27/01/2020

Par là, quelque chose : Eckersberg


Christoffer Wilhelm Eckersberg - Personnages en train de courir, vus à travers une porte, 1845
Huile sur toile
Statens Museum for Kunst, Copenhague
Source




24/01/2020

Les vacances du bestiaire : Glen Baxter


Glen Baxter - Ça ressemblait vraiment à un De Kooning de la dernière période mais comment en être sûr par les temps qui courent ?
2009, Encre et crayon sur papier
Source




23/01/2020

Ronde de nuit : Carel Willink, encore


Carel Willink - Porte de musée le soir (Rijksmuseum), n/d
Huile sur toile
Via amare-habeo








Et pendant ce temps-là...

22/01/2020

Chambre d'enfant : Oh no. Children know such a lot now.


Jamie Johnson - I will not grow up, de la série I will not, 2013
Via l'œil de la photographie




J.M. Barrie - Peter Pan or The Boy Who Would Not Grow Up, a fantasy in five acts, 1928
(in a new version by John Caird & Trevor Nunn, Dramatists Play Service, New York, 1993)

21/01/2020

Ciel... Carel Willink


Carel Willink - The Blimp / Le dirigeable, 1933
Huile sur toile

20/01/2020

Ayons congé : Oh boy...


Charles Moore - Martin Luther King Jr. arrêté pour avoir voulu entrer au Tribunal de Montgomery, Alabama pour assister à une audience où comparaissait un de ses amis, 3 septembre 1958
Via Moazedi


L'employé du tribunal vient de lui dire : "Boy, if you don't get the hell away from here, you will need a lawyer yourself."


Aujourd'hui, c'est férié, c'est MLK day (1).



Big Bill Broonzy - When do I get to be called a man, enr. 1955, écrit en 1928
Mis en ligne par DAVO1984FI


When I was born into this world, this is what happened to me
I was never called a man, and now I'm fifty-three
I wonder when,
I wonder when,
I wonder when will I get to be called a man
Do I have to wait till I get ninety-three?

When Uncle Sam called me, I know'ed I'd be called a real McCoy
But I got none of this, they just called me soldier boy
I wonder when,
I wonder when,
I wonder when will I get to be called a man
Do I have to wait till I get ninety-three?

When I got back from overseas, that night we had a ball
Next day I met the old boss, he said "Boy get you some overalls"
I wonder when,
I wonder when,
I wonder when will I get to be called a man
Do I have to wait till I get ninety-three?
I've worked on the levee camps, and axer gangs too
Black man's a boy, don't care what he can do
I wonder when,
I wonder when,
I wonder when will I get to be called a man
Do I have to wait till I get ninety-three?

They said I was uneducated, my clothes were dirty and torn
Now I've got a little education, but I'm still a boy right on
I wonder when,
I wonder when,
I wonder when will I get to be called a man
Do I have to wait till I get ninety-three?





(1) M. Chat : Vous êtes encouragés à proposer à vos députés et sénateurs respectifs l'instauration de quelques jours fériés supplémentaires en France (liste non limitative) :
le jour de Frantz Fanon
le jour d'Aimé Césaire 
le jour de Saint-Georges...

Mme Chat : ...le jour de la mulâtresse Solitude
et pourquoi pas le jour de Louise  Marie Thérèse ?


18/01/2020

Dans tes rêves : le n°113


Georg-Emmanuel Opiz (ou Opitz) - Le n°113 Palais-Royal, la sortie du n°113, 1815
Dessin à la plume et lavis à l'encre de Chine, aquarelle
Source : Gallica/BnF


De l'ouverture du Palais-Royal jusqu'à 1836, le n°113, galerie de Valois, fut la maison de jeux et de passe la plus célèbre de Paris et, accessoirement, le lieu de tous les fantasmes.

Mais c'est aussi le lieu d'un rêve de Walter Benjamin dans Einbahnstrasse...



Einbahnstrasse / Sens unique, 1923




...où le n°113 fait le titre du troisième fragment (lui-même en trois parties)...









 ...avec, pour la première partie, ce sous-titre : Souterrain.



