24/09/2017

Ciel... Gérard Dubois, encore

Gérard Dubois - Illustration (non publiée) pour la nouvelle de Richard Powers, Dark was the night, dans Playboy, 2011
Acrylique sur papier
Via Red Lipstick Resurrected

23/09/2017

Chambre d'enfant : Dubois/Villiard


Gérard Dubois - Illustration pour le Reader's Digest de mai 2015
Via Le blog des costumes





Le récit illustré par Dubois est A true story (ou Information please) par Paul Villiard, figurant à l'origine dans le Reader's Digest de Juin 1966. Le récit se trouve aussi dans ses souvenirs d'enfance, Growing pains (Douleurs de croissance) publiés trois ans plus tard. On ne peut évidemment que recommander un auteur qui a écrit Comment élever les papillons de nuit et Les insectes comme animaux de compagnie. A true story est une histoire qui parle de compagnie et, en même temps, de solitude.

On trouvera A true story et une autre histoire par Paul Villiard ici. Et les dessins de Gérard Dubois .


22/09/2017

Duos : Gauguin


Paul Gauguin - Tahitienne avec esprit malin, ca 1900 
Transfert d’un dessin à l’huile sur papier
Collection privée
Via terminus ante quem




Et, à propose de Gauguin, déjà.

20/09/2017

L'art de la rue : Amor/Maloney


Rick Amor - Shane Maloney, auteur de romans policiers, 2004
Huile sur toile
Source



"La ville avait pris l'aspect d'un vaste chantier de construction depuis l'arrivée au pouvoir des travaillistes. Les dirigeants du parti n'avaient pas perdu une seconde pour expliquer clairement, tant dans le milieu des affaires qu'à ses propres membres, que l'antagonisme historique entre le parti et la spéculation appartenait au passé. Qu'un gouvernement incapable de créer des emplois ne tiendrait pas cinq minutes. Que développer la propriété procurait du travail aux gens et qu'on avait mieux à faire que de se lamenter là-dessus. Ainsi, du jour au lendemain, d'anciens points de repère étaient devenus de grands trous remplis de camions à benne et de spécialistes du management portant col blanc et casque de chantier."
Shane Maloney - Stiff, 1994 (voir ci-dessous pour le titre français)
trad. française de Serge Chwat et Pascale Michel, Le Masque éd. 2002



Shane Maloney est australien comme Rick Amor. Il a écrit une série de romans dont le héros récurrent, Murray Whelan, exerce la profession d'agent électoral, au service d'une ministre travailliste du gouvernement de l'état de Victoria (où se trouve Melbourne, c'est dans une rue de Melbourne que Rick Amor peint ici Maloney). Au fur et à mesure de la série, Whelan monte en grade - aux dernières nouvelles il est député au parlement de l'état. Peut-être un jour intégrera-t-il le cercle très fermé des enquêteurs de roman policier devenus premiers ministres ?

Quatre des romans de la série ont été traduits en français. Le premier, Stiff...






sous le titre accrocheur de...









Et de Rick Amor, déjà.

19/09/2017

Cet endroit où ni l'été ni l'hiver le jasmin ne se fane


Vénédict Eroféiev, étudiant en philologie, tireur de câbles, aide-maçon, préposé aux chaudières, planton de poste de police, tireur d'élite dans la milice armée, bibliothécaire, écrivain, buveur et poète (1938-1990)



Tout le monde dit : le Kremlin, le Kremlin… J'en entends toujours parler et je ne l'ai jamais vu. Combien de fois déjà (un millier) soûl ou mal dessoûlé, ai-je parcouru Moscou du nord au sud, d'ouest en est, d'un bout à l'autre, de part en part et au hasard : jamais je n'ai vu le Kremlin.

Hier encore je l'ai raté. Pourtant j'ai tourné toute la soirée dans les parages, et je n'étais pas tellement soûl : à peine descendu à la gare de Savéliov, j'avais pris un premier verre, de la Zoubrovka, car je sais d'expérience que l'on n'a encore rien inventé de mieux en fait de décoction matinale.

Bon. Un verre de Zoubrovka. Ensuite, dans la rue Kalaïevskaïa, un autre verre, de la Coriandre cette fois. Un ami à moi dit que la Coriandre produit sur l'homme un effet déshumanisant, que, tout en fortifiant les membres, elle affaiblit l'âme. Chez moi, bizarrement, c'est le contraire qui s'est passé : mon âme s'est fortifiée à l'extrême tandis que mes membres se sont affaiblis. Mais je suis bien d'accord que c'est tout aussi déshumanisant. Alors, sans aller plus loin, dans la même rue, j'ai enchaîné avec deux chopes de bière des Jigoulis et une lampée d'Albe-de-Dessert à même le goulot. 

Vous n'allez pas manquer de me demander : “et après, Vénitchka, après, qu'est-ce que tu as bu ?” Eh bien, c'est assez fumeux dans mon esprit. Je me rappelle (ça, très nettement) avoir bu deux verres de vodka du Chasseur, rue Tchékhov. Mais auparavant, je n'ai quand même pas pu traverser le boulevard de ceinture sans rien prendre ? Non. Donc, j'ai bu encore autre chose.

