23/08/2018

Je déballe ma bibliothèque : elle en avait sept, son charme particulier


N.C. Henneberg (1) - La plaie
Première édition, 1964, Hachette/Gallimard (Le rayon fantastique)
Dessin de couverture : Philippe Forest



1964. Deux ans après la guerre. Une paisible sous-préfecture du centre de la France. Une librairie (?) - enfin, la seule librairie. Une petite pile de livres de poche jette une faible lueur rougeâtre au bout de la table. Vous ouvrez à la première page.


TEMPS TERRESTRE – 3000. Sur Sigma, la dix-huitième planète de l’étoile double Arcturus, dans la constellation du Bouvier. 

                L’homme qui devait mourir fut réveillé à minuit. Il fut aussitôt debout, d’un bond souple de léopard, il portait encore sa cuirasse spatiale, lacérée et ternie dans les combats, et ses poignets étaient soudés par un lien magnétique. Il s’adossa au mur de sa cellule et attendit – cette pose de combattant acculé n’était pas sans noblesse. 
             Les deux lunes dernières de Sigma qui en avait sept, son charme particulier – la verte et la mauve –, se reflétaient dans le viseur et traçaient sur le sol un carré net. Et dans cette lueur le condamné vit, sur le seuil, une grande silhouette sous une simarre pourpre, le visage masqué à la mode sigméenne d’une pellicule obscure, souple comme un gant.

Les premières fois existent. Je me souviens avoir compris pour la première fois, en lisant  Babylone vous y étiez... que la littérature pouvait être la continuation de la guerre par d'autres moyens (1). Et c'est en lisant La plaie que j'ai entr'aperçu (je ne pense pas être le seul) que la littérature d'anticipation (2) est faite d'une méfiance profonde  envers - et tend même vers un refus obstiné de - toute forme d'avenir.




Edition de 1974, Albin Michel
Couverture de Pierre faucheux



Que lit-on dans La plaie ? Qu'il existe un mal, le Mal Terrien, - une sorte de nazisme galactique et multiforme, et peut-être une forme de Mal au sens philosophique encore plus que moral - qui se répand un peu partout dans l'univers. Une sorte de Space Opera dans l'Enfer de Dante. Une guerre métaphysique à travers la galaxie...



           Avançons maintenant une deuxième hypothèse de travail : 
        À une date inconnue, dans un des innombrables univers qui composent le continuum, une sorte de virus ambulatoire, avec son milieu propre, est apparu. 
            Suivant les normes terriennes – c’est le Mal. 
           Opposé à la conception terrienne, je ne dirai pas du bien, mais d’un niveau optimum, d’une essence normale, et ne pouvant exister en dehors de lui, car le mal est contingent, le virus ou l’enfer se déplace selon une orbite dans l’espace-temps. Il repousse hors de leur milieu des séquences de notre temps objectif et s’y insère. Il y prolifère en détruisant. Il n’a pas de racines propres. Lorsqu’ils meurent, les fléaux de la Terre, les grands contaminés, n’ont pas de tombe, nul ne connaît celle d’Attila ni celle d’Hitler.
Nathalie Henneberg - La plaie, 1964


Nathalie Henneberg, née Novokovski en 1910 à Batoum dans le Caucase, a écrit La plaie à partir de son expérience de divers effondrements européens. La chute du tsarisme d'abord, qui entraîne sa famille à Sébastopol avec l'armée de Wrangel en fuite, puis à Istanbul, enfin en Syrie et au Liban. Elle vit ensuite à Beyrouth, à Homs, Bagdad, Damas, Alep, Antioche et Deir-ez-Zor, mis à part un bref passage en Yougoslavie, en 1934 à la suite d'un amant. Elle tombe amoureuse d'un légionnaire français d'origine allemande, Karl zu Irmelshaussen Wasungen, qui s'est donné plus simplement le nom de Charles Henneberg. Elle l'épouse en 37 et s'établit auprès de lui à Tadmor, c'est-à-dire à Palmyre. Là elle assiste, cette fois-ci de très près, à un second effondrement.

Le Levant (Syrie et Liban) est sous protectorat français depuis 1920. Mais en 1941 le Levant, resté fidèle à Vichy, est dans l'œil du cyclone. L'Irak se révolte contre les Anglais, Rommel est devant Tobrouk, aux portes de l'Egypte. Le gouvernement français signe en mai le pacte Darlan-Abetz qui permet à la Luftwaffe d'utiliser la Syrie comme base de départ pour soutenir les Irakiens contre les Anglais. En réponse, les Anglais montent l'opération Exporter et envahissent la Syrie en juin 41.

