26/01/2015

Les vacances du bestiaire : le retour du migrateur


Walton Ford - Falling bough -  Ectopistes migratorius  - Passenger pigeon / Chute de branche - Ectopistes migratorius - Pigeon migrateur, 2002
Aquarelle, gouache, encre et crayon
Via Biblioklept



Une scène semblable aurait été observée par Audubon dans le Kentucky :
"Les pigeons, arrivant par milliers, se posaient partout, les uns sur les autres, jusqu'à former des masses compactes tout autour des branches. Par endroit ces perchoirs cédaient dans un craquement et, en tombant au sol, écrasaient des centaines d'oiseaux sous eux."


Pour en savoir plus sur Ectoptistes migratorius dont les vols, jadis, obscurcissaient le ciel, on peut (re)lire ce billet du 18 Août 2010.





Et pendant ce temps-là...
...Toujours sur Biblioklept, un point de vue critique ex ante sur The end of the tour, l'adaptation filmique à venir de Même si, en fin de compte, on devient évidemment soi-même: Sur la route avec David Foster Wallace, de David Lipsky - j'aime bien la critique ex ante et j'aime bien ce point de vue : No (même si je finirai probablement par aller voir le film, hein)

25/01/2015

Société du spectacle : Hubert Morley


Hubert Morley - Puppet Show Backstage / Coulisses de marionnettiste, ca 1935
Eau-forte et aquatinte
Via Juni Perus

24/01/2015

C'est la guerre ! (Saison 1, épisode 1, basé sur des faits réels)


Goran Bregovic & Ogi Radivojevic - Cocktail Molotov
de l'album Tales and songs of weddings and funerals, 2002
Mis en ligne par Alexandra Stan


(La scène se déroule dans la file d'attente de la caisse n°8 du superglobalcashmarket près du nouveau panier-à-chats)

Mme Chat (finissant d'empiler la cargaison de boustifaille sur le tapis roulant légèrement graisseux) - Han! (elle soupire) pfouiiiii....

M. Chat - (déposant galamment la réglette inter-clients derrière leur intervalle du flux de marchandise) Voilà voilà...

Le jeune homme arrivant derrière lui - Merci M'sieu (il dépose sur le tapis, de plus en plus graisseux et de moins en moins roulant, un pack de six bouteille de verre emplies de liquide à bulle et un jerrycan d'essence) Voilà voilà...

M. Chat - (coup d'œil appréciateur sur les récipients et liquides susdits) C'est pour un cocktail...

Le jeune homme (en mode "soyons poli avec les vieux animaux") - Hé hé...

M. Chat (faisant définitivement preuve de l'humour lourdingue qui le caractérise) - ...Molotov ?

Le jeune homme (il recule en blêmissant) - Hou là, faut pas dire ça, faut vraiment pas dire ça, surtout maintenant hein, hou là là...

La dame qui attendait derrière le jeune homme (criant soudain très fort) - Vive la France, vive la France !

Mme Chat (qui essayait de négocier son bon de réduction de 0,16 € sur un paquet double de litière bio spéciale chat obsessionnel) - On se taille maintenant, sinon on va finir en taule avec tes conneries...

M. Chat - M'enfin, on peut plus plaisanter...

Mme Chat - T'as pas compris ? C'est la guerre !





Et pendant ce temps-là...

...Yann Le Merrer

23/01/2015

Tableaux parisiens : Grandes carrières


(Quartier des) Grandes carrières, rue des Cloÿs, Juillet 1876
Aquarelle
Collection Chauvet, Dessins sur Paris et ses environ, 17ème et 18ème arrondissements
Source : Gallica


22/01/2015

Riverains de nulle part, unissez-vous


Clermont l'Hérault, rue Frégère au coin de la rue de la Fraternité, 16 janvier 2015



Les riverains discrets et les passants fugaces
ont le coup d'œil pauvret, rue Frégère
ici les étrangers croisent les peu loquaces
chauffés au vent d'hiver

pays mon beau pays tu te fais difficile

pendant ce temps-là nulle part
s'assemblent en secret
des mécanismes très précis
et pourtant
inutiles




