Affichage des articles dont le libellé est L'art de la rue. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est L'art de la rue. Afficher tous les articles

24/07/2026

Deux façons de monter la garde


Francesc Català-Roca - Barcelone, 1953





Francesc Català-Roca - Tossa de Mar, 1956

 

Même si j'étais alors jeune chaton, je n'ai pas oublié les tricornios (1) et ce que déclenchait leur passage - ils allaient toujours par deux - dans certaines rues et certains villages d'Espagne en cette fin des années 50 du siècle dernier. C'est si loin, si proche. Il passaient, lentement, avec un coup d'œil bref et aigu, de côté vers l'assistance, et le bruit des conversations baissait d'un ton, puis de deux, puis de trois. Et remontait au fur et à mesure qu'ils s'éloignaient, avec parfois un autre coup d'œil, vers l'arrière, pour s'assurer qu'on avait bien eu peur.

Le bruit du fascisme, c'est ça. Pas the sound and the fury, non. C'est le silence, le silence peuplé de chuchotements, de têtes baissées et de regards obliques. Un silence si bruyant que même un tout jeune chaton pouvait l'entendre.

 

(1) La Guardia ne les porte plus en service, seulement dans les grandes occasions - celles qui font défiler les fantômes.


22/07/2026

Ecce : Felis catus/Homo sapiens


William Nicholson - The cat, ca 1933 
Huile sur toile

 

William Nicholson - Sandwich-man, de la série London types, 1898 
Lithographie

 

03/06/2026

Peindre de loin les moments politiques : brownings et funérailles (avec une visite express de la République d'entre-deux-guerres et un conseil de lecture sur le fait d'avoir déjà abdiqué sur l'essentiel)


Édouard Vuillard - Les affiches électorales square Berlioz, 1925
Huile sur panneau


Les affiches de Vuillard sont celles de la campagne municipale de 1925 à Paris, qui donna lieu à la fusillade de la rue Damrémont. Elle fit quatre morts, pas très loin du square Berlioz, de l'autre côté du cimetière de Montmartre. 


"Reconstitution" de la fusillade de la rue Damrémont
 

1925 : la gauche du Cartel est au pouvoir, jusqu'en juillet 1926, mais le PCF est dans l'opposition, lui dont le Service d'Ordre tire au browning rue Damrémont sur les Jeunesses Patriotes (1).
 
C'est la chute du second gouvernement Herriot qui signera la fin du Cartel des gauches. Et Raymond Poincaré formera un gouvernement d'Union nationale (droite et radicaux), le quatrième gouvernement Poincaré (2), suivi d'un cinquième jusqu'au 26 juillet 1929, jour où Poincaré démissionne pour raisons de santé...


André Hambourg - L'enterrement de Poincaré, 1934
Huile sur carton

 

...avant de mourir le 15 octobre 1934.

Les obsèques nationales que peint, avec un certain recul, André Hambourg ont lieu le 20 octobre. On est alors sous un Nième gouvernement d'Union entre les radicaux et la droite, le second gouvernement Doumergue, qui a vu l'émeute du 6 février 1934. Viendra le Front populaire, qui ne durera que de juin 1936 à avril 1938 (fin du second gouvernement Léon Blum) et qui sera suivi du sinistre troisième gouvernement Daladier (3).

Et de toute façon, le jour de cet enterrement, la IIIème République n'a plus que cinq ans, huit mois et vingt-cinq jours à vivre.

 

(1) On n'est qu'à huit ans du grand choc de 1917, à trois ans de la Marche sur Rome. C'est le P.C.F. des chauds débuts antimilitaristes et anticolonialistes. C'est aussi le parti qui, dans ces mêmes élections municipales de 1925, pour la première fois en France, présente et fait élire des femmes, qui seront invalidées par l'administration.

(2) Auteur d'une dévaluation compétitive et anti-rentiers qui se fit sur les conseils conjugués de la Banque de France et... de la CGT de Léon Jouhaux. 

(3) 1938 est une année intéressante, au sens de la (fausse) malédiction chinoise. Les chats conseillent la lecture du livre de David Foessel, Récidive, dont vous voudrez bien leur pardonner de citer un peu longuement l'avant-propos :

L’année 1938 dont parle ce livre est celle de la France. Depuis ce poste d’observation, le diagnostic sur la « faiblesse des démocraties » m’est apparu aussi discutable que celui que l’on fait aujourd’hui à propos des « démocraties illibérales ». Lorsque l’on dit des démocraties des années 1930 qu’elles sont faibles, on suggère qu’elles sont confrontées à des États totalitaires qui, contrairement à elles, n’ont pas à tenir compte de leurs opinions publiques. Ni à soumettre leur politique à la critique d’une presse pluraliste et libre. Dans cette hypothèse, on impute aux sociétés démocratiques une indécision, voire une lâcheté, qu’elles tiendraient du suffrage universel et du respect des règles parlementaires. Ce genre d’arguments sert aussi à expliquer la défaite de 1940 : que pouvait un peuple fatigué de la guerre, hédoniste, engourdi par les congés payés face à l’armée disciplinée et ascétique d’un État dictatorial ?

