15/08/2026

De se cuire lui-même... (Marcoussis, encore, avec une petite pensée pour Colin de Cayeux)


Louis Marcoussis - Portrait du poète Edouard Gazanion 
Gouache, aquarelle, pinceau et encre de Chine sur papier monté sur carton
Collection particulière
 

Ne seraient ce portrait et une biographie pas trop ancienne mais déjà épuisée, Edouard Gazanion (1880-1956), natif de Chadrac monté à Paris flamber ses rentes dans le Montmartre des années 1910-20, serait tombé dans l'oubli le plus profond. 

Mais quand on cherche on découvre un ami d'Apollinaire, familier de Max Jacob, Mac Orlan, Tristan Derème, André Salmon, Gaston Couté... et surtout de Francis Carco (1).

Carco qui s'échina semble-t-il à faire publier l'unique recueil poétique de Gazanion, Chansons pour celle qui n’est pas venue, Vers et Proses éd. 1910. Poèmes tout aussi oubliés où il trouve cette jolie métaphore potière pour parler...

 

O potiche de tendre forme !
Vase d'élection qu'on avait fait au tour
Et que l'on exposa selon la norme
À la brûlure impitoyable du grand four...
Certes le vase fut tout d'abord étonné
De sa bizarre destinée.
Et triste, et grave, et stupéfait de voir
Qu'il allait pouvoir
Résoudre sagement l'héroïque problème,
N'ayant rien à cuire de se cuire lui-même...
 
...Il pleut, il pleut — et la bergère
L'a placé sur son étagère. 

 

...de son cœur.

 

(1) Les touristes qui engorgent Montmartre savent-ils vraiment que s'ils sont là ils le doivent aussi au succès de librairie que fut

 

 
Première édition, 1914
 

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