Au Palais-Royal, le sous-sol du 113 était occupé par un café, le Café Février, où Pâris, ancien garde du corps de Louis XVI,  assassina au soir du 20 janvier 1793 Le Peletier de Saint-Fargeau, secrétaire de la Convention, lequel venait de voter la mort du Roi.



Louis Brion de la tour - Assassinat de Le Peletier de Saint-Fargeau par Pâris à la cave de Février restaurateur au 113 Palais-Royal le 20janvier 1793



Robespierre, dit-on, avait fêté au même endroit avec des amis la proclamation de la République, le 21 septembre 92.

Au-dessus du café se tenait (selon les époques) un restaurant et, dans les étages, d'abord la maison de jeux...



 Le n°113 au Palais-Royal, ca 1800
Dessin à la plume, encre brune, et encre de Chine, lavis à l'encre de Chine
Source : Gallica/BnF



...huit salles de trente-et-quarante et six tables de roulette, ouverte de quatorze heures à l'aurore. C'est là que Blücher perdit plusieurs millions en 1815, selon l'anecdote qu'on retrouve aussi...



Walter Benjamin - Passagenwerk / Paris capitale du XIXème siècle, le livre des passages 
trad. Jean Lacoste, Cerf éd. 1989, p. 509.



...dans les notes de Benjamin pour le Passagenwerk, au cahier O, Prostitution, jeu.

Les passes se faisaient au-dessus ou à côté de la maison de jeux, et le racolage à l'entrée-sortie, galerie de Valois (1).


Car au bordel, comme dans la salle de jeu, c'est la même volupté, très peccamineuse : mettre le destin dans le plaisir.
(...) N'y a-t-il pas une certaine structure de l'argent, qui ne se manifeste qu'avec le destin, et une certaine structure du destin, qui ne se manifeste qu'avec l'argent (2) ?

 

De même qu'au Palais-Royal le 113 était étagé selon ses diverses fonctions, le fragment benjaminien loge ses trois parties - récits de rêves ou récits rêvés - dans des pièces successives - Souterrain, Vestibule, Salle à manger. Dans le Vestibule on entre dans la maison de Goethe, dans la Salle à manger on se trouve dans son cabinet de travail, en présence du poète, puis dans la salle à manger elle-même - où la table se trouve dressée aussi pour toute la famille  de Benjamin, ancêtres compris. A la fin, pour l'aider à se lever on touche le coude de Goethe vieilli, en pleurant d'émotion - retrouvant l'émotion éprouvée à revoir en rêve un ami oublié dans le Souterrain :


N° 113
Les heures qui contiennent la forme,
Se sont écoulées dans la maison du rêve.

SOUTERRAIN. Nous avons depuis longtemps oublié le rituel suivant lequel fut érigée la maison de notre vie. Mais quand elle va être prise d'assaut et que les bombes ennemies éclatent déjà, quelles antiquités faméliques et contournées ne révèlent-elles pas dans les fondations ?! Que n'a-t-on pas enfoui et sacrifié entièrement sous des formules magiques, et quel lugubre cabinet de curiosités, là en bas où les puits les plus profonds se trouvent réservés aux réalités les plus quotidiennes ?! Dans une nuit de désespoir, je me vis en rêve renouer impétueusement amitié et fraternité avec le premier camarade de mes années d'école, que je ne connais plus depuis des décennies déjà, et dont je me souvenais à peine aussi après ce délai.
Mais au réveil, tout s'éclaira : ce que le désespoir, comme une explosion, avait mis au jour, était le cadavre de cet homme, qui était là emmuré de façon à ce que (3) celui devant habiter là un jour ne lui ressemblât en rien.
Walter Benjamin - Sens Unique, N° 113 - Souterrain
Trad.  Anne Longuet Marx
Allia éd. 2015



Ainsi, du tripot parisien à la maison de Weimar, du bordel à la poésie, de l'enfance refoulée à une reconnaissance par le grand âge - ce grand âge que Benjamin n'atteindra jamais, et cette reconnaissance qui lui sera refusée de son vivant - on parcourt les stades de l'oubli, du désespoir, de la remémoration par l'écriture, par ce qui est en quelques lignes la réélaboration de toute une vie.