Clermont l'Hérault, rue Aristide Briand, 20 janvier 2015

21/01/2015

Chambre d'enfant : alouette sans tête et tête de veau


Peter Newell - "Come on" cried the griffon and, taking Alice by the hand, it hurried off, without waiting for the end of the song / "Venez donc" cria le Griffon et, prenant Alice par la main, il se mit à courir sans attendre la fin de la chanson
Illustration pour Lewis Carroll,  Alice’s adventures in Wonderland, New York, London, 1901
Via OBI Scrapbook Blog








Nonsensical Songs : Beautiful Soup - Alice in Wonderland
Mis en ligne par John Adams




« Oh ! une chanson, je vous prie ; si la Fausse-Tortue
(1) veut bien avoir cette obligeance, » répondit Alice, avec tant d’empressement que le Griffon dit d’un air un peu offensé : « Hum ! Chacun son goût. Chantez-lui « La Soupe à la Tortue, » hé ! camarade ! »
La Fausse-Tortue poussa un profond soupir et commença, d’une voix de temps en temps étouffée par les sanglots :

« Ô doux potage,
Ô mets délicieux !
Ah ! pour partage,
Quoi de plus précieux ?
Plonger dans ma soupière
Cette vaste cuillère
Est un bonheur
Qui me réjouit le cœur.

« Gibier, volaille,
Lièvres, dindes, perdreaux,
Rien qui te vaille, —
Pas même les pruneaux !
Plonger dans ma soupière
Cette vaste cuillère
Est un bonheur
Qui me réjouit le cœur. »








« Bis au refrain ! » cria le Griffon ; et la Fausse-Tortue venait de le reprendre, quand un cri, « Le procès va commencer ! » se fit entendre au loin.
« Venez donc ! » cria le Griffon ; et, prenant Alice par la main, il se mit à courir sans attendre la fin de la chanson.
« Qu’est-ce que c’est que ce procès ? » demanda Alice hors d’haleine ; mais le Griffon se contenta de répondre : « Venez donc ! » en courant de plus belle, tandis que leur parvenaient, de plus en plus faibles, apportées par la brise qui les poursuivait, ces paroles pleines de mélancolie :

« Plonger dans ma soupière
Cette vaste cuillère
Est un bonheur
Qui me réjouit le cœur. »

Lewis Carroll - Alice au pays des merveilles, 1865 
traduction française d'Henri Bué, 1869 (2)


Beautiful Soup - Essai enregistré le 5 Avril 1947 pour le film Alice in Wonderland des studios Disney (1951, réal. Clyde Geronimi, Wilfred jackson & Hamilton Luske)
Chanson non intégrée au film, les personnages du Griffon et de la Tortue ayant été supprimés
Mis en ligne par The22deltabravo





(1) Comme chacun sait depuis que les notes de bas de page existent, la Fausse tortue (selon Henri Bué, cf. note 2 ci-dessous) en anglais Mock turtle, doit son nom à la Mock turtle soup qui est faite à partir d'un peu tout ce qu'on veut - spécialement de la cervelle et de la tête de veau - à l'exception de la tortue (3).

(2) Traduction particulièrement infidèle, certes, en ce qui concerne la chanson. Mais comparez avec la version française la plus courante (celle d'Henri Parisot), vous verrez que la fidélité est parfois handicapante - et puis cette "tortue fantaisie", oh, dear... La traduction la plus recommandable me paraît être celle d'Elen Riot (2€), où la Mock turtle s'appelle tout simplement la Tortue toc. Mais c'est un avis tout personnel - sur les graves questions que soulève la traduction d'Alice dans la langue d'oïl, on peut aller voir ici, et on peut constater que chez l'Alice (Liseta !) provençale le Lièvre de Mars devient l'Âne de Martigues et la Fausse tortue une alouette sans tête...

(3) La Mock turtle soup, cette soupe de tortue sans tortue, est une jolie métaphore du nonsense. Comme cette soupe, le nonsense ne coûte pas cher, mais il permet de transmettre des messages sophistiqués à l'aide des matériaux les plus humbles (faire passer la tête de veau pour de la tortue marine, quand même...). Sujet de réflexion : culture enfantine de réaction à la morale normalisatrice, le nonsense serait, aussi, une culture du pauvre.






