31/01/2019

Harlem 1924-26 : le saxophone et, si on veut, le chat (Langston Hughes, #1)

Clarence William et les Blue Five - Everybody loves my baby (Spencer/Williams)
Enr. le 6 Novembre 1924, New York :
Eva Taylor voc. Clarence Williams p. Louis Armstrong c. Buster Bailey ss. Buddy Christian bj. Aaron Thompson tb.
Mis en ligne par Good Time Music






Langston Hughes - The Cat and the Saxophone, in The Weary Blues, 1926





The Weary Blues fut le premier recueil de poèmes de (et le premier livre publié par) Langston Hughes.




Miguel Covarrubias - Ill. de couverture pour The Weary Blues




Jean-Paul Levet - talkin' that talk, le langage du blues et du jazz, Kargo éd. 2003



 

30/01/2019

A la craie sibérienne


Paul Citroen - Portrait d'une jeune fille 
Craie sibérienne sur papier
Via Kundst





Siberian chalk - en anglais - c'est tellement plus joli que du fusain compressé...

29/01/2019

Monte sur cette échelle


Bernard Boutet de Monvel - Wall Street in New York, 1930-31
Esquisse, huile sur toile
Musée de l'Oise




Leyla McCalla - The Capitalist Blues
de l'album du même nom, Jazz Village/PIAS 2019
Mis en ligne par Leyla McCalla



(Publicité gratuite)



You keep telling me
To climb this ladder
I've got to pay my dues
But as I rise
The stakes get higher
I've got the capitalist blues

And if I give everything
I won't have much more to lose
I am swimming in an ocean of sharks
They are telling me how I'm gonna make
My little mark
In this cold, cold world
It can be such a cold, cold world
You keep telling me to go a little higher
Try to take a different view
But you can see
I'm not inspired
I've got the capitalist blues

And if I give everyrthing
I won't have much more to lose
It's not fair, it's not right
I don't know what I'm gonna do with my life
It's not fair, it's not right
I wasn't born to just endure all this strife
Tryna make my way
In this cold, cold world
It can be such a cold, cold world

27/01/2019

L'art de la cuisine : Bang


Julien Dilly - Plat du jour, nature morte anarchiste, 1894
Huile sur toile
Source



Rappelons que 1894 est l'année de l'attentat au restaurant Foyot, des lois scélérates et du procès des Trente.

26/01/2019

Actualités : l'art de la rue


André Devambez - La Charge, 1902-1903
Huile sur toile
Musée d'Orsay




Et d'André Devambez, déjà.

25/01/2019

24/01/2019

Une semaine Nevinson, #7 : carbonculaire, j'ai dit carbonculaire ?...


William Orpen - The Café Royal, 1912
Huile sur toile
Musée d'Orsay



Le Café Royal à Regent Street était (1) le café des artistes et et des écrivains; quand il descendait de sa caravane on pouvait y entendre Nevinson vitupérer ses contemporains, et y croiser, bien sûr, T. S. Eliot. En Novembre 1921 et Janvier 22 ce dernier, de passage à Paris venant de Margate puis revenant de Suisse, confia à la critique acérée d'Ezra Pound les tapuscrits de The Waste Land.

Dans l'une des premières versions de The Fire Sermon (un peu après I Tiresias, old man with wrinkled dugs...), les vers 153-156 étaient les suivants :


He, the young man carbuncular, will stare
Boldly about, in ‘London’s one café’,
And he will tell her, with a casual air,
Grandly, ‘I have been with Nevinson today’


Il jettera un regard fier autour de lui,
Dans le café par excellence à Londres
Ce jeune homme carbonculaire, et puis
Désinvolte et pompeux, il lui fera entendre
"J'étais avec Nevinson aujourdhui" (2)





Que Pound corrigea ainsi :



T.S Eliot - The Waste Land, a Facsimile and Transcript of the Original Drafts including the Annotations of Ezra Pound
Edited by Valerie Eliot
Harvest Books, 1971, p.33




...et qu'Eliot, sur ses conseils, condensa de la sorte :

He, the young man carbuncular, arrives,
A small house agent’s clerk, with one bold stare,
One of the low on whom assurance sits
As a silk hat on a Bradford millionaire.


Il arrive, jeune gandin carbonculaire,
Petit gratte-papier d'agence immobilière
Et son aplomb lui sied comme un chapeau de soie
Au chef de quelque Bradfordien millionnaire (3)




On aura compris que Pound n'aimait pas Nevinson. Et peut-être que les sentiments d'Eliot lui-même étaient mitigés - ce jeune homme carbonculaire qui hante dix-huit vers du poème définitif - le double dans le tapuscrit - étant après tout fort peu sympathique.

