09/12/2016

Duos : en soliste


John Coltrane - A love supreme, 1964
Mis en ligne par Jean CECE




En soliste

Ma mère me dit qu'elle a rêvé
de John Coltrane, il était jeune
et jouait avec tant de joie
énergie contenue et rage
qu'elle n'avait pu que pleurer.
Elle est assise maintenant, les mains croisées
sur les genoux, des larmes coulent
de ses yeux aveugles et la télévision
derrière elle reste impassible et grise.
Il est tard, les voisins ne font pas de bruit,
même la ville - Los Angeles - ne fait pas de bruit.
Sur la 99 j'ai roulé des heures,
sur les collines et jusqu'au ciel (1)
pour être ici. Je pose ma main gauche
sur son épaule, alors elle sourit.
Quel monde tout de même, une mère son fils
trouvant à se consoler en Californie
juste là où tout est prévu
pour ça, les palmiers les super-
marchés ouverts toute la nuit
qui vous mettent plein la vue d'oranges
rétro-éclairées en orange
à deux heures du matin.
"Il était seul" dit-elle et pas
comme je le dis maintenant "soliste".
Quel monde tout de même, un grand homme la moitié
de son âge à elle, vient à ma mère en son sommeil,
lui fait le don d'un chant qu'en effaçant ses larmes
elle m'offre à son tour, et alors
je peux l'entendre, la musique que fait le monde
dans le silence, et puis ce mot :
"soliste". Tout de même quel monde
quand je suis arrivé le grand bol des montagnes
était caché sous un nuage de fatigue
et la mer s'étendait
comme une nappe
de pétrole et les fleurs achetées à Fresno
étaient en train de sécher sur le siège
à côté de moi, et j'aurais pu
faire demi-tour et manquer la musique.


Philip Levine - Soloing, in What Work Is, Alfred A. Knopf ed. 1992
Trad. Les chats



(1) Over the Grapevine into heaven : l'US99 (aujourd'hui Interstate 5) monte l'escalier des collines de Grapevine, jusqu'au col de Tejon Pass. Pour une oreille états-unienne, l'association des mots Vine et Heaven a des résonances d'hymne religieux.



Soloing

My mother tells me she dreamed
of John Coltrane, a young Trane
playing his music with such joy
and contained energy and rage
she could not hold back her tears.
And sitting awake now, her hands
crossed in her lap, the tears start
in her blind eyes. The TV set
behind her is gray, expressionless.
It is late, the neighbors quiet,
even the city -- Los Angeles -- quiet.
I have driven for hours down 99,
over the Grapevine into heaven
to be here. I place my left hand
on her shoulder, and she smiles.
What a world, a mother and her son
finding solace in California
just where we were told it would
be, among the palm trees and all-
night super markets pushing
orange back-lighted oranges at 2 A.M.
"He was alone," she says, and does
not say, just as I am, "soloing."
What a world, a great man half
her age comes to my mother
in sleep to give her the gift
of song, which -- shaking the tears
away -- she passes on to me, for now
I can hear the music of the world
in the silence and that word:
soloing. What a world -- when I
arrived the great bowl of mountains
was hidden in a cloud of exhaust,
the sea spread out like a carpet
of oil, the roses I had brought
from Fresno browned on the seat
beside me, and I could have
turned back and lost the music.





Un fils vient le soir visiter sa mère âgée et aveugle. Intervention d'une tierce personne : John Coltrane.

Philip Levine (Detroit 10 janvier 1928 - Fresno 14 février 2015) est le poète du Detroit ouvrier. Il naît dans une famille d'immigrants juifs; son père mort quand il avait cinq ans, il doit travailler tôt, à l'âge de quatorze ans pour aider à nourrir sa famille. Ses années d'ouvrier chez Chevrolet, Cadillac ou Detroit Transmission plantent le décor d'un bonne partie de ses poèmes, notamment dans le recueil What Work Is. Passé par l'Iowa Writers Workshop, et donc à l'école de John Berryman, il enseigne ensuite à l'université de Californie à Fresno, de 1958 jusqu'à sa retraite en 92. Levine a été nommé United States Poet Laureate pour 2011-2012.