Puis je me suis dirigé vers le centre, car avec moi ça se passe toujours comme ça : quand je cherche le Kremlin, je tombe à tous les coups sur la gare de Koursk. A dire vrai, c'est bien là que je devais aller plutôt que dans le centre, mais je suis quand même parti vers le centre, pour voir le Kremlin ne serait-ce qu'une fois. De toute façon je savais très bien qu'il ne fallait pas trop y compter et que je me retrouverais à coup sûr à la gare de Koursk.

Vénédict Erofeiev - (les cinq premiers paragraphes de) Москва-Петушки/Moscou-Pétouchki (1), trad. Annie Sabatier & Antoine Pingaud, Albin Michel éd. 1976.



La Gare de Koursk à Moscou dans les années 1950...




...telle que la connaissait Vénédict Erofeiev au temps où il composait son récit, achevé en 1969 trois ans avant la reconstruction du bâtiment. C'est de là que son buveur céleste, dénommé Vénitchka Eroféiev soi-même, prend son élan




Paweł Pawlikowski - Moscou-Pétouchki, d'après Vénédict Erofeiev (partie 1 de 5), 1990
Mis en ligne par axelys3



...espérant retrouver à Pétouchki, peut-être, la bien aimée.




La gare de Pétouchki, terminus du voyage onirique de Vénédict Erofeiev





Première édition russe (Samizdat), 1970



On peut suivre les étapes de cet aller avec et sans retour sur le site de Connie Müller-Gödecke, en français ou en d'autres langues

Moscou-Pétouchki est un voyage initiatique, ferroviaire et soviétique; on y parle de Gorki, de Herzen et de Tourguéniev, de la dernière cuite et du dernier plénum du PCUS, mais on y trouve aussi de grandioses recettes de cocktails maison à base de produits d'époque...







...et même de précieux graphiques puissamment explicatifs.







Mais il faut lire Moscou-Pétouchki jusqu'à la toute fin...

Sauve-toi, Vénitchka, n'importe où, mais sauve-toi !… File à la gare de Koursk ! À gauche, à droite, derrière, de toute façon tu y arriveras. Sauve-toi, Vénitchka, vite !…

...quand des anges se mettent à rire, méchamment.  Les anges, ils ont ri. Vous savez comment ils rient, les anges ? Ce sont des créatures ignobles, je le sais maintenant… Voulez-vous que je vous explique comment ils ont ri à cet instant ?

C'est jusqu'à la toute fin, donc, qu'on est  prié de lire ce roman...



Edition française de 1976



...avant de se plonger dans le commentaire du dernier paragraphe.


Puis, si on se promène à Moscou, place Borby, on verra les deux statues, celle du buveur-voyageur...



 Valéri Kouznetsov & Sergueï Mantserev - Double monument Moscou-Pétouchki (1). 
Sur le socle : Peut-on ajouter foi à l'opinion d'un homme dans cet état, qui n'a même pas eu le temps de reprendre ses esprits en même temps que sa dose matinale ? (Moscou-Pétouchki, p.25).



...et celle de la bien-aimée qu'il voudrait rejoindre - Dans un instant tu sauras tout, pourquoi il n'y a personne nulle part, pourquoi elle n'est pas venue. Tout… Va, Vénitchka, va.



 Valéri Kouznetsov & Sergueï Mantserev - Double monument Moscou-Pétouchki (2).
Sur le socle : Pétouchki... cet endroit où ni le jour ni la nuit les oiseau ne se taisent, où ni l'été ni l'hiver le jasmin ne se fane (Moscou-Pétouchki, p.46)




On peut trouver chez les bouquinistes, en fouillant un peu (ou beaucoup) :  
- Moscou-Pétouchki, dans l'édition Albin Michel, ou la réédition de 1997 chez Ibolya Virág
- Les carnets d'un psychopathe (2007) et Mon Lénine de poche (2008) aux éditions Anatolia.


Ah, j'oubliais, la bière des Jigoulis, c'est ça :



Publicité soviétique, 1966



(1) Titre de la première édition française, conforme à l'original russe. Les éditions suivantes on été titrées Moscou-sur-Vodka.

