20/07/2009

La Zone (1) : Six mois sous la lune grise




Stalker
, film d'Andreï Tarkovski sur un scénario tiré par les frères Strougatski d'un de leurs propres livres, se déroule dans une Zone interdite - résultat d'une incompréhensible intrusion extraterrestre - où les lois de la physique ordinaire n'ont plus cours. Des pièges paranormaux y guettent les explorateurs clandestins qui ne s'y risquent que sous la conduite d'un guide, un Stalker. Le but du voyage est de parvenir à la Chambre des désirs, où tous les voeux seront exaucés. La Zone de Stalker est une métaphore qui convient bien, entre autres, aux années 69-71 : tout glissait sous nos pieds et nous cherchions des guides.

Nous en avons trouvé, d'ailleurs. Et évidemment nous n'avons vu Stalker qu'en 1979, plutôt tard pour déjouer tous les pièges.





Andreï Tarkovski - Stalker - Le transport et l'entrée dans la Zone
Mis en ligne par KippenhanFilms



Cela dit, en février 1969 la campagne alentour n'était pas verte.

A la descente du train
La neige crissait sous les bottes
Lorraine, campagne pâlotte
Secrets, frissons et chagrin.


On m'attendait au poste de garde, qui m'expédia chez le colonel. Ce dernier me fit part de son équanimité vis-à-vis du trublion que je me devais de ne plus être, puisque le service militaire n'était clairement pas une punition. Plutôt l'occasion de rencontrer d'autres jeunes et de m'exercer à défendre ce beau vieux pays de Napoléon IV (voir plus bas : le colonel avait raison parties I et II). Puis je passai à la tonte et à la fourniture.

Le treillis et puis la capote
Dans le sac tout un saint-frusquin
On ne dit pas des brodequins
Mais des rangers, c'est tout mon pote.



Gustave Caillebotte - Un soldat, ca 1881


On m'assigna un lit vide dans une chambrée de soixante et je posai mon casque lourd (lourd) sur le haut (haut) d'une armoire métallique (clique) - signe d'appropriation de mon territoire. L'avantage d'arriver par décision spéciale du ministre en-dehors du calendrier des incorporations bimestrielles, c'est que j'étais immédiatement repérable.

- Quest-ce-que tu fous là ? T'as vingt jours d'avance sur les bleus de la prochaine...
- Je suis le gauchiste étudiant incorporé à titre disciplinaire.


Au bout de quelques heures j'étais l'attraction et ils venaient me raconter le mai de leur caserne - les camions prêts à partir pour Paris, moteurs chauffés, les fusils dans les armoires pour ne pas perdre de temps à l'armurerie au cas où la troupe devrait embarquer au plus vite. Et les interrogations inévitables - si on nous avait dit de tirer, qu'est-ce qu'on aurait fait ?


Incidente : vers le milieu du XXIème siècle, des thésards faméliques mais chanceux pourront sans doute accéder aux archives militaires et retrouver des bribes de ce qui s'est vraiment passé dans les casernes française en mai-juin 1968. Ils diront à nos petits-enfants s'il y a réellement eu une mutinerie sur le porte-avions Clemenceau (1) et s'il y a eu d'autres comités de soldats que celui du 153ème RIMECA de Mutzig (2). IIs pourront vérifier à travers les rapports de la Sécurité Militaire si le soldat français interviewé à Baden-Baden par un reporter du Times était bien représentatif de l'état d'esprit de ses camarades - à la question de savoir s’il tirerait sur des grévistes, il avait répondu : "Jamais ! Je trouve leurs méthodes un peu rudes, mais je suis moi-même un fils de travailleur."


En attendant l'arrivée de la fournée suivante, on me mit dans le coin d'un bureau. J'y rédigeais à l'attention des tribunaux administratifs des mémoires et observations - le deuxième canonnier Chose contre Pierre Messmer, ministre des armées - que je remettais dûment à des vaguemestres dubitatifs. Ensuite, il ne me restait plus qu'à me plonger dans Balzac et Dickens, ces deux providences des enfermés. Je venais de finir Splendeurs et misères, et je commençais juste les Pickwick papers, quand ma classe arriva.

Le colonel avait raison (I)...

...quand je pense à tous ceux que je n'aurais pas rencontrés sans lui; il y avait...

...Mohammed dit Momo, pour qui l'armée était le ciel bleu et le soleil de la liberté. Il sortait par transport direct de la Centrale de Toul - une taule pas vraiment réputée pour ses excès de tendresse et qui donnerait deux ans plus tard, du 9 au 13 décembre 1971, le coup d'envoi des grandes révoltes de prisons (3). Quand on avait le blues on allait voir Momo, professeur de gaîté qui n'avait peur que d'une seule chose au monde - la relègue, qui ne disparut pour de bon qu'en 1970...

...ce margis-chef (4) ancien harki qui avait combattu en Algérie dans les commandos de chasse. Un taiseux, mais ses yeux parlaient pour lui...

