous récriions - et les Manuscrits de 1844 ? Qu'est-ce que VO pensait d'Henri Lefebvre et de Lukacs ? Quid de l'alénation, Entäusserung ou Entfremdung ? Et la réification ? Pour toute réponse on nous fit commenter Que Faire, (Что делать?) et on nous exhorta à la militance pratico-pratique.

J'ai l'air de me gausser mais il ne faut pas oublier que ceux qui nous parlaient étaient, au moins en esprit, les héritiers de ceux qui avaient mené les grèves de 47 à Billancourt, les seuls militants que les staliniens n'avaient pas réussi à chasser des boîtes. Nous fîmes donc notre apprentissage, le mur de l'hôtellerie pour vendre V.O. à la criée,

et pour distribuer les tracts dans les halls de gare ou à la sortie d'ateliers lointains. Cela n'allait évidemment pas sans quelques acrobaties et, petit à petit, sans quelque péril. Par principe nos commissaires ne s'intéressaient pas au milieu étudiant, encore moins aux prépas, et nous interdisaient de toute façon de nous réunir entre nous. Toute notre activité était donc tournée vers l'extérieur et nous nous mîmes à délaisser l'UNEF. Nos petits camarades de la
Chkreuh, de leur côté, nous regardaient d'un air dubitatif. Parmi eux, Guy Hocquenghem venait d'intégrer la rue d'Ulm à la promotion précédente et repassait de temps en temps à l'hôtellerie pour surveiller ses oisillons. Il était encore, pour peu de temps, dans une phase syndicale - et même à la MNEF, si je me rappelle bien. Hocq gérant la Sécu, souvenir paradoxal.

C'était un temps schizophrène. Les imprécations de Lénine contre le Rabotchéïé Diélo se mélangeaient ans nos têtes avec celles de l'Antigone de Sophocle et j'étais, cet hiver-là, en proie à d'abstraites fureurs (12).


Domenico Beccafumi - Saint Michel chassant les anges rebelles, 1528, détail


Mais je ne partis pas en Sicile. Suite à une altercation un peu plus vive que d'habitude, un pion de dortoir alla se plaindre au censeur de l'époque, un petit homme qui promenait le soir son chien autour du Panthéon. Tenant sa vengeance, la Shtrasse décida de me virer illico de l'internat. Et j'allais profiter de l'occasion qui m'était donnée pour déserter les cours... Des profs illuminés nous exhortaient à tenir jusqu'à leur fichu khâl - comment leur expliquer que le vrai déchirement était de quitter nos amis, et le soulagement qu'il y avait au contraire à sauter en marche de leur infernal paradis ? Urge for going.


La Tour Clovis et l'église St-Etienne-du-Mont, gravure / Domenico Beccafumi - Saint Michel chassant les anges rebelles, 1524, détail


En partant ce soir-là avec mes petites affaires pour une pension de famille à Cachan, je me retournais pour jeter un dernier coup d'oeil à l'hôtellerie, et les anges étaient bien là, glissant dans le ciel du soir au-dessus de la tour Clovis - je vis le mien lever le bras en signe d'adieu.


ENVOI
Prince, vrai Dieu de paradis,
Votre grâce me soit donnée,
Telle que trouve, à mon devis,
L'hôtellerie de Pensée.

Charles de Valois, duc d'Orléans (1394-1465).


Le duc Charles, qui aimait s'en aller et qui resta longtemps prisonnier, aurait apprécié, un demi-millénaire plus tard, Urge for going.
I get the urge for going but I never seem to go. Joni Mitchell, 1965.







Notre gruppetto continua tant bien que mal à étudier dans la militance (ou à militer dans l'étude ?) puis se dispersa peu à peu, l'un après l'autre quittant l'hôtellerie. Je ne crois pas que l'un quelconque de mes amis ait jamais réussi au Khâl, ou s'y soit même présenté, mais ne consultant pas les annuaires je ne saurais en jurer. Un temps une partie d'entre nous se retrouva bizarrement et charitablement hébergée dans le très roubaldien presbytère des Blancs-Manteaux chez les religieux de Notre-Dame de Sion, dont je peux jurer qu'ils n'étaient pas trotskystes. Un temps, ensuite, nous nous rencontrions au premier étage du Cluny et c'était bien trente ans



avant qu'il devienne tristement une Pizza dell'Arte. L'une des dernières fois où nous nous sommes revus fut dans l'hôtellerie occupée, brièvement libérée en Mai 68. Puis nous avons perdu le contact, emportés par d'autres fleuves. Je ne sais pas combien restèrent à V.O. - l'un de nous au moins, l'archéologue fondu d'hébreu et de syriaque, y était toujours quand je le croisai dix ans plus tard dans un café, attendant un de ses contacts - il faisait toujours lire Balzac à de jeunes ouvriers en révolte. Quand on se moque devant moi des militants, c'est à lui que je pense, et cela m'évite de partager toute cette hilarité sinistre.

Et pour ma part je dérivai vers d'autres horizons, le Buffet, puis la Zone
(à suivre...)





(1) Alfred de Bougy et Pierre Pinçon Histoire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève précédée de la chronique de l'Abbaye, de l'ancien Collège de Montaigu et des monuments voisins, d'après des documents originaux et des ouvrages peu connus, Paris, Comptoir des Imprimeurs-Unis, 1847, p.96. 