Mon exploration de 1938 m’a pourtant moins convaincu de la faiblesse de la démocratie française que du fait que la France n’était plus, à cette date, que faiblement démocratique. 1938 n’est pas seulement l’année des reniements internationaux, c’est aussi celle de l’emploi systématique des décrets-lois (l’équivalent de nos ordonnances) par le gouvernement, de la répression massive des grèves, d’une politique de plus en plus hostile aux étrangers et de l’élection de Charles Maurras à l’Académie française. Comme on le lira plus bas, la liste est loin d’être close. 

(...) 

À bien des égards, la France de 1938 m’a fait penser à l’Allemagne de 1932, un État et une société qui avaient déjà largement rompu avec la démocratie. Mais, comme chacun sait, Hitler est parvenu au pouvoir à la suite d’élections, ce qui permet de rejouer le discours sur la faiblesse congénitale des démocraties. En France, où il a fallu la défaite des armes pour imposer la Révolution nationale, l’explication selon laquelle le peuple a fait le choix démocratique de se suicider n’a pas de consistance. On devrait donc s’attendre à voir la France passer sans transition de la lumière à l’ombre : d’un régime parlementaire, peut-être faible, mais attaché à ses principes, à un système autoritaire imposé par l’occupant. Or, je n’ai pas vu dans la France de 1938 un pays que son respect des règles parlementaires rendait vulnérable à l’ennemi fasciste. Justement parce que j’étais animé par des inquiétudes sur la démocratie en 2018, j’ai décelé dans la France de 1938 une société qui, sans rien savoir de ce qui l’attendait, avait déjà abdiqué sur l’essentiel.

 

 

10/05/2026

N'oublions pas le portefaix de Königsberg


 

 
 
Ô joie ! clamèrent-il-et-elle en pénétrant dans la salle de l'exposition et en constatant que la femme au tissu vert avait fait le long voyage depuis la ville hanséatique de Brême jusqu'à cette station balnéaire de la Côte Fleurie, au risque (Kollwitz à Deauville !) du choc social pour une artiste qui déclara :
 
"La raison profonde de mon choix de ne représenter quasiment que la vie ouvrière tient à ce que les sujets puisés dans ce milieu représentaient purement et simplement ce que le beau était à mes yeux. Le beau, c'était pour moi le portefaix de Königsberg, les mariniers polonais sur leurs bateaux, la générosité des mouvements dans le peuple. Les gens du monde bourgeois, je les trouvais sans charme..."
 
 Käthe Kollwitz - Souvenirs (1923-1941) Trad. Sylvie Pertoci, in Mais il faut pourtant que je travaille, Journal - Articles - Souvenirs, L'atelier contemporain éd. 2019
 
 
Oui, c'était bien elle :
 
 
Käthe Kollwitz - Weiblicher Rückenakt auf grünem Tuch / Nu féminin vu de dos sur un drap vert, 1903 
Lithographie à la craie et au pinceau en brun, bleu et vert avec manière noire à la pierre à dessiner sur Japon, retravaillée à la craie pastel bleue
Brême, Kunsthalle

 
 
Autre choc, social mais plus ouaté, pour ce couple :
 
 
Charles Angrand - Couple dans la rue, 1887
Huile sur toile
 
 
qui vient, lui de moins loin (du Musée d'Orsay, mais c'est une Œuvre non exposée en salle actuellement) et dont le cartel ose avouer que
 
 

 
La photo de ce tableau est due à Jean Pierre Rousseau, qui photographie bien mieux que les chats et qui vous fera visiter l'exposition, si vous voulez. Après tout, si la ville du duc de Morny expose des artistes anarcho-socialistes, profitons-en.
 
Et à propos de Käthe Kollwitz et de Charles Angrand, déjà ici et

28/02/2026

Ronde de nuit : Metaphysical Pizza



Edgar Martins - Pizzaland, 2010

 

Cette photo fait partie de la série a Metaphysical Survey of British Dwellings, qui a pour cadre une ville fantôme, un décor servant uniquement à l'entraînement de la Metropolitan Police britannique.

Comme le dit leur auteur, ces images sont des métaphores de la ville moderne et asociale (...) et de la vie quotidienne que l'on y mène, disloquée, déroutante et solitaire.

On peut rapprocher ces images du travail de Gregor Sailer, par exemple sur le Complexe de Tir en Zone Urbaine de l'armée française, en 2015. 

 

 

Et pendant ce temps-là...

