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23/03/2026

Le lapin qui n'était pas coaché

 

 


John Tenniel - The white rabbit, Ill. pour Alice in Wonderland, 1865

 

Quand nous sommes arrivés dans la ville, dit M. Chat, on a tout de suite remarqué le restaurant, tout près de chez nous. Une façade à l'ancienne en bois peint en rouge, patinée, Cuisine traditionnelle et des plats à l'avenant. 

Dont le lapin à la moutarde.

On avait envie de s'y glisser et de s'y asseoir en soupirant d'aise.

Mme Chat - On va y aller, ça a l'air bien, hein ?

On allait y aller, après avoir testé les autres, lentement.

Et le jour où on s'est dit On y va, il a fermé.

Un temps, on a vu le vieux monsieur dans sa vitrine, le matin, en train de faire ses sudoku ou ses mots croisés, après son petit déjeuner.

Il est malade, nous a dit une voisine. Le cœur

Et puis un jour il n'y a plus eu personne, dans la vitrine.

Il est mort, a dit la voisine. Le cœur.

Le restaurant a été remplacé par un truc qui s'est avéré éphémère mais qui ne l'avait pas prévu. Et qui a fermé, assez vite.

Le quartier est plutôt populaire - quoique près de l'hyper-centre. Pas mal de commerces sont restés dans leur jus, ajoutez-y quelques vieux alternatifs qui persistent. Mais en haut de la rue, vers l'hyper-centre, on voit des enseignes qui parient sur une hypothétique gentrification, contredite plutôt qu'annoncée par une floraison de minuscules kebabs/tacos/burgers/pizzas...

Ou alors ce pourrait être une gentrification-du-pauvre, avec des airbnb qui servent à loger ces gens qui après le petit déjeuner vont ailleurs, plus loin, vers l'hypercentre, voir ce qu'il y a à voir, comme on dit.

De fait la gentrification-du-pauvre n'est pas une hypothèse à écarter par les temps qui courent, comme tous les trucs-du-pauvre.

Bref, chaque fois qu'on passe devant l'ancien restaurant on a ce pincement au cœur en pensant au lapin à la moutarde.

Le lapin à la moutarde a tendance à disparaître. Même dans les néo-bouillons qui s'installent un peu partout et font dans le décongelé rapido-facile (pour les fractions moyenne et inférieure de la classe-moyenne-du-pauvre(1)).

Mais, encore une fois bref, on n'y aura pas goûté.

 

Paul Kenck - Garibaldi approvisionne son armée 
Lithographie en couleurs
Musée Carnavalet

 

Ce matin, je lis dans Libération (que je lis encore un peu et qui est de moins en moins cher car financé par un milliardaire, ou plusieurs milliardaires, et ce financement durera, je pense, jusqu'à la prochaine présidentielle après quoi basta dira/diront le ou les milliardaires) (et cette encre sur papier que je lis quand même (2) donne une idée de ce qu'on peut servir à la  classe-moyenne-du-pauvre pour qu'elle rêve encore, oui encore un moment s'il vous plaît que tout ira bien, qu'elle pourrait être un peu moins dominée à condition de se tenir tranquille en votant centre-centre--gauche de temps en temps) donc ce matin je lis dans Libération, ce journal quasi-gratuit, que des chefs étoilés ou qui veulent l'être un jour se font conseiller par des coachs culinaires (qu'ils payent un bras, bien sûr) et même que, par exemple

 


 


et tandis que j'absorbe ce discours qui garde tongue in cheek ses distances tout en dealant  de la fascination pour les chefs de la haute (3), je me dis que le vieux monsieur qui faisait ses sudoku dans la vitrine n'a pas eu la chance de s'appuyer sur les neurosciences, la fréquence des atomes, les énergies, ou l'impact des émotions (4) sur les cellules. Pourtant, il faisait du lapin à la moutarde et un goût (dans tous les sens du terme) s'est perdu, comme se perdent tant de choses.

Le local du restaurant est toujours vide. La dernière fois qu'on y a vu de la lumière, c'était pour deux jours de Pokémon pop-up store

 

Pokémon lapin : Flambino

 

 

(1) À propos des classes moyennes et de leur déréliction programmée, se rappeler de Nathalie Quintane. Ne voir aucun snobisme, non plus qu'aucun mépris dans mes déblatérations. Je reconnais expressément faire partie de la fraction inférieure susmentionnée, j'ai même testé le néo-bouillon le plus proche, il était bien rapido-facile.