(2) Les ecclésiastiques jansénistes persécutés expliquaient partout que " Dieu avoit enlevé ce prince du monde pour ne pas lui donner le chagrin de voir plus longtemps les horreur que le gouvernement toléroit, et dans l'église et parmi le peuple, qui n'avoit pas de pain, que ce prince avoit la plus vive douleur, de ne pouvoir remédier à tous ces maux, ayant été forcé de se retirer du conseil, l'avis des mechans prévalant sur le sien" selon le rapport d'un informateur de police, cité par Dale K. Van Kley, Les origines religieuses de la Révolution française 1560 - 1791, Ed. du Seuil, 2002 

(3) Alfred de Bougy et Pierre Pinçon Histoire de la Bibliothèque Sainte-Geneviève... p. 78. En fait, treize chanoines prêtèrent serment à la Constitution civile du clergé, onze refusèrent et vingt-deux s'abstinrent, cf. Catherine Echalier, L'abbaye royale Sainte-Geneviève, Alan Sutton éd. 2005, p. 151. 

(4) Bien entendu Ravaillac était - est toujours, je pense - le cri du sursaut de vie et de bon sens à l'hôtellerie. Quand le ciel et les études pesaient sur vous comme un couvercle, ce nom murmuré à l'une des tables du fond de la classe, répété de bouche en bouche, d'abord comme un soupir pour finir en cri de guerre, mettait une note vermillon dans notre brouillard quotidien. 

 (5) Les "italiens" ( Pierre Kahn, Alain Forner, André Sénik, Bernard Kouchner) étaient ainsi nommés parce que proches de la ligne du Parti Communiste Italien, qui à la différence du PCF avait pris ses distances vis-à-vis du PC soviétique. 

 (6) Jeunesse Communiste Révolutionnaire. Je sais, il va vous falloir de la patience. 

 (7) Union des Jeunesses Communistes (marxistes-léninistes). Vous progressez. 

 (8) C'est bien entendu un raccourci, mais finalement guère plus que de constater que le communisme chinois lui-même était destiné à dominer quarante ans plus tard le capitalisme mondial, grâce à l'intervention miraculeuse de Deng-Xiao-Ping. 

(9) Union Communiste - Voix Ouvrière. Vous voilà au top. 

(10) Depuis bientôt un demi-siècle ce programme régulier - pas seulement les classiques du marxisme-léninisme et les oeuvres de Trotsky, mais aussi la littérature classique depuis Balzac jusqu'à Zola et Malraux, se déverse avec une régularité d'instituteur de campagne sur les populations sympathisantes, faisant de l'UC un des derniers véhicules de la culture populaire sous le soleil de l'abrutissement contemporain. 

(11) Vladimir Ilitch dans ce qu'il avait de pire, voir ce qu'en dit Nicolas Valentinov dans ses Rencontres avec Lénine

(12) "J'étais, cet hiver-là, en proie à d'abstraites fureurs. Lesquelles ? Je ne le dirai pas, car ce n'est point là ce que j'entreprends de conter. Mais il faut que je dise qu'elles étaient abstraites, et non point héroïques ni vives ; des fureurs, en quelque sorte, causées par la perte du genre humain. Cela durait depuis longtemps, et j'avais la tête basse. Je voyais les manchettes tapageuses des journaux et je baissais la tête ; et j'avais une maîtresse, ou une épouse, qui m'attendait, mais, même avec elle, je restais muet, même avec elle, je baissais la tête. Cependant, il pleuvait, et les jours, les mois passaient, et j'avais des souliers troués, et l'eau entrait dans mes souliers, et il n'y avait plus que cela : plus que la pluie, les massacres des manchettes de journaux, et l'eau qui entrait dans mes souliers troués, des amis silencieux, et la vie, en moi, comme un rêve sourd, et la non-espérance, le calme plat. C'était là le terrible : ce calme plat de la non-espérance. Croire le genre humain perdu, et ne pas avoir l'envie fiévreuse de, faire quelque chose en réaction, ne pas avoir, par exemple, l'envie de me perdre avec lui. J'étais agité d'abstraites fureurs, mais non point dans mon sang, et j'étais calme, je n'avais envie de rien." Elio Vittorini, Conversation en Sicile, 1941, trad. Michel Arnaud. "lo ero, quell'inverno, in preda ad astratti furori. Non dirò quali, non di questo mi son messo a raccontare. Ma bisogna dica ch'erano astratti, non eroici, non vivi; furori, in qualche modo, per il genere umano perduto... Vedevo manifesti di giornali squillanti e chinavo il capo; vedevo amici, per un'ora, due ore e stavo con loro senza dire una parola, chinavo il capo; e avevo una ragazza o moglie che mi aspettava ma neanche con lei dicevo una parola, anche con lei chinavo il capo. Pioveva intanto e passavano i giorni, i mesi, e io avevo le scarpe rotte, l'acqua che mi entrava nelle scarpe, e non vi era più altro che questo: pioggia, massacri sui manifesti dei giornali, e acqua nelle mie scarpe rotte, muti amici, la vita in me come un sordo sogno, e non speranza, quiete. Questo era il terribile: la quiete nella non speranza. Credere il genere umano perduto e non aver bisogno di fare qualcosa in contrario, voglia di perdermi, ad esempio, con lui. Ero agitato da astratti furori, non nel sangue, ed ero quieto, non avevo voglia di nulla." Même dans les traductions, il arrive que les amis disparaissent... 

On vient de rééditer Sicilia, le beau film construit par Huillet et Straub sur le texte de Vittorini.

