08/01/2018

Résolutions de début d'année (3) : (se) divertir (en évitant dans toute la mesure du possible les tueurs en série)





Le plus beau roman de serial killer en langue française.  Les noces de la violence (mimétique) et de l'ennui (ensorcelant). La danse doublement mortelle du gendarme et du criminel. La neige en 1843. Une Haute-Provence plus vraie que vraie, totalement imaginaire. Une référence discrète, mais qu'il faut saisir, à la violence coloniale. La neige encore. Le hêtre, l'Apollon citharède des hêtres. Par-dessus tout, la neige et par-dessus la neige, du sang.

Roman écrit après quatre mois et vingt-et-un jours de prison par un auteur interdit d'édition, inscrit sur liste noire (1). Ecrit en un an sur une table de toilette de la ferme de la Margotte à Forcalquier, avec, par la fenêtre, vue sur le hêtre - l'Apollon citharède des hêtres.

C'est un roman qu'il faudrait lire seul, en plein hiver, dans une maison isolée et bloquée par la neige, quelques loups, de préférence, rôdant autour. Un roman où tout le monde, à force de s'ennuyer et pour fuir cet ennui, peut devenir roi, même les loups, les gendarmes, les prostituées, les procureurs, les assassins - surtout les assassins. Mais aussi une défense du divertissement, contrairement à la fameuse phrase de Pascal - le divertissement par tous les moyens, fussent-ils les plus rudes, pour échapper à la mort, au néant, au vertige métaphysique (3).

Un roi sans divertissement est paru en juin 1947, discrètement aux éditions de La table ronde - puis chez Gallimard, dans la collection blanche - Jean Paulhan avait-il pris soin de laisser d'autres préparer le terrain ?

Puis, de 1947 à 1952, se suivent les publications de quatre autres volumes des Chroniques romanesques - Noé, Les âmes fortes, Les grands cheminsLe moulin de Pologne. La critique découvre peu à peu la nouvelle manière de Giono.

Et 1953 : Jean Oury, médecin-chef de la clinique psychiatrique de Saumery, dans le Loir-et-Cher, part à pied avec trente-trois de ses malades qu'il ne veut pas abandonner à la médecine carcérale. Au bout de trois semaines d'errance, ils s'installent au château en déshérence de La Borde, près de Cour-Cheverny pour s'y installer en communauté thérapeutique, suivant les méthodes de psychothérapie institutionnelle déjà mises en œuvre par François Tosquelles à Saint-Alban sur Limagnole. Ce sera une petite bande, une fraternité pratique et intellectuelle incluant bientôt une soixantaine de patients. Et le renouvellement de la pratique psychiatrique en France.




(image extraite d') Arno Bertina (texte) et Jean-Pierre Gomont (Dessin) - La folle échappée - récit d'une errance qui bouleversa la psychiatrie
sur l'installation à La Borde de Jean Oury, ses patients et sa petite bande
La Revue dessinée, n°18, Hiver 2017-2018 (5)
(c'est Huguette Oury, épouse et collaboratrice de Jean Oury, qui s'exprime ici à propos du roman de Giono)


...Et ainsi Jean Oury a lu et fait lire Un roi sans divertissement. Il en parle à propos du musement. Car un des points de départ, une des idées séminales d'Un roi... dans l'esprit de Giono, à côté du hêtre - l'Apollon citharède des hêtres, c'est aussi un passage du Perceval de Chrétien de Troyes :


Et einz que il venist as tentes,
voloit une rote de gentes
que la nois avoit esbloïes.
Veùes les a et oies,
qu'eles s'an aloient fuiant
por un faucon qui vint bruyant
après eles de grant randon,
tant c'une an trova a abandon
qu'ert d'antre les altres sevrée,
si l'a férue et si hurle
qu'ancontre terre l'abati.
Mes trop fu tait, si s'an parti,
il ne la volt lier ne joindre.
Et Percevax comance a poindre
la ou il ot veù le vol.
La gente fu férue el col,
si seinna. III. gotes de sanc
qui espandirent sor le blanc,
si sanbla natural color.
La gente n'a mal ne dolor
qu'ancontre terre la tenist
tant que il a tans i venist;
ele s'an fu ençois volée,
et Percevax vit defolee
la noif qui soz la gente jut,
et le sanc qui ancor parut.
Si s'apoia desor sa lance
por esgarder celé sanblance,
que li sans et la fois ansanble
la fresche color li resanble
qui est an la face s'amie,
et panse tant que il s'oblie.