...G., qui le jour de l'incorporation avait gentiment annoncé que quoi qu'il en coûte il resterait tel quel - pas rasé, chemise ouverte, sourire et cigarette aux lèvres, guitare à la main. Barman de son état, il s'était accroché à son instrument jusqu'à ce qu'on le jette à l'infirmerie d'abord et au gnouf ensuite - avant de le réformer P4. Il était parti sous les vivats de ceux qui auraient bien aimé avoir son courage...

...A. et B., les deux métallos cégétistes de Renault-Billancourt.
B. en plus d'être communiste était kabyle, ce qui faisait beaucoup pour l'armée de l'époque. En général quand il pleuvait c'était d'abord sur lui - ça nous rapprochait...

...le petit ouvrier pâtissier qui n'avait pas dépassé le premier exercice de tir.
Au cri "feu" il était resté figé, le doigt sur la détente de son MAS 49/56.




Le fusil semi-automatique MAS 49 modifié 56 de 7,5 mm, arme standard de l'armée française à partir de la guerre d'Algérie.


- Pourquoi t'as pas tiré bon dieu ?


Tout pâle, il avait tourné la tête

- Mais comme ça, ça peut tuer des gens ?
- Tire, nom de dieu !
- ...
- Tu va tirer oui ou merde ?
- Non, j'veux pas tuer des gens.


Au bout de trois minutes le chef l'avait sorti du pas de tir. Conduit à l'infirmerie, et réformé P4. Il faut être fou, pour ne vouloir tuer personne...

...le surprenant maréchal des logis.
Un beau matin le margis de semaine nous fait le coup de l'inspection inopinée. Fait ouvrir son armoire à B., un des métallos, farfouille et en sort le dernier numéro de Rouge.




Un ange passe dans la chambrée des bleus, un très gros ange aux allures de poulet cuit : on n'a déjà pas le droit de faire entrer un journal quelconque, alors un canard gauchiste ça peut aller chercher dans les deux mois de trou, facile. Le margis lit attentivement la première page et dit : "suivez-moi". J'accompagne B., nous n'en menons pas large. Surprise, on ne va pas à la semaine ou chez le capitaine mais dans la chambre du sous-off qui referme soigneusement la porte derrière nous, ouvre à clef le tiroir de son bureau et en sort le




Programme de transition
de l'oncle Léon, en nous disant tout joyeux "Regardez, moi aussi !" Nous finissons par comprendre que nous étions face au dernier auditeur d'un cercle d'études marxiste formé dans la caserne par un militant de l'O.C.I. quelque deux ans plus tôt : le trou, ce n'était pas pour cette fois. Je crois aussi qu'on a un peu déçu le margis quand il a réalisé que ni B. ni moi nous n'étions lambertistes...

...le jeune soldat juif que nous avions retrouvé à temps sous son lit, les veines ouvertes, et qui s'en était sorti. Réformé P4...


Le colonel avait raison (II)...

...ou comment j'ai appris à défendre le vieux pays.


Cet hiver-là Richard Anthony faisait un carton à six heures du mat dans les casernes. La journée du soldat commence par le bruit des rangers du margis de semaine dans l'escalier. La porte s'ouvre...

- ...bout là-dedans !


En fonction de l'individu et de son humeur - il a en principe veillé toute la nuit à attendre que l'armée rouge attaque - cet ordre s'accompagne ou non de coups de pieds dans les montants des lits superposés. C'est alors que les transistors se mettent en marche...




Richard Anthony - Le sirop-typhon, 1969
Mis en ligne par Judicael Tartempion



Garder ce rythme en s'habillant, puis pour le petit cross de décrassage dans la nuit à -6°, lit au carré, inspections diverses et mise en tenue avant le petit déjeuner - le café au lait est meilleur sans lait. Ensuite on se met à l'entretien et/ou la mise en marche du joyau du régiment - sa raison d'être...



...l'obusier de 105 automoteur MK61 sur châssis AMX13
que l'on peut acheter ici en kit et assembler selon le mode d'emploi.




Elégant et robuste, ses 16,5 tonnes sur 2x5 roues, poulies de tension et barbotins avant pouvaient transporter cinq, voire six hommes d'équipage jusqu'à des 60 km/h - à cette vitesse les casques lourds étaient pratiques pour vomir dedans. Aujourd'hui ces machins fonctionnent avec quatre hommes mais à l'époque on ne manquait pas de gamins appelés à s'entasser dans la breloquante casserole - en plus du chef de char, un pilote à l'avant, artificier, pointeur, chargeur, tireur, et les obus qui vous basculaient sur la gueule dans les cahots, les douilles récupérées qui valdinguaient dans les jambes. Un char ce n'est jamais qu'une machine, juste un peu plus dangereuse pour ceux qui sont devant que pour ceux qu'on met à l'intérieur. Essentiellement de la graisse à mettre et à enlever, longuement.


Au bout d'un mois de classes, on pouvait sortir en ville. Enfin, la ville...


La permission du soir, après la soupe
Les canonniers s'en vont, seuls ou par deux
Vagues, le coeur serré, dans le soir bleu
Ce ne sont plus des enfants - c'est la Troupe.

