29/09/2026

L'escalier tartare


Xavier Mellery - Escalier 
Pastel sur papier

 

 

    Non, physiquement, Drogo n’est pas diminué, s’il voulait recommencer à faire du cheval et à grimper à toute vitesse les escaliers, il en serait parfaitement capable, mais ce n’est pas là ce qui importe. Ce qui est grave, c’est qu’il n’en éprouve plus l’envie, c’est qu’après le déjeuner il préfère faire une petite sieste au soleil plutôt que de se promener sur le plateau pierreux. C’est cela qui compte, cela seul marque le passage des années.

 

 


 

 

    Oh ! s’il avait pensé à cela, le premier soir où il monta les escaliers une marche à la fois ! Il se sentait un peu las, c’est vrai, il avait la tête dans une sorte d’étau et il n’avait pas la moindre envie de faire son habituelle partie de cartes (il avait, du reste, auparavant, renoncé déjà parfois à grimper les escaliers quatre à quatre, à cause de malaises passagers). Il ne se douta pas le moins du monde que ce soir-là fut très triste pour lui, que, sur ces marches, à cette heure précise, sa jeunesse s’achevait, que, le lendemain, sans aucune raison particulière, il ne reviendrait pas à ses anciens errements, et le surlendemain non plus, ni plus tard, ni jamais.

Dino Buzzati - Le désert des Tartares, 1940 ch. XXV
Trad. Michel Arnaud 
 

 

Quand on lit Le désert à seize ans on découvre (1) cette évidence : plus tard, beaucoup plus tard, les escaliers seront durs à monter. Quelques décennies après, je confirme.

 

(1) Du moins quand on fait partie de ces gens bizarres qui ont besoin de la fiction pour réaliser.  

 

Et de Mellery, déjà. 

1 commentaire:

Elise a dit…

Je confirme aussi, s’accrocher !