18/09/2017

Des fois je ne sais même pas (reprise d'un grand classique)


The Be Good Tanyas - Waiting around to die (Townes van Zandt, 1968)
Mis en ligne par AlexMortis



Sometimes I don't know where
This dirty road is taking me
Sometimes I can't even see the reason why
I guess I keep a-gamblin'
Lots of booze and lots of ramblin'
It's easier than just waitin' around to die

One time, friends, I had a ma
I even had a pa
He beat her with a belt once 'cause she cried
She told him to take care of me
Headed down to Tennessee
It's easier than just waitin' around to die

I came of age and I found a girl
In a Tuscaloosa bar
She cleaned me out and hit in on the sly
I tried to kill the pain, bought some wine
And hopped a train
Seemed easier than just waitin' around to die

A friend said he knew
Where some easy money was
We robbed a man, and brother did we fly
The posse caught up with me
And drug me back to Muskogee
It's two long years I've been waitin' around to die

Now I'm out of prison
I got me a friend at last
He don't drink or steal or cheat or lie
His name's Codine
He's the nicest thing I've seen
Together we're gonna wait around and die



16/09/2017

Les panthères de la casbah


Les représentants du Black Panthers Party (dont Eldridge et Kathleen Cleaver) visitant la casbah d'Alger en juillet 1969
The Black Panther, Black Community News Service, 9 août 1969 



Du 21 au 27 Juillet 1969, le jeune état Algérien organise le premier festival Panafricain, rassemblement politique autant que musical - y participent Archie Shepp, Nina Simone, Myriam Makeba... ainsi que des délégations des mouvements de libération - on peut voir passer dans la séquence ci-dessous celle du FRELIMO du Mozambique.




William Klein - Festival panafricain d'Alger, 1969
Mis en ligne par Lunakhod


L'Algérie n'est indépendante que depuis sept ans. Houari Boumediène est président du Conseil de la Révolution depuis août 1965, date du coup d'état qui a renversé Ahmed Ben Bella. Les guerres de libération dureront encore cinq ans dans les colonies portugaises. En Afrique du sud Nelson Mandela, condamné à vie, prisonnier de classe D, est à la prison de Robben Island où il se lave à l'eau de mer froide. Un temps, chaque jeudi, les gardiens le font sortir avec d'autres prisonniers noirs pour leur faire creuser une fosse profonde de 1m80. Ils les font descendre dedans et leur urinent dessus, puis les prisonniers doivent reboucher la fosse avant de retourner dans leurs cellules. Mandela ne sera libéré qu'en 1988. Pour le moment, c'est l'Afrique de 1969.

Les Etats-Unis sont le seul pays non-africain représenté au festival, par une délégation assez particulière. C'est le Black Panther Party (BPP) qui tient l'Afro-American Information Center en plein centre d'Alger. C'est Emory Douglas, le ministre de la culture du Parti, qui y colle ses dessins sous les yeux des jeunes algérois amassés devant le vitrine. Il faut rappeler ce que fut, un bref moment, la stature internationale du BPP, son antenne reconnue en 1970 comme une quasi-ambassade à Alger - avec le droit d'émettre des passeports - alors que les Etats-Unis y avaient fermé boutique, et Huey Newton reçu un an plus tard par Chou En-Lai au nom du peuple chinois. 




Huey newton et Chou En-Lai, Septembre
 1971



Il faut faire un effort, imaginer ce que représentait alors la grande villa d'El Biar, avec sa très officielle plaque de cuivre International Section of the Black Panther Party


"Pendant les années 1960, des fugitifs américains de toutes couleurs et variétés s'éparpillaient de par le monde, mais c'est seulement en Algérie qu'ils trouvèrent un refuge où ils purent s'exprimer politiquement de façon concertée."
Kathleen Neal Cleaver - Back to Africa : the evolution of the International Section of the Black Panther Party (1969-1972), in Charles Jones (editor) - The Black Panther Party Reconsidered, Black Classic Press, Baltimore, 1998

En mai 1969, quand Eldridge Cleaver, ministre de l'information du BPP, arrive à Alger après un court séjour à La Havane, il vient échapper à la prison. Il est sous le coup de plusieurs chefs d'inculpation suite à une fusillade opposant plusieurs membres du parti à la police d'Oakland en avril 68, deux jours après l'assassinat de Martin Luther King. A la fin du mois son épouse Kathleen Cleaver le rejoint - on la voit également sur la photo. Ils reçoivent une petite pension du gouvernement algérien. D'autres panthers vont arriver via La Havane, ainsi se forme l'International Section du BPP. En 1970 la section s'installera dans une villa, au 4 rue Viviani, dans ce qui était jusque-là le siège algérois du FNL vietnamien. Mais revenons au festival.

Un troisième personnage, et non des moindres, atterrit à Alger, accompagnant son épouse Myriam Makeba, pour le festival. On le voit descendre de l'avion :




Stokely Carmichael et Myriam Makeba arrivant à Alger pour le festival panafricain
Mis en ligne par AP Archive



Stokely Carmichael a été, brièvement, Honorary Prime Minister du Black Panther Party pendant les quelques mois où il a cru pouvoir unifier le mouvement noir radical (SNCC et BPP) autour du slogan Black Power. Mais au moment du festival il a déjà rompu avec le parti dans une déclaration du 3 juillet 1969, rendue publique par Myriam Makeba, où il s'en prend au dogmatisme du BPP (1).

Cleaver et Carmichael se rencontreront à plusieurs reprises à Alger pendant le festival - et cela ne fera qu'envenimer la dispute. Après le festival Carmichael retourne à Conakry (2) auprès de Sekou Touré et Kwame Nkrumah - devenu strictement panafricaniste, il prend en leur honneur le nom de Kwame Ture.