(2) Au souvenir des amis qui y ont travaillé dans les débuts, et du fric que j'ai versé, comme une partie de ma génération, pour faire vivre ce journal, une colère aveugle me saisit quand je lis des choses comme ça.

(3) La pression du service pub ? Le placement de produit ? La bête envie d'être admis dans le salon de Mme Verdurin ou de s'installer dans le Luberon ? Qui dira ce qui travaille les entrailles d'un journaliste ?

(4) C'est à l'insistance des discours sur les-émotions qu'on peut mesurer les progrès de l'insensibilité.

10/02/2026

À la feuille


Victor-Gabriel Gilbert - Le marchand de chansons, 1903
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris
 

06/02/2026

Transports en commun : des millions de personnes


Dimitri Anatolevitch Boulanov - Lue par des millions de personnes : la publicité dans le tram ! 1927
Affiche
 

On pourra prendre ici connaissance des dernières nouvelles reçues de Dimitri Boulanov, arrêté en 1941 par le NKVD.
 

22/12/2025

Un florilège de fin d'année : tant mieux pour les pauvres

 

Poursuivons donc nos lectures de fêtes  avec



 

Et suivons Monsieur, envoyé faire les achats de Noël, Monsieur... 

 

...qui ne souhaite – ardemment – qu’une seule chose : que cette fête soit déjà derrière lui, et qu’il s’en tire, comme lors des Noëls précédents, sans trop de dégâts (...)

Monsieur quitte l’appartement sans mot dire. Dans l’entrée, il entend encore Madame, qui, devant la fenêtre, contemple la neige, prononcer à voix basse, avec un attendrissement tout à fait adapté au ton de la fête :
 

– Il neige. Tant mieux pour les pauvres.

Tant mieux pour les pauvres. La phrase de Madame résonne encore aux oreilles de Monsieur qui, lentement, avance dans la neige. Assurément, ils auront de quoi gratter en cette soirée de Noël, les pauvres ! Quelle chance pour eux ! Il traverse le pont à pied. En cette heure solennelle, la ville brille de tous ses feux : Monsieur passe devant des vitrines éclairées a giorno, saisi brusquement d’une panique qui, dans son cas, précède toujours les achats ou la signature d’un contrat. À ses yeux, acheter, c’est consentir au système et, particulièrement, au commerce de détail, à ce corps à corps qui s’engage inévitablement dès qu’il franchit le seuil d’un magasin : tout en parlant à voix basse avec le commerçant qui lui propose poliment sa marchandise tandis que lui-même, tout aussi courtois, hésite, il ne parvient pas à chasser la vision de deux fauves se saisissant par la gorge, se déchirant mutuellement en se livrant une lutte à mort dans cette jungle bétonnée qu’éclaire une lumière électrique. Il sait toutefois la partie perdue d’avance car, pour le commerçant, la lutte est existentielle, alors que lui, il ne met en jeu que son argent, une somme dérisoire qui ne mérite pas qu’on s’acharne à la protéger. Il se reproche d’avoir, comme à l’habitude, attendu le dernier jour, voire le dernier moment, pour faire ses achats. C’est avec la même hâte, avec la même nervosité qu’il affronte tous les ans cette douloureuse épreuve. Cette fois-ci, il prend la ferme résolution d’exécuter désormais cette tâche plusieurs semaines à l’avance en y consacrant tout un après-midi. En attendant, le voici devant les magasins quelques heures avant la fermeture, contrarié et légèrement écœuré, parce qu’il se sent trop lâche pour affronter l’épreuve. Donner est certes un geste exaltant, mais se restreindre, par la force des choses, est on ne peut plus humiliant. Il sait pourtant que son billet de cent pengös, conquis de haute lutte dans la matinée, fondra dans le premier magasin, ne laissant en souvenir, dans le meilleur des cas, qu’un modeste paquet inutile dont il faudra s’empresser d’échanger le contenu dès le lendemain des fêtes.

Sandor Marai - Un chien de caractère, 1932
trad. de Zéno Bianu et Georges Kassai
 
 
C'est sur Sandor Marai et l'expérience de l'exil que László Krasznahorkai, tout récent prix Nobel, soutint sa thèse à Budapest en 1983. On peut toujours lire à ce sujet Libération et les mémoires de Sandor Marai.  