Mais

Puisque les filles ici n'aiment pas l'uniforme
Contentons-nous de jouer aux tarots
Dans la chambrée - et crions-le bien haut :
Plus que Quatre-cent dix ! Puis la jouissance, énorme !

Après l'appel, l'inspection à la loupe
Ils vont grimper en riant dans leurs lits
Et puis ils vont pleurer - mais à bas bruit :
Ce ne sont plus des enfants, c'est la Troupe.


L'ennui porte à la rimaille - on marche au pas, on compose dans sa tête des poèmes de pacotille, des espèces de Vieux Coppées militaires - j'essaie de m'en souvenir. On s'ennuie encore, on tourne en rangs dans la cour, on défile en gueulant ces espèces de vieux chants scouts ou légionnaires...



Mis en ligne par CHANTS MILITAIRE


...on ne chantait pas dans la brume grise, on préférait sous la lune grise, ça m'est resté. Et on montait des gardes, des quinze jours d'affilée à surveiller des dépôts de munitions perdus au fin fond des Vosges, seul dans un mirador à attendre que d'improbables cons viennent chiper des obus. Lectures conseillées Céline, le Voyage, et Darien, le Journal du voleur - très bien, Darien, sous l'uniforme...

L'ennui - et de temps en temps quelques brimades, faire des pompes en criant



Brigitte Bardot est une belle femme mais j'suis trop con pour la baiser !!


et nous nous disions que cette formule obsessionnelle devait être plus qu'un fantasme, un mot de passe peut-être, protégeant un savoir ésotérique, la quintessence d'une philosophie - le grand secret un peu honteux de l'armée française...


Il y avait un peu de formation théorique : qu'est-ce qu'un obus, qu'est-ce que l'ennemi, comment identifier un char soviétique...

Comment se protéger en cas d'explosion nucléaire... je me souviens de la fin du chapitre : "à défaut, se réfugier sous une table solide".

A l'époque, le service faisait dix-huit mois, la première permission au bout de deux mois à la fin des classes, et puis tout de suite le chapelet des jours à décompter en hurlant :
- Trois cents !
- Deux cent vingt huit !!
- Cent douze !!!
Et juste après, le Père Cent qui se fêtait en humiliant les bleus...
Enfin à partir de Soixante les libérables se traînaient, avinés, débraillés, intouchables, comme des pièces d'usinage dix fois réembouties et recabossées, prêts à tout pourvu qu'on les laisse filer - libéraaaab !!!

Vinrent les beaux jours, les manoeuvres à Mourmelon et à Suippes, à tirer les coups de canon qu'il fallait bien de temps en temps. Je me souviens, on était là quatre ou cinq à bouffer des rations de combat, celles où il y avait parfois une petite bouteille de rhum, léger mais suffisant.




Henri Rousseau dit le Douanier - Les artilleurs, ca 1893


Comme dans la chanson, le vent de Juin berçait les arbres. Plus haut, les obus des 155 positionnés derrière nous passaient au-dessus de nos têtes avec ce long bruit de faux qu'on n'entend jamais au cinéma. Quelqu'un dit comme de juste "on n'est pas bien, là ?" et un autre alluma un transistor : Louis-Philippe II succédait à Napoléon IV.




15 juin 1969 - Election de Georges Pompidou
Mis en ligne par British Pathé



Je me souviens : cinq semaines plus tard, il y a quarante ans de cela, nous étions revenus de manoeuvre, on avait une fois de plus battu les rouges à plate couture. On était tous au foyer à consommer ce qu'il y avait de plus alcoolisé, des fruits au sirop dégueulasses et du savarin bourratif, en regardant l'humanité faire un grand pas à la télé...




Neil Armstrong - First Moon Landing 1969
Mis en ligne par NTD



...à ce moment-là quelqu'un a dit "eux ils sont sur la lune, mais ils seront revenus avant nous". Trois cent soixante au jus et des poussières qu'on avait à passer, sous notre lune grise à nous.

Et puis finalement non. Les tribunaux administratifs avaient entre-temps jugé qu'on ne pouvait pas annuler rétroactivement la décision d'accorder un sursis d'incorporation d'un an (5). Après le TA la question était celle de l'appel, suspensif bien entendu. Il faut croire que le départ de Napoléon IV avait enhardi les autorités compétentes au point qu'elles décidèrent de ne pas se ridiculiser une nouvelle fois devant le Conseil d'Etat.

Par un bel après-midi d'été j'eus ma seconde entrevue avec le colonel.

- Deuxième canonnier, on me dit que si vous voulez vous pouvez regagner tout de suite la vie civile, mais vous allez rester avec nous, hein ?

- Mon colonel, je crains que non, hélas...

- Eh bien dans ce cas d'ici deux heures je ne veux plus vous voir dans ma caserne.


Une évasion, même légale, étant toujours une fête collective les copains de chambrée m'aidèrent à boucler mes affaires en un temps record et je quittai sous le soleil d'Août l'ombre portée de la lune grise.




