17/11/2018

L'art de la fenêtre : automne - hiver


Klemens Brosch - Sonate d'automne, 1920






Léon de Smet - Ma fenêtre en hiver, 1940

16/11/2018

15/11/2018

Portrait craché : Kirchner


Ernst Ludwig Kirchner - Autoportrait, 1931
Huile sur toile







Et pendant ce temps-là...

14/11/2018

Ciel...


Ippolito Caffi - L'éclipse de soleil à Venise, 1842
Huile sur toile
Via amare-habeo

12/11/2018

A l'ouest rien de nouveau : y compris les erreurs






Ceci est une publicité gratuite à l'usage des lendemains de commémoration. Un contrepoint aux hymnes à la paix qu'on n'entonne qu'après les carnages. Un complément à la célébration des maréchaux-sauf-un-parce-que-c'est-compliqué. Un aide-mémoire à l'attention du bon peuple au nom duquel on acquitta Raoul VillainUn livre consacré à ce dont on parle le moins parce que c'est la banalité même de la guerre, sa bêtise consubstantielle : l'erreur de commandement.

Pierre Miquel - Le gâchis des généraux, les erreurs de commandement pendant la guerre de 14-18, Plon éd. 2001.




Monument aux morts de la commune de Gentioux-Pigerolles (Creuse)





11/11/2018

Les vacances du bestiaire : vivement dimanche (avec un excursus sur Cocteau et les arthropodes)


"Animal Sunday - Cats, Dogs, Mice and a Goldfish go to church"
Holy Trinity church, Hereford, 1949
Mis en ligne par British Pathé




M. Chat - Sans compter les lions, les tigres, les loups et les hyènes...

Mme Chat  - ...les scorpions, les vipères et les mouches tsé-tsé...


Bénédiction des animaux du Zoo de Denver par l'église presbytérienne de Montview Boulevard
Mis en ligne par Denver Zoo



M. Chat - ...les moustiques-tigres, les requins, les crocodiles...

Mme Chat - ...les mygales, les bactéries pathogènes et les ténias...

M. Chat - Cela dit, une fois passés à table, il faut relire Lévitique 11 et faire quelques distinctions.



Louis Thévenet - Après la messe, 1912




Les chats en profitent pour signaler à l'attention du public l'ouvrage immortel (mais édité en 1960) de Pierre Devaux, Le livre des Darons Sacrés,  traduction (partielle, hélas) de la Bible en argot (1)...










...lisible sur Gallica. Les épisodes animaliers sont évidemment parmi les meilleurs - les chats recommandent tout spécialement le déluge.



(1) Et, puisque la préface est de Cocteau, on peut lire l'article de Johanne Bénard sur Les Enfants terribles et l'Ancien Testament, une autre intersection possible avec le Lévitique 11, précisément, à propos d'écrevisses (et autres arthropodes....). 

10/11/2018

Apprends à connaître ta place dans la méritocratie, et donne un coup de pied au chat (en flânant aux alentours de Terence Davies, obstinément et pour finir)



The Spinners - Kick the cat
Mis en ligne par Mystery Vinyl



(Et toujours une réédition de 2009, actualisée...)

Revenons sur les SpinnersIls se lançaient parfois dans l'adaptation folk de textes contemporains, par exemple dans l'album Not quite folk de 1969...







...où figure Kick the cat, petit chef-d'œuvre de sociologie express. L'auteure (l'autrice ?) est Pat McIntyre, dont on peut faire la connaissance dans le livre de Daniel Meadows, The bus.

Ça parle de la langue et du social status : pour ceux qui ont encore quelqu'un à mépriser en-dessous d'eux ça va encore mais quand on a réussi à vous classer tout en bas de l'échelle, tout ce qui vous reste c'est le coup de pied au chat, kick the cat...


