19/07/2017

Musique pour nuages : reprise



Je ne le fais pas souvent, mais je republie cet article du 19 janvier dernier à l'occasion de la reprise en (quelques) salles françaises, ce mercredi, de Nuages épars - profitez-en, Midaregumo n'est plus (tout à fait) introuvable...




Tōru Takemitsu - Musique pour Midaregumo / Nuages épars, de Mikio Naruse, 1967
Mis en ligne par TheUnknown837




Nuages épars est une splendeur crépusculaire et introuvable. Crépusculaire parce que c'est le dernier film de Naruse qui meurt deux ans plus tard, que Mizoguchi et Ozu sont déjà morts eux, depuis un bail, et que Kurosawa traverse alors le désert hollywoodien : fin d'une époque.

Introuvable en dvd (à ma connaissance il n'a jamais figuré que sur le canal Hulu de la Criterion collection) et jamais visible en salle, sauf miracle il vous faudra attendre une rétrospective Naruse en cinémathèque, mais dans ce cas-là précipitez-vous. Je me souviens l'avoir vu une seule fois, en 2003.




Mikio Naruse - Midaregumo / Nuages épars, 1967
Mis en ligne par yutorideath
(et désolé pour l'anamorphose...)



L'argument initial de Nuages épars est curieusement assez proche du Broken lullaby (L'homme que j'ai tué) de Lubitsch (1). Mishima tue involontairement Hiroshi dans un accident de la circulation. Il veut s'excuser auprès de sa veuve Yumiko et la dédommager, mais tout d'abord elle ne veut pas entendre parler de lui. Plus tard ils se retrouvent par hasard dans la même ville, elle après avoir été évincée par la famille de son mari défunt, lui muté par son entreprise. Leur seconde rencontre se transforme en un amour naissant - qui restera mort-né. De cet argument Naruse tire un mélodrame doucement inexorable. Deux solitudes parallèles cheminent dans la campagne japonaise, une expiation impossible se résout au final dans une implosion de tristesse partagée. Rares sont les films qui laissent à ce point un goût de fatalité - et les thèmes de Takemitsu n'y sont pas non plus pour rien.


Tōru Takemitsu (1930-1996) a composé la musique de dizaines de films, dont Kwaïdan, Dodes'kaden, La cérémonie, Une petite soeur pour l'été, L'empire de la passion, Ran, Pluie noire...

...mais encore ceci : 




Tōru Takemitsu - Rain spell, 1980
Mis en ligne par TheWelleszCompany





...ou, pour finir dans un bar :



Tōru Takemitsu - Valse
Musique pour Hiroshi Teshigahara - Tanin no kao / Le visage d'un autre, 1966
Paroles en allemand de Tatsuji Iwabuchi, chantées par Beverly Maeda
Mis en ligne par LoveExposure





(1) Pour la fin, il est plus proche de ce que François Ozon en a récemment refait.

17/07/2017

Ciel... il pleut sur les saisons


Nicolas Poussin - Les quatre saisons - L'été ou Ruth et Booz, 1660-64
Musée du Louvre
Via Rivage de Bohème



Les inondations du 9 juillet dernier n'ont pas seulement touché le métro, mais aussi les caves de la BnF, où une centaine de manuscrits médiévaux auraient été endommagés et, plus gravement, le musée du Louvre.

Selon des témoignages concordants recueillis par La Tribune de l'art le 10 juillet :

"trois des tableaux des Saisons de Nicolas Poussin ont été endommagés par l’eau, une peinture de Jean-François de Troy également. Les réserves des antiquités égyptiennes et orientales ont été inondées, heureusement sans dommage pour les œuvres, tandis que des faux plafonds des salles de l’Orient méditerranéen dans l’Empire romain, refaites en 2012 (!), se sont effondrés et que des tissus coptes ont été mouillés. Les toiles françaises dans la salle des Sept Cheminées ont été enlevées en raison des infiltrations. Toutes ces informations sont incomplètes car le Louvre estime manifestement que cela ne regarde pas le public."




Nicolas Poussin - Les quatre saisons - L'hiver ou le déluge, 1660-64
Musée du Louvre
Via Rivage de Bohème




Le plus significatif dans cette affaire, c'est le silence de la direction du musée, qui a attendu la publication du post de Didier Rykner et l'annonce d'un article du Monde pour s'exprimer le 13 juillet seulement. Silence dans la presse également jusqu'à la publication du communiqué du Louvre, comme le relève le site Arrêt sur image (sur abonnement). L'occasion de rendre hommage une fois de plus à La Tribune de l'Art, principal site indépendant consacré à l'histoire de l'art.

