07/04/2015

Voi ch'entrate...






Les chats rêvent, les chats hument les extérieurs, les chats repeignent leurs volets; les chats s'introspectent, les chats sont en vacances, retour dans une quinzaine; profitez du printemps.

06/04/2015

Je viendrai dans tes rêves (3) : plus tard j'irai chez Roy, Titi, Andy et Marylin






Wang Ziwei - Sans titre (Marylin & Mao), 2006
Acrylique sur toile



Longtemps après qu'ils ont disparu, que leurs mains ont lâché ta bride, ils restent affichés dans tes rues, statufiés sur tes places, appris à tes enfants.



Wang Ziwei - Sans titre  (Tête Marylin & Mao), 2006
Acrylique sur toile



Leurs médecins briseront le secret, leurs valets feront leurs confidences, les prisonniers libérés auront le temps, bref, d'un hurlement. Mais malgré tout ils resteront dans vos mémoires. Il seront comme les bornes, comme les stèles, immuables. Et quand on les briserait, d'autres les relèveront sans presque le vouloir, comme en rêve.




Wang Ziwei - Sans titre (Mao & Titi), 2006
Acrylique sur toile


Le ressentiment des contemporains, les frissons des enfants, la curiosité des petits-enfants - et, pour les artistes, sujet inépuisable. Ils ne disparaîtront pas, ils se mêleront à leur contraire, ils se fondront dans le futur sans perdre de l'âcreté du passé, ils s'évanouiront en laissant leur empreinte. Chaque jour vous prêterez l'oreille à leur silence et la nuit ils reviendront, dans vos rêves.





Et pendant ce temps-là...

05/04/2015

Je viendrai dans tes rêves (2) : la demi-heure de Monsieur S.


Charlotte Beradt - Das Dritte Reich des Traums / Rêver sous le troisième Reich 
Mise en scène de Thomas Desi, Zoon Musiktheater de Vienne, 2013 
Mis en ligne par ZOON Musiktheater


« Goebbels vient dans mon usine. Il fait se ranger le personnel à droite et à gauche. Je dois me mettre au milieu et lever le bras pour faire le salut hitlérien. Il me faut une demi-heure pour réussir à lever le bras, millimètre par millimètre. Goebbels observe mes efforts comme s’il était au spectacle, sans applaudir ni protester. 

Mais, quand j’ai enfin le bras tendu, il me dit ces cinq mots : “Votre salut, je le refuse”, fait demi-tour et se dirige vers la porte. Je reste ainsi, dans mon usine, au milieu de mon personnel, au pilori, le bras levé. C’est tout ce que je peux faire, physiquement, tandis que mes yeux fixent son pied-bot pendant qu’il sort en boitant. Jusqu’à mon réveil, je reste ainsi. »
Rêve de Monsieur S. le troisième jour après la prise du pouvoir par Hitler
in Charlotte Beradt - Das Dritte Reich des Traums, 1966
(rêves recueillis entre 1933 et 1939, cachés derrière une bibliothèque, transmis à l'étranger et publiés dix-sept ans plus tard)
Rêver sous le IIIème Reich, Payot  éd. 2002, traduction de Pierre Saint-Germain, p. 37.

"Monsieur S., la soixantaine, propriétaire d'une entreprise de taille moyenne (...) homme droit, conscient de sa valeur, presque despotique. Ce qui faisait le prix et le contenu de sa longue vie, c'était son entreprise où, lui-même social-démocrate, il employait depuis vingt ans nombre de ses vieux camarades du parti. (...) (Il) fit un rêve dans lequel il fut brisé tout en demeurant physiquement intact".
Ibid. pp.37-38.


Tous ceux qui pensent que leurs vies sont et resteront platement individuelles et de leur propre affaire, que nos nuits nous appartiennent, que nos rêves  ressortent de nos affaires privées, tout au plus familiales et professionnelles, que la domination a per se des limites, l'humiliation des bornes, et que la main d'autrui jamais ne serrera le licou au plus intime de leurs désirs et de leurs peurs inavouées - tous ceux-là devraient lire le livre de Charlotte Beradt. Car cela se soigne.