Oh it is hard you will agree
To know your place in Britain's meritocracy
It's most important you should know
The people who're above you and the ones below
Oh oh you should know
The people who're above you and the ones below

If Parliament's where you would be
Be sure you come from Oxford with a good degree
For then you may in your accent smooth
Persuade the shiftless workers to the polling booth

A redbrick university
Puts you on the lower branches of the tree
And even there you'll have a ball
Scorning those who never reach the tree at all

Lawyers, doctors, dentists pass
Their examination to the middle class
Especially if they've just scraped through
I'll give you ten to one that they'll look down on you

If proper status you would win
Be sure to hang your curtains with the right side in
No one's below you, fancy that
Then your only consolation is to kick the cat


09/11/2018

Où le printemps sentait le soufre (autour de Terence Davies, décidément)


Ewan MacColl - Dirty Old Town, 1949
chanté par The Spinners, Gregsons Well pub, Liverpool, ca 1960
(On peut voir ici l'intégralité de l'émission d'où est extraite cette séquence)
Mis en ligne par belfast jack




(une republication augmentée - toujours d'un billet de 2009)

Dans la bande-son d'Of time and the city - le film que Terence Davies a tiré de et tourné sur sa ville natale, Liverpool - on entend Dirty Old Town, ce succès inusable des pubs et des cafés musicaux (les chats l'entendent quasiment tous les mois dans leur bar du coin). 

Et quand on entend cette chanson on pense le plus souvent aux Dubliners et aux Pogues. Pourtant, bien avant eux ce sont les Spinners qui ont popularisé le Dirty old town écrit en 49 par Ewan MacColl pour un intermède théâtral. 

Les Spinners étaient actifs sur la scène folk de Liverpool dans les années 60, et plus largement dans les 70. C'est leur version de Dirty Old Town qu'on entend dans le film de Davies - allez, on la réécoute par ici telle qu'elle fut gravée sur disque.


I found my love, by the gaswork croft
Dreamed a dream, by the old canal 
Kissed my love, by the factory wall 
Dirty old town, dirty old town 

 Heard a siren from the dock 
Saw a train cut the night on fire 
Smelled the spring on the sulfured wind (1)
Dirty old town, dirty old town 

 I'm going to make a good sharp axe 
Shining steel tempered in the fire 
I'll cut you down like a dead old tree 
Dirty old town, dirty old town

I Met my love, by the gaswork croft 
Dreamed a dream, by the old canal 
Kissed my love, by the factory wall 
Dirty old town, dirty old town



Et voici la version de Joan & Steve. Si vous n'aimez pas Joan & Steve, c'est que vous n'avez pas de cœur.




Joan & Steve - Dirty old town
Mis en ligne par tubefella





Pour finir, qu'est devenu le (2) Gregsons Well, direz-vous, eh bien :









...et il a finalement été détruit en 2016.




Folk Music in Liverpool, The Gregsons Well - 1960s
Mis en ligne par tical3000




(1) Le texte original d'Ewan MacColl (3), natif de Salford (Lancashire), disait "smelled a spring on the Salford wind". Il le corrigea suite aux protestations du conseil municipal. Car Dirty old town, ce n'est pas Dublin ni Liverpool, c'est bien Salford... Si vous connaissez bien les paroles de la version princeps, celle de 56 en duo avec Peggy Seeger, vous noterez que pour MacColl ce vent printanier sentait la fumée (smokey wind), mais que pour les Spinners c'était plutôt du soufre...

(2) Les Gregsons Well, il y avait deux pubs du même nom, face à face...


(3) Sur MacColl, voir par là-bas.


07/11/2018

Les occupations solitaires : le bar du coin, à marée basse et marée haute (et Stoecklin, toujours)


Niklaus Stoecklin - Der Einsame/ Le solitaire, 1960
Huile sur panneau




Stoecklin (1896-1982) est associé au mouvement de la Neue Sachlichkeit - seul artiste non-allemand (il était suisse) à avoir participé à l'exposition éponyme de 1925 à Mannheim. On a coutume de le rattacher ensuite à ce vaste ensemble flou qu'est le "réalisme magique". C'est aussi un affichiste, dessinateur de timbres-poste et, activité typiquement bâloise, peintre de lanternes pour le Carnaval.




Juan Luis Jardí Baraja - Medusas,  2016




Jardí Baraja (né en 1961) est un peintre barcelonais que l'on peut intégrer au même vaste ensemble flou, c'est très pratique.





Et pendant ce temps-là...