(1) Et plusieurs marins "perdus à la mer", selon un numéro d'Action paru en mai 1968.

(2) Qui publia un tract intitulé "Nous ne tirerons pas sur nos frères ouvriers" : "comme tous les conscrits, nous sommes confinés dans les casernes. On se prépare à nous faire intervenir comme force répressive. Les jeunes et les travailleurs doivent savoir que les soldats du contingent ne tireront jamais sur les travailleurs. Nous sommes absolument opposés à l’encerclement militaire des usines. […] Nous devons fraterniser. Soldats du contingent, formez vos comités !"

(3) La grande vague de révoltes fit suite à la circulaire du 12 novembre 1971 de René Pleven par laquelle ce bon chrétien ministre de la justice supprimait à titre disciplinaire les colis de Noël. Les prisons de Nîmes, de Nancy et bien d'autres suivirent Toul. Voir par exemple Philippe Artières, La prison en procès, les mutins de Nancy (1972), Revue Vingtième siècle, 2001 n°70 pp. 55-70. Edith Rose, psychiatre de la centrale de Toul, bouleversée par ce qu'elle avait vu (prisonniers mis pendant des jours en contention pieds et poings liés sur des lits, tentatives de suicides toutes les nuits, traitement par l'alternance mitard-piqûre de calmants...) en fit un rapport à l'inspecteur général de l'Administration Pénitentiaire. Elle écrivait : "je refuse d'admettre qu'un homme soit irrémédiablement fichu, comme le pensent beaucoup de gens à la centrale Ney de Toul, à l'âge de 20 ans. Je somme tous ceux qui me liront de ne pas rester indifférents et de s'engager". Elle fut révoquée de l'Administration Pénitentiaire. Michel Foucault lut son rapport, acheta avec des amis une page du Monde pour le publier et en fit le point de départ de son fameux Discours de Toul, qu'on peut lire ici par exemple, page 236.

(4) Dans l'artillerie comme dans la cavalerie il n'y a pas de sergent mais des maréchaux des logis, en abrégé margis, et donc un sergent-chef s'appelle un margis-chef.

(5) ce qui était évident depuis le début, avait laissé entendre le Commissaire du gouvernement lors du passage de mon recours au TA.

19/07/2009

Poésie illustrée : Delpastre

cliquer sur l'image pour voir la vidéo




De l'idea que ven, que se'n tòrna, e beleu tornara, beleu pas,
que sabes - d'onte ven mai d'onte vendra pas !

D'aquela musica, que passa, que te traucha, que te fai oblidar lo vent, e lo temps, e lo bruch qual que siá alentorn,
d'aquela musica, o d'aquela paraula, qu'arrieba coma vent-folet, que passa, que te tòrç, e que te fai virar
que t'empòrta ! e que te laissa quí, bresat, nejat, leugier mai que pluma, pesant mai que de peira -
e que te laissa quí, crebat de mila mòrts, de mila amors, e de l'eternitat, e que te laissa quí, sechat, pus viu que font,
pus niure e pus segur, e que -que tornara beleu, jamai pariera - o que tornara pas - coma l'onda que tòrna, o que tornara pas, plaser que fend, dolor que raia -
que ne'n dire ! E que ne'n saubriatz.


De l'idée qui vient, qui s'en va, peut-être reviendra, peut-être pas,

que sais-tu - d'où elle vient, d'où elle ne vient pas !

De cette musique, qui passe, qui te traverse, qui te fait oublier le vent, et le temps, et le bruit quelqu'il soit autour,
de cette musique, ou de cette parole, qui arrive comme un vent follet, qui passe, qui te tord, et qui te fait tourner,
qui t'emporte, et qui te laisse là, brisé, noyé, plus léger que plume, plus lourd que pierre -
et qui te laisse là, crevé de mille morts, de mille amours et de l'éternité, et qui te laisse là, desséché, plus vif que source,
plus ivre et plus sûr, et qui - qui reviendra peut-être, jamais semblable - ou ne reviendra pas - comme l'onde revient, ou ne revient pas, plaisir déchirant, douleur rayonnante -
qu'en peut-on dire ! Qu'est-ce qu'on en sait.

Marcelle Delpastre - Paraulas per questa terra
edicions dau chamin de Sent-Jaume

On peut aussi l'écouter ici pendant trente jours.

16/07/2009

Ayons congé : Millais

John Everett Millais - Leisure hours, portrait d'Ann et Marion Pender, filles de Sir John Pender, 1864

13/07/2009

Brillez, lanternes de papier : Gibbs/Simon/Rivière/Kobayashi



Kobayashi Kiyochika - Feux d'artifice sur l'étang d'Ikenohata


Henri Rivière - 36 vues de la Tour Eiffel - Fête du 14 juillet sur la Seine


Frantisek Simon - Soir de fête à Paris


Percy W. Gibbs - River promenade

09/07/2009

Le greffe : il est de retour




The cat came back, Cordell Barker, 1988

Nominé aux Oscars l'année de sa réalisation, le film illustre une chanson de Harry S. Miller passée dans le patrimoine folk.