Et, à propos de Charlotte Beradt, ici et aussi .


04/04/2015

Je viendrai dans tes rêves (1) : le bon compagnon


Agence Grey - pour la campagne The right book will always keep you company 
Via Book Patrol



Dans la campagne publicitaire pour les librairies israéliennes Steimatzky, les lecteurs endormis rêvent en compagnie de Gandalf, Don Quichotte, Sherlock Holmes et Fifi Brindacier. Et de quelques autres, qui sont d'un commerce nocturne plus problématique.



Agence Grey, pour la même campagne 
(le cadre stressé rêve avec le moine qui vendit sa Ferrari)


Mme Chat : Ouaaaah ! Fifi Brindacier, ouaaiiiis...

- Avec quel gourou en développement personnel craindrais-je le plus de cauchemarder,  du moine qui vendit sa Ferrari ou du bon Joseph Vissarionovitch ?

se demande M. Chat...

...car si le moine qui vendit sa Ferrari est écrit à l'intention des cadres stressés, le discours de Staline, autre faribole, se penche avec la même bonhomie sur ces mêmes cadres tout aussi angoissés...

Mme Chat - Pour faire de beaux rêves faut pas être cadre, c'est pourtant simple, je te l'avais bien dit...

M. Chat - Mmmm... (il boude, il écrit une note de bas de page) (1).

Mme Chat - Et Fifi Brindacier, elle se couche et se lève où et quand elle veut...




(1) Le développement personnel n'est que la version entrepreneuriale soft de l'homme, le capital le plus précieux. Harcèlement ou purge, la vie du cadre est semée de réels dangers, et les nuits sont parfois difficiles. On peut rêver.

02/04/2015

Une semaine de chanteuses : que toi


Colette Magny - Prend-moi, me prends pas 
De l'album Feu et rythme, 1970
Mis en ligne par rrte2

01/04/2015

Une semaine de chanteuses : hier, la France de demain


Brigitte Fontaine - On n'est pas des chiens (de l'album 17 chansons décadentes et fantasmagoriques, 1965)
1966
Mis en ligne par Leschanteuses Echevelées



31/03/2015

Une semaine de chanteuses : ma chambre à Paris


Ingrid Caven - Zimmer in Paris (Wolf Wondratschek / P. Raben / D. Ambach)
De l'album Der Abendsternéd. Vielliebrekords, 1979 
Mis en ligne par mackiemesser98



Hier in meinem Zimmer in Paris
bin ich so traurig, weil ich dich verließ
Ich frage mich: Was störte mich an dir
In diesem kleinen Zimmer hier,
Wo Gaukler wohnen, Trinker, Diebe -
ich frag´ umsonst, denn es war Liebe,
Und noch am Tage lebt die Nacht in mir
Und die Erinnerung -- ein kleines Paradies
Die Zeit geht hin, ich bleibe hier
In diesem kleinen, kleinen Zimmer in Paris
Und trinken mit den Trinkern auf ihr Glück
Und singen mit den Gauklern Liebeslieder
Und lachend kommen auch die Diebe wieder
Und wenn nicht du, so kommt ein Anderer
zu mir zurück ...



Extraits du film Montparnasse (1929) d'Eugene Deslaw (Ievhen Slabchenko, 1898-1966).


30/03/2015

Une semaine de chanteuses : fée clochettes


Lily Pons - Où va la jeune Indoue, (air des clochettes)
Léo Delibes - Lakmé
Mis en ligne par PopoliDiTessalia



Où va la jeune Indoue,
Fille des Parias,
Quand la lune se joue,
Dans les grands mimosas?
Elle court sur la mousse
Et ne se souvient pas
Que partout on repousse
L'enfant des parias;
Le long des lauriers-roses,
Rêvant de douce choses, Ah!
Elle passe sans bruit
Et riant à la nuit.
Là-bas dans la forêt plus sombre,
Quel est ce voyageur perdu?
Autour de lui
Des yeux brillent dans l'ombre,
Il marche encore au hasard, et perdu!
Les fauves rugissent de joie,
Ils vont se jeter sur leur proie,
Le jeune fille accourt
Et brave leur fureurs:
Elle a dans sa main la baguette
où tinte la clochette des charmeurs!
Enchanté
L'étranger la regarde,
Elle reste éblouie.
Il est plus beau que les Rajahs!
Il rougira, s'il sait qu'il doit
La vie à la fille des Parias.
Mais lui, l'endormant dans un rêve,
Jusque dans le ciel il l'enlève,
En lui disant: 'ta place est là!'
C'était Vishnou, fils de Brahma!
Depuis ce jour au fond des bois,
Le voyageur entend parfois
Le bruit léger de la baguette
Où tinte la clochette des charmeurs!

