07/11/2018

Les occupations solitaires : le bar du coin, à marée basse et marée haute (et Stoecklin, toujours)


Niklaus Stoecklin - Der Einsame/ Le solitaire, 1960
Huile sur panneau




Stoecklin (1896-1982) est associé au mouvement de la Neue Sachlichkeit - seul artiste non-allemand (il était suisse) à avoir participé à l'exposition éponyme de 1925 à Mannheim. On a coutume de le rattacher ensuite à ce vaste ensemble flou qu'est le "réalisme magique". C'est aussi un affichiste, dessinateur de timbres-poste et, activité typiquement bâloise, peintre de lanternes pour le Carnaval.




Juan Luis Jardí Baraja - Medusas,  2016




Jardí Baraja (né en 1961) est un peintre barcelonais que l'on peut intégrer au même vaste ensemble flou, c'est très pratique.





Et pendant ce temps-là...


06/11/2018

Le thym sauvage inaperçu, le temps irrémissible (Eliot, à propos de Terence Davies, encore)


Terence Davies - Distant voices, still lives, 1988 - "In the black midwinter"
In the black midwinter (Christina Georgina Rossetti / Harold Darke) chanté par Mary Seers
Mis en ligne par Emerson Goo



(Réédition d'un billet de 2009)
Terence Davies, cinéaste de la remémoration élégiaque, est un lecteur de T.S. Eliot. Leur affaire commune, c'est le temps, la méditation, la rumination du temps éternellement présent, irrémissible...

Time present and time past
Are both perhaps present in time future,
And time future contained in time past.
If all time is eternally present
All time is unredeemable (1)


Chez l'un comme chez l'autre la même obsession de la composition exacte. Autre point de contact avec Eliot le converti, l'amour-haine de Davies pour le catholicisme populaire pour le moins rigoureux dans lequel il fut élevé. Ce n'est donc pas par hasard si au nombre des poèmes dont la récitation rythme Of time and the City, se trouve Little Gidding, qui clôt le cycle mystique des Quatre quatuors.

With the drawing of this Love and the voice of this
Calling 


We shall not cease from exploration
And the end of all our exploring
Will be to arrive where we started
And know the place for the first time.


J'éprouve une immense gratitude envers Eliot (2), pour mes nuits d'internat passées dans East Coker avec une lampe de poche, et quand j'avais fini je reprenais au début.

In my beginning is my end.







East Coker (1943) et plus particulièrement sa troisième partie, O dark dark dark..., c'est le chaudron central, le trou noir, la noche oscura de la poésie post-moderniste (3) - sans compter que les dix premiers vers sont aujourd'hui d'une grande actualité. Et, puisque Eliot trouvait parfois l'inspiration dans le métro - et qu'il le reconnaît d'ailleurs ouvertement dans ce passage - voici une lecture de ce troisième mouvement d'East Coker au long d'un petit trajet dans ce premier cercle de l'enfer londonien, la Circle line.







T. S. Eliot - East Cocker, IIIème partie : O dark dark dark...
Mis en ligne par MetaBob


O dark dark dark. They all go into the dark,
The vacant interstellar spaces, the vacant into the vacant,
The captains, merchant bankers, eminent men of letters,
The generous patrons of art, the statesmen and the rulers,
Distinguished civil servants, chairmen of many committees,
Industrial lords and petty contractors, all go into the dark,
And dark the Sun and Moon, and the Almanach de Gotha
And the Stock Exchange Gazette, the Directory of Directors,
And cold the sense and lost the motive of action.
And we all go with them, into the silent funeral,
Nobody's funeral, for there is no one to bury.