06/11/2018

Le thym sauvage inaperçu, le temps irrémissible (Eliot, à propos de Terence Davies, encore)


Terence Davies - Distant voices, still lives, 1988 - "In the black midwinter"
In the black midwinter (Christina Georgina Rossetti / Harold Darke) chanté par Mary Seers
Mis en ligne par Emerson Goo



(Réédition d'un billet de 2009)
Terence Davies, cinéaste de la remémoration élégiaque, est un lecteur de T.S. Eliot. Leur affaire commune, c'est le temps, la méditation, la rumination du temps éternellement présent, irrémissible...

Time present and time past
Are both perhaps present in time future,
And time future contained in time past.
If all time is eternally present
All time is unredeemable (1)


Chez l'un comme chez l'autre la même obsession de la composition exacte. Autre point de contact avec Eliot le converti, l'amour-haine de Davies pour le catholicisme populaire pour le moins rigoureux dans lequel il fut élevé. Ce n'est donc pas par hasard si au nombre des poèmes dont la récitation rythme Of time and the City, se trouve Little Gidding, qui clôt le cycle mystique des Quatre quatuors.

With the drawing of this Love and the voice of this
Calling 


We shall not cease from exploration
And the end of all our exploring
Will be to arrive where we started
And know the place for the first time.


J'éprouve une immense gratitude envers Eliot (2), pour mes nuits d'internat passées dans East Coker avec une lampe de poche, et quand j'avais fini je reprenais au début.

In my beginning is my end.







East Coker (1943) et plus particulièrement sa troisième partie, O dark dark dark..., c'est le chaudron central, le trou noir, la noche oscura de la poésie post-moderniste (3) - sans compter que les dix premiers vers sont aujourd'hui d'une grande actualité. Et, puisque Eliot trouvait parfois l'inspiration dans le métro - et qu'il le reconnaît d'ailleurs ouvertement dans ce passage - voici une lecture de ce troisième mouvement d'East Coker au long d'un petit trajet dans ce premier cercle de l'enfer londonien, la Circle line.







T. S. Eliot - East Cocker, IIIème partie : O dark dark dark...
Mis en ligne par MetaBob


O dark dark dark. They all go into the dark,
The vacant interstellar spaces, the vacant into the vacant,
The captains, merchant bankers, eminent men of letters,
The generous patrons of art, the statesmen and the rulers,
Distinguished civil servants, chairmen of many committees,
Industrial lords and petty contractors, all go into the dark,
And dark the Sun and Moon, and the Almanach de Gotha
And the Stock Exchange Gazette, the Directory of Directors,
And cold the sense and lost the motive of action.
And we all go with them, into the silent funeral,
Nobody's funeral, for there is no one to bury.






Vue de la cabine, la Circle line 2 du métro londonien, de Victoria à Great Portland street
Mis en ligne par poshJosh69



I said to my soul, be still, and let the dark come upon you
Which shall be the darkness of God. As, in a theatre,
The lights are extinguished, for the scene to be changed
With a hollow rumble of wings, with a movement of darkness on darkness,
And we know that the hills and the trees, the distant panorama
And the bold imposing facade are all being rolled away—

Or as, when an underground train, in the tube, stops too long between stations
And the conversation rises and slowly fades into silence
And you see behind every face the mental emptiness deepen
Leaving only the growing terror of nothing to think about;




Mabel Dwight - Abstract thinking, 1932




Or when, under ether, the mind is conscious but conscious of nothing—
I said to my soul, be still, and wait without hope
For hope would be hope for the wrong thing; wait without love,
For love would be love of the wrong thing; there is yet faith
But the faith and the love and the hope are all in the waiting.
Wait without thought, for you are not ready for thought:
So the darkness shall be the light, and the stillness the dancing.
Whisper of running streams, and winter lightning.
The wild thyme unseen and the wild strawberry,
The laughter in the garden, echoed ecstasy
Not lost, but requiring, pointing to the agony
Of death and birth.

You say I am repeating
Something I have said before. I shall say it again.
Shall I say it again? In order to arrive there,
To arrive where you are, to get from where you are not,
You must go by a way wherein there is no ecstasy.
In order to arrive at what you do not know
You must go by a way which is the way of ignorance.
In order to possess what you do not possess
You must go by the way of dispossession.
In order to arrive at what you are not
You must go through the way in which you are not.
And what you do not know is the only thing you know
And what you own is what you do not own
And where you are is where you are not.