Les panthères de la Casbah, quant à elles, mèneront une vie plus précaire. De 69 à 72, leur nombre oscillera entre trente et sept, et les échanges avec le parti états-unien seront de plus en plus tendus.  Et puis l'argent manque à Alger. Il y aurait bien une source de financement : les détournements d'avion.

C'est la grande époque du skyjacking. Peu de contrôles à l'embarquement, pas de portiques, les compagnies aériennes paient pour récupérer leurs clients d'abord, leur avion ensuite. Les avions sont le plus souvent détournés vers La Havane, jusqu'au moment où les cubains en ont assez.

Le premier vol hijacké vers Alger est le Western Airlines 701 Los Angeles-Seattle, le 2 juin 1972. Roger Holder, déserteur noir du Viet-Nam et Cathy Kerkow, sa copine blanche masseuse, prennent le contrôle de l'avion avec un attaché-case contenant, disent-ils, une bombe (3). Ils réclament 500.000 dollars et qu'on amène Angela Davis...







...en robe blanche sur le tarmac de San Francisco pour la faire évader dans l'avion. Sans Angela Davis (4) mais avec les 500.000 dollars ils atterrissent à Alger où ils obtiennent l'asile.




Bande-annonce pour le libre de Brendan Koerner
Mis en ligne par Crown Publishing Group



L'histoire a été racontée en détail en 2013 par Brendan Koerner dans son livre The skies belong to us.




Brendan Koerner - Le ciel nous appartient
Traduction française de Corinne Julve
Le Livre de poche éd. 2014


Puis vient le tour de Melvin et Jean McNair, George Wright, George Brown et Joyce Tillerson, sur le vol Delta Airline 841 Detroit-Miami, le 31 juillet de la même année. Pour l'occasion ils se réclament de la Black Liberation Army.

Joyce Tillerson est une jeune noire radicalisée - adjectif pour policiers - lors de son séjour à l'université d'Oberlin où elle travaillait comme secrétaire tout en suivant les cours de Black Studies. George Wright est un étudiant noir de Greensboro qui a braqué une station-service. 158 dollars seulement, mais son complice a tué le pompiste, alors George Wright prend de 15 à 30 ans. A la ferme-prison de Leensboro il fait la connaissance de George Brown, une jeune noir au parcours classique - pauvreté, humiliation, maisons de correction, et finalement prison. Où George Brown a rencontré les Black Panthers, s'est cultivé à leur contact, s'est radicalisé lui aussi. Les deux George parviennent à s'évader de Leensboro, filent à Detroit. 





Emory Douglas - Hallelujah! Hallelujah! Hallelujah! All power to the people! Hallelujah! Amen!
Dessin pour le journal The Black Panther



Melvin et Jean McNair, eux, se sont rencontrés dans une petite Université noire, à Winston Salem. Melvin est enrôlé, l'armée l'envoie à Berlin, Jean le suit. Il est sur la liste pour partir au Viet-Nam - dès qu'il l'apprend, il s'organise, il déserte. Jean l'accompagne, retour aux Etats-Unis. Faux numéro de sécurité sociale, Melvin retravaille. Ils habitent ensemble, à Detroit, avec Joyce et les deux George. Ils discutent, fument de l'herbe, sont végétariens. Tous, ils sont radicalisés - comme diraient, après les policiers, les journalistes - c'est-à-dire qu'ils étudient le mysticisme vaudou tout en admirant les Panthères, mais de loin, sur la télé. Et sur leur télé à eux, à Detroit, ils voient apparaître un jour les visages de Roger Holder et Cathy Kerkow.

Cela tombe bien : ils ont décidé de partir - George Brown a fait une mauvaise rencontre : les policiers du STRESS (j'ai déjà parlé du STRESS) qui l'ont clairement menacé de représailles, contre lui et ses amis.

Il existe trois documentaires vidéo (5) sur l'histoire des cinq du Delta Airline. Et deux livres; celui que quatre d'entre eux on écrit et publié en 1978 :







...et celui de Sylvain Pattieu, plus récent.




Plein Jour éd. 2017




Ces deux livres comme celui de Koerner sont à lire, vraiment, et en tenant compte de leurs démarches respectives - journalistique pour l'un, personnelle et militante pour l'autre, littéraire pour le troisième - chacune de ces approches impliquant forcément un angle de vue, une distance focale. Mais ces récits ont un arrière-plan historique un peu oublié. Presque un demi-siècle, cela fait de la poussière, et même des morts. 

Cet arrière-plan, on peut le rééclairer, derrière les silhouettes floues des panthères de la Casbah.