06/11/2025

La semaine de la photo (3) : ceci n'est pas le marché de l'art mais c'est quand même un marché de l'art


Michael Wolf - Ed Ruscha euro5.70 - de la série real fake art


 

Dans cette série Michael Wolf a photographié les peintres chinois de Dafen (banlieue de Shenzhen), la ville où l'on fabrique à la chaîne les copies de peintres célèbres vendues sur internet aux clients qui ne peuvent se payer les originaux - ici Noise (Ed Ruscha 1963) et ci-dessous...

 



Michael Wolf - Magritte euro14.40

 

La trahison des images, de Magritte.

 

À rapprocher d'une autre série de Michael Wolf, real toy story, sur la fabrication des jouets en Chine.  

 

Et de Michael Wolf, déjà.

 

 

 

04/10/2025

By the waters of Babylon


 

Je me souviens de Joseph, de ses couvre-livres à pliures ineffaçables où le 26 du Boulevard nous lançait les regards de Sphinx de ses trente fenêtres et lucarnes, du même noir que l'encre de nos stylos, et le Sphinx nous posait les questions du concours et nous allions inévitablement répondre

 


 

à côté et il allait falloir

 



 s'y remettre, y revenir, à nos fiches tels des insectes

 

 


 

laborieux et minuscules et puis de guerre lasse nous partîmes et nous sommes, des décennies plus tard, assis au bord des fleuves car Πάντα ῥεῖ and we sat down and wept (1)

 

Westminster Abbey Choir - Psaume 137, By the waters of Babylon we sat down and wept

 

et le Sphinx est toujours là, survivant à tant d'autres librairies mortes - certaines, victimes de leur courage malheureux. Chaque fois qu'on l'aperçoit on pourrait y voir comme un retour

 

 

 aux sources, voire peut-être une saisie

 

Valérie Mangin & Denis Bajram - Abymes 3
Dupuis éd. 2013
 

de l'occasion - qui fait le larron comme l'on sait, et ce Sphinx a connu bien des voleurs.

Mais maintenant que nous nous appuyons, parfois, déjà, sur un bâton et que le Sphinx perd lui-même peu à peu sa mémoire à mesure que ses rayons se vident, qui nous posera les questions ? Car le monde fourmille de réponses, certes, mais ce que nous avons attendu toute notre vie, ce sont les bonnes questions, non ?

 

(1) Et ce n'était pas la première fois, bien sûr

08/02/2025

À saisir


Dirk Nijland - 3 Voor 10, ca 1920 
Lithographie

02/12/2024

L'art de l'achat et de la vente : dans tes rêves (et Pâques avant Noël)


Photographe inconnu (encore que Grand-Breton) - Welcome to dreams
 

Mes sommeils sont  hantés de ritournelles musicales - dit M. Chat - et depuis le concert de jeudi dernier, l'hymne luthérien de Christ lag... me revient chaque nuit en bande-son de mes rêves, alors vous n'y couperez pas, à la cantate de Pâques...


J. S. Bach - Cantate BWV4, Christ lag in Todesbanden - Orchestre et choeur Magnificat, Caravaggio (Bergame)
Mis en ligne par Edoardo Lamberthengi
 
 
 
...et (à 13'5 ici, dans cette version purement chorale) à son fulgurant
 
 
da bleibt nichts denn Tods Gestalt, 
 
 
qui, depuis l'adolescence, m'a toujours fait frissonner. Cantate de jeunesse, souvenir de jeunesse. La mémoire des rêves est comme un vieux magasin fermé - mais toujours ouvert, la nuit. Le marché aux puces de notre vie.
 
Voilà, au son de cette cantate je me promène le long des canaux d'une ville inconnue, je monte des escaliers étroits, je me perds, j'entrevois au-dessus de moi des monuments gigantesques éclairés par les lueurs de l'aube et ce n'est pas Paris ni Londres - ni le Dorsoduro de Venise que nous avons tant arpenté, c'est plus probablement, et vous n'y couperez pas non plus, c'est très probablement...

 
Three times Randolph Carter dreamed of the marvellous city, and three times was he snatched away while still he paused on the high terrace above it. All golden and lovely it blazed in the sunset, with walls, temples, colonnades and arched bridges of veined marble, silver-basined fountains of prismatic spray in broad squares and perfumed gardens, and wide streets marching between delicate trees and blossom-laden urns and ivory statues in gleaming rows; while on steep northward slopes climbed tiers of red roofs and old peaked gables harbouring little lanes of grassy cobbles. It was a fever of the gods, a fanfare of supernal trumpets and a clash of immortal symbols. Mystery hung about it as clouds about a fabulous unvisited mountain; and as Carter stood breathless and expectant on that balustraded parapet there swept up to him the poignancy and suspense of almost-vanished memory, the pain of lost things and the maddening need to place again what once had been an awesome and momentous place (1).
 