12/03/2008

The cat's meow : Alela Diane


Alela Diane - The Rifle
mis en ligne par lablogotheque

Oh I've been knocking on that door in my sleep
Fight my fireplace glow
I've been knocking on that door in my sleep
Fight my fireplace glow to keep me away,
To keep me away from home

Papa get the rifle from its place above the french doors
They're coming from the woods
Oh they're coming from the woods

And mama you're running too
Oh my mama your running too
Mama you're running too
Oh my mama your running too

Brother I'm so sorry that you watched the Patens burn
And I've been holding onto the gold
When lettin' go would free my hands
And I've been tying your tongue in a knot
Oh I've been tying your tongue in a knot
To wrap this death, to wrap this death in a sheet

And Papa get the rifle from its place above the french doors
They're coming from the woods
Oh they're coming from the woods

And mama you're running too
Oh, my mama you're running too
Mama you're running too
Oh, my mama you're running too

Brother I'm so sorry that you watched the Patens burn
I can't hide the dirty pads down there carpet anymore
No, no I can't hide the dirty pads down there carpet anymore
There were too many heavy boots
There were too many heavy boots
There were too many heavy boots
And there were too many big black boots
And there were too many little brown shoes marching though

So I'm countin' it to the sky
Oh I'm countin' it to the sky
I'm countin' it to the sky
Oh I'm countin' it to the sky
And moving back
Oh I'm moving back to
Face the lack of home

04/03/2008

Le bar du coin : Wilson/Kollwitz/Fassbinder



Le bar du coin n'est pas toujours folâtre ni accueillant. Il est parfois taiseux...


May Wilson-Preston, Illustration pour Scribner's Magazine

...et même conspiratif...

Käthe Kollwitz - Vier manner in der kniepe
/ Quatre hommes dans la taverne, 1892-1893

Käthe Kollwitz - Beratung / Conseil, 1895

...voire carrément teigneux...

Rainer Werner Fassbinder - Berlin Alexanderplatz

...mais justement, le bar du coin, c'est souvent le seul. Imaginez la détresse du poète dans ces villes où il n'existe même pas.

Imprécation

Si jamais j'entre dans Evreux,
Puissé-je devenir fiévreux!
Puissé-je devenir grenouille!

Puissé-je devenir quenouille!

Que le vin me soit interdit,

Que nul ne me fasse crédit,

Que la teigne avec la pelade

Se jette dessus ma salade,

Que je serve de Jacquemart,

Qu'on me coupe le bracquemart;

Bref, que cent clous gros d'apostume,
Noirs et gluants comme bitume

M'environnent le fondement,

Si j'y songe tant seulement.

Qu'à jamais la guerre civile
Trouble cette maudite ville;

Que Phébus, qui fait tant le beau,
N'y porte jamais le flambeau;

Qu'il y pleuve des hallebardes,

Que tout ce que jadis nos bardes

Ont prophétisé de malheurs,

D'ennuis, d'outrages, de douleurs,

De poison, de meurtre, d'inceste,

De feu, de famine et de peste,
S'y puisse bientôt accomplir,

Et tout son domaine en remplir.


Voilà ce qu'une ire équitable

Fit prononcer, étant à table,

De haine ardemment excité

Contre cette infâme cité,

Au plus bénin de tous les hommes

Qui boivent au temps où nous sommes.


Ô bon ivrogne! ô cher Faret!

Qu'avec raison tu la méprises!

On y voit plus de trente églises,

Et pas un pauvre cabaret.


Marc-Antoine de Saint-Amant (1594-1661)


May Wilson-Preston (1873-1949), dut se battre pour pouvoir assister, bien que femme, aux cours de dessin d'après nature dans son Ohio natal. Elle fut l'élève de John Sloan à New-York et fit partie de l'Ashcan School, l'école de la poubelle, avant de travailler régulièrement pour les plus fameux magazines de la côte Est. Grâces soient rendues à Paul Giambarba, qui conserve pour nous ces trésors.

La grande Käthe Kollwitz , qui fut en 1920 la première femme à entrer à l'Académie de Prusse, grava en 1892-1893 sa série sur la révolte des tisserands silésiens de 1844.

C'est en 1979-80 que R.W. Fassbinder a adapté, en 13 épisodes et un épilogue, Berlin Alexanderplatz, le roman du "Berlin de Weimar", qu'Alfred Döblin publia en 1929. Bavaria Films et la Fondation Fassbinder ont patiemment restauré le film qu'on peut maintenant trouver ici ou pour une somme modique.

26/02/2008

Portrait craché : C.B. par C.B., par F.B.


Félix Bracquemond - Baudelaire, d'après son propre dessin

19/02/2008

Lénine est grand, et je suis toute petite

La statue est l'oeuvre d'Emil Venkov. Elle a été érigée à Poprad (Slovaquie) en 1988. L'année suivante, on l'a mise dans une décharge après la révolution de velours.

Lewis E. Carpenter était originaire d'Issaquah dans l'état de Washington, USA, et il enseignait à Poprad. Il tomba sur la statue qui gisait face contre terre en attendant d'être fondue au prix du bronze, et ce fut le coup de foudre. Il l'acheta en 1993 (13.000 US.$), la fit découper et expédier (41.000 US.$) après avoir hypothéqué sa maison pour payer le tout.

En février 1994, la statue se trouvait toujours dans l'arrière-cour de Lewis Carpenter quand il mourut dans un accident de la circulation. Ses héritiers la firent installer à un carrefour de Fremont, quartier de Seattle, près d'un glacier et d'un restaurant Taco del Mar. Elle est toujours à vendre, elle vous coûtera dans les 250.000 US$, dont une partie servira à financer les projets culturels de la ville.

Mettez-vous à la place de Lénine, il ne s'attendait pas à se retrouver là. Evidemment il y eut un temps où le Tsar revendiquait ce territoire, un temps où la frontière russo-mexicaine était bien au sud de Seattle, sur la Russian River dans le comté de Sonoma. Mais contrairement à la Californie du Nord l'état de Washington n'a jamais vraiment été russe, et de toute façon Vladimir Ilitch n'était pas encore né que même l'Alaska avait été vendu aux Yankees.

Au début il y a bien eu des polémiques, Lénine à Seattle, etc. Mais les gens du quartier ont une longue tradition contre-culturelle derrière eux, même si la People's Republic of Fremont s'est gentiment boboïfiée comme tant d'autres.