Le programme en 10 points : "10 - Nous voulons la terre, le pain, le logement, l'éducation, le vêtement, la justice et la paix"



Quand Cleaver arrive à Alger, le BPP est en pleine croissance, les chapters se comptent par dizaines (49 dans plus de 30 villes), les nouveaux adhérents par milliers. Deux ans plus tard, quand le Western Airlines 701 atterrit à Alger, le parti est en pleine crise. Il s'était développé sur la base d'un constat simple : les premiers effets du mouvement des droits civiques (droit de vote dans le sud, fin de la ségrégation ouverte des espaces publics et de l'université, etc...) mettent à jour mais laissent irrésolues les questions de fond : racisme structurel, pauvreté, ghettoïsation, plafonds de verre. 





A partir de cette butée des Civil Rights, ce sont des mouvement plus radicaux qui reprennent la balle : Malcolm X un peu trop tôt, puis le SNCC, toute une nébuleuse de mouvements grassroots très militants, et le BPP qui a touché un nerf : le contrôle géographique du ghetto (6). C'est sur cette base que le BPP a entrepris d'unifier le mouvement noir, de concert avec le SNCC, et veut coordonner l'ensemble des mouvements radicaux : Brown Berets chicanos, Young Lords porto-ricains, Red Guards chinois, Weathermen, groupes blancs locaux etc... 




Roz Payne - Des militants asio-américains et Chicanos protestant contre l'arrestation de Huey Newton, tribunal du comté d'Alameda, Oakland, 1968
© Roz Payne



Pourtant dès 1970 le rapport de force s'inverse, pour trois raisons :

- Les élites blanches, qu'elles soient démocrates ou républicaines, ont senti le vent du boulet. Des dispositifs ont été mis en place (quotas, accès aux emplois publics, busing, affirmative action etc...) ouvrant un espace institutionnel et des possibilités de promotion à des groupes qui se tournaient auparavant vers les radicaux. De même pour les élections : "depuis la fin de la Reconstruction (1869) jusqu'à 1969, il n'y avait jamais eu plus de six noirs en même temps à la Chambre des représentants. Mais deux ans plus tard seulement, la représentation noire avait plus que doublé, avec treize noirs siégeant à la Chambre de 1971" (7). L'effet est démultiplié au niveau local - les community organizers deviennent élus ou obligés d'élus.

- L'administration Nixon retire progressivement l'armée (et donc les conscrits noirs, en première ligne) du Viet-Nam, mettant fin au mouvement anti-guerre.

- L'action policière au niveau fédéral est bien mieux organisée, fine, sophistiquée à partir du moment où COINTELPRO coordonne les opérations d'infiltration, d'intoxication et de contre-information contre le BPP. Je ne m'étends pas sur le sujet, bien connu - certains documents sont là, par exemple.

Le BPP va se trouver devant une contradiction, qui le fera éclater : l'action policière et sa base militante décuplée mais étroite (une alliance étudiants noirs-lumpenproletariat, en partie forgée dans le creuset des prisons) vont le pousser vers des actions de plus en plus radicales. Dans le même temps son audience large, son bouclier contre la répression (community organizers noirs, élus démocrates locaux, militants civil rights...) se détourne progressivement de lui (8). Le parti est pris dans une spirale militaire et financière, les emprisonnements se multiplient, les frais de caution et de procédure s'accumulent. A un moment, il faut choisir et Huey Newton, libéré de prison en août 1970, fait ce choix. Le 18 novembre, dans un discours au Boston College, il énonce le survival program :

"Jusqu'au moment où nous pourrons accomplir une transformation totale, nous devons exister. Pour exister, nous devons survivre et, pour cela, il nous faut un kit de survie..."

Le kit de survie ce seront les programmes grassroot sur les besoins de base de la communauté : le célèbre petit déjeuner gratuit pour les enfants...



Le Free Breakfast Program


...les centres de soins, le programme de bus pour aller visiter les prisonniers, le programme de distribution de vêtements et de chaussures... Il y aura même à Winston Salem un service d'ambulance gratuit du BPP, agréé par le comté de Forsyth, fonctionnant 24h sur 24 avec 20 techniciens médicaux du parti. La plupart de ces programmes existent depuis 1968-69, encouragés par Bobby Seale - mais maintenant ils vont constituer l'essentiel de l'activité. Les fusils, mitrailleuses et bandoulières de cartouches disparaissent peu à peu du journal et des affiches. Et le mot d'ordre c'est survival pending revolution : survivre en attendant la révolution. Et le Parti se présentera, aussi, aux élections locales.




Emory Douglas - This year, I think I WILL vote...



Rapidement, le fossé s'élargit entre la majorité du parti derrière Newton est ceux qui continuent à prôner la lutte armée : une bonne partie du chapter de New-York, et la section internationale de Cleaver. Des exclusions sont prononcées et, le 26 février 71, le parti explose en direct à la télévision au Jim Dunbar A.M. Show, sur ABC-TV San Francisco : au téléphone, Cleaver demande à Newton de réintégrer les militants de New-York exclus et Newton refuse. Dans les semaines qui suivent, les insultes fusent et, les panthères étant ce quelle sont, la poudre se met à parler. Le groupe de Cleaver publie son propre journal, Right on!, et bon nombre de transfuges du BPP se retrouvent dans la Black Liberation Army, groupe aux frontières mouvantes.