08/12/2016

Le bar du coin : mais personne ne porte les bagages


Dominique Vu Van & ses amis - Un poète à la mer, 3/12/2016
épisode 5
Mis en ligne par Angel Sanz




M. Chat - Heureusement qu'il y a Dominique & ses amis pour vous remonter le moral, par les temps qui courent.

07/12/2016

l'art de la poste : même le soleil n'arrange pas les choses...


Jean Cocteau, Autoportrait, d'une lettre adressée à Paul Valéry, 1924
Via Arcobaleni

06/12/2016

L'art de la poste : le courrier surréel


Papier à en-tête de La Révolution Surréaliste
Via juan del río





Papier à en-tête de Benjamin Péret

04/12/2016

Le bar du coin : nuages


Alexandre Galitch - Облака / Les nuages
Mis en ligne par Евгений Быков





Облака плывут, облака,
Не спеша плывут как в кино;
А я цыпленка ем табака,
Я коньячку принял полкило.


Les nuages flottent, les nuages
Flottent sans hâte, comme dans les films
Je mange du poulet frit (1), j'ai pris
Mon demi-kilo (2) de cognac.

Облака плывут в Абакан,
Не спеша плывут облака...
Им тепло небось, облакам,
А я продрог насквозь, на века.


Les nuages flottent sur Abakan
Sans hâte ils flottent les nuages
Le ciel est chaud pour les nuages
Et moi je suis transi de froid
Depuis des siècles.

Я подковой вмёрз в санный след,
В лёд, что я кайлом ковырял;
Ведь недаром я двадцать лет
Протрубил по тем лагерям.


Le gel me tord (3) sur la piste à traîneaux,
J'y vais à petits coups de pic dans la glace;
Mais il y a bien une raison si pour moi dans ces camps
C'est la vingtième année qui sonne.

До сих пор в глазах - снега наст!
До сих пор в ушах - шмона гам!
Эй, подайте мне ананас
И коньячку еще двести грамм!


Dans mes yeux la neige dure et gelée
maintenant encore
Dans mes oreilles, les cris des gardiens qui vous fouillent
maintenant encore
Hé, donne-moi un ananas
Et deux cent grammes de cognac !

Облака плывут, облака,
В милый край плывут, в Колыму.
И не нужен им адвокат,
Им амнистия - ни к чему.


Les nuages flottent, les nuages...
Vers un gentil petit coin, en Kolyma.
Ils n'ont pas besoin d'avocat
L'amnistie n'est pas leur problème.

Я и сам живу - первый сорт,
Двадцать лет, как день, разменял.
Я в пивной сижу, словно лорд
И даже зубы есть у меня!


Moi-même je vis - une vie de première
Vingt ans passées à l'as (4) - comme un seul jour
Je suis comme un vrai lord, assis au bar à bière
Même qu'il me reste encore des dents !

Облака плывут на восход,
Им ни пенсии, ни хлопот...
А мне четвертого - перевод
И двадцать третьего - перевод.


Les nuages flottent vers l'aube
Pour eux ni chansons ni soucis
Ma quatrième année dehors (5)
Et vingt-trois ans foutus en l'air.

И по этим дням, как и я,
Пол страны сидит в кабаках.
И нашей памятью в те края,
Облака плывут, облака.


Par les temps qui courent, tout comme moi
La moitié du pays est assise au bistro
Et sur nos souvenirs de là-bas
Les nuages flottent, les nuages...



Trad. Les chats



(1) Poulet Tabaka, poulet frit désossé et écrasé à la géorgienne.

(2) Traditionnellement on mesure l'alcool au poids. La ration "normale" serait de 50 grammes pour une personne.

(3) Littéralement : en fer à cheval.

(4) Littéralement : changées en petite monnaie.

(5) Difficilement traduisible : c'est la quatrième année de transfèrement (perevod') hors du camp; l'ancien zek est de retour mais fait le compte de toutes ses années gaspillées depuis la date de sa déportation. Perevod' a aussi le sens de gâchis, dont Galitch use dans le vers suivant.