29/03/2015

Une semaine de chanteuses : toujours très optimiste, Léontine


Laura Betti - La Belle Léontine
Paroles de Goffredo Parise, traduites en français par Jean Rougeul, musique de Gian Franco Maselli 
éd. Disques Orphée, 1962
Mis en ligne par gianluca meis



28/03/2015

Une semaine de chanteuses : où l'on quitte tous les soucis


Teresa Stratas - Youkali, tango habanera
Musique de Kurt Weill, 1934
Paroles de Roger Fernay, 1946
Extrait de September songs (Larry Weinstein, 1995)
Mis en ligne par Alik Zubr
En remerciant l'excellent Dormira Jamais



C’est presque au bout du monde
Ma barque vagabonde
Errant au gré de l’onde
M’y conduisit un jour
L’île est toute petite
Mais la fée qui l’habite
Gentiment nous invite
À en faire le tour
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Youkali, c’est la terre où l’on quitte tous les soucis
C’est, dans notre nuit, comme une éclaircie
L’étoile qu’on suit, c’est Youkali
Youkali, c’est le respect de tous les vœux échangés
Youkali, c’est le pays des beaux amours partagés
C’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains
La délivrance que nous attendons tous pour demain
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Et la vie nous entraîne
Lassante, quotidienne
Mais la pauvre âme humaine
Cherchant partout l’oubli
A, pour quitter la terre
Su trouver le mystère
Où nos rêves se terrent
En quelque Youkali
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Youkali, c’est la terre où l’on quitte tous les soucis
C’est, dans notre nuit, comme une éclaircie
L’étoile qu’on suit, c’est Youkali
Youkali, c’est le respect de tous les voeux échangés
Youkali, c’est le pays des beaux amours partagés
C’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains
La délivrance que nous attendons tous pour demain
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali






27/03/2015

Une semaine de chanteuses : sillage et lune


Liza - Мне приснилась / J’ai fait un rêve  (Dmitri Kantor)
Mis en ligne par Stengazeta



J’ai fait un rêve de silence et de paix…
Ce rêve ne se réalisera jamais.
Loin, loin, mes pensées,
Dans ton sillage, se sont enfoncées.

D’apparence, aucune route ne mène à toi,
Dans mon cœur, ton image se défait.
La vie, au fil de brumeuses pensées,
Passe au loin de moi.

Et par la fenêtre, regarde la lune, comme auparavant,
Celle qui, pour nous deux, brilla
Et, rit de moi, le printemps,
De ta sonnante voix.

Mais, vers toi, mes routes ne mènent pas,
Dans mon cœur ton image se défait.
La vie, au fil de brumeuses pensées,
Passe au loin de moi.



Paroles et musique de Dmitri Kantor
Traduction en français de Sara P. Struve

26/03/2015

Portrait craché : peut-être un inconnu, mais peut-être après tout...


Jean-Louis Forain (?) - Rimbaud (?), 1872 
Lavis
Via Afroui




Authentifié par Jean-Jacques Lefrère, mais douteux selon Jacques Bienvenu. Bref, un cas. En somme, un parfait Rimbaud.


Je vis assis, tel qu'un ange aux mains d'un barbier,
Empoignant une chope à fortes cannelures,
L'hypogastre et le col cambrés, une Gambier
Aux dents, sous l'air gonflé d'impalpables voilures.

Tels que les excréments chauds d'un vieux colombier,
Mille Rêves en moi font de douces brûlures :
Puis par instants mon coeur triste est comme un aubier
Qu'ensanglante l'or jeune et sombre des coulures.

