03/02/2016

L'art de la lecture : ayons congé


Louis Lozowick - Novel of adventure / Roman d'aventure, 1942 
Lithographie 
Smithsonian American Art Museum



Les chats se sont endormis, puis les chats sont partis. Les chats sont en vadrouille, les chats sont en voyage, les chats sont en mission. Ils reviendront le 12 février. Mais les chats ne dorment que d'un œil. 

02/02/2016

Le Sportbüro : portrait craché


Pierre Bonnard - Le Boxeur (autoportrait de l'artiste), 1931
Musée d'Orsay
Via un lapin un lapin

01/02/2016

La vie privée des choses : Korjev


Geliy Korjev - Забытый Шут / Le bouffon oublié, 1987
Via Yuri Kosagovsky



Korjev (1925-2012) fut parmi les défenseurs - et les continuateurs obstinés - du style sévère

31/01/2016

Le greffe : Eichenberg, encore


Fritz Eichenberg - Kitten with a mitten / Chaton avec une moufle

30/01/2016

Célébrations : 87 ans et 52 secondes


Jacques Rivette (1/3/1928 - 29/1/2016) - Une aventure de Ninon, in Lumière & compagnie, 1995
Mis en ligne par Super8HomeVideo

29/01/2016

L'art de la fenêtre : si vous voulez estimer à sa juste valeur l’influence que le développement du principe démocratique doit exercer sur l’humanité en général


Fritz Eichenberg - Ill. pour Edgar Allan Poe - Tales of Mystery and Imagination, 1944
Gravure sur bois
Via VTS