Certains des militaires françaises du Levant ont essayé de rejoindre les Anglais de Palestine en Juin 40, puis ont renoncé, l'armée d'Afrique du Nord restant fidèle à Vichy. Finalement ces troupes, notamment légionnaires, se battront pendant plus d'un mois contre les Anglais, Indiens et Australiens d'Exporter, et même contre les Français libres qui avancent à leurs côtés. C'est ainsi que la Légion étrangère se bat des deux côtés : 13ème DBLE chez les anglo-gaullistes, 6ème REI pour Vichy. La campagne trouve son point culminant lors de la bataille de Palmyre (3), du 20 juin au 3 juillet. Charles et Nathalie Henneberg y prennent part, et elle la décrira plus tard, dans une version assez peu romancée :


Le ciel était un creuset de saphir, incandescent. Dès les premiers raids aériens (et l'aviation de Vichy faisait plus de dégâts que la britannique, dans ses propres lignes), les méharistes syriens ôtèrent leurs manteaux royaux de pourpre et se retirèrent, sauf exception «se battre avec un ennemi à terre, passe encore, disaient-il, mais quand ça vient du ciel…»
Palmyre gardait une garnison de soixante-quatre hommes, gradés français et légionnaires. L'eau était coupée, les médicaments manquaient. Et le siège n'avait pas l'air de toucher à sa fin. Des taxis masqués de plaques de fer-blanc se promenèrent face au lignes Ismaéliennes et chaque survivant maniait une arme automatique. Par groupes de cinq à sept, ils tenaient sur la route, dans la palmeraie, dans les ruines. Les batteries adverses tonnaient. Le Temple du soleil penchait, faussé par les obus…





Carola, Lesko et Kermadec s'étaient chargés du ravitaillement de la ville. Il s'étaient réparti la besogne : les deux hommes apportaient du pain, des légumes secs ou du pinard, ils se traînaient à plat ventre, dans les fossés anti-chars, sous le feu croisé des mitrailleuses, et la jeune femme visitait les maisons. Des femmes, assises par terre dans leur cuisine aux murs étoilés d'éclats, berçaient leurs enfants et l'entérite sévissait…
Chez elle, les obus passaient juste au-dessus de la salle à manger avec un petit hululement lugubre. Les Anglais avaient repéré, derrière, la maison du commandement et la cour cimentée était pleine d'éclats…
...Soudain, jusqu'au fond des abris l'air fut rempli d'un vrombissement. Une vague de bombardiers arrivait… la ville subit, durant un quart d'heure, une petite fin du monde. Avec désordre et furie, les avions dévidèrent leur chapelet de bombes sur Kalaat-ibn-Maan, d'où crachait le petit canon infirme… 
La seconde crête tomba passé midi. Les assiégés se retiraient, méconnaissables sous un masque de suie et de poussière. Ils s'installèrent dans les ruines. Ce jour-là, les avions déchargérent sur la ville leurs tracts que personne ne ramassa…
Dominique Hennemont (Nathalie Henneberg) - Le sabre de l'Islam, André Martel éd. 1952, cité par Charles Moreau, Le mystère Henneberg, Lunatique 70, 2006, pp. 98-99.


A la reddition de Palmyre, Charles Henneberg fait partie de ceux, peu nombreux, qui rejoignent les Français Libres : et pour lui donc, Bir-Hakeim, Tobrouk, El Alamein - Nathalie Henneberg le suit dans ses options. Puis ce sera de nouveau le Levant, Beyrouth en 43. Montée du nationalisme arabe, révolte de Damas, enfin soulèvement de la Syrie en mai 1945 : après le tsarisme et l'armée de Vichy, Nathalie Henneberg assiste à son troisième effondrement, le début de la fin de l'empire colonial français. De retour à Paris elle en fera un autre roman en 1952...






...mais la même année elle se met à lire Van Vogt et Catherine L. Moore...





Plus de romans légionnaires (Charles a été démobilisé). Mais, deux ans plus tard...







...son premier roman d'anticipation obtient le prix Rosny aîné, créé l'année même. Le livre est signé Charles Henneberg; par la suite les couvertures porteront des signatures diverses (Nathalie Ch. Henneberg, Nathalie C. Henneberg, Nathalie et Charles Henneberg ou l'inverse) - elle attendra la mort de son époux pour signer seule, mais c'est elle qui a tout écrit, du début jusqu'à la fin.