Mais tout de même, pour un peintre un peu oublié aujourd'hui, être le seul contemporain à (faillir) être cité dans The Waste Land...




(1) Il a été fermé en 2008, transformé aujourd'hui en hôtel de (grand) luxe. La forme d'une ville change plus vite, hélas...

(2) Traduire un bout de T.S. Eliot avant tout le monde ? Oui, les chats osent tout, c'est même à ça qu'on les reconnaît !

(3) Trad. Pierre Leyris, © éd. du Seuil 1947; non, les chats n'oseraient pas.




Ce billet, comme le précédent, doit beaucoup aux travaux de Michael J. K. Walsh sur Nevinson :
Hanging a Rebel, The Life of C.R.W. Nevinson, Lutterworth Press, 2008 (biographie complète)
- C.R.W. Nevinson, This Cult of Violence, Yale University Press, 2002 (biographie limitée aux premières années et planches en couleur)
- A Dilemma of English Modernism, University of Delaware Press, 2007 (recueil d'articles de divers auteurs).





23/01/2019

Une semaine Nevinson, #6 : "un art anglais viril, puissant et anti-sentimental"


C.R.W. Nevinson - La Mitrailleuse, 1915
Huile sur toile
Tate Gallery CC-BY-NC-ND (3.0 Unported)


Christopher Richard Wynne Nevinson naît en 1889 d'un père  - Henry Nevinson - journaliste, militant anti-esclavagiste, suffragiste (1) et socialiste et d'une mère elle aussi suffragiste (2). Il étudie le dessin et la peinture à la Slade School puis, à l'occasion d'un séjour parisien - à l'inévitable Académie Julian - rencontre Gino Severini et surtout Marinetti, que connaissait déjà son père. Revenu à Londres, il est pour un temps l'un des deux leaders - avec Wyndham Lewis - du futurisme anglais au Rebel Art Centre, mais il a la mauvaise idée de signer, seul avec Marinetti, le manifeste qui se voulait fondateur de ce courant, Vital English Art - ou Contre l'art anglais, dans sa version française.






Manifeste Marinetti-Nevinson du 11 juin 1914 (date de la version française)
"Nous voulons un art anglais viril, puissant et anti-sentimental"



Immédiatement, Wyndham Lewis prend cette déclaration comme un coup monté contre lui. Réunissant et faisant signer tous les autres futuristes anglais - dont Ezra Pound, j'y reviendrai - il expédie une lettre à la presse récusant le Manifeste et, sans même le nommer, excluant de fait Nevinson du mouvement vorticiste. Nevinson se retrouve seul, dans un position de rebelle et de minoritaire qu'il cultivera tout au long de sa vie, tant face à l'art officiel de la Royal Academy  que vis-vis d'autres groupes modernistes comme celui de Bloomsbury.

Mais nous sommes à la mi-juin 1914, et Nevinson va avoir l'occasion (3) de se confronter physiquement à un phénomène véritablement viril, puissant et anti-sentimental : l'holocauste industriel de 14-18.

Il a toujours exclu le service armé, d'autant qu'il est atteint de fièvre rhumatismale. Il s'engage, avec son père, dans une unité d'ambulances du front levée par les Quakers, la Friends' Ambulance Unit. Après la traversée ils sont affectés à Ypres, où des centaines de blessés sont entassés dans trois hangars des chemins de fer que les Anglais appelleront The Shambles - Les Abattoirs.




C.R.W. Nevinson - La Patrie, 1917
Huile sur toile





Au bout d'une semaine aux Shambles, ma vie d'avant semblait dater de plusieurs années. Un mois passé, j'avais l'impression d'être né dans un cauchemar. J'avais vu des choses si révoltantes qu'elles étaient difficiles à concevoir, et personne ne cillait, même les plus sensibles d'entre nous. Nous ne pouvions qu'aider, ignorer les hurlements, le pus, la gangrène et les éventrements (4)




Nevinson dans son uniforme d'ambulancier




Dans la demi-obscurité de ces entrepôts nus, sur le sol couvert de paille, gisaient par centaines et centaines les blessés, Français, Belges, par-ci par-là quelques Allemands et Britanniques. Beaucoup d'entre eux étaient restés là trois jours et trois nuits entières, pratiquement sans soin et même sans nourriture pour la plupart, les vivants, les mourants et les morts côte à côte (5).