Quand Roger Holder et Cathy Kerkow arrivent, ils sont donc reçus par une Section Internationale qui flotte dans le vide. De près de trente personnes en 71, elle est tombée à sept membres seulement. Et l'argent manque. Les royalties de Cleaver sur son livre à succès, Soul on ice, sont bloquées aux Etats-Unis, les donateurs se font rares.

Le 31 juillet 1972, les cinq de Detroit embarquent à bord du Delta Airlines 841 - en fait les cinq sont huit, ils emmènent avec eux les enfants des McNair, Johari et Ayana, ainsi que Kenya, la fille de Joyce Tillerson. Plus tard les média les appelleront la Famille Pirates. George Wright porte une soutane de prêtre catholique, il sort un 38mm qu'il braque sur le pilote. La famille réclame un million de dollars, livrés à l'arrêt de Miami par un agent du FBI que les pirates ont demandé en slip de bain...




Une photo qui fit le tour du monde



...pour des raisons de sécurité évidentes. Puis destination Alger via Boston. 

A l'arrivée le scénario sera le même, pour la famille pirates comme pour le duo Holder-Kerkow. Ils sont accueillis avec une grande politesse par un représentant algérien qui leur souhaite la bienvenue, on les escorte au salon VIP. Le 3 juin au soir, le jour de Holder et Kerkow, Cleaver est là pour leur serrer la main, son premier mot sera:


- Alors, il est où, ce fric ? (9)

Mais la police algérienne a déjà repris le sac.

A l'arrivée de la famille pirates, Cleaver n'est pas là. Pourtant, accompagné de Sekou Odinga, un autre membre de la Section, il arrive à rejoindre en voiture la navette qui transporte la Famille de l'aéroport de Maison-Blanche jusqu'à l'hôtel Aletti. Odinga se penche à la fenêtre et leur crie

- Ne laissez pas tomber le fric ! (9)

Les militaires algériens les encerclent. De toute façon l'argent a été confisqué, là aussi, dans le salon de l'aéroport.

Cleaver et les Panthers sont furieux. L'argent ramené par Holder et Kerkow a été remboursé (10) aux américains. Il en sera de même pour celui du Delta Airlines. L'Algérie est en cours de négociation avec les Etats-Unis pour l'exploitation du gaz naturel. Les membres restants de la Section hésitent entre faire un sit-in ou une manifestation devant le palais présidentiel. Cleaver décide d'adresser une lettre ouverte à Boumediène, il la lit lui-même aux journalistes rassemblés pour l'occasion. La réaction algérienne ne se fait pas attendre. Le lendemain, la police cerne le siège des Panthers, le perquisitionne, emmène les armes et les téléphones. Les occupants sont assignés à résidence sur les lieux et, sur ordre de la police politique algérienne, Cleaver doit être démis de ses fonctions de chef de la Section.

C'est Pete O'neal qui le remplace, mais il part bientôt pour la Tanzanie via Le Caire avec son épouse, suivi peu à peu par les autres membres, Larry Mack, Sekou Odinga. Donald Cox repart en clandestin pour les Etats-Unis. Cleaver finit totalement isolé, tant des Panthers états-uniens que vis-à-vis des autorités algériennes. Il part finalement dans sa Renault 16 le 1er janvier 1973, pour la France via la frontière tunisienne.

Dans ses derniers mois fantomatiques à Alger, la Section internationale se réduit aux pirates - le couple Holder-Kerkow et les cinq de Detroit, qui ont déjà renvoyé les enfants aux Etats-Unis. Les adultes de la famille pirates partent pour la France en mai 73, par une filière du réseau Curiel et avec le soutien de Cleaver. Holder et Kerkow  resteront les derniers à Alger jusqu'à leur passage en France en janvier 1974.

S'ensuit le dernier acte, français cette fois-ci, de la Section ou de ce qu'il en reste. Les premiers soutiens en France seront Ellen Wright et Julia Wright Hervé - la femme et la fille de Richard Wright, permanence de la Rive Noire - et Jean Genet; oui, on retrouve toujours les mêmes (11). Puis les usual suspects, Sartre-Beauvoir-Montand-Signoret, etc. Cleaver devra l'obtention de l'asile, paraît-il, à la maîtresse de Giscard d'Estaing (9). Il y eut des campagnes de soutien. Jean-Jacques de Felice fut, comme de juste, l'avocat de tous (je me souviens bien de la porte ouverte de De Felice, il fut aussi un peu notre avocat, pour d'autres causes dans ces mêmes années). Tous les pirates seront jugés en France, aucun d'eux ne sera extradé aux Etats-Unis.

C'est la nuit. Eldridge Cleaver est seul à Cannes, il est en crise.