Là où vous êtes est là où vous n'êtes pas : à East coker, petit village du Somerset d'où les ancêtres d'Eliot partirent pour l'Amérique au XVIIème siècle et où le principal divertissement - outre l'entretien de la tombe du poète - semble être le grand concours d'épouvantails, ou bien dans la Liverpool engloutie que ressasse un cinéaste désespérément en quête de producteur - là où


...l'obscur sera lumière; le repos danse.
Mumures d'eaux vives, éclairs d'hiver;
Le thym sauvage inaperçu, la fraise des bois,
Les rires au jardin, extase réverbérée
Non point perdue, mais requérant, mais s'efforçant vers, l'agonie
De la mort et de la naissance. (4)



Terence Davies - The long day closes, 1992, séquence de fin
Paroles et musique de Gilbert & Sullivan
interprétées par Pro Cantione Antiqua
Mis en ligne par cragarrows




No star is o'er the lake,
Its pale watch keeping,
The moon is half awake,
Through gray mists creeping,
The last red leaves fall round
The porch of roses,
The clock hath ceased to sound,
The long day closes.

Sit by the silent hearth
In calm endeavour,
To count the sounds of mirth,
Now dumb for ever.
Heed not how hope believes
And fate disposes:
Shadow is round the eaves,
The long day closes.

The lighted windows dim
Are fading slowly.
The fire that was so trim
Now quivers lowly,
Quivers lowly.

Go to the dreamless bed
Where grief reposes;
Thy book of toil is read,
The long day closes;
Go to the dreamless bed
Where grief reposes;
Thy book of toil is read,
Thy book of toil is read,
Go to the dreamless bed,
The long day closes.




(1) T.S. Eliot, Burnt Norton, 1-5.

(2) Eliot le réactionnaire (ah, Little Gidding et sa référence sous-jacente au pauvre roi Charles Ier...) Eliot l'antisémite (franchement, Gerontion et Sweeney among the nightingales, il faut se les avaler...) - et pourtant oui, Eliot.

(3) C'est-à-dire, celle d'après Zone et The waste land, celle du ressac, de la reconfiguration d'après le grand craquement des années 10. Cet entre-deux, ce tremblement (au bord du retour à l'ordre), nous y sommes toujours.

(4) East Coker, 129-134, trad. Pierre Leyris, qui a travaillé en contact étroit avec Eliot en 1947 à Londres. Il existe d'autres traductions mais celle de Leyris reste la seule autorisée par l'éditeur qui détient les droits et les défend fermement contre les tentatives concurrentes, parfois même antérieures au travail de Leyris.

Des rides, à la surface de l'eau


Terence Davies - Distant voices, still lives, 1988




C'est probablement cette copie récemment restaurée du film que l'on pourra voir (1) aux Rencontres des cinémas d'Europe, à Aubenas du 17 au 24 novembre. On pourra aussi y revoir Of time and the City (2009), Sunset song (2016) et Emily Dickinson, a quiet passion (2017). Terence Davies sera présent au festival (rencontre prévue le vendredi 23 à 22h).

Distant voices, still lives est l'assemblage  de deux films étroitement interconnectés mais tournés l'un en 1986 (Distant voices) l'autre en 88 (Still lives). Tous deux racontent la vie d'une famille ouvrière anglaise de Liverpool (années 40 et tout début des '50 pour le premier, années 50 pour le second); c'est la famille de Davies, ses parents (2) son frère et ses deux soeurs, mais le personnage de Davies lui-même est absent, contrairement à ses autres autobiographies filmées (3). La narration est elliptique, alternant les passages traumatiques, les plans fixes quasi-photographiques et les moments d'émotion fusionnelle. Davies a comparé la structure du film à celle des rides circulaires qui se forment à la surface de l'eau quand on y jette des pierres - ou au fonctionnement de la mémoire (4). Mais Davies est un cinéaste de la forme, calculée et maîtrisée, tout autant que de l'autobiographie, d'où une tension constante, esthétique, entre l'émotion et la stase.