LE SPHINX


Pendant le règne terrible du choléra à New-York, je m’étais rendu à l’invitation d’un parent qui m’avait engagé à passer une quinzaine de jours auprès de lui, dans une villa assez isolée, sur les bords de l’Hudson. Aucune des distractions dont les campagnards disposent pendant l’été ne nous fit défaut ; et, grâce aux promenades dans les bois, au dessin, aux courses en canot, à la pêche, à la natation, à la musique et aux livres, nous aurions été à même de tuer le temps d’une façon assez agréable, sans les lugubres dépêches qui nous arrivaient chaque matin de la populeuse cité. Pas un jour ne s’écoulait qui ne nous apportât la nouvelle de la mort de quelque connaissance. Puis, à mesure que le fléau étendait ses ravages, nous apprîmes à attendre sans cesse l’annonce de la perte d’un ami. Enfin, l’approche d’un messager suffisait pour nous faire trembler. La brise du sud nous semblait imprégnée d’une odeur cadavéreuse.
Cette pensée atterrante finit même par s’emparer de mon âme. Je ne pouvais plus parler d’autre chose ; je ne pouvais plus ni penser, ni rêver à autre chose. Mon hôte, doué d’un tempérament moins facile à émouvoir, bien qu’il fût très-abattu lui-même, s’efforçait de relever mon moral. Son esprit, éminemment philosophique, ne se laissait jamais troubler par les non-réalités. Un sujet de terreur palpable ne le trouvait pas insensible ; mais les fantômes du danger ne lui causaient aucune appréhension.
Ses tentatives pour me tirer de l’accablement anormal auquel je me laissais aller furent rendues presque vaines par l’effet de certains ouvrages que j’avais découverts dans sa bibliothèque. Ces ouvrages étaient de nature à faire germer en moi toute semence de superstition héréditaire qui avait pu rester cachée dans les recoins de mon esprit. Comme je faisais ces lectures à son insu, il avait souvent peine à se rendre compte des visions qui venaient troubler mon imagination. 
Un des sujets de conversation que j’aimais surtout à aborder était la croyance populaire dans les présages, — croyance qu’à cette époque de ma vie, j’étais prêt à défendre sérieusement. Nous entamions là-dessus des discussions longues et animées, — mon ami soutenant qu’il fallait avoir le cerveau fêlé pour croire à de pareilles absurdités, tandis que je prétendais que tout sentiment populaire qui se déclare avec une spontanéité absolue, — c’est-à-dire sans aucune trace apparente de suggestion, porte en lui les éléments d’une vérité incontestable et mérite beaucoup de respect. Le fait est que peu de temps après mon arrivée à la maison de campagne, il m’était arrivé une aventure tellement inexplicable et d’un présage si funèbre, que je n’ai pas à m’excuser d’y avoir vu un signe de mauvais augure. Non-seulement cet incident m’épouvanta et me confondit ; mais le trouble que j’éprouvai fut tel, qu’il se passa plusieurs jours avant que je pusse me décider à en parler à mon hôte.
Vers la fin d’une journée accablante, j’étais assis, livre en main, devant une croisée ouverte, d’où l’on apercevait, par une longue échappée des rives du fleuve, une colline éloignée dont le versant, de mon côté, avait été dépouillé de la plupart de ses arbres par un éboulement. Depuis longtemps, ma pensée distraite avait abandonné le livre ouvert sur mes genoux pour rêver à la tristesse et à la désolation de la ville voisine.
Mon regard, en quittant la page inachevée, tomba sur le versant dépouillé dont j’ai parlé, et sur un objet, — ou plutôt sur un monstre vivant, d’une conformation hideuse, — qui descendit rapidement du sommet de la colline, et disparut dans l’épaisse forêt qui se trouvait au bas.
En apercevant d’abord cette horrible créature, je doutai de ma raison, — ou, tout au moins, j’eus de la peine à en croire mes yeux, et il me fallut plusieurs minutes pour m’assurer que je n’étais ni fou, ni sous l’influence d’un rêve. Cependant, lorsque j’aurai décrit le monstre (que je vis très-distinctement et que je contemplai avec calme pendant tout le temps qu’il mit à arriver au bas de la colline), mes lecteurs, je le crains, auront plus de difficulté que moi à se convaincre que je ne subissais ni l’une ni l’autre de ces influences.
En comparant la taille de cet affreux animal au diamètre des grands arbres auprès desquels il passa, — aux rares géants de la forêt que l’impétuosité de l’éboulement avait respectés, — je dus conclure qu’il surpassait de beaucoup le plus grand vaisseau de ligne qu’on ait encore construit. Je dis vaisseau de ligne, parce que la forme du monstre me suggéra cette comparaison, la coque d’un de nos navires de soixante-quatorze canons pouvant donner une idée assez exacte de ses contours.
La bouche de l’animal s’ouvrait à l’extrémité d’une trompe d’environ soixante ou soixante-dix pieds de long, et à peu près aussi large que le corps d’un éléphant ordinaire. Vers la racine de cette trompe, on voyait une immense quantité de poils noirs et rudes, — plus que n’en aurait fourni la peau d’une vingtaine de buffles ; du milieu de ces poils sortaient deux défenses latérales et brillantes, assez semblables à celles d’un sanglier, mais infiniment plus grandes. Parallèle à la trompe, et de chaque côté, une espèce de corne gigantesque, formée en apparence du cristal le plus pur, en forme d’un prisme parfait, réfléchissait dans toute leur splendeur les derniers rayons du soleil couchant.