Voir d'autres films de Cordell Barker sur le site de l'Office National du Film canadien.

Old Mister Johnson had troubles of his own
He had a yellow cat which wouldn't leave its home;
He tried and he tried to give the cat away,
He gave it to a man goin' far, far away.

But the cat came back the very next day,
The cat came back, we thought he was a goner
But the cat came back; it just couldn't stay away.
Away, away, yea, yea, yea


08/07/2009

07/07/2009

Le bar du coin : dernier verre


George Grosz - Café, 1919

Il y a de cela cinquante ans et un jour, à Berlin. George Grosz, rentrant d'une soirée bien arrosée, rate une marche dans l'escalier de sa cave, tombe et meurt.

Voir des oeuvres de Grosz.

03/07/2009

Le vendredi c'est Hasui


Kawase Hasui - Le matin sur la mer à Shiribeshi, Bikuni (Hokkaïdo), 3 octobre 1932

30/06/2009

Duos : Buhot/Koike

Junko Koike - Coming of age


Félix Buhot - Les voisins de campagne, 1879-1880

29/06/2009

Rioplatenses : trottoirs




Mis en ligne par Perlimplin86



Veredas de Buenos-Aires / Trottoirs de Buenos-Aires
Paroles : Julio Cortazar - Musique : Edgardo Canton - Chant : Juan Cedron

De pibes la llamamos “la vedera”
y a ella le gustó que la quisiéramos,
En su lomo sufrido dibujamos tantas rayuelas.
Después, ya más compadres, taconeando,
dimos vueltas manzana con la barra,
silbando fuerte
para que la rubia del almacén
saliera con sus lindas trenzas a la ventana.


A mí me tocó un día irme muy lejos
pero no me olvidé de la vedera.

Aquí o allá las siento en los tamangos
como la fiel caricia de mi tierra.

¡Cuánto andaré por ahí hasta que pueda volver a verla?

28/06/2009

26/06/2009

Le vendredi c'est Hasui

Kawase Hasui - Akashi-cho après la pluie, 1928

Via Real Funny Lady

25/06/2009

Le bar du coin : consommation en plan-séquence



Mis en ligne par AntonioDGO

Bela Tarr - A londoni férfi - L'homme de Londres, 2007

23/06/2009

Ayons congé : Waterhouse

John William Waterhouse - Resting, ca 1885

15/06/2009

Le gai haut de forme

Charles Angrand - Autoportrait, 1892


De Charles Angrand, grand expérimentateur et artiste discret, on se souvient surtout par les chroniques que Félix Fénéon consacra à chacun de ses accrochages. Pour le pauvre Angrand, qui était d'une timidité maladive quand il s'agissait de ses oeuvres, il ne devait pas être facile de voir le plus grand critique d'art de l'époque fourbir sur elles ses métaphores et ses néologismes, sans gentillesse excessive du reste : "...sa brosse, d'une violence rusée, travaille et triture ingénieusement une pâte épaisse et plastique, la configure aux reliefs, l'érafle, l'écorche, la guilloche et la papelonne..." (1)

Fénéon n'aimait pas les empâtements.





Charles Angrand - Un gardeur de dindons, 1881


Membre fondateur du Salon des Indépendants, Angrand avait participé à la première exposition de 1884, dans le bureau de poste temporaire installé à l'emplacement des Tuileries incendiées par la Commune - c'était le Salon où la
Baignade à Asnières de Seurat avait été reléguée au buffet.

Puis Angrand fit partie du petit groupe autour du même Seurat - avec Signac, Maximilien Luce, Charles-Edmond Cross, et Dubois-Pillet le gendarme-peintre.
Son atelier était situé au 47 boulevard des Batignolles, pas loin du café Guerbois, du café d'Athènes et du Chat Noir.
Il était des rares vrais intimes de Seurat, qui ne révéla qu'à lui et Signac sa liaison avec Madeleine Knobloch, la jeune femme se poudrant.

Le grand Félix était tout indulgence à partir du moment où un artiste avait connu le chemin de Damas du divisionnisme.
"Diversifié à l'infini pour rendre le luisant d'un wagon, le tohu-bohu d'un ciel, la furtivité de l'eau, le fouillis des herbes, son jeu atteignait à un maximum de virtuosité quand, vers 86, ce peintre adopta le système de la division scientifique du ton et annula dans l'uniforme facture néo-impressionniste ses ragoûts de pâte et ses ruses de brosse. Privés des adminicules coutumiers, ses tableaux d'abord pâtirent; leur saveur s'affaiblit, leur polychromie s'anémia; mais un surcroît de transparence, de luminosité et de justesse légitima tôt son évolution." (2)



Charles Angrand - La Seine à Courbevoie - La Grande Jatte, 1888


"Opposée à la nappe chatoyante et reflétante du fleuve, une nappe de gazon se bleute par places de l'ombre d'arbres; des retombées de feuillages à peine balancés restreignent le ciel qui rosit à leur contour ; l'autre rive se quadrille de maisons rouges, de maisons blanche ; deux voiliers glissent ; l'habileté de M. Angrand à choisir ses thèmes et à les agencer est bien sensible dans cet A la Grande Jatte et dans les tableaux qui l'accompagnent" (3).

