26/05/2026

Ciel... Radziwill


Franz Radziwill - Die Strasse / La rue, 1928
Huile sur toile
Museum Ludwig, Cologne 
 
La toile a obtenu la médaille d'or de la ville de Düsseldorf - le premier succès public de Radziwill. Il représentait si méticuleusement les briques qu'on rapprochait ça du fait qu'il avait été maçon - Radziwill était un peintre quasi-autodidacte.
 
Et Die Strasse était, avec une autre toile du peintre, à la 19ème Biennale de Venise en 1934 - Radziwill, qui avait adhéré au NSDAP en 1933, représentait donc avec son tableau l'art du nouveau Reich.
 
Pourtant, à Königsberg en 1938, Arnold Ziegler, président de la Chambre des Beaux-Arts du Reich interdit d'exposer ce même tableau, et même il le confisque. Voilà que Rosenberg avait gagné contre Goebbels et le régime avait fini par se faire une religion sur la question artistique en rejetant l'art moderne, expressionnisme et Neue Sachlichkeit compris. On avait même collé le portrait de Radziwill par Otto Dix dans l'exposition d'Entartete Kunst (art dégénéré) de Munich. Avec l'inscription "Radziwill, bolchevik culturel, comment a-t-on pu se laisser peindre ainsi ?". Même chez les nazis il y avait des factions artistiques, et des comptes se réglaient.
 
Mais Radziwill continua d'exposer - certes moins - de peindre et de vendre, particulièrement à la Kriegsmarine, les officiers l'aimaient bien, il peignait les bateaux dans leurs moindres détails, comme les briques. Et puis la guerre s'est terminée, on dénazifia (un peu) et le peintre fut d'abord classé catégorie 4 (sympathisant). Puis, après avoir fait appel, catégorie 5 (personnes exonérées). Il corrigea certaines de ses toiles. Il effaçait ici ou là une croix gammée.
 
Pourtant, du début jusqu'à la fin de ce qu'il a peint, un thème prédomine : l'angoisse - de la mécanisation, de la destruction, de la solitude. Même à l'aune de la Neue Sachlichkeit, une école pas vraiment décontractée, Radziwill tranche. C'est le maître du paysage angoissé...
 
...et des ciels oppressants, lourds de menaces, pesant sur une humanité perdue, qu'elle soit nazie ou dégénérée.

 


Franz Radziwill - Hochwasser (das Wasser steigt) / Inondation (l'eau monte), 1957
Huile sur toile
 
 
Pour en savoir plus sur le parcours de Radziwill on peut lire ici ce qu'en a écrit Claire Aslangul


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