Le corps ressemblait à un coin dont la pointe eût été tournée vers le sol. Au-dessus s’étendaient deux paires d’ailes superposées ; chaque aile pouvait avoir une centaine de mètres de long, et était recouverte d’écailles d’un aspect métallique, d’un diamètre de dix ou douze pieds. Je remarquai que les ailes supérieures étaient rattachées à celles de dessous par une forte chaîne. 
Mais, ce qui me frappa le plus dans cet être hideux, ce fut l’image d’une tête de mort qui lui couvrait presque toute la superficie de la poitrine, ressortant en traits bien dessinés et d’une blancheur éclatante, sur le fond noir du corps, où elle paraissait avoir été tracée par une main d’artiste.
Tandis que je contemplais avec horreur et épouvante, — avec un sombre pressentiment qu’aucun effort de ma raison ne put calmer, — cette créature repoussante, et plus particulièrement l’image tracée sur sa poitrine, je vis les vastes mâchoires de l’animal s’ouvrir tout à coup. Il en sortit une plainte si perçante, si désolée, qu’elle agita mes nerfs comme eût fait un glas funèbre ; et au moment même ou le monstre disparaissait au pied de la colline, je perdis connaissance et tombai à la renverse.
Naturellement, lorsque je revins à moi, mon premier mouvement fut de parler à mon ami de ce que j’avais vu et entendu, et je ne puis guère expliquer le sentiment de répugnance qui m’en empêcha.
Enfin, trois ou quatre jours plus tard, un soir que nous étions assis dans la chambre où j’avais vu l’apparition, — moi occupant le même siége devant la même croisée, lui flânant sur un canapé, non loin de moi, — l’occasion favorable de l’heure et de l’endroit me poussa à lui faire la description du phénomène qui m’avait frappé. Il m’écouta jusqu’au bout ; — d’abord, il se prit à rire de bon cœur ; — mais il ne tarda pas à devenir très-sérieux, comme s’il ne lui était plus permis de douter de ma démence. Au même instant, j’aperçus de nouveau et très-distinctement le monstre. Je poussai un cri d’épouvante, en attirant son attention. Il s’empressa de regarder ; mais il affirma qu’il ne voyait rien, bien que je lui eusse exactement indiqué la route suivie par le monstre, en descendant le versant dépouillé de la colline.
J’étais alarmé au dernier degré ; car je ne pouvais plus regarder la vision que comme un présage de mort, ou, pis que cela, comme l’avant-coureur d’un accès de folie. Je me rejetai dans mon fauteuil et je me cachai le visage dans les mains. Lorsque je les retirai, l’apparition n’était plus visible.
Mon hôte, cependant, avait retrouvé son calme habituel ; il m’interrogea très-minutieusement sur la conformation de cette créature imaginaire. Lorsque j’eus répondu à toutes ses questions, il soupira comme un homme qui se sent allégé d’un poids intolérable, et se mit à causer, avec un sang-froid que je ne pus m’empêcher de trouver cruel, de divers points de philosophie spéculative que nous avions discutés les jours précédents. Je me rappelle qu’entre autres choses, il insista surtout sur l’idée que la plupart de nos erreurs viennent de la facilité avec laquelle notre esprit exagère ou déprécie l’importance d’un objet, parce qu’il ne sait pas se rendre un compte exact de l’éloignement ou du rapprochement relatif de cet objet.
« Par exemple, continua-t-il, si vous voulez estimer à sa juste valeur l’influence que le développement du principe démocratique doit exercer sur l’humanité en général, la date plus ou moins éloignée de ce développement devra certainement entrer pour beaucoup dans vos calculs. Eh bien, pouvez-vous me citer un seul écrivain qui ait pensé que ce point important méritât le moins du monde d’être discuté ? »
Puis, après un moment de silence, il se dirigea vers une bibliothèque et revint avec un petit manuel d’histoire naturelle, me priant de changer de place avec lui, afin qu’il pût mieux distinguer les caractères un peu fins du volume, il s’assit dans le fauteuil, devant la fenêtre, ouvrit le livre, et continua, à peu près sur le même ton qu’auparavant :
— Sans les renseignements détaillés que vous m’avez fournis sur le monstre, je n’aurais peut-être jamais pu vous démontrer ce que c’était. Laissez-moi, tout d’abord, vous lire une description à l’usage des colléges du genre Sphinx, famille des crépusculaires, ordre des lépidoptères, classe des insecta ou insectes :
« Quatre ailes membraneuses superposées, recouvertes de petites écailles colorées d’un aspect métallique : bouche en forme de trompe roulée, provenant d’une élongation des mâchoires, de chaque côté de laquelle se trouvent des rudiments de mandibules et des palpes hérissées de poils ; les ailes inférieures rattachées à celles de dessus par une soie roide ; antennes formant une massue prismatique allongée ; abdomen en pointe. Le Sphinx à la tête de mort a occasionné beaucoup de terreur parmi les ignorants par l’espèce de cri lugubre qu’il pousse, et les insignes de la mort tracés sur son corselet. »
Ici mon compagnon ferma le livre et se pencha en avant, dans la position que j’occupais au moment où j’avais aperçu le monstre.
— Et tenez, le voici ! s’écria-t-il au bout de quelques minutes ; il remonte la colline, et j’avoue franchement que c’est un animal d’un aspect très-remarquable. Seulement il est loin d’être aussi énorme et aussi éloigné que vous le supposiez ; je l’examine, tandis qu’il grimpe, en se tortillant, le long de ce fil qu’une araignée a tissé dans le châssis de la croisée, et je vois qu’en réalité il mesure environ un seizième de pouce dans sa plus grande longueur, et qu’il se trouve à une distance à peu près égale de la pupille de mon œil. »