Alexandre Galitch (Alexandre Aronovitch Ginzburg, 1918-1977) poète, dramaturge et scénariste, est surtout connu pour ses chansons qui ne furent jamais publiées ni enregistrées officiellement de son vivant. Galitch fait partie de la grande lignée des Bardes de l'époque soviétique, comme Okoudjava et Vissotsky. Il chantait dans des clubs semi-légaux ou en privé, ses chansons étaient enregistrées et diffusées par le magnitizdat, équivalent du samizdat sur bande magnétique. Galitch dut quitter l'U.R.S.S. en 1974. 

Nuages, comme bien d'autres chansons russes, évoque la vie des zeks, des déportés; ici elle est vue par les yeux et le souvenir d'un homme qui ressasse sa vie de prisonnier en regardant par la fenêtre du bar où  il finit sa vie les nuages qui flottent librement, les merveilleux nuages.

On trouvera ici un enregistrement vidéo de cette chanson par Galitch, en live, comme le magnitizdat pouvait en diffuser.


(Je me remets au russe, dit M. Chat. Par les temps qui s'annoncent, ça pourrait servir.)

03/12/2016

L'art de l'achat et de la vente : si elles pouvaient parler


Berlin Neukölln, Karl-Marx-Strasse, 21/11/16







Les marchandises diraient, si elles pouvaient parler : Notre valeur d'usage peut bien intéresser l'homme ; pour nous, en tant qu'objets, nous nous en moquons bien. Ce qui nous regarde c'est notre valeur. Notre rapport entre nous comme choses de vente et d'achat le prouve.
Karl Marx - Le Capital, Livre I, I-4




...et si les rues aussi pouvaient parler, la Karl-Marx-Strasse rappellerait qu'elle était bien à Berlin-Ouest.

02/12/2016

Avec et sans souci







La rocaille. Son déséquilibre étudié. Comme un déhanchement maniériste, mais sans la raideur. Qu'est-ce qui nous plaît tant dans la rocaille ? Dans sa régulière asymétrie, un ordre désordonné ? Une parenthèse de la vie, un rêve de despote éclairé ?








Ou encore, la mélancolie. On regarde le rococo comme on rêve devant les nuages, les merveilleux nuages. On s'y voit presque...









...on n'y sera jamais. Et le grand Frédéric lui-même rêvait peut-être aussi de paix perpétuelle - puis il réenfilait ses bottes. On n'en finit pas, on n'en finit jamais, même au XVIIIème siècle le plus ensoleillé.










L'ostalgie, au fond, c'est un peu comme la rocaille. Un rêve qui ne pouvait pas se réaliser, et là aussi un despote éclairé - de lumières plus violentes.









Et la mélancolie toujours, qui perce sous les façades ravalées, dans les supermarchés enfin garnis - car c'est cela la mélancolie : dans ce qui a été perdu, un peu de ce qui ne s'atteindra jamais - et dans ce qui a été gagné, la déception toujours présente.








Et ne vous moquez pas du badigeon, du recrépi, du ravalement de la mélancolie. Même si on la soigne au sentiment, ne riez pas du gemütlich un peu naïf, mais qui fait chaud au coeur de la mélancolie, après la catastrophe - et quand on pressent l'orage, aussi.







Potsdam, château de Sans-Souci et ses environs, 20/11/16.  


16/11/2016

La vie privée des choses : le réemploi


Abbaye de Fonfroide, cloître - Fragment de bas-relief rapporté





Abbaye de Fontfroide, dortoir des convers - Vitrail composé de fragments des vitraux détruits de la basilique Saint-Rémi de Reims, détail





...Et les chats sont partis, les chats sont en vacances, les chats sont à Berlin et seront de retour le 1er décembre, au plus tôt. Ne prenez pas froid.

15/11/2016

Ronde de nuit : outrage


Théophile-Alexandre Steinlen - Outrage à la morale, dessin pour le Chat Noir, n°407 du 2 novembre 1889, dans la série des Flagrants délits.
Via Töppferiana




La dédicace à Georges Ohnet, le plus éminent pisse-copie de l'époque, est évidemment à prendre sur le mode satirique. 