Et avant qu'il arrivât aux tentes,
volait une troupe d'oies
que la neige avait éblouies.
Il les a vues et entendues,
car elles étaient en fuite
à cause d'un faucon qui arrivait à grand bruit
derrière elles à toute allure,
jusqu'à ce qu'il en trouve une à sa portée
qui était séparée des autres.
Il l'afrappée et heurtée,
si bien qu'il l'a abattue contre terre.
Mais il était trop tard, il l'a laissée.
Il ne voulut pas se lier et se joindre à elle.
Alors Perceval se met à éperonner son cheval.
Vers là où il avait vu le vol.
L'oie était frappée au col.
Elle saigna trois gouttes de sang
qui se répandirent sur le blanc :
on eût dit une couleur naturelle.
L'oie n'a ni blessure ni douleur
qui la retînt  contre terre,
pour qu'il pût arriver sur les lieux à temps :
elle s'était envolée auparavant.
Et Perceval vit foulée
la neige qui s'était trouvée sous l'oie
et le sang qui était encore visible.
Il s'appuya sur sa lance
pour regarder cette semblance,
car le sang et la neige rapprochés
lui rappellent la fraîche couleur
du visage de son amie.
Il y pense tant qu'il s'oublie.
Perceval ou le conte du graal376e.4135-376f.4179
Traduction de ce fragment par Henri-Rey Flaud


Et Perceval s'oublie ainsi tout un petit matin, penché sur sa lance, croyant voir dans ces trois gouttes de sang sur la neige les couleurs du visage de Blanchefleur - si bien que ses écuyers doivent le tirer de sa rêverie : 

Percevax sor la gote muse 
tote la matinee et use 
tant que hors des tantes hissèrent
escuier qui muser le virent
et cuiderent qu’il somellast.



Les trois gouttes de sang sur la neige
Comment Perceval resgardoit a cheval tot armé les III goutes de sang sor la noif
Manuscrit de Perceval, Montpellier, Bibliothèque de la faculté de médecine, H249 



Ce musement du vieux français, disparu chez nous, a presque survécu en anglais (musing...) et a été revivifié par C. S. Peirce dans son article de 1908, Un argument négligé en faveur de la réalité de Dieu. A partir de Peirce également,  Oury et d'autres (6) avaient construit (bricolé ? soigné ?) une théorie du musement et de la fonction scribe  où l'on retrouve, justement, Giono et son Roi... :


"...la fonction scribe. C’est une fonction majeure, basale, qui fait que, lorsque quelque chose se passe, vraiment ça s’inscrit. L’inscription, ce n’est pas l’écriture. Le scribe, qui est une fonction logique, s’articule avec d’autres personnae dramatis, comme le museur, celui qui muse, comme on le disait dans la « Quête du Graal ». Perceval arrive devant le château du roi Arthur. Il s’arrête, sur son cheval. Il ne dort pas, ne rêve pas : il est dans le musement. Il ne faut pas le déranger. Il vient de passer la nuit, en tout bien tout honneur, avec Blanche Fleur, avant d’aller voir Arthur, son roi. Il muse sur un terrain plein de neige ; des oies sauvages se battent au-dessus de lui : trois gouttes de sang tombent sur la neige. Tout ceci est repris par Jean Giono dans « Un roi sans divertissement » (le livre, somptueux, me semble plus intéressant que le film qu’il en a été tiré). Le musement, c’est sans fin, sans discontinuité. Il se passe quelque chose sans arrêt, sans arrêt, et l’on n’a aucune prise. Ce doit être ça, ce qu’on appelle, le penser."
Jean Oury - Croissance et création, le "corps"..., intervention aux Journées de Blois, 2006




