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30/06/2026

Sûrement, dis-je, sûrement c'est quelque chose


Gustave Doré, 1883, ill. pour :

 

 
Back into the chamber turning, all my soul within me burning,
Soon again I heard a tapping somewhat louder than before.
« Surely, said I, surely that is something at my window lattice ;
Let me see, then, what thereat is, and this mystery explore,
Let my heart be still a moment and this mystery explore ;
Tis the wind and nothing more ! »

 
Rentrant dans la chambre, toute mon âme en feu, j’entendis bientôt un heurt en quelque sorte plus fort qu’auparavant.
« Sûrement, dis-je, sûrement c’est quelque chose à la persienne de ma fenêtre. Voyons donc ce qu’il y a et explorons ce mystère – que mon coeur se calme un moment et explore ce mystère ; c’est le vent et rien de plus. »
 
Edgar Allan Poe - The Raven / Le corbeau 
(trad. Mallarmé)
 
 
 
Et de Gustave Doré, entre autres, déjà.

03/06/2026

Peindre de loin les moments politiques : brownings et funérailles (avec une visite express de la République d'entre-deux-guerres et un conseil de lecture sur le fait d'avoir déjà abdiqué sur l'essentiel)


Édouard Vuillard - Les affiches électorales square Berlioz, 1925
Huile sur panneau


Les affiches de Vuillard sont celles de la campagne municipale de 1925 à Paris, qui donna lieu à la fusillade de la rue Damrémont. Elle fit quatre morts, pas très loin du square Berlioz, de l'autre côté du cimetière de Montmartre. 


"Reconstitution" de la fusillade de la rue Damrémont
 

1925 : la gauche du Cartel est au pouvoir, jusqu'en juillet 1926, mais le PCF est dans l'opposition, lui dont le Service d'Ordre tire au browning rue Damrémont sur les Jeunesses Patriotes (1).
 
C'est la chute du second gouvernement Herriot qui signera la fin du Cartel des gauches. Et Raymond Poincaré formera un gouvernement d'Union nationale (droite et radicaux), le quatrième gouvernement Poincaré (2), suivi d'un cinquième jusqu'au 26 juillet 1929, jour où Poincaré démissionne pour raisons de santé...


André Hambourg - L'enterrement de Poincaré, 1934
Huile sur carton

 

...avant de mourir le 15 octobre 1934.

Les obsèques nationales que peint, avec un certain recul, André Hambourg ont lieu le 20 octobre. On est alors sous un Nième gouvernement d'Union entre les radicaux et la droite, le second gouvernement Doumergue, qui a vu l'émeute du 6 février 1934. Viendra le Front populaire, qui ne durera que de juin 1936 à avril 1938 (fin du second gouvernement Léon Blum) et qui sera suivi du sinistre troisième gouvernement Daladier (3).

Et de toute façon, le jour de cet enterrement, la IIIème République n'a plus que cinq ans, huit mois et vingt-cinq jours à vivre.

 

(1) On n'est qu'à huit ans du grand choc de 1917, à trois ans de la Marche sur Rome. C'est le P.C.F. des chauds débuts antimilitaristes et anticolonialistes. C'est aussi le parti qui, dans ces mêmes élections municipales de 1925, pour la première fois en France, présente et fait élire des femmes, qui seront invalidées par l'administration.

(2) Auteur d'une dévaluation compétitive et anti-rentiers qui se fit sur les conseils conjugués de la Banque de France et... de la CGT de Léon Jouhaux. 