 
 
...Kadath l'inconnue, où je n'arriverai jamais. 
 
 
 
Jens Heimdahl - Ill. pour H. P. Lovecraft, The Dream Quest of Unknown Kadath, 2004
 
 
 
Et, à propos de H.P.L., ici, ou encore là.
 
 
 
 
(1) Non, Bach et H.P.L. ?  Oui, je sais (2), il faudrait demander à mon inconscient, cette petite bête dans ma tête qui s'amuse à jouer Prélude et fugue dans les Montagnes hallucinées, à certaines heures de la nuit.
 
(2) Cela dit, vous noterez que non loin de chez nous, sur Mercure...

26/11/2024

L'art de l'achat et de la vente : Schlosser


Gérard Schlosser - Il n'y a pas beaucoup de monde aujourd'hui, 1970
Acrylique sur toile sablée
Fondation Gandur pour l'Art, Genève

 

Comme Fromanger, Schlosser (1931-2022) me manque, se dit M. Chat. Un gars qui décide de devenir peintre après avoir vu En attendant Godot, ça nous manque, voilà.

 

 

Et pendant ce temps-là... 

...deux publicités gratuites pour Lucy Mushita

26/10/2024

Retour de seventies (#1) : tout doit disparaître


Gérard Fromanger - Tout doit disparaître, série « Boulevard des Italiens », 1971
Huile sur toile
 
 
5 février 1971 : le photographe Élie Kagan (1928-1999) et le peintre Gérard Fromanger (1939-2021) marchent sur le Boulevard des Italiens. Kagan prend les photos. Ensuite, Fromanger va peindre sur les photos, projetées dans le noir sur sa toile (1).
 
 
 
Gérard Fromanger - L'autre, série « Boulevard des Italiens », 2 juin 1971
Huile sur toile
Fondation Gandur pour l'art, Genève

 
Les 25 toiles, datées du 2 juin1971, forment la série du Boulevard des Italiens et sont présentées à partir du 23 novembre 71 à L'ARC, au Musée d'Art Moderne de Paris.
 
 
 
Gérard Fromanger - Vie et moeurs des animaux sauvages, série « Boulevard des Italiens », 2 juin 1971
Huile sur toile
Fondation Gandur pour l'art, Genève


 
Une partie (2) de ces toiles se trouve aujourd'hui dans la collection d'un milliardaire Helvète et, suite aux actions - conjuguées bien que divergentes - de citoyens genevois et de la ville aux cent clochers elles vont faire retour du côté de chez les chats (pas tout de suite, disons à partir de 2027...)
 
Étrange destin de ces tableaux, témoins de l'assez convulsive année 71, dérivant des rives du Léman, près de l'ancien siège de la S.D.N., à celles tout aussi calmes de l'Orne - au voisinage immédiat du Mémorial consacré, rappelons-le "à la période allant du Traité de Versailles à la chute du Mur de Berlin". L'histoire tremblote, patine, bégaie, mais la couleur coule toujours.


Gérard Fromanger & Jean-Luc Godard - Film-tract n°1968, 1968
Mis en ligne par AccePointtopoint
 
 
 
 
(1) "Ce que nous voyons d’abord quand nous regardons les premières toiles de Fromanger, c’est une peinture qui se présente comme une photographie peinte : personnages en aplats rouges de la série Boulevard des Italiens qui se détachent sur une rue bleu-vert, comme si la peinture semblait avoir renoncé à produire ses propres représentations et se contentait de coloriage. Mais en regardant de plus près le détail de la peinture, et en particulier la facture des dégradés de lumière, on voit bien que l’ensemble ne « tient » pas comme tient la photographie initiale, que les personnages flottent dans un ailleurs et que la rue elle-même n’est pas un lieu habitable. Tout en respectant scrupuleusement les formes de l’image de départ, le peintre a désorganisé le cheminement de la lumière, le dégradé du clair vers le sombre, la progressivité des couleurs qui recrée dans la photographie l’impression du relief.
 
Fromanger peint dans le noir, sur une photographie directement projetée sur la toile : peindre, pour Fromanger, c’est peindre sous la photographie et glisser en elle un autre régime de lumière. C’est désorganiser ses rapports lumineux au profit de tensions locales entre des aplats de couleur, dans un geste où chaque couleur efface quelque chose de l’image.
 