La bienveillance de Fénéon avait des limites : un an plus tôt il n'avait pas laissé passer ce qu'il estimait être l'échec d'une toile ambitieuse d'Angrand, Un accident, essai acrobatique de pointillisme nocturne...



Charles Angrand - Un accident, 1887


"...éclairée par les becs de gaz et par des globes pharmaceutiques, une foule s'accumule sur le trottoir. Le dessin s'ankylose et les teintes délinquent. Donner, en un tableau destiné à être vu à la lulière naturelle, la sensation des éclairages factices, - la tentative est intéressante et complexement ardue : plongé dans la lumière jaune du gaz, l'observateur l'estime blanche, adoptant ainsi un terme de comparaison inexact auquel vont se rapporter toutes les couleurs ; - il devient pratiquement daltonien. Et tant d'autres difficultés..." (4)


Qui aime bien châtie bien... et pourtant quel plus bel éloge, venant de Fénéon, que cette critique en argot dans le journal d'Emile Pouget : "Autre prolo : celui-là se trémousse devant un four assez chaud pour fricasser le Mont-Blanc en cinq minutes. Ca fait partie d'une série de dessins au crayon noir, de Charles Angrand. Dans ces dessins, faut pas chercher des détails : le camerluche s'est occupé que des ensembles, et il y a foutu de la poésie sans trouducuterie et du mystère sans battage." (5)

Vers la fin du siècle, Angrand retourne dans son pays de Caux natal et abandonne progressivement la couleur pour de grands dessins au crayon Conté...



Charles Angrand - Fin de moisson



"...qui glissent du noir au blanc par lentes houles impeccablement dégradées. Dans cette brume lumineuse les bêtes, les choses, les gens de la campagne apparaissent selon des formes simples qui résumaient les trouvailles de l'observateur sans garder trace de rien d'anecdotique." (6)
Puis à la fin de sa vie il revient à la couleur, par le pastel.

En 1890 et 1891, Georges Seurat peint ce qui sera son dernier grand chef-d'oeuvre, Le Cirque, qu'il expose sans l'avoir fini au 8ème Salon des Indépendants...





Geoges Seurat - Le Cirque, 1890-91



...et avant même que le Salon ferme ses portes, Seurat meurt de la diphtérie.

Le Cirque
- qui ne sera jamais terminé - fait partie des oeuvres qui marquent l'extrême limite de la grande tradition figurative, avant que la couleur prenne son autonomie, avant que les formes se fractionnent. A
u moment de ce 8ème Salon le groupe des Nabis vient de se former, le cloisonnisme est à ses débuts, Van Gogh est déjà à Auvers-sur-Oise, Gauguin parti pour Tahiti, Cézanne peint les Joueurs de cartes. Et vingt ans seulement séparent les Poseuses des Demoiselles d'Avignon. Peut-on seulement imaginer, comme le demande Linda Nochlin (7) ce qu'aurait été "la face de l'art du XXème siècle (...) si Seurat, plutôt que Cézanne, était tenu pour le peintre moderniste par excellence" ?

"Avec Le Cirque," dit-elle, "ce qui est en jeu c'est le phénomène moderne du spectacle et son corollaire, la passivité du public. Le tableau parodie la production artistique, allégoriquement représentée par un numéro éblouissant de virtuosité, paralysé dans sa gestuelle, avec culbutes et sauts périlleux pour satisfaire l'assistance tenue en haleine. Jusqu'aux artistes qui paraissent figés dans le dynamisme de leurs poses, bloqués dans les arcs décrits par leurs membres, diagrammes désincarnés du mouvement. La relation des spectateurs au spectacle telle qu'elle est exposée dans Le Cirque admet d'ailleurs des grilles d'interprétation plus sinistres encore. S'ils sont là pour représenter le public des amateurs d'art, ces gens saisis dans un état proche de la transe hypnotique ne sont pas sans évoquer les masses fascinées par les maîtres qui les manipulent. On pense en les regardant à l'inquiétant roman de Thomas Mann, Mario et le magicien, à la foule de Nuremberg électrisé par Hitler ou, plus près de nous, à l'électorat américain et à ses candidats-acteurs qui énoncent leurs slogans et gesticulent avec une habilté consommée devant les caméras de télévision. Sous sa forme d'allégorie anti-utopiste, Le Cirque est dans une certaine mesure une oeuvre d'anticipation qui porte inscrite en elle la problématique sociale de son époque" (8).

Pousser Le Cirque jusqu'à Nuremberg, dira-t-on, n'est-ce pas surinterpréter ? Pourtant le concept d'allégorie anti-utopiste - inspiré à Nochlin par Ernst Bloch - s'applique aussi bien au Cirque qu'à la Grande Jatte. Le Cirque est bien une allégorie de l'art dans un monde frelaté, de la beauté sans illusion. C'est la grimace sous le sourire, la contorsion sous la grâce, le dressage au fouet sous l'éclatant tour de force. Ce fouet qui serpente, magnifié par ce que peut avoir de masochiste la technique pointilliste, c'est celui du marché de l'art en plein développement - et peut-être aussi celui des querelles intestines, de ce noeud de vipères qu'était le cercle néo-impressionniste à l'instar de touts les groupes d'avant-garde.