(3) 1938 est une année intéressante, au sens de la (fausse) malédiction chinoise. Les chats conseillent la lecture du livre de David Foessel, Récidive, dont vous voudrez bien leur pardonner de citer un peu longuement l'avant-propos :

L’année 1938 dont parle ce livre est celle de la France. Depuis ce poste d’observation, le diagnostic sur la « faiblesse des démocraties » m’est apparu aussi discutable que celui que l’on fait aujourd’hui à propos des « démocraties illibérales ». Lorsque l’on dit des démocraties des années 1930 qu’elles sont faibles, on suggère qu’elles sont confrontées à des États totalitaires qui, contrairement à elles, n’ont pas à tenir compte de leurs opinions publiques. Ni à soumettre leur politique à la critique d’une presse pluraliste et libre. Dans cette hypothèse, on impute aux sociétés démocratiques une indécision, voire une lâcheté, qu’elles tiendraient du suffrage universel et du respect des règles parlementaires. Ce genre d’arguments sert aussi à expliquer la défaite de 1940 : que pouvait un peuple fatigué de la guerre, hédoniste, engourdi par les congés payés face à l’armée disciplinée et ascétique d’un État dictatorial ?

Mon exploration de 1938 m’a pourtant moins convaincu de la faiblesse de la démocratie française que du fait que la France n’était plus, à cette date, que faiblement démocratique. 1938 n’est pas seulement l’année des reniements internationaux, c’est aussi celle de l’emploi systématique des décrets-lois (l’équivalent de nos ordonnances) par le gouvernement, de la répression massive des grèves, d’une politique de plus en plus hostile aux étrangers et de l’élection de Charles Maurras à l’Académie française. Comme on le lira plus bas, la liste est loin d’être close. 

(...) 

À bien des égards, la France de 1938 m’a fait penser à l’Allemagne de 1932, un État et une société qui avaient déjà largement rompu avec la démocratie. Mais, comme chacun sait, Hitler est parvenu au pouvoir à la suite d’élections, ce qui permet de rejouer le discours sur la faiblesse congénitale des démocraties. En France, où il a fallu la défaite des armes pour imposer la Révolution nationale, l’explication selon laquelle le peuple a fait le choix démocratique de se suicider n’a pas de consistance. On devrait donc s’attendre à voir la France passer sans transition de la lumière à l’ombre : d’un régime parlementaire, peut-être faible, mais attaché à ses principes, à un système autoritaire imposé par l’occupant. Or, je n’ai pas vu dans la France de 1938 un pays que son respect des règles parlementaires rendait vulnérable à l’ennemi fasciste. Justement parce que j’étais animé par des inquiétudes sur la démocratie en 2018, j’ai décelé dans la France de 1938 une société qui, sans rien savoir de ce qui l’attendait, avait déjà abdiqué sur l’essentiel.

 

 

17/03/2026

28/01/2026

Ouest-sud-ouest


Fin d'après-midi, 1er Octobre 2012, rue Georges Sorel, Boulogne-Billancourt
 

10/11/2025

La semaine de la photo (7) : dernières nouvelles de l'éphémère



John Simmons - Window writing, Chicago, 1968

 

John Simmons a vu et voit les Etats-Unis en noir et blanc.

John Simmons est l'homme qui a vu l'homme au pistolet

John Simmons n'avait pas vingt ans quand il est tombé sur The sweet flypaper of lifeIl avait trouvé sa voie.

John Simmons a perdu presque toutes ses photos, négatifs compris, dans l'incendie d'un garage

John Simmons a dû attendre 2016 pour avoir droit à une exposition personnelle. Devinez pourquoi.

John Simmons continue.

  
 

John Simmons, ASC photography
"IT STARTED IN THE SIXTIES " 
 
 
 
 

16/10/2025

14/10/2025

Intérieur/extérieur : le papier peint du Conquérant


Eric Ravilious - Room at the William the Conqueror, Rye Harbour, East Sussex, ca 1938
Aquarelle
 
 
Photo : Camra
 
 
Quelques détails supplémentaires chez Robjn Cantus. Et, de Ravilious, déjà

 

08/10/2025

Le ciel est au-dessus de tout ça


Miho Ichise - Sunny Window, 2022
Huile sur toile

 

 

Miho Ichise - Nightfall, 2024
Huile sur toile

 

13/09/2025

L'art de la fenêtre : vers l'infini


Man Ray - Marcel Duchamp derrière son œuvre La Bagarre d’Austerlitz (1921), 1935–1936

 

 