Petit à petit Lénine est entré dans les habitudes, à côté du Troll de Fremont; à Noël on l'entoure de guirlandes lumineuses, auxquelles on ajoute une jolie étoile rouge.

Dans d'autres occasions on l'habille en clown, ou encore en Drag Queen.

Et évidemment on prend des photos souvenirs...




...qui parfois font irrésistiblement penser à de vieux clichés du bon temps soviétique.



Henri Cartier-Bresson - Effigie monumentale de Lénine au Palais d'hiver, Léningrad, 1973




Quant à Lénine, tout cela n'a pas trop l'air de lui déplaire. Si vous voulez savoir, il se dit qu'il pourrait prendre sa retraite de statue à Fremont.


Ecouter le chant des oiseaux. Sentir à l'automne les feuilles rougies tomber sur sa casquette. Et quelquefois le soir, quand monte la brise du Pacifique, penser...



Peut-être aussi que chez les gentils bohêmes de Fremont Lénine a apprécié une qualité qui jusqu'ici ne faisait pas partie de ses vertus premières. La tolérance... après tout, c'est la première fois que des gens acceptent sa statue sans y être obligés.

Accepté... Pas exactement ça. Profitant de ce que personne ne le regarde du restaurant ou du glacier, Lénine se découvre et se gratte la tête (ça fait du bien, pensez, vingt ans sous cette fichue casquette de bronze) pas accepté, non... adopté, les Américains ont une expression pour ça, vous savez, you belong here, now...

Il lui reste pourtant une inquiétude.

Ce Frêche. Il est venu à Seattle et il a fait des déclarations. Il voulait acheter la statue, l'emmener où déjà ?

- à Montpellier, Vladimir Ilitch.

- c'est ça...je ne suis jamais allé à Montpellier...

- Tout compris, c'est presque aussi grand que Seattle, mais la mer est un peu plus loin.

- Je serais bien accueilli là-bas ?

- Ca dépend, le Figaro est plutôt contre...

- Je connais le Figaro... mais ce Frêche, il a une biographie chez nous ?

- oui, Vladimir Ilitch, il a été membre de la Fédération des Cercles Marxistes-Léninistes de France dans les années soixante, des mao-staliniens...

- Mmmm... Joseph Vissarionovitch, je connais... comme Léon Davidovitch... ces deux-là étaient des autocrates, des administratifs dans l'âme... aussi expéditifs l'un que l'autre... Mais Joseph Vissarionovitch...

- Oui, Vladimir Ilitch ?

- Il était plus dangereux, parce qu'il était habile !

- Oui, Vladimir Ilitch. Ne vous énervez pas, vous pourriez abîmer le bronze.

- Mais tu as vu ce que dit ce Frêche ? " On assiste aujourd'hui à une dépolitisation de la société. Ainsi l'installation d'une telle statue va-t-elle interpeller la jeunesse sur l'histoire politique" Ce type là croit qu'on persuade les gens en les obligeant à regarder des statues - je sais de quoi je parle, on m'a élevé des statues pendant soixante-cinq ans, et tout ça s'est très mal terminé !


Theo Angelopoulos - Le regard d'Ulysse

- Oui, Vladimir Ilitch, il dit aussi que vous avez fait des erreurs, mais que vous êtes entré dans l'histoire.

- Et d'après toi, je suis entré dans l'histoire malgré mes erreurs ou à cause d'elles ?

- Vladimir Ilitch, je vous en prie, calmez-vous, vous savez ce qui se passe quand vous vous mettez en colère...

- Ce que je veux dire, c'est qu'ériger des statues à des gens n'aide pas à comprendre les erreurs qu'ils ont faites !

- Vous savez, Vladimir Ilitch, Frêche n'a peut-être pas dit exactement ça, et puis même s'il l'a dit il peut encore changer d'avis...

- Tu sais, j'aimais bien ce gars, là, ce Lewis E. Carpenter... tu crois que ce Frêche hypothèquerait sa maison pour trouver 250.000 US$ ?

- Je ne sais pas trop, Vladimir Ilitch, mais à première vue je dirais que non...


Lénine hausse ses épaules de bronze. Il remet sa casquette en poussant un soupir. Dans le soir qui tombe, il promène son regard sur les bouffeurs de tacos et les adolescents rebelles. Il sourit. Je crois qu'il pense à Inessa Armand.




Dieu est grand, et je suis toute petite est un film de Pascale Bailly, avec Audrey Tautou, et sans Lénine.

16/02/2008

The key to it all



Orson Welles lit les débuts de Moby Dick
"
...the image of the ungraspable phantom of life, and this is the key to it all"

31/01/2008

Pooneil, Godard, les flics et la chanteuse

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Jefferson Airplane - House at Pooneil Corners, Manhattan Rooftop Concert, 1968
Mis en ligne par familiareal


Le 1er Novembre 1968 Jean-Luc Godard (qu'on peut voir à la fenêtre dans un des premiers plans), D. A. Pennebaker et Richard Leacock donnent rendez-vous au Jefferson Airplane pour un concert non autorisé sur le toit du Schuyler Hotel, 57 West 45th Street, New York. Il tournent un film politique qu'il veulent intituler 1 A.M. (One American Movie). Le sujet, c'est le soulèvement en cours de la jeunesse états-unienne, à ce titre ils tiennent à y faire figurer l'Airplane, qui chante Somebody to love et The house at Pooneil corner, seul morceau à être filmé.