Distant voices, par-delà les années 50, est aussi un film de l'époque thatchérienne (5), un film de critique sociale mais de cette critique souterraine et d'autant plus efficace, montrant la classe ouvrière telle qu'elle est et non telle que les militants la rêvent, avec sa violence familiale interne, genrée et ses moments d'évasion (le pub, le cinéma). Ce qui allait à rebours, à la fois du cinéma politique de contenu et de l'idéologie dominante de l'époque (qui prêchait l'individualisme néo-libéral au-dehors et le retour aux valeurs familiales traditionnelles à la maison) (6).

Rappelons enfin que Time out a classé en 2011 les 100 meilleurs films britanniques et que Distant voices était 3ème, juste derrière Le troisième homme (7).



Les chats vont en profiter pour dépoussiérer et republier trois vieux billets sur Davies et ses alentours - cela date déjà d'il y a neuf ans, Of time and the City, comme le temps passe...






(1) en VO non sous-titrée, car elle vient juste de sortir sur les écrans britanniques, le 31 août.

(2) Dans le film-annonce (vidéo ci-dessus) on peut voir dans la séquence d'ouverture (le mariage d'Eileen) la photo du père de Davies, sur le mur du fond.

(3) Children (1976), Madonna and child (1980), Death and transfiguration (1983), réunis en 1984 dans The Terence Davies trilogy; The long day closes, 1990.

(4) "The film is about memory, and memory moves in and out of time all the while".

(5) A plus d'un titre : le premier volet, Distant voices, a bénéficié des dernières subventions publiques alimentées par l'Eady Levy (équivalent britannique de la taxe CNC sur les entrées en salle), supprimée en 85 par le gouvernement Thatcher. Pour le second volet c'est Channel 4 qui a dû compléter le financement du BFI; cf Wendy Everett, Terence Davies, Manchester University Press, 2004, pp. 57-58.

(6) Voir Tony Williams, The masochistic fix : gender oppression in the films of Terence Davies, in Fires were started, British cinema and Thatcherism, 1993.

(7) Vous voulez savoir lequel était le premier ?



05/11/2018

Le bar du coin : portrait craché


Louis Thévenet - Intérieur du café "De Grève" (autoportrait de l'artiste dans le miroir), 1920
Huile sur toile
Via huariqueje

04/11/2018

L'art de la rue : Oh Lord...


Trevor Paglen - Panneau publicitaire dans le cadre du projet 50 States 50 billboards For freedoms
Denver, Colorado
Via Kickstarter

03/11/2018

L'art de la fenêtre : Carl Bloch


Carl Bloch - Après le bain, 1884
Copenhagen Statens Museum for Kunst
Via jean louis mazieres (cc)

02/11/2018

Toutes les images (petite réflexion sur le deuil et la mémoire, assortie d'un hommage à Annie Ernaux et détournée du droit chemin par Freddie Perren & Dino Ferakis)



Freddie Perren & Dino Ferakis - I will survive
chanté par les Puppini Sisters, 2006
Mis en ligne par Lucii Miranda Garcia



"Toutes les images disparaîtront....
















...les images réelles ou imaginaires, celles qui suivent jusque dans le sommeil...














...les images d'un moment baignées d'une lumière qui n'appartient qu'à elles...












Elles s'évanouiront toutes d'un seul coup...






...comme l'ont fait les millions d'images qui étaient derrière les fronts des grands-parents morts il y a un demi-siècle,






...des parents morts eux aussi.







Des images où on figurait en gamine...






...au milieu d'autres êtres déjà disparus avant qu'on soit né,






...de même que dans notre mémoire sont présents nos enfants petits...








...aux côtés de nos parents et de nos camarades d'école.







Et l'on sera un jour dans le souvenir de nos enfants...








...au milieu de petits-enfants...





...et de gens qui ne sont pas encore nés.





Comme le désir sexuel, la mémoire ne s'arrête jamais.







Elle apparie les morts aux vivants,










...les être réels aux imaginaires,










...le rêve à l'histoire."










Texte : Annie Ernaux, Les Années, Gallimard 2008, pp. 1 & 15.




(Republication d'un billet de 2008 devenu illisible et dénaturé par la perte de sa musique)