Edgar Allan Poe - Le Sphinx, 1846
Traduction de William Little Hughes, Hetzel éd.

28/01/2016

La vie privée des choses : Van Gogh


Vincent Van Gogh - Dessin à la craie noire, dit Vénus en chapeau haut-de-forme, octobre-janvier 1886-87, Paris 
Van Gogh Museum, Amsterdam

27/01/2016

Ciel... la rue Valette


Jacques Boulas - La rue Valette mène au Panthéon et son dôme imposant, Paris, 1957
Via Paris d'antan

26/01/2016

Fantômes à la rencontre : portrait craché (en relisant W.B., 1)


Portrait d'un homme non identifié
Studio de Mathew B. Brady, ca 1844-1860
Daguerréotype
Library of Congress





"Dans la photographie la valeur d'exposition commence à repousser au second plan la valeur cultuelle sur toute la ligne. Cette dernière pourtant ne cède pas sans résistance. Son ultime retranchement est le visage humain. Ce n'est en rien un hasard si le portrait a joué un rôle central aux premiers temps de la photographie. Dans le culte de souvenir dédié aux êtres chers, éloignés ou disparus, la valeur cultuelle de l'image trouve son dernier refuge. Dans l'expression fugitive d'un visage d'homme, sur les anciennes photographies, l'aura nous fait signe, une dernière fois. C'est ce qui fait leur incomparable beauté, pleine de mélancolie."
Walter Benjamin - L'œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique, dernière version de 1938
Traduit de l'allemand par Maurice de Gandillac, Rainer Rochlitz et Pierre Schutz.


L'aura chez W.B., comme on sait, désigne le hic et nunc, l'authenticité de l'œuvre originale, unique - et, ajoute-t-il, c'est cette unicité qui permet son intégration à la tradition. L'aura est un rappel de la valeur cultuelle, initiale, des images; avec leur reproduction industrialisée elle se transforme en valeur d'exposition. Ici, qui dit cultuel dit à la fois secret et lointain, qui dit exposable dit rapproché, public, appropriable. Thèses depuis longtemps rediscutées, battues en brèche, réaffirmées et rebattues - le bruit de fond d'une bonne partie de l'esthétique contemporaine.

(Là, un écho des théories de la réification et de l'aliénation dans leur splendeur mélancolique des années 1920, une musique qui sortait encore de la bouche de nos maîtres dans les années 60 - Entfremdung, Entäusserung, déclamaient-ils au bas des amphithéâtres, et nous applaudissions. Nos dirigeants politiques la répétaient, et doctement nous opinions du chef. Et bien plus tard, quand il apparut que la mélancolie l'emportait de loin sur la splendeur, nos maîtres étaient morts, nos dirigeants un peu perdus relisaient W.B. comme prophète à long terme, Lukàcs, Debord ayant été provisoirement démentis.

Un écho de cette musique, mais on ne peut pas réduire W.B., précisément, à ces théories-là dont on sait qu'elles pèchent par absence de la marche arrière (comment déréifie-t-on, docteur, et quand vous êtes-vous désaliéné, au juste ? Mais je voudrais éviter de radoter sur ce sujet). Toujours est-il que W.B., lui, connaissait bien la marche arrière, et pas seulement pour imiter son ange. Comme on sait, l'œuvre d'art... se termine par une ode au cinéma comme moment de libération (ou plutôt de transfiguration) de l'aura, et non par une énième lamentation sur la fin de la culture (1).

Cependant.