C.R.W. Nevinson - The Doctor, 1916
Huile sur toile


Le futurisme - italien et anglais, en l'occurrence - était un culte de la modernité rapide et violente. Mais en quoi préparait-il un artiste à ce choc de la réalité moderne, rapide, violente, extrême ? Nevinson et Wyndham Lewis peignaient avant 1914 des toiles aux titres suggestifs comme War ou Plan of War, et dans ses souvenirs l'artiste se souvient qu'

"Aucune (d'entre elles) n'était bonne, mais elles étaient intéressantes en cela qu'elles prouvaient, comme Sir Michael Sadler l'avait affirmé, que certains artistes modernes avaient un étrange pressentiment de la catastrophe à venir. Rétrospectivement, on pourrait croire que quelques-uns d'entre nous se préparaient déjà  techniquement à exprimer l'horreur, la cruauté et la violence qui les attendaient (6)."



Il conduit son ambulance, sur le front. Emmagasine les expériences, qu'il peindra plus tard. Tient jusqu'à la mi-janvier 1915 (7) et revient alors en Angleterre. Il peint; il expose; il devient celui qui a vu la guerre et qui peut la reproduire avec une toile et un pinceau; il devient célèbre - et même les militaires revenant du front se reconnaissent dans ses toiles...

Dès ses premières expositions, on remarque que ses techniques sont diverses. Il reste futuriste, il le proclame et d'ailleurs le prouve une toile comme...



C.R.W. Nevinson - Bursting Shell / Un obus éclate, 1915
Huile sur toile
Tate Gallery CC-BY-NC-ND (3.0 Unported)


Mais dans La Mitrailleuse et plus encore dans La Patrie et The Doctor, il revient en-deça du futurisme - d'abord vers une sorte de cubisme mitigé, et finalement vers un naturalisme stylisé qui sera une des formes possibles (8) du modernisme anglais dans les années qui suivent - et en cela Nevinson est évidemment un précurseur.

On a pu spéculer sur les raisons de cet abandon progressif du futurisme, y voyant le désir de ne pas déplaire aux autorités militaires, de la part d'un artiste officiel. Pourtant Nevinson n'hésita pas, par exemple, à maintenir Paths of Glory - refusé par la censure militaire (9) - sur les murs de son exposition de 1918...



C.R.W. Nevinson - Paths of Glory / Les sentiers de la gloire (10), 1917
Huile sur toile
Imperial War Museum



...en barrant le tableau d'une bande de papier marron sur lequel était inscrit "censuré".




Paths of Glory "Censuré"
Photo Daily Mail, Mars 1918



Mais la raison de ce retour au naturalisme était probablement tout autre. La furia futuriste était à la fois le pressentiment de la catastrophe et la prédisposition à la dépeindre dans sa pleine violence - en revanche l'expérience physique de la catastrophe, la souffrance, ne pouvait passer par la forme futuriste, sa reproduction exigeait un refroidissement - la solidification quasi-minérale de La Mitrailleuse ou la boue impressionniste de Paths of Glory. Si une trajectoire artistique a illustré l'impasse du futurisme face aux effets de la violence à laquelle il aspirait, c'est bien celle de Nevinson.

En janvier 1916, le Military Service Act établit la conscription en Grande-Bretagne. S'ensuit une nouvelle législation sur les réformes, le Compulsion Bill : tous les réformés pour inaptitude devront repasser un examen médical et risquent donc d'être envoyés au front; Nevinson est concerné, d'autant que la fièvre rhumatismale ne semble plus être un motif suffisant. Il entre dans une phase de dépression, envisage de se réfugier en Espagne (pays neutre) mais cela est maintenant interdit aux mobilisables. De plus, son père étant considéré comme un militant radical et objecteur de conscience (11), les soupçons s'étendent au fils. S'ensuit une série de démarches vaines pour se faire réformer; enfin, grâce à des amis de son père et au succès de ses expositions, il parvient à se faire nommer Official War Artist - mais sans solde et sans uniforme, à la différence d'autres peintres (12). Il retourne en France en Juillet 1917 et a juste le temps de quelques esquisses sur les préparatifs de la bataille de Passchendaele...




C.R.W. Nevinson - Harvest of Battle / Moisson de bataille, 1919
Huile sur toile
Imperial War Museum



...260 000 morts dans la boue de chaque côté pour une avancée de huit kilomètres, soit soixante-cinq mille morts au kilomètre. Il est possible que le peintre se soit aventuré là où il ne fallait pas : pour insubordination, il est renvoyé en Angleterre, alors que l'offensive est à peine lancée, et un mois seulement après son arrivée.

1917 voit l'amplification de deux processus parallèles : la dépression psychique de Nevinson, et la diversification de son style. Psychologiquement instable depuis toujours, son état a été aggravé par le choc de sa période d'ambulancier puis la réincorporation en Angleterre, enfin par ses démêlés pour échapper au front et avec la censure - la bataille à propos de Paths of Glory dura des mois et se termina par le retrait de la toile, discrètement achetée par l'Imperial War Museum pour la cacher.