You & me we keep walkin' around & we see,
All the bullshit around us,
You try & keep your mind on what's going down,
Can't help but see the Rhinoceros around us,
& you wonder what you can do?
& you do what you can
To get Bald & Hi(gh)
& you know I'm still goin' need you around...
You say it's healing but nobody's feeling it
Somebody's dealing - somebody's stealing it,
You say you don't see & You Don't,
You say you won't know & you won't. Let it come.
Everything someday will be gone except silence.
Earth will be quiet again.
Seas from Clouds will wash off the Ashed of Violence
Left, as the memory of Men.
There will be no survivor my friend.
Suddenly everyone will look surprised.
Stars Spinning-Wheels in the skies.
Sun is scrambled in their eyes,
While the moon circles like a vulture.
Someone stood at a window & cried.
'One tear I thought that should stop a war.
But someone is Killing me'
& that's the last hour to think anymore.
Jelly & juice & bubbles - bubbles on the floor.
Castles on the cliffs vanish.
Cliffs, like heaps of rubbish
Seen from the stars, hour by hour,
As splintered scraps & black powder
From Here to Heaven is a scar.
Dead center - Deep as Death.
All the idiots have left.
Epitaph:
The cows are almost cooing,
Turtle doves are mooing,
Which is why a poo is pooing
In the Sun...



La police intervient avant le troisième morceau, qui devait être Crown of creation.


The house at Pooneil Corner est une chanson "miroir" de The Ballad of you and me and Pooneil. The Ballad... c'était le premier morceau de ce disque, After bathing at Baxters.




Ce qui veut dire que pour une bonne partie de ma génération la formule du petit déjeuner se composa plusieurs mois durant de cette musique et d'un bol de Nescafé.

Et si vous voulez savoir Why a poo is pooing, sachez que cela fait référence à Winnie the Pooh. Winnie l'ourson, quoi. C'est pourquoi il ne faut pas chercher sur une carte Pooneil corner, qui est à l'intersection de Winnie the Pooh et de Fred Neil, le folksinger maudit.

Peu après cette journée de tournage, Godard quitte l'équipe pour une virée au Québec. Quand il revient à New-York il juge que les rushes tournés par le duo Pennebaker/Leacock ne correspondent pas à son projet et il se brouille avec eux. Ce qui reste du film sera repris par Pennebaker sous le titre de 1 P.M. (One parallel Movie) ou, comme Godard l'a rebaptisé, "One Pennebaker Movie". On peut retrouver cet épisode décrit chez Anne Wiazemsky (Un an après, Gallimard éd. 2015, pp. 164-165).

29/01/2008

La grande course aux signatures de 1840, ou l'histoire des quatre capitaines (le voyage de Meryon #6)

La péninsule de Banks vue de l'est, de nos jours.
La rade la plus profonde, sur la côte sud à gauche, est celle d'Akaroa.
Au fond à droite sur la côte nord on aperçoit l'entrée de la rade de Port Cooper/Lyttleton Harbour.
Un peu plus près à l'ouest, légèrement cachée, on discerne l'entrée de Pigeon Bay. A l'horizon, la ville de Christchurch.

Le Comte de Paris quitte Rochefort en Mars 1840 sous le commandement du capitaine Langlois, avec à son bord 66 colons volontaires - 57 français et 9 allemands. L'Aube, le navire de guerre du capitaine Lavaud qui doit le protéger, a quitté Brest le 19 Février. Mais avant qu'ils parviennent en Nouvelle-Zélande bien des choses se seront passées.

La pénétration a jusqu'alors suivi les étapes classiques des installations européennes du Pacifique : d'abord les aventuriers, déserteurs des équipages de baleiniers et de pêcheurs de phoques, bagnards échappés d'Australie, trafiquants d'armes, de poudre et d'alcool - et les missionnaires protestants et catholiques. On estime à deux mille les colons d'origine anglaise ainsi installés au début de 1839. En même temps une économie de type marchand se diffuse dans les îles à travers le commerce du mousquet, du bois, du lin et l'activité des stations baleinières. L'inégalité des termes de l'échange - des biens manufactués, rares pour les Maoris, contre des terres abondantes - redouble classiquement celle des moyens militaires.

Ensuite, viennent les sociétés de colonisation : en 1833 la tentative avortée d'une première New Zealand Company, puis la réussite de la seconde dont le premier navire, le Tory, quitte les côtes anglaises le 12 Mai 1839.

Les premières cessions de terres se font dans l'ignorance mutuelle du droit et des coutumes spécifiques à chacune des parties, anglaise et maorie. Or ces règles sont bien différentes - par exemple chez les Maoris certaines cessions de terrains, effectuées par des individus, sont en fait soumises à l'autorisation de la collectivité, exprimée par le biais de ses chefs. De plus, des terres qui "appartiennent" à un groupe peuvent également être grevées de droits détenus par des groupes plus lointains - tout cela découlant d'un droit foncier coutumier complexe, dépendant d'un système de répartition entre groupes et sous-groupes - Waka, Iwi et Hapu (1) - système opaque aux nouveau-venus occidentaux. De leur côté ces derniers établissent des actes de vente qui les favorisent sans trop de scrupules, les transcrivant dans une langue non maîtisée par les Maoris. Il en résultera des litiges interminables que le tribunal de Waitangi travaille encore aujourd'hui à désenchevêtrer, et qui seront la source des conflits sanglants de la seconde moitié du XIXème siècle.

Le camp européen a ses contradictions. Les missionnaires, notamment Henry Williams, comprennent que la pression économique finira par exproprier les tribus et les pousser à la violence; ils se lancent dans une campagne contre la NZ Company, qui de son côté exhortera les colons à se gouverner eux-mêmes, par crainte de voir la Couronne prendre des mesures pour protéger les Maoris. Le Colonial Office, qui dispose d'un nombre limité de vaisseaux de guerre dans cette partie de l'Océanie - tout au plus les HMS Britomart, Herald et Pelorus - est pris entre la menace d'une révolte maorie si on laisse le champ libre aux immigrants, et sa répugnance à annexer le territoire sans avoir les moyens de le contrôler. Aussi la Couronne n'a toujours pas proclamé l'annexion de la Nouvelle-Zélande, se contentant d'envoyer en 1833 un "résident", James Busby, pour négocier avec les chefs Maoris.