...historiographie de l'ininterrompu

 

10/02/2026

À la feuille


Victor-Gabriel Gilbert - Le marchand de chansons, 1903
Huile sur toile
Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris
 

03/02/2026

Le chat, la bobine et la fugue


Max Ernst - Où donner de la bobine, 1970-71, de l'album Lieux communs



Mme Chat - Il faut chercher le chat ?

M. Chat - Non, le chat a fugué. Il faut chercher le scolopendre.



 
Domenico Scarlatti - Sonate en sol mineur K30 dite "Fugue du chat", Racha Arodaky, piano
 
 
 
Republication améliorée d'un article du 10 février 2011 - tempus fugit - qui avait perdu, comme souvent, sa musique.

31/01/2026

Americana : l'art de la rue


Bruce Springsteen - Streets of Minneapolis, 2026 
Mis en ligne par Bruce Springsteen

08/01/2026

L'art de la rue : Sloan, deux fois


John Sloan - Mars and bacchante, 1915
Eau-forte

 

John Sloan - Fun, one cent, 1905
Eau-forte

 

 

Et (à propos) de John Sloan, déjà

05/01/2026

Algernon Newton, encore


Algernon Newton - Sunshine in Hampstead 
Bristol Museum & Art Gallery

04/01/2026

L'art de la rue : Algernon Newton


Algernon Newton - Townscape, 1934
Huile sur toile
Walker Art Gallery, Liverpool

 

Et d'Algernon Newton, déjà

18/10/2025

Un trou de mémoire à Chelsea

 

Paul Fordyce Maitland -  Cheyne Walk in Sunshine, 1888 


Elle allait maintenant prendre un taxi pour se rendre à Highgate. Mais tout à coup l’idée lui vint qu’elle ne se rappelait plus l’adresse. Ce contretemps se dressa tel un barrage en travers d’un puissant courant de désir. Elle fouilla désespérément dans sa mémoire à la recherche de cette adresse, d’abord en se représentant la maison, puis en essayant de retrouver le souvenir des mots qu’elle avait tracés au moins une fois sur une enveloppe. Plus elle insistait, plus ces mots lui échappaient. Y avait-il « Orchard » dans le nom de la maison, ou « Hill » dans celui de la rue ? Elle renonça. Jamais, depuis l’enfance, elle n’avait ressenti un tel vide, une telle désolation. Affluèrent aussitôt à son esprit, comme si elle sortait d’un rêve, toutes les conséquences de son incompréhensible indolence. Elle imagina le visage de Ralph au moment où il repartirait de chez elle sans un mot d’explication, persuadé que c’était elle qui lui refusait sa porte, et lui signifiait brutalement qu’elle n’avait pas envie de le voir. Elle le vit tourner les talons devant sa porte ; mais il était beaucoup plus facile de l’imaginer ensuite arpentant les rues au hasard et pendant Dieu sait combien de temps que de se figurer qu’il rentrerait directement à Highgate. Peut-être ferait-il une nouvelle tentative pour la rencontrer dans Cheyne Walk ?

Virginia Woolf - Nuit et Jour, 1919
trad. de Françoise Pellan
 
 
Les amateurs de géographie (ou, accessoirement, de dérive) littéraire londonienne pourront lire Lisbeth Larsson, Walking Virginia Woolf's London, Palgrave macmillan éd. 2017, qui suit ainsi à la trace les personnages de Nuit et jour :
 

 

01/10/2025

L'art de la rue : Rick Amor, encore


Rick Amor - Narrow Street, 1994

 

Et, de Rick Amor, déjà
 

24/09/2025

L'œil de la Panthère


Melissa Scott Miller - View from Panther House, 1995
Huile sur toile

16/09/2025

L'art de la rue : Walton, deux fois


Stuart Walton - Northern Street Scene
Lithographie




Stuart Walton - Hunslet, Leeds


 

07/09/2025

L'art de la rue : McColl/Lowry, encore


L. S. Lowry - A Beggar



Ewan McColl - To the Beggin' I Will Go (trad.)

 

Of all the trades in England the beggin' is the best
For when a beggar's tired, he can sit him down and rest
And a-beggin' I will go-o-o
And a-beggin' I will go
 

I've a poke for me salt an another for me malt
I've a pair of little crutches, you should see how I can halt
And a-beggin' I will go-o-o
And a-beggin' I will go


They're patches on me fusti cloak, there's a black patch on me knee
But when it comes to Dublin here, I can say as well as they
And a-beggin' I will go
And a-beggin' I will go


Me britches they are nobbut holеs but me heart is free of care
As long as I'vе a belly full me backside can get bare
And a-beggin' I will go
And a-beggin' I will go

 

Pour l'historique de cette chanson et d'autres versions, voir ici.

De L. S. Lowry, déjà. Et à propos d'Ewan McColl, déjà aussi

19/07/2025