15/02/2026

Le bar du coin : Bus girls


Hulda D. Robbins -  Bus girls, 1941
Sérigraphie

 

Les bussers (ce sont généralement des femmes, jeunes, les bus girls) sont les assistantes de service dans les bars et restaurants - elles nettoient, mettent les tables, gèrent le coup de feu etc. Tout en bas dans l'échelle sociale de la gargote, à côté du prolétariat des cuisines, il y a le  prolétariat de la salle : les bussers.

Hulda Robbins (1910-2011) a vécu et travaillé à New York mais étudié entre 1929 et 1931 à l'Akademie der Künste de Berlin, où elle a été marquée par l'enseignement de Käthe Kollwitz.

14/02/2026

Les intérieurs sont habités : Sedlacek/Satie

Encore une republication, d'un Sedlacek qui avait perdu son Satie...
 
 

Franz Sedlacek - Lied in der Dämmerung / Chant au crépuscule, 1931 
Huile sur bois


Erik Satie - Descriptions automatiques, 1913
Jean-Joël Barbier, piano
Mis en ligne par Jean-Joël Barbier


 

Et de Sedlacek, déjà.

 

 

Et pendant ce temps-là...

...ce que nous appelons intelligence 


13/02/2026

Le greffe : interruptus


Will Wilson - Floral Interruptus, 2010
 

12/02/2026

Tableaux parisiens : Stanley Anderson


Stanley Anderson - The Fallen Star, 1929 
Pointe sèche 

 

La scène est située à Paris, sur les quais. Un coiffeur de luxe tombé dans la dèche coupe les cheveux d'un autre vagabond sous les yeux d'un troisième, fasciné.

Exemple d'un artiste chez qui une technique traditionnelle (voire traditionaliste) n'exclut pas le commentaire social - on pourrait même dire qu'elle le souligne.

11/02/2026

Il y en a un tas de nouvelles, n'est-ce pas ?


Wilhelm Kranz - Vue de Jupiter à partir d'un point de vue idéal sur une de ses lunes 
de : Wilhelm Meyer - Das Weltgebäude, 1898
 
 

 

— Je suis allée au planétarium et j’ai vu le spectacle, dis-je à mon père. C’était passionnant, sur le système solaire.

« Passionnant » : quel mot ridicule j’avais utilisé, pensai-je. J’ajoutai :

— C’est comme un temple qui serait un peu de la frime.

Il était déjà lancé :

— Je me rappelle quand on a découvert Pluton. Exactement où on pensait qu’il devait être. Mercure, Vénus, la terre, Mars, récita-t-il. Jupiter, Saturne, Nept… non, Uranus, Neptune, Pluton. C’est ça ?

— Oui, dis-je. (Il valait autant qu’il n’eût pas entendu ma remarque sur le temple. J’avais dit cela pour être honnête, mais on aurait cru que je voulais briller, me montrer supérieure.) Dis-moi quelles sont les lunes de Jupiter.

— Tu sais, je ne connais pas les nouvelles. Il y en a un tas de nouvelles, n’est-ce pas ?

— Deux. Mais elles ne sont pas nouvelles.

— Nouvelles pour nous, dit mon père. Dis donc, tu as bien du toupet, maintenant que je vais me faire charcuter !

— Charcuter ! Quelle expression !

Il n’était pas couché, ce soir, son dernier soir. On l’avait détaché de son appareil et il était assis dans un fauteuil, près de la fenêtre. Il était jambes nues, dans une robe de chambre de l’hôpital, mais ne paraissait pas gêné ; il avait l’air d’être chez lui. On aurait dit un hôte affable, pensif mais jovial.

— Tu n’as pas nommé les anciennes, dis-je.

— Donne-moi le temps. Galilée leur avait donné des noms. Io…

— C’est un début.

— Les lunes de Jupiter furent les premiers corps célestes découverts par le télescope. (Il dit cela d’un ton grave, comme s’il lisait la phrase dans un vieux livre.) Et ce n’était d’ailleurs pas Galilée qui leur avait donné des noms ; c’était un Allemand. Io, Europe, Ganymède, Callisto. Voilà.

— Oui.

— Io et Europe, c’était des petites amies de Jupiter, pas vrai ? Ganymède était un garçon. Un berger ? Je ne sais pas qui était Callisto.

— Je crois que c’était une amie de Jupiter, elle aussi, dis-je. L’épouse de Jupiter – de Jupin – l’a changée en ourse et accrochée dans le ciel. La Grande Ourse et la Petite Ourse. La Petite Ourse était son bébé.

Le haut-parleur annonçait aux visiteurs qu’il était l’heure de partir.

— Je te verrai quand tu te réveilleras de l’anesthésie.

— Oui.

J’étais à la porte quand il me cria :

— Il n’était pas berger, Ganymède, c’était l’échanson de Jupin.

Alice Munro - Les lunes de Jupiter, 1982 
Trad. Colette Tonge