C'est à la mi-1839 que les événements se précipitent. En Septembre la NZ Company va faire partir trois convois d'émigrants sur l'Oriental, l'Aurora et l'Adelaïde, dans la plus stricte illégalité vis-à-vis des autorités anglaises. Lord Normanby, chef du Colonial Office, se résoud à dépêcher sur place l'énergique capitaine William Hobson, avec le titre de "lieutenant-gouverneur de tout territoire sur lequel Sa Majesté détient ou peut détenir la souveraineté en Nouvelle-Zélande" et les missions :

  • de traiter avec les Maoris de façon à ce qu'ils reconnaissent la souveraineté de la couronne britannique, car "la Reine, comme son prédécesseur, décline pour elle-même comme pour ses sujets toute prétention à s'emparer des îles de Nouvelle-Zélande, ou à les gouverner comme une partie des Dominions de Grande-Bretagne, sauf à obtenir préalablement le consentement libre et éclairé des natifs, exprimé selon leurs usages. Croyant cependant, que leur propre bien-être serait, dans les circonstances que j'ai décrites, mieux promu par la remise à Sa Majesté d'une souveraineté maintenant si précaire et guère plus que nominale, et persuadée que les bénéfices tirés de la protection britannique et des lois administrées par des juges britanniques feraient bien plus que compenser le sacrifice par les natifs, d'une indépendance nationale qu'ils ne sont plus capables de préserver, le gouvernement de Sa Majesté a résolu de vous autoriser à traiter avec les aborigènes de Nouvelle-Zélande pour la reconnaissance de la souveraineté de Sa Majesté sur tout ou partie de ces îles qu'ils pourraient souhaiter placer sous son autorité" (2)
  • de faire en sorte, avec l'accord des chefs Maoris, qu'aucune terre ne soit plus vendue sauf à la Couronne, et en conséquence de proclamer qu'aucun titre de propriété ou acte de vente passé ou à venir ne sera reconnu valide que s'il est assorti d'une concession de la Couronne (Crown grant) (3).



Carte de la Nouvelle-Zélande, 1832

Mais une fois ces instructions connues à Paris, une campagne se déchaîne - sans doute à l'instigation des investisseurs qui formeront une première compagnie de colonisation mort-née, puis, à la fin de l'année, la Nanto-bordelaise - pour que la France prenne sa part de Nouvelle-Zélande. C'est après une quarantaine d'articles dans les journaux français, et une pétition de la Chambre de Commerce (4) que le roi et le gouvernement donneront leur accord pour l'expédition navale.

En retour bien sûr l'agitation française, puis les préparatifs de l'Aube et du Comte de Paris ne restent pas inaperçus des autorités anglaises. Normanby et Hobson savent donc qu'ils devront faire face à une double crise, intérieure avec la NZ Company et extérieure avec la marine de Louis-Philippe, active dans le Pacifique puisqu'au même moment à Tahiti les pasteurs de la London Missionary Society (LMS) sont confrontés à Dupetit-Thouars (un escorteur de baleiniers, lui aussi...)

Hobson arrive à la Baie des îles le 29 Janvier 1840 et signe le 6 Février le traité de Waitangi avec 46 des principaux chefs Maoris de l'île du Nord - à terme les chefs signataires seront 512. Le 21 Mai il proclame la souveraineté de la Couronne anglaise, sur l'île du Nord en vertu du traité et sur l'île du Sud par droit de première découverte par le capitaine Cook. Mais pour conforter les droits anglais, le 25 Avril il envoie au sud le major Bunbury (à cette date Hobson est atteint de paralysie) à bord du HMS Herald pour négocier si possible la signature du traité de Waitangi par les chefs maoris locaux.


Le voyage du Major Bunbury, Mai-Juin 1840
extrait du Ngai Tahu land report, Tribunal de Waitangi

Hobson croyait les Maoris du Sud incapables "de par leur ignorance de conclure en connaissance de cause un traité avec la Couronne". Bunbury, tout au contraire, trouva des chefs qui pour certains entendaient suffisamment d'anglais et étaient en tout cas disposés à croire, comme ceux du Nord, qu'ils signaient de puissance à puissance et que cela valait mieux que d'être "découverts" comme de bons sauvages. En une quinzaine de jours, il reçoit l'accord de quatorze chefs à Ruapuke, Otaku, Akaroa (Tikao, dont Meryon fera le portrait, est parmi les signataires) et Cloudy Bay, où il proclame en conséquence la souveraineté anglaise saluée le 17 juin par vingt et un coups des canons du Herald.

Ignorant de ces événements, Langlois jette l'ancre du Comte de Paris le 9 Août à Pigeon Bay sur la côte nord de la péninsule de Banks. Il invite à bord des chefs Maoris et leur fait signer des actes de vente en blanc. Les négociations se font en anglais, avec un interprète Maori local, et Langlois écrira les actes de vente en français quelques jours plus tard à Akaroa. Le premier des actes transfère à la Nanto-bordelaise la propriété de la péninsule de Banks en contrepartie d'un paiement en marchandise dont ni la liste ni la valeur ne sont spécifiées, bien qu'il soit admis que cette valeur était supérieure aux 850 francs qui restaient à devoir sur le contrat de 1838. Le second acte porte sur la vente d'une étendue de terrain beaucoup plus importante, plus du tiers de l'île sud, de la côte ouest à la côte est, depuis Kaikoura au nord à Te Waiteruati (aujourd'hui Temuka) au sud, pour 120.000 Francs payables en cinq fois sur dix ans, le premier paiement étant effectué le 24 août à Akaroa en marchandises. Le contenu de ces deux actes, particulièrement l'étendue des terres cédées, sera par la suite contesté par les Maoris.