Marcel Duchamp - La Bagarre d’Austerlitz, 1921 
Bois peint et verre
Staatsgalerie Stuttgart

 
 

21/01/2025

Ronde de nuit : Mike Howat, encore

 

 
Mike Howat - Under Aquarius 
Acylique sur panneau


Mike Howat - Day 13
acrylique sur panneau


25/12/2024

23/11/2024

L'art de la fenêtre : l'envie de voyager, ou pas


 
Martinus Rorbye - Vue depuis la chambre de l'artiste, ca 1825
Huile sur toile

 

 

L. S. Lowry - Flowers in a Window, 1956

 

29/10/2024

L'art de la fenêtre : ronde de nuit (et un détour homérique)


Patrick Caulfield - Window at Night, 1969

 

Les chats ont laissé la lumière allumée? Oui, par précaution. On ne sait jamais, des inconnus pourraient venir tourner sous les fenêtres de ce blog. Mais les chats sont partis en voyage... Si les dieux ne leur jouent pas des tours, ils reviendront vers le 20 Novembre.

 

Et de Caulfield, déjà.

 

27/01/2023

L'art de la fenêtre : Lavery



John Lavery - Daylight Raid from My Studio Window, 7 July 1917
Ulster Museum
 
 
 
Dans le ciel, les bombardiers Gotha (probablement des G-IV)...
 
 
 
Gothas G-IV du 3ème groupe de bombardement lors d'une inspection, mars 1917
 
 
...qui remplacent les zeppelins à partir de mai 1917.
 
Le raid du 13 juin 17 fit plus de 100 morts et de 400 blessés à Londres. Les Gothas bombardèrent Londres jusqu'à mai 1918 et le bilan fut de plus de 600 morts et près de 2000 blessés dans la zone métropolitaine. À titre de comparaison, les raids de Gothas firent près de 800 morts à Paris pour la seule année 1918.
 
La première bombe larguée d'un avion fut italienne, sur la Libye. Mais les bombardements stratégiques de populations civiles datent de la première guerre mondiale.
 
 

 

Georges Brassens - La guerre de 14-18, 1962
Mis en ligne par Carlier Bruno

12/11/2022

Les intérieurs sont habités : Desmazières


Érik Desmazières - Le vent souffle où il veut, 1989 
Eau-forte et aquatinte
 
 
Et d'Érik Desmazières, déjà.
 

26/10/2022

Jean-Sol mineur (du choc de deux idées anciennes)


Mike Howat - Titre inconnu



Chick souleva le couvercle de son pick-up à deux plateaux et mit deux disques différents de Jean-Sol Partre. Il voulait les écouter tous les deux en même temps, pour faire jaillir des idées nouvelles du choc de deux idées anciennes. Il se plaça à égale distance des deux haut-parleurs, afin que sa tête se trouve juste à l’endroit où ce choc aurait lieu, et conserve, automatiquement, les résultats de l’impact.

Les aiguilles firent un crachement sur l’escargot du début et se logèrent au creux du sillon, et les mots de Partre retentirent dans le cerveau de Chick. De sa place, il regardait par la fenêtre, et constata que des fumées s’élevaient çà et là, sur les toits, en grosses volutes bleues, colorées de rouge par-dessous, comme des fumées de papier. Il voyait machinalement le rouge gagner sur le bleu, et les mots s’entre-choquaient avec de grandes lueurs, ouvrant à sa fatigue un champ de repos doux comme de la mousse au mois de mai.

Boris Vian, L'écume des jours, 1947, ch. 54



Chopin - Nocturne Op. 15 N°3 en Sol mineur
Jean-Paul Sartre, piano et Arlette Elkaïm-Sartre, 1967

09/08/2022

Rimbert/Vermeer


René Rimbert - Vue sur la ville ou La fenêtre ouverte, 1929
Huile sur toile

 

 

Johannes Vermeer - Het meisje met de parel - La jeune fille à la perle, ca 1665
Huile sur toile
Mauritshuis
 

 

Et de René Rimbert, déjà.