(1) Sur le marché de la prostitution au Palais-Royal, lire Clyde Plumauzille, Le « marché aux putains » : économies sexuelles et dynamiques spatiales du Palais-Royal dans le Paris révolutionnaire.

(2) Walter Benjamin, Paris capitale du XIXème siècle, cahier O, fragments 1, 1 et 3, 6,  pp. 508 et 514.

(3) Le machen sollte : wer hier einmal wohnt, der soll im nichts ihm gleichen du texte allemand, qui est évidemment la clef de voûte du texte, est de par sa compacité très difficilement traduisible en français. La version de d'Anne Longuet Marx est de loin la meilleure ; on peut la comparer à celle de Jean Lacoste :

C'était le cadavre de cet être qui était emmuré là et devait comprendre que celui qui habite ici maintenant ne doit lui ressembler en rien. (Sens Unique, Maurice nadeau éd. 1978, p.152)

ou à celle de Christophe Jouanlanne :

C'était le cadavre de cet être humain qui était emmuré là et qui était censé faire comprendre ceci : celui à qui il arrive une fois de vivre ici n'est pas censé lui ressembler en quoi que ce soit. (Sens unique, Klincksieck éd. 209, pp. 12-13) (4).

Le verbe Sollen, employé deux fois, marque évidemment la force du refoulement en tant que destin - celui qui est passé par là n'y repassera plus - mais le einmal - une fois - rétablit l'ambiguïté puisque l'on repasse, précisément, une fois - mais sans y repasser vraiment puisqu'on n'est plus ce cadavre. Ce einmal, c'est aussi celui de es war einmal - il était une fois ; le une fois des contes et des rêves, indéfiniment répété.

(4) Il faut saluer l'effort monumental d'édition entrepris sous la direction de Michel Métayer : la traduction chez Klincksieck des Œuvres complètes (édition critique en cours chez Suhrkamp) (5) comprenant d'ores et déjà trois volumes (Critiques et recensions I & II, Sens unique). Il faut rappeler que Sens unique a mis plus de cinquante ans à être traduit en français.

(5) La précédente édition, par Rolf Tiedemann, date de 1974. On peut la consulter ici.



Ceux qui s'intéressent à l'actualité benjaminienne consulteront avec profit le fil twitter de Nathalie Raoux, autrice par ailleurs de Konstellation.

16/01/2020

Les vacances du bestiaire : Belzère

Stéphane Belzère - La création du monde, vitrail pour la cathédrale de Rodez, 2004-2007







15/01/2020

Aller au charbon

André Devambez - Le charbon (de l'album Douze eaux-fortes, 1915-1917)
Via La Grande Guerre en dessins



D'André Devambez, déjà





Et pendant ce temps-là...

14/01/2020

Le bar du coin : Hertha Günther


Herta Günther - Höhles Bierstuben, 1977
Eau-forte en couleurs
Source




La brasserie de Walter et Helene Höhle était au 4 de la Schäferstrasse, dans le quartier de Friedrichstadt, à Dresde où Hertha Günther est née et a vécu (1934-2018). Mais depuis 1989 la rue a beaucoup changé.




Herta Günther - Kneipe / Bar, 1983
Eau-forte en couleurs









13/01/2020

Ciel... Lozowick

Louis Lozowick - Power, 1943
Lithographie
Via Le vagabond des étoiles




Et, de Lozowick (entre autres), déjà.

12/01/2020

Et quitter Babylone


Frans Masereel - La sortie du cinéma, 1924
Gouache sur papier
Via amare-habeo




11/01/2020

Duos : White/Nelson


Charles White - Folksinger (Voice of Jericho : Portrait of Harry Belafonte), 1957
Encre et encre de de couleur sur carton
Collection Pamela & Harry Belafonte





Kadir Nelson - The queen of soul (portrait d'Aretha Franklin, d'après Folksinger de Charles White)
Ill. de couverture pour The New Yorker, numéro paru neuf jours après le décès d'Aretha Franklin




10/01/2020

Les occupations solitaires : les vœux aux esclaves


Giuseppe Verdi / Themistocle Solera - Va, pensiero, sull'ali dorate (chœur des esclaves, Nabucco, 1842)
chanté par le chœur de Radio France en grève
avec la participation de Sibyle Veil, présidente de Radio France
Mis en ligne par Radio France en lutte




Va, pensée, sur tes ailes dorées ;
Va, pose-toi sur les pentes, sur les collines,
Où embaument, tièdes et suaves,
Les douces brises du sol natal !