Maintenant revenons à l'avant-dernière page d'Un roi sans divertissement, quand on vient de couper la tête de l'oie et que les trois gouttes de sang tombées un matin à la fin du XIIème siècle deviennent toute une flaque gelée au mitan du XXème :







Vous lirez la suite, mais je suis sûr que vous l'avez déjà devinée. On devrait lire Un roi... chaque hiver, je pense.  Il faut profiter de l'hiver - on s'y tue et on s'y soigne, parfois avec les mêmes mots.

Car, disait-il, rien ne se fait par l'opération du Saint-Esprit. Si les gens disparaissent, c'est que quelqu'un les fait disparaître. S'il les fait disparaître, c'est qu'il y a une raison pour qu'il les fasse disparaître. Il semble qu'il n'y a pas de raison pour nous mais il y a une raison pour lui. Et, si il y a une raison pour lui, nous devons pouvoir la comprendre. Je ne crois pas, moi, qu'un homme puisse être différent des autres hommes au point d'avoir des raisons totalement incompréhensibles. Il n'y a pas d'étrangers. Il n'y a pas d'étrangers ; comprends-tu ça, ma vieille ?
Jean Giono - Un roi sans divertissement pp. 158-159 éd. Folio









(1) On connaît les deux versions de l'histoire, pro et contra.

Contra : ses relations (essentiellement de rencontre) avec Gerhard Heller et Karl Epting, avec Alphonse de Châteaubriant, et l'intérêt que lui manifestaient des revues plus ou moins collaborationnistes comme Comœdia (pour le moins) et La Gerbe (pour le plus)... La parution d'extraits de ses œuvres toujours dans La Gerbe, des photos de lui dans Signal. On trouvera ces accusations résumées par Richard Golsan, ici.

Pro : l'accusation de collaborationnisme a été instruite par le PCF, notamment dans les Lettres françaises par Claude Morgan et Tristan Tzara, et probablement sous l'influence d'Aragon qui avait des comptes à régler suite à l'adhésion de Giono à l'AEAR et à son retrait rapide, et aux polémiques engagées par le même Giono, pacifiste intégral à la fin des années 30, contre les intellectuels du PCF qui appelaient à la guerre - voir ses essais de l'époque, notamment Précisions, Le poids du ciel ou la Lettre aux paysans. Pro également, le fait que la parution dans La Gerbe, revue effectivement collaborationniste, des Deux cavaliers de l'orage aurait été purement alimentaire, et que les reportages sur Giono dans Signal étaient uniquement composés de photos dont il n'aurait pas connu la destination. De même, le fait qu'il ait hébergé dans ses fermes des réfractaires au STO, des juifs, des proscrits comme le trotskyste allemand Karl Fiedler ou encore Jean Malaquais. Les arguments pro sont notamment cités par Pierre Citron dans sa biographie, et clairement résumés par Mireille Sacotte aux pp. 83-86 de sa présentation des Chroniques romanesques,  Quarto, Gallimard éd. 2010. On peut aussi lire, d'Eugène Saccomano, Giono, le vrai du faux, éd. le Castor astral, 2014. D'Aragon, louangeant Giono avant la brouille, voir cet article de l'Humanité involontairement drôle, sur le blog de René Merle.


(2) Outre le récit dessiné de Bertina et Gomont, cet exode a été raconté par Jean Oury, il y a de cela presque vingt ans, à Eric Favreau.