Puis, quand j'ai ravalé mes rêves avec soin,
Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et me recueille, pour lâcher l'âcre besoin :

Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin,
Avec l'assentiment des grands héliotropes.


Arthur Rimbaud - Oraison du soir





Brigitte Fontaine - Comme Rimbaud (1968) 
Vidéo : Jean-Christophe Averty, 1969 
Avec la participation de : Mouna
Mis en ligne par marcel68901




Et les chats  partent en voyage, les chats vont se ressourcer au pays où les particules sont plus fines - entre-temps, une semaine de chanteuses...

25/03/2015

Les vacances du bestiaire : le zoologiste


Robert Collett, zoologiste norvégien (1842-1913) nourrissant des oiseaux
Source

24/03/2015

Ciel... David Carmack Lewis, encore


David Carmack Lewis - Commute, 2009
Via Carmackart

22/03/2015

Les lilas flamboyants du dimanche de la vie, et les poèmes écrits sur des murs de prison


Claude Monet - Lilas au soleil, 1873 
Huile sur toile
Musée Pouchkine, Moscou


Импрессионизм

Художник нам изобразил

Глубокий обморок сирени
И красок звучные ступени
На холст как струпья положил.

Он понял масла густоту, -

Его запекшееся лето
Лиловым мозгом разогрето,
Расширенное в духоту.

А тень-то, тень все лиловей,

Свисток иль хлыст как спичка тухнет.
Ты скажешь: повара на кухне
Готовят жирных голубей.

Угадывается качель,

Недомалеваны вуали,
И в этом сумрачном развале
Уже хозяйничает шмель.




Camille Pissaro - Place du Théâtre-Français, printemps, 1898 
Huile sur toile 
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg




Camille Pissaro - Boulevard Montmartre à Paris, 1897
Huile sur toile 
Musée de l'Ermitage, Saint-Pétersbourg




Impressionisme

Ce qu'il nous peint tout d'abord,
C'est la syncope des lilas,
Et comme des squames il posa 
les couleurs aux degrés sonores.

De l'huile il comprit l'épaisseur :
Son été croûteux se réchauffe
Avec de la cervelle mauve
Et s'élargit dans la touffeur.

Et l'ombre, toujours plus violette !
Sifflet ou fouet : un feu languit.
Des pigeons gras, aurait-on dit,
Qu'au four les cuisiniers apprêtent.

On devine une balançoire,
Des voilages peints à moitié,
Et dans la ruine ensoleillée
Un bourdon s'affaire au hasard.


Ossip Mandelstam, 23 mai 1932
Traduction française d'Henri Abril
in Ossip Mandelsam - Les poèmes de Moscou (1930-1934) Circé éd. 2009




A cette date, les trois tableaux qui inspirent - surtout le premier - le poème étaient exposés au Musée de l'Art occidental moderne de Moscou. Les toiles impressionnistes sont également évoquées dans un chapitre du Voyage en Arménie (1), dernier livre publié du vivant de Mandelstam, qu'il finit d'écrire à la même époque que ce poème. 

Depuis janvier 32, Mandelstam habite avec Nadejda une chambre humide de 10 m2 ("avec le robinet d'eau potable dans des cabinets putrides") à la Maison des écrivains, 2 rue de Tver. Pourtant, il lui aura encore fallu le soutien de Boukharine pour l'obtenir. Il reçoit une maigre pension de 200 roubles "pour sa contribution à la littérature russe du passé". Cela fait deux ans que Maïakovski s'est suicidé; la persécution des artistes et écrivains est à l'ordre du jour : le 23 avril 32, un décret du parti dissout toutes leurs organisations pour les fondre d'autorité dans l'Union des écrivains soviétiques. Dans un an et demi, Mandelstam écrira l'épigramme sur Staline, encore six mois et la Guépéou frappera à sa porte (2). Quand il écrit Impressionisme il lui reste un peu plus de six ans avant de mourir de faim, de froid et d'épuisement dans un camp de la Kolyma.