Or, ce faisant, c’est toute l’organisation d’ensemble de la photographie, et avec elle toute possibilité d’une organisation homogène de l’espace du tableau, qui est détruite au profit de rapports locaux qui s’établissent chaque fois sur des plans différents. Les couleurs ne s’additionnent pas mais se confrontent les unes aux autres selon des rapports deux à deux (de voisinage) qui s’effectuent chacun dans un plan différent. Refroidir un vert par un bleu, le réchauffer par un rouge, de sorte que le vert soit successivement chaud et froid selon la teinte à laquelle l’oeil le raccorde. Aussi, le plan dans lequel s’agencent les couleurs n’est pas le plan de la photographie, mais un plan mental ou pictural construit par les couleurs elles-mêmes et valable seulement pour elles. Le plan n’est pas donné par l’espace du motif, il est construit par le regard comme le plan sur lequel existe localement le rapport de couleur, plan attaché à ce voisinage et indissociable de ce dernier : chaque rapport a son plan sur lequel il existe, et voir le tableau consiste à sauter d’un plan à l’autre au fur et à mesuredes déplacements de l’oeil (...)

« Je ne suis pas devant le monde, je suis dans le monde », aime à répéter
le peintre (...)

Dans un dispositif tel que celui de Fromanger (...) le cliché est convoqué sur la toile et la lutte entre peinture et image menée sur la toile même, de l’intérieur même du monde et de la représentation. La lutte a changé de nature : le peintre ne cherche plus à empêcher le cliché d’exister et de hanter sa toile au profit d’une peinture vraie (ou d’une vision authentique), il fait de la peinture un moyen de juger et de voir le cliché. Le cliché, c’est aussi bien la perception banale qui croit voir et tue ce qu’elle regarde, et à laquelle le peintre oppose son désir de maintenir le réel dans sa puissance
d’étrangeté."


 
(2) Une partie seulement, puisque leur dispersion actuelle interdit de reconstituer le parcours originel du Boulevard des Italiens, entreprise aussi inutile que celle qui voudrait répéter par exemple, une dérive à la Debord - pratique assez proche, d'ailleurs, de ce que faisait ici Fromanger.
 

31/05/2021

La dernière minute


Vanessa Bell - The last minutes posters, 1935 

Huile sur toile
 

08/05/2021

Le véritable auteur de la maison de poupées (le jeu de la famille Cole, #4)


John Vicat Cole - The Dolls House, Kensington Church Street (ca 1940 ?)

 

La meilleure preuve qu'on a l'habitude de confondre Cole père et fils, c'est que ce tableau du fils est vendu, par certains, comme une oeuvre du père...

Reginald Rex Vicat Cole, le père (1870-1940), était paysagiste, spécialiste de la représentation des arbres, mais aussi un amoureux de la rue londonienne - et c'est donc cette dernière veine que suivit son fils, John Vicat Cole.
 

 

(1) il aurait dessiné ou peint presque toutes les églises de Londres, j'y reviendrai demain, d'ailleurs. 

07/05/2021

L'art de la rue : le fils de son père, et traverser Hyde Park (le jeu de la famille Cole, #3)

 

John Vicat Cole – Antiques No 3 Campden Street, London, ca 1960-70


John Vicat Cole (1904-1975) trouva sa voie en peignant des tableaux de petit format représentant des façades et devantures de boutiques du West End, spécialement de Kensington. Ici, le magasin de porcelaine de Diane Sewell (vous avez son numéro de téléphone, mais elle ne répondra pas). 

Vous avez probablement trouvé l'usurpateur qu'il fallait chercher dans le précédent Billet : il s'agissait de ce même John Vicat Cole, auquel était effectivement (et faussement) attribué le tableautin de l'homme au phonographe, mais qui n'était nullement l'auteur de Light o'London, du billet de mercredi. Il était le fils de l'auteur. Ne pas confondre John Vicat Cole, le fils, et Reginald Rex Vicat Cole, le père. J'y reviendrai. 

Évidemment, quand on vous dit Antique shop vous pensez à... 

 

Julian Amyes (d'après Charles Dickens, 1841) - The old curiosity shop, 1979, BBC 
 
 
 
Mais il y a loin de Holborn, où se trouvait la fameuse boutique du grand-père de Nell Trent, jusqu'à Kensington. Songez, il faut traverser tout Hyde Park. 