De son côté l'Aube, le navire de guerre du capitaine Lavaud, mouille le 10 Juillet à la Baie des Iles où le capitaine Hobson l'informe que l'île du sud étant désormais sous souveraineté anglaise tout nouvel achat de terres par des Européens sera considéré comme nul par le Colonial Office, et que les achats antérieurs devront être confirmés par les land commissioners anglais. Il semble bien que Lavaud et Hobson soient arrivés alors à un accord provisoire : "Fondamentalement Lavaud ne devait rien faire qui pourrait remettre en cause les droits des britanniques à la souveraineté sur l'Ile du Sud, tandis que ceux-ci, autoriseraient non seulement les colons français à débarquer et à s'installer sur les terres que Langlois avait achetées, mais s'engageaient aussi à n'entreprendre aucune action qui puisse porter atteinte à l'autorité de Lavaud sur ces mêmes colons... Le drapeau français ne devait pas être arboré comme un signe de revendication française" (5). Le 22 Juillet Hobson dépêche un navire de guerre, le Britomart, capitaine Stanley, avec deux magistrats à son bord, pour surveiller l'arrivée des navires français et établir un tribunal britannique à Akaroa en signe de souveraineté. Lavaud lui-même ne quittera la Baie des Iles que le 27.





Vues du ciel, la pénisule de Banks et la rade d'Akaroa

Le commandant de l'Aube fait alors voile vers Akaroa, qu'il atteint le 15 août, mais il a été précédé de cinq jours par le Britomart. Stanley a affronté plusieurs jours de tempête, perdu deux barques et plusieurs de ses voiles, mais il est arrivé bon premier. La "course à Akaroa" fait depuis lors partie du mythe fondateur de la colonie de peuplement de la Nouvelle-Zélande, avec le traité de Waitangi, cette merveille de double langage. Le mythe a même son côté romanesque - Lavaud serait tombé amoureux de Mme Hobson et lui aurait livré le secret de sa mission... En fait on a vu qu'il connaissait depuis la Baie des Iles la faiblesse de sa position et la mission du Britomart ne faisait que confirmer la proclamation de Bunbury, que les Français trouveront placardée à leur arrivée à Akaroa.

Lavaud a croisé le baleinier français Pauline qui, abordant à Port Cooper, informe Langlois que l'Aube est à Akaroa, l'empêchant du même coup de pproclamer la souveraineté française (6) ce qui aurait provoqué un incident diplomatique. Le Comte de Paris part immédiatement rejoindre l'Aube et arrive le 17 Août à Akaraoa pour recevoir la visite d'une barque du Britomart portant les magistrats britanniques, et découvrir que la loi anglaise est censée désormais s'appliquer dans la petite colonie. Langlois rédige les contrats signés à Pigeon Bayen les antidatant des 11 et 12 Août, c'est-à-dire avant qu'il ait eu vent de la souveraineté revendiquée par Hobson.


Cette souveraineté anglaise, Lavaud ne l'a évidemment pas reconnue, mais on a vu qu'en même temps il s'est mis d'acord avec Hobson pour ne pas la défier. Il garde des relations courtoises avec Stanley qui ne fait pas flotter le pavillon britannique sur Akaroa, permettant ainsi au commandant de l'Aube de conserver son autorité sur les colons français à terre. La guerre du Pacifique n'aura pas lieu; l'heure est venue des contacts diplomatiques pour débrouiller les revendications des deux parties, qui disposent chacune de documents à faire valoir et de canons sur place. Les entretiens vont commencer entre le chargé d'affaires de Louis-Philippe à Londres et Lord Aberdeen.


Et maintenant qu'il est à pied d'oeuvre Lavaud découvre toutes les faiblesses des contrats de Langlois, y compris ceux de 1838, signés à Port Cooper par des Maoris de tribus différentes de celles d'Akaroa. Il prend connaissance de revendications d'autres européens, notamment Hempelman, et des français Cafler et Ratau qui avaient eux aussi "acheté" la péninsule de Banks. "Tout ce dédale m'a prouvé que les naturels ont été trompés par les acquéreurs, qui ont écrit eux-mêmes leurs contrats, en y mettant plus que moins, mais que plus tard, ceux-ci s'en apercevant, ont vendu à plusieurs la même portion de terre, pour laquelle chacun vient aujourd'hui étaler ses prétendus droits; néanmoins, je suis fortement porté à croire, que pas un des contrats que j'ai vu jusqu'ici, n'est rédigé de bonne foi" (7). Lavaud sait aussi que les Anglais ne reconnaîtront pas, même s'ils sont antidatés, les contrats apportés de Pigeon Bay par Langlois. Il lui demande donc de rédiger un document entièrement nouveau, antidaté cette fois de 1838, que Langlois signe un peu plus tard avec des chefs Maoris du nord de la péninsule et d'Akaroa. Le père Comte, missionnaire français, sert d'interprète et trois officiers de l'Aube de témoins. Le contrat transfère à Langlois la totalité de la Péninsule sans préciser la limite occidentale des terres cédées et à l'exception d'une portion qui devient réserve Maorie, cela pour un montant de 6.000 francs au lieu des 1.000 initialement prévus, les marchandises correspondantes à livrer aux Maoris étant maintenant listées. Comme pour les autres contrats, les termes de celui-ci seront contestés par les Maoris; il sont aussi mis en doute, selon Peter Tremewan, par certains Français comme Belligny, représentant sur place de la Nanto-bordelaise, pour qui le contrat n'aurait porté en réalité que sur le port d'Akaroa, en plus des terres déjà achetées par Langlois à Port Cooper et Pigeon Bay. Et pour les Maoris les terres vendues à Akaroa se limitaient à celles occupées par les colons français.