 Et pendant ce temps-là...
...Je me lâche, je suis en fin de carrière... Je suis à la retraite dans six mois... donc je peux y aller maintenant, c’est n’importe quoi... C’est évident, les gosses sont plus ou moins doués scolairement... Ils réussissent plus ou moins bien, l’intelligence existe... Il y a des différences d’intelligence... Mais le tri éducatif, particulièrement à partir de l’Université, ne se fait pas uniquement sur le critère de l’intelligence... Il se fait aussi beaucoup sur le critère de l’obéissance... Parce que maintenant, on vit dans un monde de concours où il faut être le plus parfait possible. Donc pour être parfait, il faut être lisse, en vérité il faut ne pas penser. Donc tout le système de définition des élites et des éduqués supérieurs contient... Il y a de l’intelligence, mais il y a aussi de la soumission comme critère de tri... Et au final qu’est ce qu’on obtient comme classe supérieure ? Qu’est-ce qu’on va obtenir ? Est-ce qu’on obtient une classe supérieure collectivement tellement remarquable par son intelligence ? Ça ne me paraît pas tellement évident... Qui oserait décrire la classe supérieure française comme intelligente collectivement ? Et pourtant c’est tous des supers bons élèves. Qui oserait décrire les gens de l’establishment de Washington... qui aboutissent au terme de je ne sais combien de temps de gestion à des baisses de niveau de vie pour leur population et qui disent que c’est normal, que ça n’a rien à voir avec le système économique etc... 

14/11/2016

Une semaine de lecture (7) : Méditations sur deux cadavres


 François Hollande au colloque "la gauche et le pouvoir" organisé par le think tank Terra Nova et la Fondation Jean Jaurès, théâtre du Rond-Point, 3 mai 2016.




La matière propre de l'art politique, c'est la double perspective, toujours instable, des conditions réelles d'équilibre social et des mouvements d'imagination collective. Jamais l'imagination collective, ni celle des foules populaires, ni celle des dîners en smoking, ne porte sur les facteurs réellement décisifs de la situation sociale donnée ; toujours ou elle s'égare, ou retarde, ou avance. Un homme politique doit avant tout se soustraire à son influence, et la considérer froidement du dehors comme un courant à employer en qualité de force motrice. Si des scrupules légitimes lui défendent de provoquer des mouvements d'opinion artificiellement et à coups de mensonges, comme on fait dans les Etats totalitaires et même dans les autres, aucun scrupule ne peut l'empêcher d'utiliser des mouvements d'opinion qu'il est impuissant à rectifier. Il ne peut les utiliser qu'en les transposant. Un torrent ne fait rien, sinon creuser un lit, charrier de la terre, parfois inonder ; qu'on y place une turbine, qu'on relie la turbine à un tour automatique, et le torrent fera tomber des petites vis d'une précision miraculeuse. Mais la vis ne ressemble nullement au torrent. Elle peut sembler un résultat insignifiant au regard de ce formidable fracas ; mais quelques-unes de ces petites vis placées dans une grosse machine pourront permettre de soulever des rochers qui résistaient à l'élan du torrent. Il peut arriver qu'un grand mouvement d'opinion permette d'accomplir une réforme en apparence sans rapport avec lui, et toute petite, mais qui serait impossible sans lui. Réciproquement il peut arriver que faute d'une toute petite réforme un grand mouvement d'opinion se brise et passe comme un rêve.