04/04/2021

Les drapeaux passeront comme passe la neige

David Hammons - Bliz-aard Ball Sale, 1983

 

La vente a probablement eu lieu un samedi 13 février - la veille, un fort blizzard avait soufflé sur New York. Hammons se tient parmi d'autres vendeurs de rue, au coin sud-est de Cooper Square, entre la 4ème avenue et le Bowery. Autour de lui,  des chômeurs et des SDF qui vendent ce qu'ils ont pu trouver.

 


Hammons vend ce qu'il a pu fabriquer : des boules de neige. Peut-être qu'il les a faites à l'avance et mises au congélateur. Peut-être pas, les avis divergent. Il vend des choses qui ne dureront pas, c'est-à-dire qu'il fait comme tous les vendeurs du monde. La photo souvenir, elle, a duré. Devinez pourquoi.

A part ça, et bien d'autres choses, David Hammons a aussi créé un drapeau :

 

 David Hammons - African American Flag, 1990

Toile de coton teinte et oeillets

Museum of Modern Art, New York

 

 

A propos du Bliz-aard Ball Sale on peut lire le livre d'Elena Filipovic, qui a aussi écrit un livre original sur Marcel Duchamp en tant qu'auto-conservateur.

 
 

18/04/2020

23/03/2020

Parfaire ses éléments de langage (une petite expo Marks, #2)


Henry Stacy Marks - A Treatise on Parrots / Un traité sur les perroquets, 1885
Huile sur toile, sur panneau de bois
Sudley House, Liverpool




Bernadette Jézéquel & Philippe Gérard - La boîte à outil du responsable de communication, 3ème éd. 2016,
chap. II : Dialoguer avec les parties prenantes,
fiche n°4 : Les éléments de langage






- Les masques ne servent pas vraiment, ce qui est utile, c'est de se laver les mains.
(un temps)
- D'ailleurs nous n'avons pas de masques.
(un temps)
- D'ailleurs on va en commander un max.
(un temps)
- Bon, les masques ça pourrait servir, mais pour protéger les autres.
(un temps)
D'ailleurs, si vous en avez planqué, amenez-les aux hôpitaux, hein ?
(un temps)
- Mais pour vous protéger vous, il faut des FFP2, hein ?
(un temps)
- D'ailleurs, on n'a pas de FFP2.
(un temps)
- On en a eu, notez, mais on les a jetés vers 2011 pour faire des économies.
(un temps)
- Si quelqu'un en a gardé des vieux, il peut les ramener à son médecin, mais c'est à vos risques et périls, hein (Ha oui, vous me dites que c'est déjà fait, bon).
(un temps)
- On a réfléchi, si on avait des masques, beaucoup de masques, finalement ça pourrait être utile pour limiter la contagion.
(un temps)
- Comme les Chinois. Malins, ces Chinois, hein ?
(un temps)
- Mais bon, on n'a pas de masques, hein ?
(un temps)
- Ha si, on en a un peu, voyons voir, laissez-moi regarder mes notes...
(un temps)
- Voilà : demandez à votre ARS.
(un temps)
- Je vous assure que les ARS, c'est très efficace : elles ont réussi à supprimer 17.500 places d'hôpital en 4 ans.
(un temps)
- Mais vous savez, c'est compliqué un masque, il faut savoir s'en servir, même moi je ne sais pas trop, alors vous...
(un temps)
- Vous me dites que les Chinois savent s'en servir, ha oui, comme je le disais, malins, ces Chinois...
(un temps)
- Vous me dites que les soignants aussi savent s'en servir, ha oui, nous les admirons.
(un temps)
- Applaudissons-les.
(un temps)
- C'est bien vrai (1), ils ont aussi besoin de masques les soignants, on vient de passer un bon de commande.
(un temps)
- A qui ? Ben, à ceux qui les fabriquent, les Chinois et les Allemands...
(un temps)
- On vient de me dire que les Chinois sont surbookés et que les Allemands gardent pour eux ceux qu'ils fabriquent...
(un temps)
- Pourquoi on ne les fabriquait pas nous ? parce que c'est moins cher chez les Chinois. Pourquoi les Allemands n'ont pas délocalisé ?
(un temps)
- C'est le problème avec les Allemands, un problème de culture peut-être, leur côté fourmi, ils sont plus lents que  nous...
(un temps)
- Nous, c'est le génie français...



C'était un message de  
 

Via Mathilde Larrère







(1) Préconisations 2011 du Haut Conseil de Santé Publique concernant le port de masques en population générale en situation pandémique :