On est assez loin de la S.F. progressiste - le truc de N.H., c'était la réincarnation, l'astrologie, l'Atlantide, la Kabbale, L'Egypte ancienne, l'Apocalypse, Jean Ray et Michel Zévaco... le mythe - une surbrodeuse de mythes, en y ajoutant la SF de l'époque, rayons et fulgurants.


Elle écrit La plaie dans un moment très particulier (4) de l'histoire bipolaire. Chez elle aussi, la littérature est la continuation de la guerre, par d'autres moyens.

L'anticipation, surtout sous sa forme opera, est une guerre du passé contre le futur - c'est ainsi que la Mars de Rice Burroughs est une planète de romance western, que les cafards de Heinlein, dans Starship troopers, sont des insectes communistes, qui rappellent d'autres monstres impériaux. John Carter et Johnny Rico mènent les guerres du passé dans le futur - ce qui est rassurant, pour le lecteur.




Edition de 1999, L'Atalante
Dessin de couverture : Caza



Quelquefois même, c'est le futur qui se bat contre le passé :  les martiens de H.G. Wells vont brûler le Surrey comme les européens ont dévasté l'Afrique et les Amériques : juste retour des choses. Mais c'est toujours une guerre du temps conventionnelle (5) qui n'inquiète pas trop le lecteur (ici, celui de l'autre bord - car l'anticipation est fortement chargée d'idéologie - plier ce qu'on croit savoir du passé sur ce qu'on craint du futur, y envelopper soigneusement le présent sans que rien ne déborde  : fonctionnement de l'idéologie).

Mais l'anticipation est aussi une littérature, et en tant que littérature, quand elle est bien faite, elle problématise : alors on trouve Philip Dick ou les frères Strougatski, Stalker ou Le dieu venu du Centaure. L'anticipation devient alors  la forme littéraire du refus de l'avenir, ou plus précisément du refus d'accorder un avenir, une prolongation quelconque au présent dans lequel nous clapotons, obnubilés et dérisoires. Dans ce présent s'ouvrent les doubles fonds, se déglinguent les simulacres, se referment les deux mâchoires  du passé refoulé, du futur terrifiant. Derrière vous, Lovecraft et ses Grands Anciens, devant vous, Orwell et 1984.

- Ah, mince...

Dans La Plaie l'étendard noir du Mal Terrien se déploie sur l'univers, les anges hésitent à se battre et des gamins doivent s'y coller en chantant...




Une édition russe
(date et artiste inconnus)



...il y a même une princesse impériale morte et ressuscitée (souvenir d'Anastasia ?), réduite à son cerveau encapsulé dans un androïde, quasi-devenue un personnage de Philip K. Dick...

Et cette idée d'un Mal omniprésent à la fois physique et psychique, maladie et malédiction, pas complètement vaincu à la fin du roman - approche lointaine, mais unique dans ce genre littéraire, du Mal radical, et qui ne pouvait surgir que sous la main de celle qui avait vécu dans sa chair une parmi tant d'autres chutes de Palmyre.




Soldats britanniques dans les ruines du temple de Baal lors de la bataille de Palmyre, 1941
En arrière-plan, le château de Kalaat-ibn-Maan, d'où crachait le petit canon infirme
Source



Ça vous en bouchait un coin, en 1964. Pas d'avenir radieux, pas de lendemains qui chantent. Le nazisme devant nous comme on l'avait derrière.

- Ah, mince...

Remarquez cependant que le refus de l'avenir - comme forme littéraire, ou autrement - présente cet avantage de ne pas être pris au dépourvu si la catastrophe a déjà commencé. Bonne lecture.





Edition de 2017, L'Atalante
Dessin de couverture : Raphaël Defossez



       Quand je serai en mesure de vous fournir les documents filmés, vous verrez sur ce globe mort, dans l'abîme des étoiles, des séquences terriennes : l'assassinat des derniers résistants, les puits des mines où ils agonisèrent, les villes détruites et les camps concentrationnaires. Ce sont des séquences gelées. Elles ont été extraites du fleuve-temps continu sur la Terre, où d'autres quantas les ont remplacées, permettant aux virus d'interférer dans le présent terrien.

         Avançons maintenant une deuxième hypothèse de travail :
        À une date inconnue, dans un des innombrables univers qui composent le continuum, une sorte de virus ambulatoire, avec son milieu propre, est apparu. 
            Suivant les normes terriennes – c’est le Mal. 
           Opposé à la conception terrienne, je ne dirai pas du bien, mais d’un niveau optimum, d’une essence normale, et ne pouvant exister en dehors de lui, car le mal est contingent...