Cependant, reste une question que se pose tout lecteur (2) un peu pérsévérant de l'œuvre d'art... : l'authenticité de l'oeuvre préexiste-t-elle vraiment à sa reproduction - n'est-elle pas au contraire un effet de cette dernière, un construit à partir de cette traîne d'images secondaires, une sacralisation a posteriori ? W.B. lui-même, dans l'œuvre d'art..., ouvrait une porte sur cette hypothèse :


"C’est précisément parce que l’authenticité échappe à toute reproduction que le développement intensif de certains procédés techniques de reproduction a permis d’établir des différenciations et des degrés dans l’authenticité elle-même. À cet égard le commerce d’art a joué un rôle important. Avec la découverte de la gravure sur bois, on peut dire que l’authenticité des œuvres était attaquée à sa racine, avant même d’avoir atteint à une floraison qui devait l’enrichir. En réalité, à l’époque où elle fut faite, une Vierge du Moyen Âge n’était pas encore “authentique” ; elle l’est devenue au cours des siècles suivants, et surtout peut-être au XIXe".


Mais y avait-il seulement une racine à quoi s'attaquer ? Qu'on pense à la biographie d'un Dürer, autant graveur que peintre, et à son œuvre où nulle hiérarchie ne saurait être établie entre gravure et peinture ? Qu'on pense au métier même du graveur, à ces plaques tant de fois reprises, à ces états successifs : où se situe l'authentique ou le primordial, existe-t-il seulement ?

Qu'on songe enfin avec quelle vénération nous restaurons telle copie nitrate, tel internégatif, avec quelle minutie nous les numérisons. Sans même aborder la façon dont nous jouons avec les déchets de la reproduction... ce qui n'est pas sans rappeler cette remarque de W.B. lui-même :

 "dans les œuvres d’art, ce qui est entraîné par le flétrissement de l’apparence, par le déclin de l’aura, est un gain formidable pour l’espace de jeu (Spielraum)" (3). 

Le jeu - le battement entre l'image et le réel, la désacralisation comme condition de possibilité d'une autre expérience - la photo ou le film fantôme d'une autre vie rêvée. Comme quoi, même quand W.B. nous paraît manquer quelque chose, on finit par trouver chez lui l'indice d'une solution : rares sont de tels auteurs. Telles sont les pensée qui viennent au coin du feu, quand on scrute des daguerréotypes abîmés, tout en relisant W.B.




(1) C'est ce qui différencie W.B. d'Adorno, qui ne le lui envoyait pas dire. Sur les aventures de l'aura et le happy ending de l'œuvre d'art..., qui n'est pas mon sujet ici, je renvoie à la meilleure analyse de cet article à ma connaissance : Bruno Tackels - Walter Benjamin, une vie dans les textes, Actes Sud éd. 2009, pp. 739-788.

(2) Question déjà posée, par exemple, par ici.

(3) Walter Benjamin, Ecrits français, présenté par J.M. Monnoyer, pp. 188-189. Il s'agit ici de la note 10 de la version allemande dite intermédiaire (de 1936) de l'œuvre d'art..., note qui n'est pas incluse dans la traduction française courante, celle de Maurice de Gandillac. Sur la question du jeu chez W.B., voir le chapitre de Bruno Tackels déjà référencé plus haut, ainsi que cet article d'Anne Boissière.





Et pendant ce temps-là...
...le dernier état de L'œuvre d'art... date de 1938 mais il est très probable que, sur ce texte perpétuellement en chantier depuis 35, W.B. travaillait encore en 39 au moment où il est déchu de la nationalité allemande et met ses derniers espoirs dans sa demande à l'administration française d'une carte de séjour de réfugié. En 1940, il se suicidera à Port-Bou. Aujourd'hui encore, nombreux sont les réfugiés, et toujours plus nombreux ceux qui souhaiteraient l'être






25/01/2016

Ciel... la communication


Katherine Bowling - Communication, 2009 
Huile sur plâtre, sur panneau de bois
Via Katherine Bowling

24/01/2016

Ronde de nuit : le beffroi et le grenier


William James WebbeThe White Owl, 'Alone and warming his five wits, The white owl in the belfry sits,' 1856
/ L'effraie, "Réchauffant ses cinq sens, perchée dans le beffroi, solitaire, l'effraie"
Huile sur carton
Via ars longa, vita brevis



Webbe (1830-1904?) est classé parmi les préraphaélites tardifs, même s'il n'a pas fait partie du cercle. Influencé par Holman Hunt, il a surtout peint des scènes animalières ou orientalisantes; son tableau le plus connu est The collared thief. Cette chouette a été retrouvée en 2012 par une enseignante anglaise qui regardait dans son grenier. Avez-vous récemment fouillé votre grenier ?