Si Seurat tenait tant à exposer rapidement Le Cirque, c'était aussi, on le sait, pour réaffirmer son rang dans le groupe où une concurrence feutrée l'opposait à Signac. Sur Signac, Fénéon avait publié un livre et Seurat avait fort mal pris de ne pas y être cité une seule fois. Quand le critique, pour se réconcilier formellement, vint le visiter dans son nouvel atelier il y trouva porte close alors qu'il savait pertinemment que le peintre était là. Ce que Fénéon ignorait comme bien d'autres c'est que Seurat y cachait à tous, et d'abord à sa propre famille, la naissance du fils qu'il venait d'avoir de sa maîtresse, Madeleine Knobloch.

Suivit un échange de lettres raturées et contrariées qui ne régla en rien le différend. Et au Salon de 1891 le tableau qui triompha ne fut pas Le Cirque mais Sur l'émail d'un fond rythmique, le portrait par Signac de Félix Fénéon...

Angrand joua un petit rôle dans cette brouille - il fut un des rares à rendre visite à Seurat pour le consoler après la parution du Signac de Fénéon - et il semble que Seurat l'hypersensible en ait encore été vexé (8)...



Seurat a disposé ses spectateurs, comme le voulait très probablement le prix des places au cirque Fernando, dans une stricte séparation de classes qui n'ont pas beaucoup changé en cent dix-huit ans: tout en haut les ouvriers...






...à mi-hauteur les petits-bourgeois...






...et en bas, au plus près des artistes, les riches.






En 1926, Fénéon écrit un papier à l'occasion de la mort de Charles Angrand. C'est alors qu'il se souvient :
"entre la queue du cheval et le clown qui fait le saut périlleux, on voit, au Louvre, dans Le Cirque de Seurat, immédiatement derrière la banquette...







...un spectateur coiffé d'un gai haut de forme : Angrand en 1891.
" (9)


Hommage ironique, cette banquette de première classe pour un spectateur privilégié, Charles Angrand, l'homme du mystère sans battage.


(1) Félix Fénéon, Compte-rendu de la IIème exposition de la Société des artistes indépendants, du 20 août au 27 septembre, rue des Tuileries, in Oeuvres plus que complètes, p. 44.

(2) et (3) Félix Fénéon, Compte-rendu de la seconde exposition de la Société des Trente-Trois, La Cravache, 19 janvier 1889, in Oeuvres plus que complètes, p. 134.

(4) Félix Fénéon, Le néo-impressionnisme, L'Art moderne, 1er mai 1887, in Oeuvres plus que complètes, p. 75.

(5) Félix Fénéon, Balade chez les artisses indépendants, Le Père Peinard, 16 avril 1893, in Oeuvres plus que complètes, p. 227.

(6) Linda Nochlin, La Grande Jatte de Seurat, une allégorie anti-utopiste, in Les politiques de la vision, p. 243

(7) Linda Nochlin, ibid. pp. 263-264.


(8) Sur toute l'affaire, lire le chapitre VII de la biographie de Fénéon par Joan Ungersma Halperin - c'est aussi à Joan Halperin qu'on doit la publication des Oeuvres plus que complètes de FF chez Droz.

(9) Félix Fénéon, B V A, in Oeuvres plus que complètes, p. 481.


12/06/2009

Le vendredi c'est Hasui

Kawase Hasui - Le lac Matsubara à Shinshu, 1941

09/06/2009

01/06/2009

Ronde de nuit : au Croisic

Ferdinand Loyen de Puigaudeau - Fête de nuit au Croisic

Ayons congé jusqu'au 7 Juin...

31/05/2009

Les deux tentations de l'autoportrait : Dolci/Rosa



Carlo Dolci - Autoportrait, 1674



Salvator Rosa -
"Tais-toi - sinon, que tes paroles vaillent mieux que le silence" Autoportrait, 1640

22/05/2009

Société du spectacle: histoire des deux danseuses et des deux châteaux



Thomas Gainsborough - Giovanna Baccelli, 1782


Antoine Pesne - La Danseuse Barbara Campanini, dite Barbarina, ca 1745



Rameau - Les Indes galantes - Acte 3, Ballet des fleurs
Orchestre Jean-François Paillard



Giovanna Baccelli est née à Venise autour de 1753 dans une famille d'acteurs itinérants, mais on sait peu de choses de sa carrière de danseuse avant qu'elle se produise en 1774 à Londres, dans un ballet-divertissement tiré des Indes galantes de Rameau. Cinq ans plus tard John Frederick Sackville, 3ème duc de Dorset et ancêtre de Vita Sackville-West, tombe amoureux fou d'elle. Avec des hauts et des bas, cette liaison dura dix ans et fut suffisamment forte pour que le duc l'installât chez lui à Knole House - il parvint même, paraît-il, à l'intéresser au jeu de cricket dont il était un fervent adepte.