Nathalie Henneberg - La plaie, 1964




Pour les personnes intéressées, l'étude la plus sérieuse sur N.H. est celle de Charles Moreau (déjà citée, et à laquelle je dois beaucoup) : Le mystère Henneberg, revue Lunatique 70, 2006. On peut lire le blog de Charles Moreau, ici. On peut s'informer également sur ce blog, notamment ici, en commentaire, pour le point de vue d'un familier de Henneberg sur l'écriture du Dieu foudroyé, la suite de La plaie. Egalement, chez Li-An.



(1) Pour Ehni, c'était la guerre d'Algérie, j'y reviendrai. Lisez ainsi Homère, Chrétien de Troyes, Cervantès, Tolstoï, Faulkner...

(2) Je préfère le terme à celui de science-fiction. Cette littérature n'a rien à voir avec la science - malgré les efforts besogneux de certains - et très peu avec la fiction. Car la fiction est l'art de feindre, et cette littérature ne feint pas, elle force l'imagination.

(3) remarquez que l'itinéraire de N. H. est jalonné de ces noms de ville qui font aujourd'hui les gros titres de Une de nos journaux. Mais que parmi les multiples batailles de Palmyre dont vous avez eu des nouvelles, personne n'a reparlé de la bataille de 1941...

(4) Rappel : 1961, premières interventions aériennes de l'U.S. Air Force au Vietnam. 1962, crise des missiles de Cuba.

(5) Comme dans ces récits de voyage dans le temps où l'essentiel est de faire en sorte que le déroulement de l'histoire reste tel quel, malgré les saboteurs éventuels. 

(6) Dans la limite, évidemment, où l'on admet qu'il existe un Mal et un Bien, ce qui mènera Henneberg à donner un happy end à La plaie dans un second volume plus faible (Le dieu foudroyé, 1976). Chez Philip K. Dick le Bien est aussi truqué que le Mal, ce trucage étant évidemment un remède à l'angoisse. Mais notez que, peu avant d'écrire Le dieu venu du Centaure, en novembre 1963 - toujours ces mêmes années - Philip Dick a une vision : "un jour, comme je marchais tranquillement sur la petite route menant à ma cabane, j’ai levé les yeux vers le ciel et j’ai vu un visage. Enfin, je ne l’ai pas vraiment vu, mais il était là, et il n’était pas humain. C’était la face du mal absolu. La présence de ce visage était irréfutable. Gigantesque, il emplissait un quart du ciel. Il arborait des fentes aveugles à la place des yeux, il était cruel et, pire que tout, il était Dieu. Il a fallu que je fasse tous les jours le trajet sous son regard fixe" (cité par L. Sutin dans sa biographie, Invasions divines. Philip K. Dick, une vie, p. 290).


Pour finir, mais sur un registre très différent :



Gallimard éd.

31/07/2018

Je déballe ma bibliothèque : vous y étiez


Artiste inconnu - Jeune femme dans les feuilles de bananier, 1908
Lithographie en couleurs pour Ehagaki sekai, suppl. illustré du Kokkei shimbun





Dans un vieux bar délabré
je buvais pour oublier
D'une bouteille d'alcool
une étiquette se décolle
J'ai pas voulu la froisser
alors je l'ai regardée
Babylone vous y étiez
nue parmi les bananiers
Rezvani - (la première strophe de)  Babylone
in Chansons silencieuses, 10/18 éd. 1975





René Ehni - Babylone vous y étiez nue parmi les bananiers 
10/18 éd. 1973



J'aime beaucoup ce livre, dit M. Chat, mais pour bien saisir pourquoi et à quel point, il faudrait s'imaginer en train de le lire en 1973...
  








  




Première édition, Christian Bourgois 1971














...en attendant que coule





Raphaelle Peale - Vénus sortant de l'onde



...la rivière







The Skatalites - By the rivers of Babylon (Psalmiste - Brent Dowe - Trevor McNaughton)
Mis en ligne par SKA RUDE CLUB





Le tag Je déballe fait évidemment référence à l'article bien connu de Walter Benjamin, Ich packe meine Bibliothek aus (Die literarische Welt, Berlin, 17/7/1931) / Je déballe ma bibliothèque (première trad. française en 1978). Ce tag donne son titre à cette série d'été qui sera publiée plus ou moins épisodiquement, au long des mois d'août et septembre, voire au début d'octobre. Mise à part cette série ce blog restera en sommeil - il fait chaud, les chats restent à l'ombre mais ne dorment que d'un œil. Vous aussi, prenez soin de vous mais surveillez les alentours, on ne sait jamais.