J'aime bien cette reproduction, grise et fantomatique. Mais on trouvera ici une photo probablement plus fidèle aux couleurs de Webbe qui, comme son maître, les préférait pétantes. Le titre fait référence à un poème de Tennyson, The Owl :


When cats run home and light is come,
And dew is cold upon the ground,
And the far-off stream is dumb,
And the whirring sail goes round,
And the whirring sail goes round;
Alone and warming his five wits,
The white owl in the belfry sits.

When merry milkmaids click the latch,
And rarely smells the new-mown hay,
And the cock hath sung beneath the thatch
Twice or thrice his roundelay,
Twice or thrice his roundelay;
Alone and warming his five wits,
The white owl in the belfry sits.




Et pendant ce temps-là...

...le problème avec la langue du Parlement de Runnymede

23/01/2016

Klassenverhältnisse : l'art de la cuisine


Adrien Emmanuel Marie - Crumbs from the rich man's table (Luc, 16:21)
Illustration pour un magazine anglais de la fin du XIXème siècle (probablement The Graphic ou l'Illustrated London News) : distribution de vivres aux pauvres de Londres.





19 Ἄνθρωπος δέ τις ἦν πλούσιος, καὶ ἐνεδιδύσκετο πορφύραν καὶ βύσσον, εὐφραινόμενος καθ’ ἡμέραν λαμπρῶς. 20 Πτωχὸς δέ τις ἦν ὀνόματι Λάζαρος, ὃς ἐβέβλητο πρὸς τὸν πυλῶνα αὐτοῦ ἡλκωμένος 21 καὶ ἐπιθυμῶν χορτασθῆναι ἀπὸ τῶν ψιχίων τῶν πιπτόντων ἀπὸ τῆς τραπέζης τοῦ πλουσίου: ἀλλὰ καὶ οἱ κύνες ἐρχόμενοι ἀπέλειχον τὰ ἕλκη αὐτοῦ. 
Κατα Λουκαν, 16:19-21

19 There was a certain rich man, which was clothed in purple and fine linen, and fared sumptuously every day: 20 And there was a certain beggar named Lazarus, which was laid at his gate, full of sores, 21 And desiring to be fed with the crumbs which fell from the rich man's table: moreover the dogs came and licked his sores.
King James Version, Luke 16:19-21

19 Il y avait un homme riche, qui était vêtu de pourpre et de fin lin, et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie. 20 Un pauvre, nommé Lazare, était couché à sa porte, couvert d'ulcères, 21 et désireux de se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche; et même les chiens venaient encore lécher ses ulcères.
Bible Segond, Luc 16:19-21




Et sur le même thème, déjà.


Et pendant ce temps-là...
...Eunous...

22/01/2016

Ciel...


Paris, rue Saint-Charles, 24 décembre 2015

21/01/2016

L'art de l'achat et de la vente : Roberts


William Patrick Roberts - The Common Market, 1963
Huile sur toile 
Harris Museum & Art Gallery
Source


Roberts fut des Vorticistes et fit même leur portrait. Ce marché se situe à Camden, Inverness street.

20/01/2016

Ronde de nuit : Geerlings, encore


Gerald K. Geerlings - Jewelled City (Chicago 1931) 
Eau-forte et aquatinte  
Indianapolis Muesum of Art


Et déjà.

19/01/2016

Les intérieurs sont habités : Ethel Sands, encore


Ethel Sands - The Chintz Couch, ca 1910-11 
Huile sur carton 
Tate Gallery
Via Le divan fumoir bohémien

18/01/2016

Les occupations solitaires : la patience


Ethel Sands - Nan Hudson faisant une patience à Auppegard, France
Huile sur toile
Guildhall Hall Gallery - City of London Corporation
Via Je suis un gourmand


Sands fit partie du Fitzroy Street Group, avec Sickert qui fit d'ailleurs d'elle un portrait assez incroyable, puis du London Group - le troisième rassemblement important du post-impressionnisme anglais, le Camden Town Group, n'admettait pas les femmes. Nan Hudson, elle-même peintre, était sa compagne; elles séjournaient régulièrement en France à Auppegard, près de Dieppe. 