14/07/2017

Ciel... la frontière


Le mur de la frontière indo-pakistanaise illuminé la nuit, vu d'un satellite
Photo NASA
Source



La Line of Control (LoC) entre l'Inde et le Pakistan est une double barrière barbelée longue de 2700 kilomètres, sur une longueur totale de 2900 pour l'ensemble de la frontière. Sa construction a commencé en 2004 le long des provinces du Jammu et du Cachemire; elle est aujourd'hui presque terminée.

De nuit, la LoC...






...est éclairée par quelque 50.000 projecteurs...




La Line of Control, de nuit




...ce qui fait de la frontière indo-pakistanaise une ligne  visible de l'espace.


L'Inde finit de construire le même type de barrière, sur 2700 kilomètres, le long de sa frontière avec le Bangla-Desh.



La barrière Inde-Bangla-Desh




Le Pakistan, de son côté, a le même projet le long de sa frontière avec l'Afghanistan.

Les barrières frontalières du siècle dernier ne se limitaient certes pas aux 55 kilomètres du mur de Berlin. Pourtant, il semble bien que sa chute, la fin du monde biface est-ouest et la convergence des deux systèmes qui le polarisaient ne se soient pas traduits par une réduction des murs, mais par leur multiplication.



Evolution du nombre de murs frontaliers, 1945-2011



Surtout, certains de ces artefacts ont une fonction qui dépasse clairement leurs objectifs déclarés. La barrière du Bangla-Desh, avec sa petite armée permanente, ses 1000 morts depuis la construction et son protocole secret de shoot to kill, est assez surdimensionnée si elle ne vise que la contrebande et le passage de bétail. Les migrations qu'elle anticipe - ou qu'elle prévient déjà - sont des migrations climatiques venant d'un pays qui se trouvera sous les eaux, pour un quart à un cinquième de son territoire, d'ici la fin du siècle. Ces lignes que l'on voit de l'espace nous disent que nous entrons dans un nouveau monde - ou plutôt, qu'on fera tout pour nous empêcher d'y échapper.



09/07/2017

Le bar du coin : Sorolla


Joaquín Sorolla y Bastida - Rogelio Gordón prenant son apéritif, 1918 
Huile sur carton 
Musée San Telmo, Saint-Sébastien




De Sorolla, déjà.

07/07/2017

Les intérieurs sont habités : Carl Grossberg


Carl Grossberg - Intérieur, 1935
Huile sur toile
Via kritika



La salle de réunion est vide; elle était déjà vide en 1935; elle l'est toujours aujourd'hui; les réunions ne servent à rien; on ne voit plus personne dans la salle de réunion.

Sauf les chats; les chats rôdent encore. Les chats sont de retour. En Juillet et Août la fréquence des chats sera hebdomadaire.

Plus ou moins.

Portez-vous bien. Ne vous réunissez pas sans raison. Mais si vous avez une bonne raison...

...alors, faites-le. La salle est libre.


26/05/2017

Le greffe : portrait craché


Nathaniel Currier - The Favorite Cat, ca 1840-50





Il fait chaud, les chats sont en vacances... retour en juillet, peut-être. Prenez soin de vous, faites bien attention, on ne sait jamais ce qui peut arriver.

Parcs et jardins : ronde de nuit


Jeremy Miranda - Greenhouse at night
Via urgetocreate

25/05/2017

24/05/2017

Tableaux parisiens : Foujita


Tsuguharu Foujita - Le Quai aux fleurs, Notre-Dame, 1950
Via L'autruchon

21/05/2017

Portrait craché : en chapeau


John Scarlett Davis (att.) - Man in top hat, ca 1838
Huile sur toile
Tate Gallery

20/05/2017

Bang : les champs phlégréens


Illustration pour William Hamilton - Campi Phlegraei, Observations on the Volcanos of the Two Siciles as they have been communicated to the Royal Society of London 1776-1779
Source

19/05/2017

Ronde de nuit : Wunderwald, encore


Gustav Wunderwald - Grünewaldstrasse Berlin Westend, 1918

17/05/2017

Le bar du coin : Migliori


Nino Migliori - Da Gente dell'Emilia, 1959

16/05/2017

Fantômes à la rencontre : Sedlacek, encore


Franz Sedlacek - Das verspätete Nachtgespenst und die Trunkenbolde / Le fantôme nocturne attardé et les ivrognes, 1931
Via l'inépuisable Frank T. Zumbachs Mysterious World

15/05/2017

L'art de la rue : Berlin 27


Gustav Wunderwald - Unterführung in Spandau / Passage souterrain à Spandau, 1927
Huile sur toile