"Savez-vous que Campbell Soup Co. ne m'a jamais envoyé une seule boîte de soupe ? Et j'en ai acheté de toutes les saveurs. Si jamais vous dénichez une Mock Turtle, gardez-la moi. C'était ma préférée, mais je devais être le seul à l'acheter, parce qu'ils l'ont arrêtée. Les soupes sont comme des peintures, vous ne trouvez pas ? Imaginez un collectionneur malin qui aurait acheté toutes les soupes Mock turtle quand il y en avait, pas chères, et qui les vendrait maintenant pour des centaines de dollars la boîte"
Andy Warhol, interview par David Bourdon, 1962 (4)


(4) Cette citation de Warhol est dédiée aux petits entrepreneurs schumpétériens et audacieux qui, à la gare de Montpellier, ont acheté lors de sa parution, par paquets de dix, tous les exemplaires du numéro 1178 de Charlie-Hebdo pour les revendre 35€ pièce.


20/01/2015

Une semaine dans la nuit (7): Brad Holland


Brad Holland - Forecaster / Prévisionniste
Via margarethe hubauer

19/01/2015

Une semaine dans la nuit (6): Magritte


René Magritte - La nuit de Pise, 1953
Via Poe's Mistress




Et pour le même prix, on peut aussi passer la nuit à Knokke-le-Zoute... 

18/01/2015

Une semaine dans la nuit (5): Tilo Baumgärtel


Tilo Baumgärtel - The News from Yesterday, 2009 
Huile sur toile
Wilkinson Gallery





Et pendant ce temps-là...
Vous m’avez une fois demandé, dit O’Brien, ce
qui se trouvait dans la salle 101. Je vous ai répondu que
vous le saviez déjà. Tout le monde le sait. Ce qui se
trouve dans la salle 101, c’est la pire chose qui soit au monde.

George Orwell, 1984, ch. V
traduction française d'Amélie Audiberti

17/01/2015

16/01/2015

Une semaine dans la nuit (3) : Hasui


Kawase Hasui - Yoru no Shinkawa - Shinkawa la nuit, de la série Douze vues de Tokyo, 1919
Gravure sur bois, Brown #28
Via Faster, Maria!


"C'était une nuit d'été claire comme le cristal, le ciel avait exactement le bleu indigo d'une gravure sur bois. Il y a une ou deux étoiles dans le ciel, et la lumière d'un bec de gaz éclaire l'espace entre les entrepôts massifs."
Journal de Hasui, cité par Kendall Brown, Kawase Hasui, the complete woodblock prints, II, #28


15/01/2015

Une semaine dans la nuit (2) : Arthur Heming


Arthur Heming -The head hunter, illustration pour The drama of the forests, 1919
Huile sur toile
Royal Ontario Museum
Via Aurora Borealis




14/01/2015

Une semaine dans la nuit (1) : Kim Cogan


Kim Cogan - 5 Stories in the Tenderloin, 2009 
Huile sur toile
Via Kim Cogan © Kim Cogan 2013

13/01/2015

Votre vie sera changée


Hara-Kiri mensuel, 1966 (modèle : François Cavanna, 1923-2014)
Source : Hara-Kiri & Sepia


L'œil des chats réédite rarement ses vieux billets. Pourtant il juge opportun, par les temps qui s'obstinent à courir, de tirer de ses poussiéreuses archives cette belle image tirée de notre post du 4 novembre 2011  et due à l'imagination fertile de l'ancêtre de Charlie-Hebdo. À l'attention des personnes qui, tel le rédacteur des présentes, seraient atteintes de myopie et/ou de cataracte, vous trouverez transcrit ci-dessous le passage en petits caractères.


Regardez bien ce type. Quelle sale gueule ! Exactement le genre de gueule qui vous donnerait envie de cracher. Eh bien, ne vous gênez pas. Crachez. Il est là pour ça. C'est "Hara-Kiri" qui vous l'offre.  Plusieurs fois par jour, vous avez envie de cracher à la gueule de quelqu'un : quand le barman vous jette dehors, quand le type de l'autobus crie "complet !" à votre nez, quand un judoka pelote votre femme... A chaque fois, vous feriez certainement un malheur si vous ne vous reteniez pas.
Toutes ces colères rentrées, c'est mauvais pour la santé. Ne vous retenez plus. Ayez toujours votre BOUC ÉMISSAIRE à portée de la main. Dès que l'on vous humilie, crachez-lui au visage. Ayez-le dans le tiroir de votre bureau et crachez dessus à chaque fois que votre chef vous aura réveillé avec des mots blessants. Collez-le sur votre pare-brise et crachez dessus à chaque fois qu'un de ces gros types dans leurs gros camions vous aura traité de petit merdeux. Votre vie sera changée. Merci, "Hara-Kiri" !