Sickert, oui bien sûr, mais Vuillard aussi.

17/01/2016

Ciel...


Nîmes, Jardins de la Fontaine, 15 janvier 2016

16/01/2016

Ciel... Viollet/Jansson


Eugene Jansson - Från Torekov / Vu de Torekov, ca 1896 
Encre sur papier 



Eugène-Emmanuel Viollet-Le-Duc - Migliaciaro (Corse), Avril 1864
Mine de plomb  

15/01/2016

Ayons congé : Scott Yeskel


Scott Yeskel - No plans 
Huile sur panneau
Source

14/01/2016

L'art au travail : Albert Birkle


Albert Birkle - Der Postagent Hausler / L'employé des Postes Hausler (ou L'opérateur télégraphiste), 1927 
Huile sur carton
Minneapolis Art Museum
Via James May

13/01/2016

Bang : bonjour, c'est le préfet


Mis en ligne par Distribution iode 2016




M. Chat - Le personnage le plus intéressant, c'est le chat, à 0' 24"...
Mme Chat - Oui,  qu'est-ce qu'ils en font, du chat ? 

12/01/2016

Société du spectacle : jouer c'est fatiguant, traduire c'est un remords


Arthur Clifton Goodwin - The Barnstormer, Old South Theater, Boston, 1918
Huile sur carton
Museum of Fine Arts, Boston




© Gillian Pederson-Krag - Two performers, 1981 
Innes Collection, Charlottesville
Via Gillian Pederson-Krag




Walt Kuhn - Performer Resting, 1929
Huile sur toile
Phillips Collection of American Art, Washington




Performer, voici un emploi difficilement traduisible - artiste est trop large, exécutant trop étroit, interprète plutôt ambigu. Mais to perform, c'est faire passer de la puissance à l'acte. En français, quand on ne flotte pas dans le vague empyrée des artistes, on exécute mais on n'accomplit pas. D'autant plus curieux que ce performer anglais vient d'un vieux mot français oublié, et qui était très clair, lui. Et donc comment rendre ce Performer resting ? Artiste au repos ? Vous voulez rire ?

Quand au barnstormer états-unien, c'est le performer itinérant, de ceux qui jouaient dans les granges au début - et on a fini par désigner ainsi les pilotes des courses aériennes dans les années 1920, ces prolétaires de la voltige, vous savez, comme dans Pylône.

11/01/2016

Duos : Kirchner


Ernst Ludwig Kirchner - Deux acrobates, 1933
Via 1910-again

10/01/2016

L'art de la rixe : vengeance et moult grant noise chez Ponce Pilate


Loyset Liédet - "Comment Despert et ses gens entrent en la maison de Pylate et tout haultement ensemble dient tues a mort a mort et fierent sur Pylate de leurs espees toutes mies. Et font moult grant noise. Et puis Despert dit..."
Enluminure pour Eustache Marcadé - Mystère de la Vengeance de Nostre Seigneur Ihesu Crist, ca 1465
Add MS 89066/1, folio 128v



Eustache (ou Ustasse) Marcadé, né en Artois à une date inconnue, mort en 1440, Docteur en décret, Bachelier en théologie, Prévôt de Dampierre et Official de l'abbaye de Corbie, plus tard doyen de la Faculté de Décret (i.e. de droit) à Paris, est l'auteur du Mystère de la Vengeance de Nostre Seigneur Ihesu Crist. On lui attribue également le Mystère de la Passion, dit Passion d'Arras (ca 1425), le plus ancien Mystère français connu.