Sa versatilité stylistique était apparue dès l'exposition de 1918 aux Leicester Galleries : une seule toile vraiment futuriste, et une tendance croissante à un réalisme parfois quasi-photographique comme dans



C.R.W. Nevinson - Swooping Down on a Hostile Plane, 1917
Pastel
Collection privée




...où seuls les rayons d'un soleil caché subsistent comme un pâle souvenir du cubo-futurisme. Quand Harvest of Battle fut exposé, avec une douzaine de ses tableaux, à la grande exposition Nation's War Paintings and Drawings en 1919, le public aima, les critiques virent le tableau comme une image réaliste mais aussi, comme le dira Ezra Pound "un mauvais tableau". En deux ans seulement, Nevinson apparaissait comme s'étant de lui-même exclu de l'avant-garde artistique, et le style moderniste et anguleux qu'il avait proposé avec La Mitrailleuse pouvait être repris par d'autres avec succès, alors qu'il l'avait laissé derrière lui.



C.R.W. Nevinson - Portrait of a wounded soldier, 1916
Huile sur toile




J'interpréterais volontiers l'évolution stylistique de Nevinson - à l'instar de sa trajectoire personnelle - comme une blessure de guerre. Représenter l'explosion était l'objectif futuriste; représenter le trauma successif à l'explosion était une tout autre tâche. Le cubisme et le futurisme étaient inaptes à transmettre le travail de deuil et de dépression qui suivent le trauma, en ce sens l'évolution de Nevinson est un cas particulier du retour à l'ordre dans les arts. Mais c'est aussi un cas à part parce qu'il découle d'une expérience très directe - d'où, peut-être, la rapidité d'une évolution qui dérouta ses contemporains.

Nevinson part pour New York, mais ce qu'il y produit ne présente pas de véritable nouveauté pour les artistes états-uniens; il passe un temps à Paris, revient à Londres de plus en plus dépressif, en proie aux critiques de ses vieux ennemis - il s'en était fait pas mal, depuis Henry Tonks, professeur à la Slade, jusqu'au cercle de Bloomsbury, sans compter Lewis et Pound. Il envisage probablement le suicide.

Il ne se suicide pas. Plus tard, il achète un camion converti en caravane et y embarque avec sa femme, Kathleen. Ils quittent Londres, partent sur les routes anglaises où il peint de tranquilles paysages campagnards, loin du style viril, puissant et anti-sentimental.



C.R.W. Nevinson - On the downs
Huile sur toile





(1) C'est-à-dire partisans du suffrage des femmes. Henry Nevinson fit partie des fondateurs de la Men's League for Women's suffrage et publia en 1913 Women's Vote and Men.

(2) Margaret Nevinson était membre de la WSPU d'Emmeline Pankhurst, puis de la Women's Freedom League.

(3) Il est loin d'être le seul parmi les futuristes - Marinetti, Wyndham Lewis feront la guerre, T. E. Hulme et Gaudier-Brzeska périront au front.

(4) C.R.W. Nevinson - Paint and Prejudice, Harcourt Brace, New York, 1938, p. 99.

(5) M. Tatham & J.E. Miles (eds), Friends' Ambulance Unit, 1914-1919, Swathmore, Londres, 1920, p. 7, cité par Michael J.K. Walsh, Hanging a Rebel, The Life of C.R.W. Nevinson, Lutterworth Press, 2008, p.99.

(6) Paint and Prejudicep. 87.

(7) Les raisons de son départ sont peu claires : "business reasons" pour les archives de la  Friends' Ambulance Unit, ou "I crocked  up" ("je suis tombé malade" ou "j'ai craqué") selon ses souvenirs dans Paint and Prejudice.

(8) Voir là-dessus Paul Edwards, Artists as Activists : C.R.W. Nevinson and Wyndham Lewis, in A Dilemma of English Modernism, ed. Michael J. K. Walsh, University of Delaware Press, 2007, notamment pp. 81-82.
(9) Alors comme aujourd'hui, on ne devait montrer que les cadavres de l'ennemi.

(10) Le tableau reprend un vers (the paths of glory lead but to the gravedu poème de Thomas Gray, Elégie écrite dans un cimetière de campagne, titre repris, en référence au tableau de Nevinson, par Humphrey Cobb pour son roman, puis par Kubrick pour son film. 