 Simone Weil au moment où elle s'engage dans la colonne Durruti pendant la guerre civile espagnole, 1936



Pour prendre un exemple parmi bien d'autres, au mois de juin 1936, parce que les usines étaient occupées et que les bourgeois tremblaient au seul mot de soviet, il était facile d'établir la carte d'identité fiscale (1) et toutes les mesures propres à réprimer les fraudes et l'évasion des capitaux, bref d'imposer jusqu'à un certain point le civisme en matière financière. Mais ce n'était pas encore indispensable, et l'occupation des usines accaparait l'attention du gouvernement comme celle des multitudes ouvrières et bourgeoises. Quand ces mesures sont apparues comme la dernière ressource, le moment de les imposer était passé. Il fallait prévoir. Il fallait profiter du moment où le champ d'action du gouvernement était plus large qu'il ne pouvait jamais l'être par la suite pour faire passer au moins toutes les mesures sur lesquelles avaient trébuché les gouvernements de gauche précédents, et quelques autres encore. C'est là que se reconnaît la différence entre l'homme politique et l'amateur de politique. L'action méthodique, dans tous les domaines, consiste à prendre une mesure non au moment où elle doit être efficace, mais au moment où elle est possible en vue de celui où elle sera efficace. Ceux qui ne savent pas ruser ainsi avec le temps, leurs bonnes intentions sont de la nature de celles qui pavent l'enfer. 

Parmi tous les phénomènes singuliers de notre époque, il en est un digne d'étonnement et de méditation ; c'est la social-démocratie. Quelles différences n'y a-t-il pas entre les divers pays européens, entre les divers moments critiques de l'histoire récente, entre les diverses situations ! Cependant, presque partout, la social-démocratie s'est montrée identique à elle-même, parée des mêmes vertus, rongée des mêmes faiblesses. Toujours les mêmes excellentes intentions qui pavent si bien l'enfer, l'enfer des camps de concentration. Léon Blum est un homme d'une intelligence raffinée, d'une grande culture ; il aime Stendhal, il a sans doute lu et relu la Chartreuse de Parme ; il lui manque cependant cette pointe de cynisme indispensable à la clairvoyance. On peut tout trouver dans les rangs de la social-démocratie, sauf des esprits véritablement libres. La doctrine est cependant souple, sujette à autant d'interprétations et modifications qu'on voudra ; mais il n'est jamais bon d'avoir derrière soi une doctrine, surtout quand elle enferme le dogme du progrès, la confiance inébranlable dans l'histoire et dans les masses. Marx n'est pas un bon auteur pour former le jugement ; Machiavel vaut infiniment mieux.

Simone Weil - Méditations sur un cadavre, projet d'article non publié (juin ou juillet 1937)
Œuvres complètes T. II, Ecrits historiques et politiques, Vol. 3, Vers la guerre (1937-1940)
Gallimard éd., 1989, pp. 76-77.
Version en ligne ici.



(1) La carte d'identité fiscale, aujourd'hui oubliée, était instituée par la loi du 23 décembre 1933 qui disposait que "nul ne pourra percevoir d'intérêts, revenus ou autres produits de valeurs mobilières sans présenter à l'établissement payeur une carte d'identité". Les établissements payeurs devaient remettre chaque année un relevé des cartes d'identité et des sommes versées correspondantes sous peine d'une amende de 1.000 à 10.000 francs de l'époque par contravention. Instituée pour empêcher la dissimulation fiscale des revenus mobiliers, cette carte n'entra jamais vraiment en application, tant durant la législature issue du second cartel des gauches, qui l'avait votée, que sous le Front Populaire qui l'abandonna finalement, cela sous la pression de la haute administration fiscale de l'époque venant en relais des intérêts menacés. Sur ces épisodes on peut trouver quelques détails supplémentaires ici ou .




A propos du séjour de Simone Weil dans la colonne Durruti, on peut lire quelques compléments utiles ici.



Remarque : Simone Weil a écrit ces pages à la suite de la démission du gouvernement Blum le 22 juin 1937 - le gouvernement de Juin 36 n'est plus, ainsi commence son article. C'est de ce cadavre qu'il s'agit, et tout particulièrement des mesures financières - dévaluation et contrôle des changes - qu'il n'a pas su prendre au plus tôt et qui lui ont manqué pour durer. Pourquoi faire le parallèle avec notre pauvre actualité - conséquence, elle, non pas de l'hésitation mais de l'entêtement que notre propre cadavre en sursis a mis à se fourrer dans une impasse ?