Plus tard, Nadejda Mandelstam put recueillir les souvenirs de ceux des zeks qui l'avaient côtoyé. Elle raconte qu'un jour, quelqu'un avait raconté à Mandelstam "que dans l'une des cellules des condamnés à mort de la prison de Lefortovo, des vers d'un de ses poèmes avaient été griffonnés sur le mur :

Est-ce que j'existe réellement
Et la mort viendra-t-elle vraiment ?

En apprenant cela, Mandelstam était devenu plus gai et plus calme pendant quelques jours" (3).



(1) "ces lilas flambaient sur la paroi d'un buisson..." (brouillons du Voyage en Arménie, trad. d'Henri Abril dans ses notes). C'est de ces flammes et de ces ombres que naît la métaphore des pigeons gras - sur les difficultés de traduction de cette image, voir la fin de cet article.

(2) Comme on sait, peu après l'arrestation de Mandelstam Staline passa un coup de fil à Pasternak. Bien des années plus tard, Sergueï Tchoudakov en fit un poème.

(3) Nadejda Mandelstam, Contre tout espoir, Souvenirs, traduit du russe par Maya Minoustchine, Gallimard éd. 1972, p. 485 de l'édition Tel, 2012. 




21/03/2015

Samedi, on va à la pêche


J. Roubière - Dessin publicitaire pour Melleril, la phénotiazine tranquillisante, Laboratoires Sandoz
in La France à table, bimestriel, décembre 1960
Via Chautois






Rockwell Kent - Illustration pour Herman Melville - Moby Dick or the Whale, Random House 1930
Via Illustration Art

Voir les autres planches de Rockwell Kent pour Moby Dick sur Book Graphics.

20/03/2015

Le vendredi, promenade au phare


Eric Ravilious - Belle Tout lighthouse / Le phare de Belle Tout
Via Book Snob




Oui, bien sûr, s’il fait beau demain... 


Yes, of course, if it's fine to-morrow...


19/03/2015

Ciel... c'est jeudi


Erich Buchwald Zinnwald - Landschaft / Paysage, 1919
Gravure sur bois
Via Ugo Banarosa

17/03/2015

Le mardi, Saint-Germain tue Maubert


Maxime Lalanne - Démolitions pour le percement du Boulevard Saint-Germain, 1863 
Eau-forte
Via Los Angeles County Museum of Arts




Le quartier de la place Maubert avant le percement des rues Monge et des Écoles et du boulevard Saint-Germain
La place Maubert est dans la continuité des rues Galande et Saint-Victor
Plan de Tardieu, 1839




Marc Ogeret - À la place Maubert d'Aristide Bruant
Mis en ligne par Klim Samguine





Pour plus d'explications sur l'argot de Bruant, voir ici.

16/03/2015

Le lundi, fenêtre et thrénodie


Thomas Burke - From My Study Window, ca 1938-1940 
Huile sur toile 
Williamson Art Gallery & Museum
Via irinaraquel




N3rdistan - "To everything" (Likouli)  
Abu al-Baqa al-Rundi - Thrénodie  Andalouse
Mis en ligne par N3erdistan

15/03/2015

Les destructions de Paris : Devambez, encore


André Devambez - Illustration pour André Couvreur, Une invasion de Macrobes (1), supplément littéraire à l'Illustration des 6, 13, 20 et 27 Novembre 1909
Via GROT BOT




Voir les autres illustrations produites par Devambez pour cet ouvrage, chez Le Chasseur De Chimères
Une invasion de Macrobes a été republié en 1998 chez Ombres.

Et de Devambez, déjà.




(1) Les macrobes sont des microbes rendus géants par un savant fou, le professeur Tornada, qui les lâche sur Paris pour être enfin reconnu à sa juste valeur.

14/03/2015

Société du spectacle : Devambez



André Devambez - L'ouvreuse, ca 1900 
Lithographie en couleur sur vélin
Via Hauk Sven

13/03/2015

Fantômes à la rencontre : Decasia


Bill Morrison - Decasia, 2002, extrait
Musique de Michael Gordon
Mis en ligne par Bill Morrison




Bill Morrison a fabriqué Decasia en utilisant des métrages endommagés (decayed) de vieux films muets, trouvés pour certains dans les archives de l'Université de Caroline du Sud. Les distorsions, irisations et autres effets ne sont pas dûs à des procédés mis en œuvre par Morrison, mais à l'état dans lequel il a trouvé les nitrates originaux. Les films de Bill Morrison sont principalement distribués par Icarus Films.