Salue les rives du Jourdain,
Les tours abattues de Sion ...
Oh ma patrie si belle et perdue !
Ô souvenir si cher et funeste !

Harpe d'or des devins fatidiques,
Pourquoi, muette, pends-tu au saule ?
Rallume les souvenirs dans le cœur,
Parle-nous du temps passé !

Semblable au destin de Solime
Joue le son d'une cruelle lamentation
Ou bien que le Seigneur t'inspire une harmonie
Qui nous donne le courage de supporter nos souffrances !

26/12/2019

Tableaux parisiens : aux pantalons garance


Jean-François Raffaëlli - La Place Monge à Paris
Huile sur toile





 Détail

25/12/2019

La forme d'une ville : traduit du frioulan


Plan de Palmanova, ca 1600




Vous n'avez pas de raison d'être inquiets. C'est Noël. Et vous êtes protégés. Mais s'il vous reste un soupçon, rien qu'un soupçon d'angoisse, les chats, n'écoutant que leur prodigalité, vous offrent une forteresse.




Palmanova, région de Frioul-Vénétie Julienne, 45°54′00″N 13°19′01″E




Solide, construite dans les règles de l'art à la fin du XVième siècle par des gens sérieux : la Sérénissime République de Venise, pour faire pièce aux Ottomans - et aux Habsbourg un peu envahissants.

Palmanova est à la fois une forteresse avant-gardiste (1) et une ville nouvelle géométrique - sur le patron renaissant des cités idéales. Tellement idéale en fait que personne ne voulut l'habiter, au point que la Sérénissime dut la peupler de prisonniers sortis des geôles vénitiennes.

Mais vous, vous pouvez  : cliquez ici. Joyeux Noël frioulan.




Pier Paolo Pasolini - Suite Frioulane (3 & 4), 1944-49
Lue par Pierre Hancisse
Mis en ligne par Poème



(1) Comme Rocroi, autre exemple de cette architecture en étoile, aux fortifications rasantes, conception venue d'Italie bien avant Vauban.


24/12/2019

L'art de la rue : à l'ouest rien de nouveau


Gregor Sailer - France, Complexe de Tir en Zone Urbaine
CENZUB, village fictif de Beauséjour
Source



Gregor Sailer photographie des villes fantômes. Parmi ces fantômes, il en est de guerriers : les centres d'entraînement de diverses armées au combat en zone urbaine. Ce sont des abstractions de Sarajevo, de Falloujah, d'Alep, des abstractions transportables n'importe où, là où vivent 50% de la population mondiale, dans les villes, près de chez vous.




Gregor Sailer - France, Complexe de Tir en Zone Urbaine
CENZUB, village fictif de Beauséjour
Source



Le CENZUB (Centre d'entraînement aux actions en zone urbaine) a été construit à l'emplacement de l'ancien hameau de Jeoffrécourt et fait partie du camp militaire de Sissonne. Le village fictif mais très opérationnel de Beauséjour comprend soixante-trois maisons plus un module de bidonville et une rue construite à partir de parois de conteneurs.


23/12/2019

22/12/2019

La vie privée des choses : Bustos


Hermenegildo Bustos - Bodegón con piña / Nature morte à l'ananas, 1877
Huile sur toile
Via amare-habeo




Et jadis, aussi, dans une revue disparue...






...par Octavio Paz.