(11) Henry Nevinson avait été correspondant de guerre pendant la guerre des Boers. Bien qu'ayant couru des risques, notamment lors du siège de Ladysmith, il avait été très critique de la politique britannique dans ce conflit, et  de ce fait personnellement cible de menaces. Son fils avait également été persécuté par ses camarades d'école qui le considéraient comme le fils d'un traître.

(12) Sur tout cela, voir Michael  J. K. Walsh, C.R.W. Nevinson, This Cult of Violence, Yale University Press, 2002, pp. 152-158.




22/01/2019

Une semaine Nevinson, #5 : louons maintenant les modèles


Christopher Richard Wynne Nevinson - The Connoisseur, 1920
Huile sur toile, reproduction dans Osbert Sitwell, C. R. W. Nevinson, Charles Scribner's Sons, New York, 1925, reprise dans Michael J. K. Walsh (ed.), A Dilemma of English Modernism, Visual and Verbal Politics in the Life and Work of C.R.W. Nevinson (1889-1946), University of Delaware Press, 2007





Le tramage est dû à la reproduction photographique d'époque : on ne sait visiblement plus trop où se trouve l'original à l'huile de ce tableau. Il existe en revanche un tirage (eau-forte et pointe sèche) datant de 1922, plus répandu, légèrement différent.

21/01/2019

Une semaine Nevinson #4 : une guerre de citations


C. R. W. Nevinson - Affiche pour les Leicester Galleries, 1918



Nevinson dut la plus grande part de sa gloire (et de son malheur, j'y reviendrai) à son activité de War Artist, Official (en globish nous dirions : embedded) à partir de 1917. Mais c'est à titre privé qu'il exposa ses premières peintures de la guerre, en 1915 au London Group, puis en septembre 1916 aux Leicester Galleries.

En mars 18, Nevinson revenait exposer, cette fois avec le titre d'Official, mais Walter Bayes avait également des toiles dans la seconde salle des Leicester Galleries. Dans son tableau le plus connu, il citait...








...l'affiche de Nevinson...




Walter Bayes - The Underworld - Taking cover in a Tube Station during a London air raid, 1918
Huile sur toile
Imperial War Museum



...sur les murs souterrains de la station de métro Elephant & Castle transformée en abri anti-aérien de fortune dont il avait fait l'expérience - il habitait à côté (on a oublié que de telles images ne datent pas seulement du London Blitz, et que les Zeppelin avaient  précédé les Heinkel 111).

En réponse, Nevinson cita Bayes dans un pastel de la même année, à la devanture d'un magasin...









...en période de rationnement (on a également oublié que la faim, les pénuries, le blocus et la guerre sous-marine ne datent pas seulement de la seconde mondiale -  ces deux guerres ne sont qu'une, il faut parfois des peintres pour nous le rappeler).




C. R. W. Nevinson - The Food Queue, 1918
Pastel sur papier
Imperial War Museum

20/01/2019

Une semaine Nevinson, #3 : l'art de la rue


Christopher Richard Wynne Nevinson - The Street Acrobat, 1919
Pastel sur papier
Collection privée

19/01/2019

L'art de la grève (Une semaine Nevinson, #2)


Christopher Richard Wynne Nevinson - Workers ou Strike demonstration, 1919
Lithographie






Image des grèves massives survenues dès la fin de la première guerre mondiale, tant en France qu'au Royaume-Uni (1) - y compris dans l'armée britannique.




(1) Où l'on employa des tanks et des vaisseaux de guerre contre les grévistes.









18/01/2019

L'art de la fenêtre : des soucis pour le rédacteur en chef (Une semaine Nevinson, #1)


Christopher Richard Wynne Nevinson - Un studio à Montparnasse, 1926
Huile sur toile
Tate Gallery, CC-BY-NC-ND (3.0 Unported)





Le studio était celui de Sisley Huddleston, l'auteur, entre autres, de





(Harraps, 1936)





...et de bien d'autres guides-souvenirs du Paris des années 20 et 30. Quand Un studio à Montparnasse fut présenté à la Tate par H. G. Wells, ami de Nevinson, Huddleston adressa aux journaux une lettre de protestation : c'était son studio et on n'aurait pas dû y peindre un nu.


"Je pense qu'il avait fait ça en grande partie comme une blague (1) (...) D'un autre côté, il était rédacteur en chef du Christian Science Monitor en Europe, et il pouvait craindre qu'un bonne âme américaine puisse "s'imaginer des choses" en reconnaissant son studio à la Tate..."
C. R. W. Nevinson - Paint and prejudice, Harcourt Brace, New York, 1938, p. 233



Oui, les chats commencent une semaine Nevinson. Les chats adorent Nevinson.




(1) En français dans le texte.






Et pendant ce temps là...