14/05/2017

L'art de la fenêtre : Varlin encore


Varlin (Willy Guggenheim) - Fenêtre (Concierge), ca 1957
Huile sur toile
Source

13/05/2017

L'art de la lecture : on ne sait pas


Paul Nougé - Le lecteur, 1929
Source


La vie usuelle et les guides de circonstance, la morale des histoires, la pratique des conseils, les leçons et les questions, les portraits dont quelques uns sont apocryphes, les personnages qui nous ont abusés si longtemps, tout cela formait le pesant bagage que nous abandonnions au moment de quitter l'hôtel, de passer la porte dérobée au commencement du jour. Nous voyageons seuls, nous ne découvrons aux passants qu'un visage composé. Nous suivons les caprices d'un fil inflexible qui n'est visible que pour nous seuls. Nos derniers compagnons nous ont abandonnés. Nous ne détournons jamais la tête. Notre marche étonne. On ne sait pas.

Paul Nougé - Passage de Midi in L'écriture simplifiée
Les lèvres nues n°4, janvier 1955.


Paul Nougé - Au palais des images les spectres sont rois
Ecrits anthumes complets de Paul Nougé, 1922-1967
Edition établie et annotée par Geneviève Michel
Allia éd. février 2017




Quelques précisions sur cette édition chez les Attendeurs.




12/05/2017

Le greffe : les temps sont difficiles


Gianni Ranati - Tempi Difficili, 1955
Tirage gélatino-argentique
Source






Homero Manzi & Edgardo Donato - Gato, 1937
Orchestre d'Edgardo Donato - Chant : Horacio Lagos
Mis en ligne par Luis Alposta

11/05/2017

Fantômes à la rencontre : le bar du coin





Thibaut Derien - Deux photographies de la série J'habite une ville fantôme
© Derien 2017





Thibaut Derien photographie - entre autres - les devantures de boutiques d'une ville dont il est le dernier habitant et où, selon ses termes, il tue le temps, qui ne passe plus vraiment par ici.

Thibaut Derien chante, aussi.




Thibaut Derien - Le Far-West
de l'album Le comte d'apothicaire, 2010
Mis en ligne par Scopitone is not dead






Voir le site de Thibaut Derien

10/05/2017

Tableaux parisiens : Varlin


Varlin (Willy Guggenheim) - Pissoir à Paris, 1957
Huile sur panneau







Varlin (Willy Guggenheim) - Poste de police à Paris, 1950

09/05/2017

Monstres familiers


Francis Picabia - L'adoration du veau, 1941-42 
Huile sur toile
Via Mnesarete




Picabia reprend le motif d'un montage photographique d'Erwin Blumenfeld, titré à l'origine Le Minotaure ou  Surréalisme et qu'on désigne aussi comme Le dictateur. Moins ouvertement politique que la Gueule de l'horreur de 1933, le Minotaure est pourtant, lui aussi, un commentaire du fascisme, sur un autre mode. Si la Grauenfresse est une prémonition, le Minotaure est une fascination - que Picabia transformera en adoration.






Erwin Blumenfeld - Surréalisme, ou Le Minotaure ou Le  Dictateur, 1937
Source




Blumenfeld a posé un tête de veau, bouche et yeux ouverts, sur le torse de la Vénus de Capoue, un sein apparent et vêtu de ce qui pourrait être une toge. Ce vêtement est ici un signe de pouvoir proprement viril, alors que la poitrine féminine souligne l'ambivalence sexuelle, et que la tête renvoie à l'animalité - ç'aurait pu être un front de taureau, mais à Paris en 1937 Blumenfeld n'a pu semble-t-il se payer que le veau. La force politique, le désir ambigu et la brutalité bestiale, trois ingrédients du fantasme fasciste. 

Picabia complète le tableau en 41-42, c'est-à-dire à l'acmé du fascisme européen. Ces mains qu'il ajoute ne font pas que saluer, elles se lèvent pour acclamer, pour toucher et presser - l'une d'entre elle contre le sein - pour implorer, voire pour demander secours. C'est bien une adoration, d'un veau qui n'est pas d'or mais de fer. Obscur objet de désir.

On s'en voudrait de rappeler que le fascisme existe, et qu'il y est aussi question de projet, de crainte et de désir. De rappeler qu'on n'y fait obstacle que par d'autres projets et d'autres désirs - et non par des mots creux. On s'en voudrait de poser ces questions par ces temps de liesse. On a fait barrage paraît-il; mais après tout ce barrage n'est que le signe que le flot monte, même si, en attendant, on lui joue l'hymne à la joie.











A propos d'Erwin Blumenfeld, et particulièrement du Minotaure, on peut tendre l'oreille par là.