(3) Tous les commentateurs ont noté la proximité du hêtre et de l'être. Dix ans après la parution d'Un roi..., Heidegger (4), en route pour un colloque à Aix, vient visiter Giono et lui dédicace Vom Wesen der Wahrheit, De l'essence de la vérité, en allemand et en français. Ne pas oublier que Giono fut très tôt traduit et très lu en Allemagne. Heidegger lisait Giono. Giono, à l'époque où il écrit Un roi..., lit beaucoup Faulkner. Faulkner lisait Balzac, tout Balzac, régulièrement. Ainsi vont les choses.

(4) Pour lequel la balance penche définitivement du côté contra, je sais.

(5) Ceci est évidemment une publicité gratuite pour la Revue dessinée. La Revue dessinée devrait être déclarée d'intérêt public.


(6) Ainsi Michel Balat, dont on peut lire en ligne Le Musement, de Peirce à Lacan. Sur le musement et la fonction scribe en psychothérapie institutionnelle, voir aussi ici, par exemple.

06/01/2018

Résolutions de début d'année (1) : relire Saki


E. O. Hoppé - Hector Hugh Munro, dit Saki, 1913



"After all," said the Duchess vaguely, "there are certain things you can't get away from. Right and wrong, good conduct and moral rectitude, have certain well-defined limits." 

 "So, for the matter of that," replied Reginald, "has the Russian Empire. The trouble is that the limits are not always in the same place."


- Somme toute, dit la duchesse avec une pointe de lassitude dans la voix, il existe un certain nombre de choses auxquelles on ne peut décidément se soustraire : le bien, le mal, la rectitude morale, une conduite honorable ont certaines limites clairement définies qu'on ne saurait décemment transgresser.
- C'est comme l'Empire russe, répliqua Reginald. Le problème, c'est que ces limites, comme vous dites, se déplacent quelquefois sans qu'elles aient à consulter pour autant le bien, le mal ou la rectitude morale.
Saki (H. H. Munro) - Reginald au théâtre, in Reginald, 1904
trad. de Gérard Joulié, L'âge d'homme éd. 2003



Grande sagacité, dit M. Chat. Comparez les évolutions récentes des limites de l'empire russe et de celles de la conduite honorable : on ne peut qu'en constater l'étroite corrélation.

Notez que Reginald parle en connaissance de cause : le seul ouvrage que Saki publia sous son vrai nom fut précisément un livre fort sérieux sur l'essor de l'empire russe.


Et, de Saki, précédemment.



21/12/2017

Célébrons les perturbateurs


Joseph Hirsch - The Hecklers / Les perturbateurs, 1943
Lithographie





Oui, c'est la fête ! Et même les fêtes, et du coup les chats sont partis - il reviendront le 6 janvier, avec les dromadaires

19/12/2017

Le bar du coin : maréchal caché


Eliseo Meifrén Roig - Plaza de París, 1887
Huile sur toile
Musée du Prado, Madrid
Via Gandalf's Gallery




Le café s'ouvre sur la place Clichy; on reconnaît la base du monument au maréchal Moncey

18/12/2017

Les intérieurs sont habités : mais ils sont à vendre








Sur Le bon coin (1), l'appartement habité par Georges Perec à partir de 1974 (2) à l'entresol du 13 rue Linné. C'est Perec qui avait fait refaire les planchers, construire la salle de bains et installer le chauffage central. Selon Bellos (3), il avait lui-même repeint les murs, aidé d'Harry Matthews.









A la fin des années 70 l'Oulipo se réunissait parfois dans cet appartement. Et c'est là, évidemment, que fut écrit La Vie mode d'emploi.







Une fois rénové, l'apparement de Perec frappa ceux qui venaient lui rendre visite par sa ressemblance avec un train. On pénétrait en effet dans un minuscule vestibule, qui donnait dans la petite cuisine, 






...de laquelle on passait dans la pièce principale avec sa cheminée de marbre et les portes-fenêtres ouvrant sur la cour de derrière, que Perec tenait à appeler son jardinet (il envoyait parfois des invitations à une "jardinet-party"). La pièce principale communiquait avec un bureau situé en enfilade; 






...le bureau se prolongeait par une chambre;







...et la chambre était suivie d'une salle de bains, tout à la fin du wagon. Aucune des pièces n'était vraiment vaste et, sans la lumière de la cour, l'espace entier pouvait engendrer aisément la claustrophobie (4).