Le Mystère de la Vengeance de Nostre Seigneur Ihesu Crist (14.972 vers), dont la représentation durait quatre jours, reprend le thème de la Venjance Nostre Seigneur, poème/chanson de geste dont on connaît de nombreuses versions à partir du XIIème siècle, amalgamant la légende de Sainte Véronique et le récit de la destruction de Jérusalem par les Romains. Au premier jour, les quatre Vertus (Justice, Pitié, Paix et Vertu) débattent au paradis de la manière de se venger de la crucifixion du Christ. Les forces divines se déchaînent à la poursuite des coupables, Ponce Pilate essaie de se défausser, Caïphe le dénonce à l'empereur Tibère. Vespasien, futur empereur et gouverneur d'Espagne, est atteint de la lèpre, Dieu lui envoie l'ange Uriel qui lui conseille de rechercher le voile de sainte Véronique. Laquelle, justement de passage en Espagne au second jour, guérit Vespasien en lui montrant ledit voile. Tibère, frappé de ce miracle, reconnaît la divinité de jésus et fait chercher Ponce Pilate (ici se situe notre enluminure) lequel est emprisonné (et envoyé à Lyon...) Les troisième et quatrième journées mêlent, après la mort de Tibère, les récits des crimes de Néron et des rivalités (inspirées de l'histoire romaine) entre plusieurs empereurs ou prétendants, Othe (Othon), Gabbe (Galba) et Vitellius, se terminant par la victoire de Vespasien qui se retourne contre les juifs et prend Jérusalem, ramenant à Rome les Tables de la Loi, l'Arche d'alliance et la Verge d'Aaron, in sæcula sæculorum, Amen. Fin du Mystère...





...et célébration des noces fantastiques de la romanité impériale et du christianisme, sur le dos des boucs émissaires juifs et du traître Pilate; passent dans le fond les personnages récurrents de nos mythes romanesques, dont, évidemment, Joseph d'Arimathie... Sur les légendes antijudaïques du Moyen-Age et leur postérité compliquée (jusqu'à Eugène Sue...) on peut lire par exemple Gaël Milin, Le cordonnier de Jérusalem, dont la première partie est consacrée à la Vengeance de Notre Seigneur.

Le Mystère de la Vengeance... fut représenté en 1463 à Abbeville en présence de Philippe le Bon, duc de Bourgogne, qui en commanda un exemplaire manuscrit. L'enlumineur Loyset Liédet (ca 1420 - 1479), actif à Hesdin puis à Bruges, fut payé 18 livres pour son travail, une somme pour l'époque. Pour plus d'information on peut lire l'étude de Paul Durrieu en 1910. 

On peut voir l'ensemble du travail de Liédet sur la Vengeance chez centralasian. Après avoir quitté la bibliothèque des ducs de Bourgogne le manuscrit fut divisé en deux volumes - numérisés par la British Library, ils sont accessibles ici et .

Et s'il est des amateurs de Vengeance(s), il en existe bien d'autres, par exemple celle de 1458, ou encore celle-là...




Détail







09/01/2016

Les intérieurs sont habités : Hopper


Edward Hopper - Escalier au 48 rue de Lille, Paris, 1906
Huile sur panneau
Source



Le 48, rue de Lille était (il est toujours) l'adresse de la mission parisienne de l'Eglise Evangélique Baptiste. Hopper y logea pendant son séjour parisien de 1906-1907. On peut trouver ici une autre vue de la cour du bâtiment.

08/01/2016

Portrait craché : Friant


Emile Friant - Autoportrait, 1878 
Huile sur toile 
Musée de la Cour d'Or, Metz
Source



D'Emile Friant, déjà, ici, , et encore .

07/01/2016

06/01/2016

Ronde de nuit : František Šimon


Tavik František Šimon - New York at Night, 1927  
Vernis mou et aquatinte, 1927
Source



De František Šimon déjà, ici, et encore .



05/01/2016

L'art de la rue : Lépine


Stanislas Lépine - Montmartre, la rue du Mont-Cenis, 1868

04/01/2016

03/01/2016

L'art de la cuisine : un thé et une glace


Edward Marion Ashe - Pot of tea and ice-cream
Via It's about time





Et pendant ce temps-là...

02/01/2016

Signes et prodiges : Marianne, valeur express












Panneau publicitaire déroulant en trois parties
Paris, Boulevard St Michel,  24 Décembre 2015



Avec les condoléances des chats à Cavanna et au professeur Choron, enrôlés contre leur gré et à titre posthume dans C'est ça la France et dans le carrousel publicitaire du roman national. À leur propos, réclame gratuite pour le livre (et le film) de Denis Robert et pour celui de Pacôme Thiellement