"Nous avions une maison à Paris, et j'avais aussi un appartement dans le sud, sur la Méditerranée, un endroit que mon éditeur m'avait trouvé pour que je puisse écrire. Je pensais simplement descendre là-bas pour me foutre en l'air. Je me sentais si triste, je pensais que ma vie était finie.
Je me souviens de cette nuit, j'étais assis sur le balcon avec mon pistolet, j'attendais juste d'être dans le bon état d'esprit. Je regardais la lune là-haut, je pouvais voir un homme dans la lune... Subitement il se produisit quelque chose que je ne peux pas expliquer, comme de voir un film, ou quelque chose comme ça. L'homme que je voyais dans la lune s'est mis à se transformer. J'ai vu tous mes héros communistes, du début jusqu'à la fin depuis Karl Marx jusqu'à Vladimir Lénine, Joseph Staline, Mao-Tsé-Toung - Je pouvais voir leurs visages et puis, l'un après l'autre, ils disparaissaient, c'est tout. Et à la fin, j'ai vu l'image de Jésus-Christ."

Eldridge Cleaver - Target zero, a life in writing, 2006

Cleaver n'est plus marxiste, il est born-again christian, tente de se lancer dans la mode avec une nouvelle ligne de pantalons, retourne aux Etats-Unis en 77. S'en tire avec une peine de 1.200 heures de travaux d'intérêt général. N'arrive pas à vendre ses pantalons. Est déçu par le christianisme born-again. Essaie la secte Moon. Puis une synthèse Islam/Christianisme. Puis les Mormons. Politiquement, il est conservative republican. Il meurt en 1998. Que celui qui a déjà été pourchassés par le FBI pendant des années, qui a mis ses espoirs dans le Président Mao avant de le voir serrer la main de Richard Nixon, qui n'a plus eu comme alternative que l'exil ad vitam et qui a malgré tout gardée intacte sa foi marxiste-léniniste, que celui-là lui jette la première pierre. Pour le reste, Eldridge Cleaver reste l'auteur d'un livre halluciné, Soul on ice.

Holder et Kerkow sont arrêtés en en janvier 1975 à Paris, libérés en juin après un jugement pour faux papiers. 

La famille pirates est incarcérée, toujours en France, en 76 - à l'exception de George Wright, échappé en Guinée-Bissau. Ils sont jugés en 78, écopent de 5 ans dont 2 avec sursis pour les femmes.

Holder, lui, est jugé en 80, il ne prend que 5 ans avec sursis. Cathy Kerkow l'a quitté, ne s'est pas présentée au tribunal, a disparu, a probablement refait sa vie en Suisse ou en France, on ne l'a jamais retrouvée.

En France, Holder fait des allers-retours en hôpital psy - le Viet-Nam, quand même. Il revient volontairement aux Etats-Unis en 1986, est incarcéré, finalement condamné à quatre ans mais libéré en 89. Il meurt d'une rupture d'anévrisme en 2011, peu après que Koerner, journaliste à Wired, ait recueilli ses souvenirs.

Joyce Tillerson va travailler à la CIMADE, qui a aidé la famille pirates à son arrivée en France. Elle rejoint ensuite le bureau parisien de l'ANC sud-africaine, puis l'ambassade de l'Afrique du sud libérée de l'apartheid. Elle meurt en 2010, George Brown, lui, en 2015.

Melvin et Jean McNair s'installent à la Grâce-de-Dieu, près de Caen, en 1986. Ils se consacrent aux jeunes du quartier, Melvin est entraîneur de base-ball : ils sont community organizers, ici comme ils le seraient là-bas. En 2015 le terrain de sport du quartier est baptisé Complexe Melvin et Jean McNair. Jean McNair est morte en 2014.

Certains d'entre eux sont encore vivants, d'autres n'ont pas donné de nouvelles - ils ont été un temps la première et à ce jour la seule représentation à l'étranger du peuple noir des Etats-Unis d'Amérique.



Stephen Shames - Free Food for the Community Progamme, 1971, Oakland




Sur l'activité de la Section Internationale, il existe deux sources directes : 

- l'article de Kathleen Neal Cleaver - Back to Africa : the evolution of the International Section of the Black panther Party (1969-1972), que j'ai déjà cité (voir note 11). On en trouvera une traduction partielle en français, en ligne ici.

- cette version quasi-officielle est utilement complétée par les souvenirs d'Elaine Mokhtefi-Klein dont on trouvera un résumé ici sur le site de la LRB, et qui restent à paraître. Elaine Klein, états-unienne installée à Paris en 51 puis à Alger depuis l'indépendance, a travaillé en tant que traductrice, interprète et attachée de presse pour le FLN algérien, puis le gouvernement Ben Bella. Continuant à travailler pour la presse nationale après le coup d'état de Boumediène, elle fut un des principaux points d'appui de la Section Internationale en Algérie.


Il faut y ajouter la matière des entretiens avec Holder que Koerner a incorporée à son livre.

Sur les rapports de Cleaver avec la majorité du BPP au moment de la scission, on peut lire ce qu'en dit Elaine Brown dans ses mémoires, A taste of power (1992), dont on trouvera un extrait significatif ici.