C'est là que l'ambulance vint le chercher le 2 mars 1982, pour l'amener à l'hôpital Charles-Foix d'Ivry. Perec monta à l'avant, à côté du chauffeur. Il mourut le lendemain vers 8 heures du soir.






(1) Bien sûr, l'annonce de juin dernier n'y figure plus depuis longtemps. Pour ces images il faut remercier La main de singe.

(2) Il l'avait acheté en 73.

(3) David Bellos, Georges Perec, une vie dans les mots, Seuil éd. 1994 pour la version française, p. 563.

(4) Ibid., p. 575.




Notez que David Bellos a également écrit un livre souvent recommandé dans les écoles de traduction. Et qu'il existe une Association Georges Perec.

17/12/2017

Duo : programmé


Huang Yi - Duo Chorégraphique avec un robot industriel KUKA
Violoncelle : Joshua Roman
Mis en ligne par TED







Et pendant ce temps-là...
...les valeurs et les autres

16/12/2017

"Avalon", pour l'amour du ciel !


William Gass (30 juillet 1924 - 6 décembre 2017) dans sa bibliothèque
Via Biblioklept


The aim of the artist ought to be to bring into the world objects which do not already exist there, and objects which are especially worthy of love. We meet people, grow to know them slowly, settle on some to companion our life. Do we value our friends for their social status, because they are burning in the public blaze? do we ask of our mistress her meaning? calculate the usefulness of our husband or wife? Only too often. Works of art are meant to be lived with and loved, and if we try to understand them, we should try to understand them as we try to understand anyone—in order to know them better, not in order to know something else.



Le but de l'artiste devrait être de faire venir au monde des objets qui n'y existent pas encore, des objets qui soient spécialement dignes d'amour. Nous rencontrons des gens, insensiblement nous apprenons à les connaître, et puis nous décidons de faire de quelqu'un le compagnon de notre vie. Apprécions-nous nos amis pour leur rang dans la société, parce qu'ils brillent de tout leur éclat sur la scène publique ? Chez une maîtresse, cherchons-nous ce qu'elle représente ? Notre mari ou notre épouse, en calculons-nous l'utilité ? Bien trop souvent. Les oeuvres d'art sont faites pour vivre avec nous et pour être aimées, et pour ce qui est de les comprendre, nous devrions nous y prendre comme on le fait pour comprendre quelqu'un - c'est-à-dire pour les connaître mieux, elles, et non pour savoir quelque chose d'autre.
William Gass - The Artist and Society, in Fiction and the Figures of Life, 1970
Trad. les chats (hélas)




Du point de vue du lectorat français, William H. Gass a commis l'erreur de mourir un jour (1) après Jean d'Ormesson et Johnny Hallyday, et de nous faire ainsi sentir l'écart entre ceux (2) qui brillent de tout leur éclat sur la scène publique et ceux qui sont faits pour que nous apprenions à les connaître.

De Gass, on peut lire maintenant Le tunnel en langue française ou encore, si on veut commencer par plus court et plus simple, son dernier recueil, Eyes (two novellas & four short stories, 2015) traduit par Marc Chénetier sous le titre  de Regards. Dedans, il y a Laisse tomber, Sam, le monologue du piano oublié de Casablanca : 


Je sais pourquoi c’est à moi que tu veux parler. C’est parce que tous les autres sont morts. Les étoiles s’éteignent. Les réalisateurs meurent. Les studios ferment. Mais on conserve certains accessoires. J’ai vu mon amie la bouteille d’eau de Vichy dans la réserve, aussi soigneusement emballée que le Faucon maltais. C’est qu’on rapporterait un joli paquet, aujourd’hui, pas vrai ? Tu vois, on survit, quand on veut bien nous laisser mener notre vie dans notre coin. Même les partitions qui devaient rester posées là comme si elles allaient bientôt servir se trouvent encore ici quelque part. À attendre, comme moi, leur interprète. « Avalon », pour l’amour du ciel !