30/07/2018

Les occupations solitaires : l'élite


Guy Pène du Bois - Social Register, 1919
Huile sur panneau
Collection privée



Le Social Register est un annuaire de la haute bourgeoisie états-unienne, équivalent local du Who's Who. Il a débuté en 1887 avec quelque 5000 membres, s'élargissant à peine, au fil des années, au-delà de l'élite WASP de la côte Est.

29/07/2018

Ciel... et pressentiment


Evgueni Gorokhovski - Intervalle de prémonition, 1999
Huile sur toile
Via amare-habeo

28/07/2018

L'art de la fenêtre : sur la 10ème rue


John Cohen - Tanager Gallery, 10th Street (Lois Dodd standing in the window), NYC, 1959
Via birdsong217




John Cohen, qui a pris la photo bien connue de Kerouac écoutant la radio, était aussi (guitare, banjo et mandoline) des New Lost City Ramblers.

Lois Dodd était la seule femme dans le groupe fondateur de la  Tanager Gallery en 1952.

Evolution sociale de l'East Side aidant, le bar du rez-de-chaussée a été remplacé par un magasin de thérapie par le sel et un restaurant de grillades japonaises.

Et, de Lois Dodd (entre autres) déjà.



27/07/2018

Le bar du coin : à l'ouest, rien de nouveau


Louis Sabattier - Le Café de la Paix pendant la guerre, 1917 
Tableau réalisé pour le magazine  L'Illustration






Anonyme - La chanson de Craonne, ca 1917
Maxime Martelot, baryton-basse - Aude Giuliano, accordéon
Mis en ligne par Max-sou :-p

26/07/2018

25/07/2018

Le Juif errant de l'illustration (une semaine Renouard, #7)


Paul Renouard - La touche finale : Madame Sarah Bernhardt dans sa loge
Ill. pour The Graphic


Paul Mathey - Portrait de Paul Renouard, 1891, détail






Charles-Paul Renouard naît en 1845 dans une famille de sabotiers de Cour-Cheverny, la quitte à 14 ans pour gagner sa vie à Paris comme peintre en bâtiment, réussit à s'inscrire en 1868 aux Beaux-Arts où il bénéficie de la protection d'Isidore Pils. Peintre, dessinateur, graveur et illustrateur, Renouard, comme Gavarni, Doré ou Lançon, a beaucoup travaillé pour la presse illustrée - L'Illustration bien sûr, et Le Monde illustré à Paris, The Graphic, le Harper's Weekly et l'Illustrated London news à Londres.

Il n'existe pas de monographie récente sur Renouard, et même pas d'édition convenable et disponible de sa production - c'est le signe, d'ailleurs, que tout un pan de la culture visuelle de son époque nous échappe. Je citerai donc un peu longuement un passage d'un rare article qui s'attache à l'analyser, celui de Linda Nochlin (dans The Politics of Vision, Harper & Row, New York 1989, trad. fr. d'Oristelle Bonis, Les politiques de la vision, Jacqueline Chambon éd. 1995) :


"La longue carrière de Renouard explique l'ampleur et la diversité de sa production. Curieux de traiter les sujets le plus divers, il voyagea dans de nombreux pays étrangers (au point qu'un critique le surnomma "le Juif errant de l'illustration") et s'intéressa à toute la palette des types physiques, à tout l'éventail des classes sociales. 




Le théâtre social - Représentation de La " Pâque socialiste " à la Maison du Peuple : le repas symbolique
Ill. pour L'Illustration



Son œuvre qui comprend de nombreux dessins du monde du spectacle (entre autres et surtout des milieux de l'Opéra auxquels il consacra en 1881 un album d'eaux-fortes, Le Nouvel Opéra), porte également  sur différents aspects de la vie publique (la Bourse, les tribunaux, la Marine, l'Assemblée nationale, le Congrès américain), des croquis sur le vif des grands procès de l'époque, en particulier celui du capitaine Dreyfus, 




A la Cour martiale de Rennes : le capitaine Dreyfus quitte le lycée pour la prison militaire
(il s'agit évidemment du procès de 1899, la haie de soldats tournant le dos constitue un rituel d'humiliation, on peut le vérifier ici, par exemple)


...et toutes sortes de sujets de genre "faits divers" - des enfants qui jouent, les invités d'une noce en milieu ouvrier, des dames à la mode en train de prendre le thé,





Visiteurs de l'exposition universelle de Paris en train d'écouter le phonographe




...l'enterrement de la reine Victoria, un chef d'orchestre en action, des animaux, des cérémonies officielles, des scènes de la vie privée. 