21/12/2019

19/12/2019

La rue : Doboujinsky


Mstislav Doboujinsky - Город / Ville, 1914



18/12/2019

Au travail : Heinrich Kley


Heinrich Kley - Kohlenzeche Westphalen / Mine de charbon en Westphalie, avant 1922
Aquarelle et gouache sur papier
Source (Via Thomas Ragon


(Une autre version chez catmota)
 

15/11/2019

La campagne, la vraie


Bernard Buffet - Titre inconnu, 1951
Huile sur toile




Et les chats sont repartis à la campagne. Les chats montent une start-up éphémère de logistique événementielle. Les chats vont transporter des trucs et des machins. Les chats vont manipuler des trousseaux de clefs. Les chats vont patauger là-bas, au bout de nulle part à gauche. Les chats reviendront début décembre. Prenez soin de vous et des autres, essayez de vous faufiler entre les charges de CRS, les explosions de sites Seveso, les épicentres de tremblements de terre et les clôtures de centrales nucléaires, juste bien au milieu, là.

14/11/2019

Le bar du coin : à l'ouest rien de nouveau


André Devambez - L'espionne, d'une série de douze eaux-fortes (dessins de guerre), 1915-17

13/11/2019

Les vacances du bestiaire : ils ne sèment ni ne moissonnent


Josef Loewenstein - Publicité pour de la nourriture pour poussins, ca 1911-1930, Société Spratt, Berlin
Via ipernity

12/11/2019

L'art de la fenêtre : aux persiennes entre-closes (une semaine Marquet, #7)


Albert Marquet - La Persienne verte, 1945-1946 
Huile sur toile
Collection particulière



1945 : Marquet, antinazi déclaré, réfugié à Alger pendant la guerre, vient de revenir à Paris. On lui propose de rentrer à l'Académie, il refuse ("j'ai répondu par notre vieux cri de guerre, merde pour l'Institut !"). Il suggère la suppression de l'Académie et de l'école des Beaux-Arts ; refuse, une nouvelle fois, la Légion d'honneur ; adhère au PCF. 

L'académie survivra, et les Beaux-Arts de même. Mais chez Marquet, qui peignait d'habitude le paysage depuis sa fenêtre ouverte, les intérieurs se font plus nombreux, et les persiennes de sa maison de La Frette se closent peu à peu. Il y a peut-être des choses qu'un peintre ne veut plus voir - par exemple, ce que son pays était devenu au fil de ces cinq ans.




Albert Marquet - La fenêtre aux plantes grimpantes, ca 1945-46
Huile sur toile
Collection particulière



Curieuses destinée que celles des Fauves. D'un côté, les vieux lions assagis, retournés (1) à l'ordre (et cela, pour Derain, dès 1911), convoyés nolens volens à Weimar par un beau matin (blafard) de 1941.


 Départ des peintres et sculpteurs français pour un voyage en Allemagne organisé par Otto Abetz et Arno Brecker. De gauche à droite : Charles Despiau, Othon Friesz, André Dunoyer de Segonzac, Maurice Vlaminck, Kees Van Dongen, André Derain.
Paris, gare de l'Est, octobre 1941


L'histoire de l'art est officiellement myope - ce qu'elle ne veut pas voir de près se dissout dans un généreux brouillard. On oublie donc que l'Ecole de Paris de l'entre-deux guerres, la vraie, celle qui se vendait bien, s'accrochait avantageusement et se recommandait au grand public, se retrouvait majoritaire dans ce wagon.

Et, très minoritaire, chez les inquiétés - Marquet, réfugié de l'autre côté de la mer, Matisse silencieux à Vence - mais sanctifié par Aragon. Le discret, le silencieux Marquet tombera malade à la fin de 1946 et mourra en Juin 47. Matisse, cloué au lit dans un corset de fer, découpe des papiers ; rejoint l'ami Marquet en 54. Matisse, Marquet, tout au long de ces années sauvés par la couleur.

Alors bien sûr Picasso, bien sûr Léger. Mais la césure est là, artistique et, nolens volens, politique - quand ces persiennes se referment, et quand l'école se déplace de Paris à New York.




(1) Sur le Retour à l'ordre, outre les livres de Jean Laude et Kenneth Silver, voir Robert Storr, Modern Art despite modernism, MoMA, 2000 - mais aussi, dans une optique plus critique, La thèse d'Annick Lantenois ainsi que Philippe Dagen, Le silence des peintres.