Voir le site de Bill Morrison.


Et ce billet est un écho à celui de Tororo sur la Collecția Costică Acsinte.

12/03/2015

Duos : Shen té et Shui Ta - où les chats vont au théâtre et n'y comprennent rien


Bertolt Brecht - Der gute Mensch von Sezuan / La bonne âme de Sé-Tchouan, 1940 
Mise en scène de Fritz Umgelter pour la Süddeutscher Rundfunk, 1966 - Nicole Heesters dans les rôles de Shen Te et Shui Ta (1)
Mis en ligne par Richard von Weizsäcker



M. Chat (au sortir de la représentation, dans la mise en scène de Bellorini) - C'est bizarre...
Mme Chat - Oui, c'est un peu bizarre, les costumes à la Deschiens...
M. Chat - Ces Dies irae, ces scènes d'amour esthétisantes sous la pluie...
Mme Chat - Cela dit, je n'ai pas dormi.
M. Chat - Moi non plus, mais est-ce un critère ?
Mme Chat (inquiète) - Le V-effekt, ça marche même quand on dort ?
M. Chat (béatement doctoral) - Là n'est pas le problème - si l'objet du théâtre épique est d'éviter à tout pris l'illusion théâtrale, l'identification et la catharsis - alors on pourrait soutenir que l'endormissement est un moindre mal...
Mme Chat (à demi rassurée ) - Ha bon.
M. Chat - Mais si pour jouer Brecht au XXIème siècle il faut faire marcher le public à l'ébahissement émotionnel, comme dit un excellent critique (2), alors c'est que le spectacle a gagné...
Mme Chat - En plus, on n'a même pas pu boire un coup à l'entr'acte, vu la pagaille au buffet...


Intermède autoroutier
Mis en ligne par Chemindepierre


M. Chat (ils se réinstallent au panier une demi-heure plus tard) - Du coup, j'ai eu tout bon à l'alcootest... À toute chose malheur est bon.
Mme Chat - Si on revoyait du Brecht d'avant que le spectacle ait définitivement gagné ?
M. Chat - Très bonne idée, mets la télé à remonter le temps sur "on" et règle le tuner sur la SDR...
Mme Chat - C'est tout en allemand sans sous-titres...
M. Chat - Effectivement...
Mme Chat - J'y comprends rien !
M. Chat - Moi non plus, mais ça renforce le V-effekt.



(1) Dans la bonne âme, comme chacun sait, la prostituée Shen Té est la seule à accueillir les dieux à la recherche d'une bonne âme; ils la récompensent d'une somme d'argent qui lui permet d'acheter un débit de tabac. Elle le gère tant bien que mal en venant au secours de tous - pour éviter la banqueroute elle se dédouble en se déguisant en cousin Shui Ta, patron de choc.

(2) L'excellent critique souligne le fait que la mise en scène de Bellorini coupe l'explication finale de Shui Ta/Shen Té : «Allons, mon cher public, ne sois pas trop fâché! Mais oui on le sait bien, ce n’est pas une bonne fin. (…) où est la solution ? (…) Fallait-il quelqu’un d’autre ? Ou bien un monde autre ? Ou alors d’autres Dieux ? Ou pas de Dieu du tout ? (…) Devant ce désarroi, le seul recours serait et vite, et tout de suite, que vous réfléchissiez à la meilleure manière, au moyen le plus fin, de mener une bonne âme vers une bonne fin. Cherche donc, cher public, la fin qui fait défaut car il faut qu’elle existe ». Cette explication, on peut l'entendre à 2h 57' dans la mise en scène de 1966. Terminer la bonne âme sur le seul cri de désespoir se Shen Té - au secours ! - et passer pour pertes et profits cette tirade finale  : voilà qui est bien d'un temps et d'un espace où il paraît superflu (excessif ? inconvenant ? relou ? plus à la mode ? dangereux pour les subventions ?) d'exhorter trop ouvertement le public à réfléchir à la meilleure manière, à un monde autre, à une bonne fin.