Une étude de jumelles de courses
Ill. pour The Graphic



Mais pendant les années 1880 au moins (...) Renouard s'est essentiellement attaché à peindre les pauvres et les opprimés, aussi bien les prolétaires (mineurs, pêcheurs, artisans et ouvriers en usine) que que la population scrofuleuse des bas-fonds (chiffonniers, ivrognes, habitants des taudis), les marginaux de la vie moderne tels les membres du Club anarchiste




Parmi les anarchistes de Londres : le Treasury Bench (1)
Ill pour The Graphic


...ou les clochards d'Angleterre et d'Irlande, les malheureux trop faibles ou trop dépravés pour s'en sortir seuls (pensionnaires du Foundling Hospital, des prisons,




Les inculpés de la nuit entrant au tribunal
Ill. Pour The Graphic


...de la Maison des aveugles, vieux soldats des Invalides,  folles et fous de la Salpêtrière).





Le Docteur Charcot 



En 1881, il se chargea en outre d'illustrer L'Enfant, un roman de Jules Vallès sur une enfance martyre,



Anatoly montre à Vingtras un de leurs anciens professeurs réduit à laver son linge dans la Seine
Jules Vallès - Jacques Vingtras. L’Enfant, édition illustrée de douze eaux-fortes de Paul Renouard, Paris, A. Quantin, 1884



...et en 1907 il publia le plus abouti de ses chefs-d'œuvre, Eaux-fortes, Mouvements, Gestes, Expressions, une série de deux cents gravures à l'eau-forte couvrant les deux règnes, animal et humain, où s'exerçaient ses talents : ces planches exposent des lapins, des poulets, de cochons, des cafards et des scarabées,







...des tigres et des kangourous qui font ce qui bon leur semble ; des êtres humains occupés à pratiquer la gymnastique,








...la musique, la pêche ou la baignade ; des enfants qui jouent, sautent, gloussent de rire, dansent ;




Le ballet du trottoir
(dans Drury Lane)
Ill. pour The Graphic



...des dames chics coiffées d'incroyables chapeaux, qui flânent en ville ou qui cancanent, des chefs d'Etat croqués croqués dans les coulisses ; des politiciens qui discourent avec force gestes flamboyants...




Maître Parodi au procès Zola lors de l'affaire Dreyfus


(les portraits de Gambetta et de Rochefort sont particulièrement saisissants) ; des avocats et leurs clients devant le tribunal, des recrues de l'Armée du Salut, des scènes




La Black Maria
(nom anglais du fourgon cellulaire)
Ill. pour The Graphic



...de la vie londonienne." (2)




A titre d'exemple, on peut lire ici sur le forum de Jack l'éventreur un article entier du Graphic illustré par Renouard et consacré aux audiences du Tribunal de police de Londres, article dont j'extrais la précédente image.

Egalement, ici un article d'Alexandre Roob, sur l'excellent Melton Prior Institute, article auquel j'ai emprunté un certain nombre d'illustrations.

A noter que son petit-fils a consacré à Paul Renouard un site comportant une biographie et de nombreuses reproductions.



(1) On appelle Treasury bench, à la Chambre des Communes, le banc réservé au gouvernement. Ici, probablement, siègent les membres du bureau de ce groupe anarchiste. 
Mme Chat - Ha bon ? Les anarchistes ont des bureaux ?
M. Chat - L'anarchie, ce n'est pas le désordre...

(2) Linda Nochlin - Van Gogh, Renouard et la crise du textile à Lyon, dans l'ouvrage cité, pp. 146-147 de l'édition française.

24/07/2018

Répétition après la classe (une semaine Renouard, #6)


Paul Renouard - Une classe de danse



Paul Renouard - Répétition à l'Opéra




Au cours des années 1880 et 1890 Renouard dessine à maintes reprises, sur le vif, les acteurs, danseuses et figurants (les comparses) de l'Opéra de Paris. Il produira plusieurs albums dont Le Nouvel Opéra (1881) où figure le spectre du précédent billet. Auparavant il avait participé avec son maître, Isidore Pils, à la décoration de l'Opéra Garnier, notamment de ses plafonds.