Al Jolson, Vincent Rose & Buddy DeSilva - Avalon
joué par le Benny Goodman quartet, 1937
Mis en ligne par MusicProf78



(1) Et même un peu plus, compte tenu du décalage entre Paris et St Louis, Missouri.

(2) Certes, de mortuis nihil nisi, etc...



Sur Gass, on peut lire ici ce qu'en a dit Claro, traducteur du Tunnel. Et en anglais, un peu au hasard et mis à part les obituaires des journaux, le billet d'Edwin Turner et, tout particulièrement sur The Artist and Society, celui de A. D. Jameson, avec un rapprochement inattendu entre Gass et Chklovsky.

14/12/2017

Parcs et jardins : Ciel...


Trèves - Jardins du palais des princes-électeurs






Et pendant ce temps-là...

13/12/2017

L'art de la conversation : à cheval, sur deux contemporanéités


François-Remy Jeansac - "A" comme Art Contemporain
Mis en ligne par Kevos Van Der Meiren










Et pendant ce temps-là...

12/12/2017

V par V


Félix Vallotton - Vuillard dessinant à Honfleur, 1902
Huile sur carton
Musée des Beaux-Arts de Montréal 

11/12/2017

Parcs et jardins : della Bella


Stefano della Bella - L'Apennin, Villa de Pratolino, ca 1653
Eau-forte, IIème état
Source

10/12/2017

Une semaine Scholz (7) : portrait craché


Georg Scholz - Selbstbildnis vor der Litfaßsäule / Autoportrait devant la colonne d'affichage, 1926
Huile sur carton 
Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe




La production la plus critique, au sens politico-social, de Scholz s'étend de 1920 à 23, sous l'effet de la guerre, de l'adhésion au KPD, du Dadaïsme avec lequel il rompra d'ailleurs très vite. A partir de 24 la révolte s'estompe au profit d'une froideur croissante, non seulement du traitement ce qui était déjà le cas, mais des thèmes. Le regard n'est pas forcément plus apaisé, mais certainement plus distant, même si chargé d'ironie. A cet égard la cabine du garde-barrière, de 1924, marque une tournant.

L'autoportrait de 26 est celui d'un peintre devenu titulaire de chaire, habillé en bourgeois et peut-être légèrement étonné de l'être (titulaire, et bourgeois). Il s'agit bien d'un affichage, avec la distance et le détachement que cela implique. De même que le verre des lunettes ne se remarque que par la réfraction des traits du visage, celui de la vitrine du concessionnaire Mercedes n'est décelable que par les lettres qui y sont apposées. Transparence mais séparation; familiarité mais éloignement.

Licencié et interdit d'exercice de son art par les nazis, ses œuvres confisquées, Scholz se réfugie à Waldkirch, petite ville du pays de Bade; il se convertit au catholicisme. Nommé en 1945 maire de la ville par les occupants français, il meurt en novembre de la même année.


09/12/2017

Une semaine Scholz (6) : La vie privée des choses


Georg Scholtz - Kakteen und Semaphore / Cactus et sémaphores, 1923 
Huile sur panneau dur 
Westfälisches museum für Kunst und Kulturgeschichte, Münster





Le cactus, plante préférée de la Neue Sachlichkeit. Une plante qui peut meurtrir, mais qu'on peut peindre froidement comme si c'était un minéral. Et des ampoules électriques - des formes simples aussi, qui peuvent être lumineuses et inertes à la fois. Un espace à l'avenant, entièrement modelé par la main de l'homme, et parfaitement non-humain.