Ce serait évidemment verser dans la galéjade que de supposer que le gouvernement actuel de la France s'inspire de la doctrine de Marx, ou d'ailleurs de quelque doctrine que ce soit à part celle, déjà largement discréditée, d'Arthur Laffer et ses émules. De même, il faudrait manquer singulièrement du sens de la perspective pour mettre François Hollande à la hauteur de Léon Blum, au motif que le premier est plus près de nous - au vrai, seul le titre de l'article de Simone Weil s'applique pleinement à notre situation.  

C'est pourtant utile de le rappeler : pour faire des réformes mieux vaut s'appuyer sur les forces disponibles, non les contrebattre ou les mépriser - encore faut-il vouloir faire les réformes pour lesquelles on vous a mandaté, et non leur exact contraire.

Il n'empêche aussi que ce qui est énoncé ici résonne dans les mémoires. L'on peut imaginer que si, chez des leaders peu clairvoyants, les excellentes intentions pavaient si bien l'enfer, celles qui sont loin d'être excellentes risquent de le paver aussi pour nos actuels amateurs de politique.


13/11/2016

Une semaine de lecture (6) : sur les terres françaises...


Communiqué des demandeurs d'asile de Paris, quartier de Stalingrad, 30 octobre 2016
Source



 
Paris - Evacuation des camps de réfugiés Stalingrad/Jaurès, 4 novembre 2016
Mis en ligne par Taranis News

12/11/2016

Une semaine de lecture (5) : Si le silence fleurit comme une tumeur sur nos lèvres / with its very own breath of brandy and Death


Leonard Cohen - Poème extrait de son premier recueil, Let us compare Mythologies, 1956
Via youshouldacceptchaos




On m'a parlé d'un homme
qui dit tellement bien les mots
il n'a qu'à prononcer leur nom
et les femmes à lui se donnent.

Si je suis muet près de ton corps
et si le silence fleurit comme une tumeur sur nos lèvres
c'est que j'entends monter dans l'escalier un homme
dehors, à notre porte
il s'éclaircit la voix

Trad. Les chats








Leonard Cohen - Take this waltz, 1988
Mis en ligne par Joy Milonguero




Now in Vienna there's ten pretty women
There's a shoulder where Death comes to cry
There's a lobby with nine hundred windows
There's a tree where the doves go to die
There's a piece that was torn from the morning
And it hangs in the Gallery of Frost
Ay, Ay, Ay, Ay
Take this waltz, take this waltz
Take this waltz with the clamp on its jaws
Oh I want you, I want you, I want you
On a chair with a dead magazine
In the cave at the tip of the lily
In some hallways where love's never been
On a bed where the moon has been sweating
In a cry filled with footsteps and sand
Ay, Ay, Ay, Ay
Take this waltz, take this waltz
Take its broken waist in your hand

This waltz, this waltz, this waltz, this waltz
With its very own breath of brandy and Death
Dragging its tail in the sea

There's a concert hall in Vienna
Where your mouth had a thousand reviews
There's a bar where the boys have stopped talking
They've been sentenced to death by the blues
Ah, but who is it climbs to your picture
With a garland of freshly cut tears?
Ay, Ay, Ay, Ay
Take this waltz, take this waltz
Take this waltz it's been dying for years
There's an attic where children are playing
Where I've got to lie down with you soon
In a dream of Hungarian lanterns
In the mist of some sweet afternoon
And I'll see what you've chained to your sorrow
All your sheep and your lilies of snow
Ay, Ay, Ay, Ay
Take this waltz, take this waltz
With its "I'll never forget you, you know!"

This waltz, this waltz, this waltz, this waltz ...

And I'll dance with you in Vienna
I'll be wearing a river's disguise
The hyacinth wild on my shoulder,
My mouth on the dew of your thighs
And I'll bury my soul in a scrapbook,
With the photographs there, and the moss
And I'll yield to the flood of your beauty
My cheap violin and my cross
And you'll carry me down on your dancing
To the pools that you lift on your wrist
Oh my love, Oh my love
Take this waltz, take this waltz
It's yours now. It's all that there is.