08/05/2017

Merveilles des injonctions paradoxales


Journal Libération - La Une du 6 mai 2017 




Michael Henderson - 1984, version filmée de 1956

07/05/2017

Ronde de nuit : Rémy Soubanère


© Rémy Soubanère



© Rémy Soubanère



© Rémy Soubanère





Rémy Soubanère - Trois photographies de la série Alphaville.






Et pendant ce temps-là...


06/05/2017

Construire, ou pas


Chang Kim - Projet de lotissement abandonné, California City, Californie
Source





Zhang Kechun - Rocaille en construction, Mongolie intérieure, 2010

05/05/2017

Intérieur/extérieur : sur bois


Gunhild Maria Fryklund - Intérieur, 1930
Gravure sur bois





Margaretha Braumuller-Havemann - Titre inconnu, 1905
Gravure sur bois






En remerciant The Linosaurus, encore une fois, pour ces deux gravures (ici et ).

04/05/2017

Le Sportbüro : Marathon


Joaquín Sorolla y Bastida - Le Marathon, New York, 1911

01/05/2017

Le guide des égarés en période électorale (10) : l'étrange aventure


Juste avant le vote




Juste le moment du vote




Juste après le vote





Aujourd'hui : t'as l'air perdu comme un aventurier


Comme si tu savais où tu vas...




J'aimais bien ce magazine - enfin, sa traduction française - ça donnait un coup de vieux à la BD franco-belge - il est vrai que j'étais alors encore plus jeune qu'aujourd'hui. 

Et fin, donc, de cette série. Profitez de ce lundi, vous en verrez d'autres.







30/04/2017

Le guide des égarés en période électorale (9) : Delcol/Prévert


Roland Delcol - de la série Sans paroles




Aujourd'hui : t'as l'air perdu comme un vote utile


Comme Mange cette soupe et tais-toi



Mais un chômeur la trouve mauvaise la soupe
Et la manière de la servir et il le dit...
Soudain ces dames et ces beaux messieurs s'approchent
Et derrière eux les flics s'approchent aussi
Et le chômeur entend
La même phrase qu'on lui servait tout petit
Lorsqu'il cherchait à comprendre :
MANGE TA SOUPE ET TAIS-TOI

Et les femmes du monde ont une tête de mort au bras
Et répètent en souriant :
Mangez votre soupe et taisez-vous.
Mangez, dites merci et allez-vous en,
Si vous n'aimez pas ça, laissez-le,
Ne dites pas que c'est mauvais,
Soyez polis, vous êtes invités.


Jacques Prévert - Mange ta soupe... et tais-toi
Création : "Destin du théâtre 1935" Manifestation organisée par Monde et la FTOF, Mutualité, Paris, 28 Mai 1935
Première publication : Almanach populaire pour 1937, "Répertoire du Groupe Octobre", pp. 281-284
in Jacques Prévert - Sketches et chœurs parlés pour le Groupe Octobre 1932-1936, Gallimard éd. 2007






Ça m'a toujours fait penser à ça, le vote utile - se dit M. Chat : la soupe gratuite qu'il faut manger sans rien dire, la charité bien ordonnée qui commence par ferme ta gueule. On te fait cadeau d'un beau bulletin, et tu n'en voudrais pas ? Et si je ne l'aime pas, moi, cette soupe ?

29/04/2017

Le guide des égarés en période électorale (8) : ils rêvent, eux (et une question sur l'exercice des droits constitutionnels des androïdes)


Affiche espagnole pour Ion de Sosa - Sueñan los androides / Ils rêvent, les androïdes, 2014




Aujourd'hui : t'as l'air perdu comme un NPPV (1)



Comme le point de vue du répliquant.




(1) Le NPPV  (Ne Prend pas Part au Vote) - dit M. Chat - c'est un vieux truc des votes du temps de ma jeunesse, ou encore aujourd'hui dans les conseils d'administration. C'est comme un refus de vote : on ne vote ni pour ni contre, on n'est pas compté dans les abstentions, les blancs ni les exprimés, mais on compte parmi les présents. Le NPPV, c'est ceux qui ne jouent pas le jeu mais qui sont quand même là.



Ion de Sosa - Sueñan los androides, 2014
Mis en ligne par Sueñan Los Androides


Sueñan los androides, inspiré de Blade runner, est tourné à Benidorm dans ce qui est censé être une Espagne de 2025 vidée et appauvrie par la crise, dont tous les habitants ne sont pas humains - on y trouve même quelques moutons vaguement électriques et, évidemment, un chasseur de répliquants. Les androïdes, par définition (pour le moment), ne prennent pas part au vote. Question aux androïdes : pensent-ils que c'est cela qui leur permettra de nous survivre, ou attendent-ils simplement notre effondrement pour faire valoir leur point de vue ?