08/12/2017

Une semaine Scholz (5) : Le bar du coin


Georg Scholz - Café (Hakenkreuzritter) / Café (chevalier de la croix gammée), 1921
Aquarelle
Collection Merrill C. Berman
Source




Il s'agit du même sujet que l'estampe postée hier. Ici les cicatrices ne sont pas des griffures d'animaux, mais des traces de combats de Mensur, ces duels entre étudiants des classes supérieures, dont l'enjeu était de récolter les scarifications les plus impressionnantes.

Cette aquarelle fait partie de l'exposition Splendeurs et misères de la République de Weimar, à la Schirn Kunsthalle de Francfort, jusqu'au 25 février.

07/12/2017

Une semaine Scholz (4) : Les vacances du bestiaire


Georg Scholz - Totes Huhn / Poulet mort, 1925 
Encre, aquarelle, gouache et crayon sur carton




Georg Scholz - Der Tierarzt / Le vétérinaire
(ou) im café-(veterinär), 1921
Eau-forte et pointe sèche

06/12/2017

Une semaine Scholz (3) : l'art de la rue


Georg Scholz - Badische Kleinstadt bei Tage / Petite ville du Pays de Bade le jour, 1922-23 
Huile sur carton





Scholz (1890-1945) étudia de 1908 à 1912 à l'Académie de Karlsruhe, ville qui était alors la capitale de la République de Bade. Il y revint pour enseigner à la même Académie, d'abord comme assistant (1923) puis comme titulaire de chaire à partir de 1925.

Dans les années 20 l'Académie de Karlsruhe était un foyer actif de la Nouvelle objectivité avec, outre Scholz, Wilhelm Schnarrenberger et Karl Hubbuch. Mais Karlsruhe fut aussi la première Académie à organiser dès 1933 une exposition d'art dégénéré, à l'initiative de peintres traditionalistes en alliance avec le parti nazi local. La même année Scholz est licencié de l'Académie. Il est interdit d'exercice de son art à partir de 1939.

Ce tableau est le pendant de la scène nocturne postée hier.

La représentation de l'espace, chez les peintres de la  Nouvelle Objectivité, repose sur un mélange de transparence et de contrainte. L'exiguïté, le confinement, le rabougrissement des rapports sociaux sont soulignés par les perspectives et les lignes de fuite. Ici par exemple, une série de maisons de poupées aux couleurs pimpantes, aux fenêtres aveugles, sont disposées selon deux diagonales, l'une qui va de la naissance à la mort, du landau au corbillard, l'autre à dominante excrémentielle. Au centre, un policier règle cette circulation. Au premier plan en guise de synthèse un boucher manie la merde et le sang. On notera la présence d'objets fétiches de l'école : les barrières et le cactus en pot. Sur l'ensemble pèse un climat qu'on pourrait qualifier de claustrophobie en plein air.

05/12/2017

Une semaine Scholz (2) : ronde de nuit


Georg Scholz - Deutsche Kleinstadt bei Nacht / Petite ville allemande la nuit, 1923
Huile sur carton
Kunstmuseum, Bâle

04/12/2017

Une semaine Scholz (1) : On accoste. Mais on devine


Georg Scholz - Der sentimentale Matrose / Le matelot sentimental, 1921 
Lithographie






Paul Fort - L'amour marin (Ballades, 1897)
adapté et mis en musique par Georges Brassens : La Marine, 1953
Mis en ligne par labasedelunivers






Détail du préédent

03/12/2017

L'art de la rue : Stoecklin


Niklaus Stoecklin - Au soldes des trois sœurs, 1930 
Huile sur toile 
Kunstmuseum, Bâle

02/12/2017

Société du spectacle : Cross


Henri-Edmond Cross - Etude pour Scène de corrida, 1893
Aquarelle




Et d'Henri-Edmond Cross, déjà.

01/12/2017

C'était sa fonction, c'était son ascèse


Brigitte Fontaine - La déplaceuse, 1965
Mis en ligne par Sultana Hanimefendi