Sur l'histoire du BPP, j'ai déjà signalé le livre de Joshua Bloom & Waldo E. Martin Jr - Black against Empire (7), ainsi que The Black Panther Party reconsidered, sous la direction de Charles E. Jones (11). Le livre de Hugh Pearson, Shadow of the panther, the price of Black Power in America, Da Capo Press 1995, est probablement l'ouvrage le plus controversé sur la question. On trouvera un essai d'historiographie du BPP ici.

Les discours et manifestes du BPP sont disponibles en français : All power to the people, textes réunis par Philip S. Foner, nouvelle édition et nouvelle traduction française, Syllepse éd. 2016.

Soul on Ice, d'Eldridge Cleaver, a été traduit en français sous le titre Un noir à l'ombre

Enfin William Klein, outre Le festival panafricain d'Alger (1969) (12) a également tourné Eldridge Cleaver, Black Panther (1970).




(1) A l'origine, une divergence de fond : depuis l'arrestation de Huey Newton le BPP privilégie l'alliance avec les radicaux blancs alors que Carmichael veut conserver un mouvement noir autonome. Sur ce désaccord on peut lire par exemple Peniel E. Joseph, Waiting 'til the midnight hour, a narrative history of Black Power in America, 2006, pp. 241-247. 

(2) La Guinée-Conakry, qui a refusé tout accord néocolonial avec la France, est alors le seul pays d'Afrique noire soutenant ouvertement les mouvements de libération des colonies portugaises et d'Afrique du sud. Elle abrite aussi Kwame Nkrumah après le coup d'état de 1966 au Ghana.

(3) En fait il contient un réveil, une boîte de rasoirs jetables et un exemplaire de La doctrine secrète de Mme Blavatsky. Après sa désertion Roger Holder s'était reconverti dans l'astrologie.

(4) Angela Davis est alors devant le tribunal de Santa Clara, accusée de complicité avec les Soledad brothers. Son procès ne se terminera que deux jours plus tard, par un verdict d'acquittement prononcé par un jury intégralement blanc. Davis de désolidarisera immédiatement des preneurs d'otages - "Heureusement, j'étais habillée en rouge. Si, ce matin là, j'avais mis une robe blanche, certains auraient sans aucun doute été convaincus que j'avais quelque chose à voir avec le détournement de l'avion" (Angela Davis, Autobiographie, Albin Michel éd. 1975).

(5) Nobody knows my name de James Nicholson, 2011, Melvin & Jean, An American Story de Maia Wechsler, 2012, et Les Enfants de la Grâce-de-Dieu de Delphine Aldebert, 2015.


(6) Il ne faut pas oublier qu'à l'origine le BPP - "Black Panther party for self-defense" - part de l'idée de "surveiller la police", suivant l'exemple du Community Alert Patrol de Watts (1966). Huey Newton eut l'idée d'ajouter à la pratique du CAP le port de fusils chargés, ce qui était autorisé par la loi californienne.

(7) Joshua Bloom & Waldo E. Martin Jr - Black against Empire : the history and politics of the Black Panther Party, University of California press, 2016.

(8) Je ne fais que reprendre les analyses de Bloom & Martin (voir note 7 ci-dessus) qui ont produit la synthèse la plus sérieuse sur la question. Pour un point de vue beaucoup plus critique (et d'ailleurs critiqué) voir Hugh Pearson, Shadow of the panther : Huey Newton and the price of Black Power in America. Pearson documente les rapports que le BPP, sur sa base principale d'Oakland, a entretenus avec les gangs et le narcotrafic : rapports d'opposition, mais aussi de taxation et finalement d'imbrication. La question de fond restant la suivante : cette involution du BPP (symbolisée par le destin de Newton, finissant drug addict dans une mare de sang après un règlement de compte) est-elle à compter parmi les causes ou les conséquences de son isolement politique, sachant que le survival program, c'est-à-dire la gestion économique du ghetto sans soutien extérieur, amenait de toute façon à gérer les gangs et les trafics ?

(9) D'après Brendan Koerner.

(10) A la hauteur de 487.300 dollars seulement sur les 500.000, toujours selon Kerner. La différence représente sans doute la commission de la police politique algérienne.

(11) "Un après-midi, Genet vint visiter les Cleaver dans leur appartement de Paris
- Pourquoi êtes-vous venus en France ? demanda-t-il à Eldridge
- Parce que Benjamin Franklin y est allé, répondit Cleaver. A l'époque, les Français ont soutenu la Révolution Américaine. Ils croient à «Liberté, Egalité, Fraternité»
Genet rugit de rire, mais Cleaver était sérieux."
Kathleen Neal Cleaver - Back to Africa : the evolution of the International Section of the Black panther Party (1969-1972), in The Black Panther Party reconsidered, s.l.d. de Charles E. Jones, 1998.

(12) La version diffusée en DVD par Arte a été, semble-t-il, expurgée.