Pendant ce temps les colons du Comte de Paris sont dans des tentes, par le froid rigoureux de l'hiver Néo-Zélandais. Lavaud et Belligny d'un côté, le capitaine Stanley et les deux magistrats anglais de l'autre délimitent 3.000 acres (1.200 hectares) de terrain dans la baie de Pala Akiri, pour y installer les immigrants : 5 acres par homme adulte, deux et demi par enfant de 10 à 15 ans. Comme il n'y a pas assez de place pour tous, on regroupera les Allemands un peu plus loin à Takamatua - et je ne peux m'empêcher de penser que ces pauvres gens que la misère a poussés là doivent grandement ressembler à mes arrière-arrière-grands-parents, n'était-ce le hoquet de l'histoire qui les a projetés aux antipodes. Ils y feront souche, devenant de loyaux sujets de Sa Majesté, et aujourd'hui encore certaines rues d'Akaroa portent des noms français.


Quand la Nanto-bordelaise, en France, apprend que l'Angleterre revendique la souveraineté sur l'île du sud, elle cesse d'envoyer des colons et prend dès 1841 des contacts à Londres pour savoir si elle pourrait revendre ses titres de propriété à la New Zealand Company - mais pour cela il faudra d'abord que ces titres soient reconnus par la Couronne, tractations et péripéties qui dureront jusqu'en 1849. En attendant, Lavaud s'installe dans le provisoire, on construit des maisons de torchis, petit bourg qu'on baptise du nom pompeux de Philippeville, on plante des choux et des pommes de terre. Au début de 1842 une nouvelle corvette, l'Allier, remplace l'Aube, toujours sous le commandement de Lavaud. Il ne sera relevé qu'en Janvier 1843 à l'arrivée de la corvette Le Rhin - capitaine Bérard, un des grands explorateurs du Pacifique - avec à son bord un cadet de 1ère classe nommé Charles Meryon.


(1) Voir par exemple Steven Webster, Maori Hapu as a whole way of struggle 1840s-50s before the land wars. Sur le droit foncier coutumier maori et sa compréhension par les auteurs Pakeha (non-Maoris blancs) du XIXème siècle, lire le chapitre 8 de l'étude de Hazel Riseborough et John Hutton pour le Tribunal de Waitangi, The crown's engagement with customary tenure in the 19th century.


(2) et (3) Lettre de mission de Lord Normanby à Hobson, en date du 14 Août 1839.

(4) Selon Gibbon Wakefield, rapport au Select Committee for New-Zealand affairs du 17 Juillet 1840, cité par J. C. Andersen, "The mission of the Britomart at Akaroa".


(5) Peter Tremewan, French Akaroa, an attempt to colonize southern New-Zealand, pp. 94-95, cité et traduit par Nicolas Poirier, Les baleiniers français en Nouvelle-Zélande, p. 115.


(6) Lettre du capitaine Lavaud au ministre de la Marine, en date du 19 Août 1840, citée par Johannes C. Andersen, The mission of the Britomart at Akaroa.


(7) Rapport général du capitaine Lavaud, p. 30, Archives du Ministère de la Marine et des Colonies, A.N. BB4 1011, cité par Nicolas Poirier, Les baleiniers français en Nouvelle-Zélande.


Sources :


Johannes C. Andersen
, The mission of the Britomart at Akaroa, 1919. Andersen a dépouillé, entre autres, le journal de bord de Stanley et celui du magistrat anglais.


Jean Ducros
, Charles Meryon, officier de marine, peintre-graveur 1821-1868, Musée de la marine, Paris, 1968.


Nicolas Poirier
, les baleiniers français en Nouvelle-Zélande, Les Indes savantes éd., 2003. Nicolas Poirier prépare une thèse sur les baleiniers français; comme Ducros il a exploité les archives du Ministère de la Marine, notamment les lettres et rapports de Lavaud et Bérard.

Peter Tremewan
, French purchases in Banks peninsula, abrégé du rapport dans le cadre du Ngai Tahu Land report au Tribunal de Waitangi. Le livre de Tremewan, French Akaroa, an attempt to colonize southern New-Zealand, University of Canterbury press 1990, est malheureusement indisponible. C'est l'ouvrage de référence en langue anglaise.



13/01/2008

Façons de découper le temps et les baleines



1) Documentaire, sur fond musical (Whaling, British Instructional Films, 1924).





2) Expérimental. Depuis mille ans les Esquimaux Inupiats du nord de l'Alaska chassent la baleine pour se nourrir, les lois internationales leur accordant un contingent de 22 animaux par an. Jonathan Harris a documenté une de ces chasses en prenant 3.214 photos au rythme d'une photo toutes les 5 minutes, y compris pendant son sommeil. Parfois le rythme s'accélère, jusqu'à 37 photos par 5 minutes dans les séquences les plus dramatiques. Pour vivre, les Inupiats découpent la baleine, Jonathan Harris, lui, découpe le temps.


cliquer sur la baleine

Un affichage plein écran est préférable; en bas à droite, choisir un des trois modes d'affichage, mosaïque, timeline ou pinwheel. A partir de la page d'accueil du projet on peut glaner quelques explications, voir en particulier la partie "interface".

11/01/2008

Le greffe : La pointe courte

Réalisatrice : Agnès Varda, 1956



Elle est vraiment courte, et son chemin, plutôt secret


et mon enfance, plutôt proche


Au fait, on a republié le film. Et on peut aussi voir ici et ...

Tableaux parisiens