12/01/2015

Les vacances du bestiaire : le prêche


Arnold Böcklin - Saint Antoine de Padoue prêchant aux poissons, 1892

11/01/2015

Good grief...


Charles M. Schulz - Peanuts



Je me souviens que le soir du 11 septembre 2001 j'étais devant mon écran plat, en train de peiner sur un projet de contrat plus plat encore, quand un copain du syndicat - qui se trouvait être le directeur adjoint de l'international pour mon service - a passé une tête pour nous dire qu'un avion avait percuté une des tours jumelles. Et que quelques minutes plus tard, il est repassé pour un update : deuxième avion, deuxième tour. 

Je me souviens que le lendemain matin la secrétaire avait affiché sur la porte de la DRH  du service une feuille A4 sur laquelle elle avait imprimé en gros



Rassemblement de solidarité avec les habitants de New-York
à 12h30 dans la cour du Centre (1)
à l'appel de l'OTAN


J'étais allé voir le DRH pour lui demander si la totalité de ses effectifs avaient adhéré à l'OTAN, ou seulement la secrétaire - il avait eu un sourire gêné. Du coup je n'étais pas allé au rassemblement - c'était frappant : dans la cour il n'y avait que les jeunes du Centre, en cercle, se tenant par la main - nous les vieux, on regardait dubitatifs depuis les fenêtres de la cantine. On avait probablement tort, d'ailleurs. Mais cette vieille habitude de ne pas répondre aux consignes de la Direction.

Je me souviens que Charlie, pour moi, c'était d'abord un mensuel. Bien sûr que je suis de la génération Hara-Kiri - dès que l'ai eu la liberté d'aller à pattes au marchand journaux avec quelques fifrelins en poche, j'allais me procurer  ceci : 





avec cela :







ou enfin cela :









Mes dieux c'étaient Topor, Charlie Mingus et le professeur Choron. 

Mais Charlie mensuel, ce fut autre chose.









Je ne parle pas de Corto Maltese, mais sans le Charlie de l'époque, pas de Krazy Kat, pas de Mafalda et, surtout...









...pas de Charlie Brown. 

Je n'hésiterais pas à soutenir que Charles Monroe Schulz, au même titre que George Herriman en son temps, fut l'éducateur, le psychologue, le fabuliste d'une génération. Je me souviens d'une organisation révolutionnaire des années 70 qui, dans sa période la plus sectaire, obligea ses cellules de base à s'affubler du nom d'un héroïque militant à choisir dan le Panthéon trotskiste. La plus rétive de ces cellules choisit de se nommer, non pas Marcel Hic ou Tạ Thu Thâu, mais Cellule Charlie Brown. Aux objurgations des dirigeants, la secrétaire répondait inlassablement : mais voyons, camarades, c'est un grand révolutionnaire américain...

Evidemment il y eut ce bal tragique, la transformation d'Hara-Kiri hebdo en Charlie hebdo, et toute une génération continuait à lire la prose de Cavanna, les dessins de Reiser - et puis, on l'oublie souvent, ce journal disparut, pffuitt, évaporé, un 23 décembre 1981, forte césure, nouvelle période, bleak moment...

On oublie souvent.

Que le journal qui reparaît en 1992 est plus celui de Philippe Val que celui de Cavanna. Et que le moment n'est plus du tout le même. Que les années 80 se sont révélées celles de l'entrée dans l'ère du capitalisme tardif, que les espoirs se sont faits maigres, et que l'humour s'en est ressenti, forcément.

Je dois avouer que je ne lisais pas le Charlie de Val, pas plus que celui de ses successeurs. Et que ce carnage me stupéfie, me révulse tout autant qu'un autre, mais que je ne suis pas Charlie, je ne me sens pas Charlie, et que de toute façon je n'irai pas défiler pour la liberté avec Brice Hortefeux, Viktor Orban et Jens Stoltenberg - secrétaire général de l'OTAN. Non, merci. J'ai peut-être tort, d'ailleurs - cette vieille habitude de ne pas répondre aux consignes de la Direction.

On oublie souvent. Et un des buts, peut-être même le principal, du terrorisme est de nous faire oublier.