Elle eut le privilège de faire faire son portrait non seulement par Gainsborough mais aussi par Joshua Reynolds - et sa statue, qu'on peut encore voir à Knole...


Mis en ligne par 柯鳥 Mei ko sous licence Creative Commons

...par Locatelli.

Pour sa part Gainsborough l'a représentée dans l'attitude et le costume correspondant au ballet Les amants surpris, qu'elle exécuta au King's theatre de Haymarket pendant la saison 1780-81.

Quand le duc de Dorset fut nommé en 1783 ambassadeur d'Angleterre à Paris elle en profita pour y danser à l'Opéra pendant la saison 1782, comme ballerine invitée. C'est la révolution française qui ramena le duc en Angleterre, et ce qu'il en vit le jeta, dit-on, dans un profond état de dépression et de mélancolie dont seule la gaîté de la Baccelli pouvait le distraire - pas suffisamment pourtant puisqu'il finit par décider de racheter sa conduite et de refaire sa fortune en épousant une riche héritière. Conformément aux habitudes de l'époque il fit une pension annuelle de 400£ à Baccelli et celle-ci, de son côté, s'en alla vivre avec Henry Herbert, dixième comte de Pembroke. Après la mort de ce dernier en 1794, elle épousa un certain Mr James Carey... Elle mourut en 1801.



Barbara Campanini, dite La Barbarina, nacquit à Parme en 1721, dansa dans sa ville natale au Teatro Farnese, puis en 1739 à l'Opéra de Paris où Victor-Amédée de Carignan, prince du sang de Savoie, l'installa richement rue Vivienne. Elle était alors la plus grande danseuse de l'époque, réputée pour ses entrechats-huit - ceux où l'on croise les pieds quatre fois durant le saut.

On la retrouve ensuite à partir de 1740 au Covent Garden de Londres, où c'est le coup de foudre mutuel avec
le jeune lord James Stuart Mackenzie. Enfin elle est engagée par le roi Frédéric II de Prusse pour les représentations inaugurales du nouvel Opéra de Berlin. Mais entretemps Stuart Mackenzie l'a accompagnée à Venise où elle danse pour le Carnaval de 1744 au Teatro di San Gionanni Crisostomo (l'actuel Teatro Malibran). C'est probablement à ce moment que Rosalba Carriera, la grande pastelliste de l'ère rococo, exécute - ou fait exécuter par ses aides - les deux portraits fort semblables qu'on peut voir à Londres et à Dresde.


Rosalba Carriera - Portrait de Barbara Campanini


Mais un contrat est un contrat, surtout avec le roi de Prusse. Or James n'a aucune envie de suivre Barbara dans les brumes du nord, et elle tente par tous les moyens de rompre son engagement berlinois. Mauvaise idée : le Sénat de Venise, sur intervention de Frédéric, fait arrêter la Barbarina et l'expédie sous escorte chez son royal client... A l'étape de Goritz, auberge de l'Aigle noir, Stuart Mackenzie tente un coup de main pour la libérer, mais il échoue; il la suit à la trace mais se voit interdire l'entrée en Prusse. Tout ce romanesque et cette publicité vaudront évidemment à la Barbarina un succès monstre à Berlin où on lui prêtera même par la suite une liaison avec le roi. C'est à ce moment qu'Antoine Pesne fait son portrait.

Puis un jour Charles-Louis de Corcejii, fils du grand chancelier, s'éprend lui aussi d'elle et lui demande de l'épouser - occasion qu'en ces temps-là une danseuse vagabonde rencontrait trop rarement pour ne pas la prendre en considération. Scandale familial, Frédéric II fait quitter Berlin à la danseuse et emprisonne au château d'Alt Landsberg le godelureau qui une fois libéré n'aura évidemment qu'une hâte, celle d'épouser sa ballerine en secret. Frédéric, cédant aux prières de la Barbarina, valide le mariage que la famille Coccejii voulait faire annuler, et nomme le jeune époux à Glogau, sinistre trou du fond de la Silésie. La Barbarina l'y suit, finit par s'avouer au bout de quelques années qu'elle ne supporte pas ce mari qu'elle n'a pas épousé par amour, et divorce. Elle achète de ses deniers le château de Berschau pour y finir sa vie comme comtesse de Campanini, se consacrant aux oeuvres pieuses. Elle meurt en 1799.


Pour les avoir tirées de l'oubli, grâce soit rendue au Siefar et à Karen Eliot.

L'art de la cuisine : Sahleb

Ludwig Deutsch - Marchand de Sahleb au Caire, 1886



Moitié sucre, moitié farine de sorgho - délayer le sorgho à l'eau, passer au tamis fin, ajouter le sucre, puis mettre à feu doux jusqu'à obtenir de la crème - servir chaud dans des bols de porcelaine, saupoudrer de gingembre : Sahleb.