Que la façon la plus efficace de se battre contre l'intolérance et la bêtise, c'est celle d'avouer quelquefois que, good grief, nos angoisses ont des angoisses, qu'elles n'ont pas besoin de Dieu, de rédacteur en chef, de gourou, de général ou de procureur de la République, elles sont là tout simplement, autant en rire, en parler et réparer nos âmes. La paix soit avec vous, Charles Monroe Schulz, mort en l'an 2000 sans une once de plus d'amertume. Je ne suis pas Charlie, je suis Charlie Brown.










(1) Le principal centre de R&D d'un important-opérateur-de-télécommunications-français, comme on dit.

10/01/2015

Les occupations solitaires : l'histoire de l'art (Wayne Thiebaud, encore)


Wayne Thiebaud - Art historian, 1971
Source



Sur l'histoire de l'art, déjà.

De Wayne Thiebaud, déjà aussi, par là.

09/01/2015

Le greffe : Wayne Thiebaud


Wayne Thiebaud - Cat and building, 1993

08/01/2015

07/01/2015

L'art de la lecture : la fille au luth





C'est une fille qui joue du luth, quelque part en Angleterre au fin fond du XVème siècle; elle est dessinée sur la dernière page, feuillet 53...






des Consolations de Boèce - la page qu'on ne lit pas, juste avant la dernière de couverture, et qui servait à faire des petits crobards, en douce. Ayez une pensée pour le copiste ou l'enlumineur qui rêvait de la Fille au luth...   


Francesco Spinacino sur le thème de Josquin Desprez - Adieu mes amours 
Ophira Zakai, luth
Mis en ligne par Ophira Zakai - Lute



Adieu mes amours, a Dieu vous command, 
Adieu je vous dy jusquez au printemps 
Je suis en souci de quoy je vivray 
La raison pour quoy je le vous diray : 
Je n’ay plus d’argent, vivray je du vent, 
Se l’argent du roy ne vient plus souvent.

Josquin Desprez - Adieu mes amours




Pour cette image il faut remercier, outre la British Library qui conserve le manuscrit Sloane 554, Erik Kwakkel de l'Université de Leyde.

06/01/2015

Célébrations : René Vautier, Afrique 50


René Vautier (15 janvier 1928 - 4 janvier 2014) - Afrique 50, 1950
Mis en ligne par James Wincher



Souvent considéré comme le premier film anticolonialiste français, Afrique 50 était une commande la Ligue de l'enseignement, ayant pour but de "mettre en valeur la mission éducative de la France dans ses colonies". Vautier arrive en en AOF au pire moment de la répression coloniale. C'est l'époque où, en Côte d'Ivoire, on tire sur les foules mobilisées par le RDA/PDCI (1) comme à Bouaflé, Dimbokro et Séguéla. Faussant la compagnie aux autorités, Vautier filme alors à sa façon la "mission éducative". Revenu en France, son film est interdit - et le restera pendant 40 ans - le réalisateur est inculpé (2) et l'armée se rappelle qu'il a négligé de faire son service (3). Il est envoyé en Allemagne où il restera pendant un an, essentiellement en prison militaire.

Afrique 50 a fait l'objet d'un livre-entretien avec René Vautier, disponible - avec le film et un doc complémentaire de Michel Le Thomas - aux Mutins de Pangée.



(1) Parti Démocratique de Côte d'Ivoire, section du Rassemblement Démocratique Africain. Le parti organisait le boycott des produits importés et menait une lutte pour la défense des prix légaux payés aux producteurs de café et de cacao. En réponse, l'administration coloniale (sous les ordres du gouverneur Laurent Péchoux, socialiste SFIO) envoyait la troupe.

(2) Au titre d'un décret de 1934 signé Pierre Laval : "toute prise de vue dans une colonie d'Afrique Occidentale française doit être soumise à l'autorisation du lieutenant gouverneur de la colonie concernée".

(3) Il avait des circonstances atténuantes : décoré de la Croix de guerre à 16 ans pour faits de résistance.

05/01/2015

Portrait craché : Sidney Starr


Sidney Starr - Study in blue and grey, 1891
Tate Gallery
Via The Athenaeum

04/01/2015

The cat's meow : saxo, parfois


How Long blues
de l'album Soul Brothers/Soul Meeting, 1958 
Ray Charles - piano, alto sax, Milt Jackson - vibes (piano pendant le solo de Ray Charles au sax), Billy Mitchell - tenor sax, Connie Kay - drums, Oscar Pettiford - bass, Skeeter Best - guitar.
Mis en ligne par Elijah Rutschman

03/01/2015

Duos : la Mourre


Pietro Ricchi (Lucques 1606 - Udine 1675) - Giocatori di Morra / Joueurs de Mourre
Huile sur toile
Galerie Canesso, Paris



02/01/2015

Coffre-fort et pommes sautées


Jean Eugène Buland - Les héritiers, 1887
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de Bordeaux




Buland peignait les instants silencieux, qu'ils soient méditatifs ou tendus à l'extrême mais précisément, en tant qu'instants, rétifs à l'interprétation. Ainsi Les héritiers, médaillé au Salon de 1887.

Les pauvres restes d'un patrimoine - tapis roulés, quelques tableaux, bassine et écumoires, le coffre enfin ouvert, scellés rompus. Au premier regard le tableau se présente en frise, comme Le tripot, mais en fait deux axes se croisent, comme dans Propagande ou les Bretons en prière. Quatre personnages sont vus de front mais un cinquième fait face au coffre. Les regards font transition, d'abord droit vers le spectateur puis vers le bas, de biais - on peut ne pas vouloir voir, on peut oser risquer un œil - sur le testament ? On peut feindre le désintérêt. Mais le cœur du sujet c'est bien le fond du coffre.

L'ouverture du coffre, comme l'ouverture d'une année. On fait le bilan de l'an d'avant, comme d'un patrimoine : bêtisiers télévisés, vœux présidentiels, voitures brûlées, dividendes exceptionnels, palmarès des meilleurs films et des meilleures causes humanitaires, nombre de soldats morts en opérations extérieures, bénédiction papale.

Mais que peut-il donc bien y avoir au fond du coffre ? On entrevoit les couverts et une timbale en argent - on ne peut imaginer que le défunt ait eu la radinerie ou l'humour noir à ce point chevillés au corps, qu'il ait fourré de l'étain dans son coffiot... On ne voit rien d'autre. La déconvenue ? Peut-être. La jalousie ? Latente, certes. Allez savoir.

Les instants de Buland sont des indécidables. Allez savoir si les paysans de Propagande vont se laisser attraper, ou qui va gagner des joueurs du Tripot. L'indécidable est au-delà de l'attendu, du convenu, du raisonné voire du raisonnable. Pas de morale dans le Tripot, pas d'honnêteté dans Propagande, pas de larmes chez les Héritiers. Mais pas forcément de cynisme, non plus.

Et d'ailleurs. Serait-ce l'instant (résigné) d'après la découverte, ou l'instant (plein d'espoir camouflé) d'avant ? Allez savoir.

Et nous ? Qu'y a-t-il dans notre coffre à l'ouverture des acquis de 2014 (et des quelques millénaires précédents) ? Les commentateurs autorisés diraient : des dettes. D'autres, suivant des exemples fameux, diraient qu'il ne faut pas céder au brigandage. C'est tout le mal que les chats vous souhaitent à l'orée de 2015 : que cette année soit celle où, constatant que l'essence des coffres-forts est d'être vides, vous décidiez de ne plus les remplir en vain.

Mme Chat - Keuf, keuf (elle toussaille du fond de son panier) j'ai la bronchite, tu soliloques, mon minou ?

M. Chat - Non point, je vaticine !

Mme Chat - Rajoute un post-scriptum à tes élucubrations : Banane et pommes sautées...

M. Chat - Hein ?

Mme Chat - Ils comprendront (Keuf, keuf) ...sur Internet, on comprend tout.

M. Chat - Si tu le dis...







18/12/2014

Ayons congé : Algernon Newton


Algernon Newton - A gap in the hedge / Un trou dans la haie
Via poboh



...et, se faufilant discrètement par cet interstice, les chats partent en vacances et seront de retour le 2 janvier... À tous, que cette joyeuse et lugubre période des fêtes passe doucement sur vous comme le vent d'été sur la prairie ombreuse...

D'Algernon Newton, déjà, ici et .

17/12/2014

Bang : Serban Savu, encore


Serban Savu - Silent gathering, 2014
Huile sur panneau
Via Galeria Plan B


De Serban Savu, déjà.