Vue de la cabine, la Circle line 2 du métro londonien, de Victoria à Great Portland street
Mis en ligne par poshJosh69



I said to my soul, be still, and let the dark come upon you
Which shall be the darkness of God. As, in a theatre,
The lights are extinguished, for the scene to be changed
With a hollow rumble of wings, with a movement of darkness on darkness,
And we know that the hills and the trees, the distant panorama
And the bold imposing facade are all being rolled away—

Or as, when an underground train, in the tube, stops too long between stations
And the conversation rises and slowly fades into silence
And you see behind every face the mental emptiness deepen
Leaving only the growing terror of nothing to think about;




Mabel Dwight - Abstract thinking, 1932




Or when, under ether, the mind is conscious but conscious of nothing—
I said to my soul, be still, and wait without hope
For hope would be hope for the wrong thing; wait without love,
For love would be love of the wrong thing; there is yet faith
But the faith and the love and the hope are all in the waiting.
Wait without thought, for you are not ready for thought:
So the darkness shall be the light, and the stillness the dancing.
Whisper of running streams, and winter lightning.
The wild thyme unseen and the wild strawberry,
The laughter in the garden, echoed ecstasy
Not lost, but requiring, pointing to the agony
Of death and birth.

You say I am repeating
Something I have said before. I shall say it again.
Shall I say it again? In order to arrive there,
To arrive where you are, to get from where you are not,
You must go by a way wherein there is no ecstasy.
In order to arrive at what you do not know
You must go by a way which is the way of ignorance.
In order to possess what you do not possess
You must go by the way of dispossession.
In order to arrive at what you are not
You must go through the way in which you are not.
And what you do not know is the only thing you know
And what you own is what you do not own
And where you are is where you are not.




Là où vous êtes est là où vous n'êtes pas : à East coker, petit village du Somerset d'où les ancêtres d'Eliot partirent pour l'Amérique au XVIIème siècle et où le principal divertissement - outre l'entretien de la tombe du poète - semble être le grand concours d'épouvantails, ou bien dans la Liverpool engloutie que ressasse un cinéaste désespérément en quête de producteur - là où


...l'obscur sera lumière; le repos danse.
Mumures d'eaux vives, éclairs d'hiver;
Le thym sauvage inaperçu, la fraise des bois,
Les rires au jardin, extase réverbérée
Non point perdue, mais requérant, mais s'efforçant vers, l'agonie
De la mort et de la naissance. (4)



Terence Davies - The long day closes, 1992, séquence de fin
Paroles et musique de Gilbert & Sullivan
interprétées par Pro Cantione Antiqua
Mis en ligne par cragarrows




No star is o'er the lake,
Its pale watch keeping,
The moon is half awake,
Through gray mists creeping,
The last red leaves fall round
The porch of roses,
The clock hath ceased to sound,
The long day closes.

Sit by the silent hearth
In calm endeavour,
To count the sounds of mirth,
Now dumb for ever.
Heed not how hope believes
And fate disposes:
Shadow is round the eaves,
The long day closes.

The lighted windows dim
Are fading slowly.
The fire that was so trim
Now quivers lowly,
Quivers lowly.

Go to the dreamless bed
Where grief reposes;
Thy book of toil is read,
The long day closes;
Go to the dreamless bed
Where grief reposes;
Thy book of toil is read,
Thy book of toil is read,
Go to the dreamless bed,
The long day closes.




(1) T.S. Eliot, Burnt Norton, 1-5.

(2) Eliot le réactionnaire (ah, Little Gidding et sa référence sous-jacente au pauvre roi Charles Ier...) Eliot l'antisémite (franchement, Gerontion et Sweeney among the nightingales, il faut se les avaler...) - et pourtant oui, Eliot.

(3) C'est-à-dire, celle d'après Zone et The waste land, celle du ressac, de la reconfiguration d'après le grand craquement des années 10. Cet entre-deux, ce tremblement (au bord du retour à l'ordre), nous y sommes toujours.

(4) East Coker, 129-134, trad. Pierre Leyris, qui a travaillé en contact étroit avec Eliot en 1947 à Londres. Il existe d'autres traductions mais celle de Leyris reste la seule autorisée par l'éditeur qui détient les droits et les défend fermement contre les tentatives concurrentes, parfois même antérieures au travail de Leyris.

Des rides, à la surface de l'eau


Terence Davies - Distant voices, still lives, 1988




C'est probablement cette copie récemment restaurée du film que l'on pourra voir (1) aux Rencontres des cinémas d'Europe, à Aubenas du 17 au 24 novembre. On pourra aussi y revoir Of time and the City (2009), Sunset song (2016) et Emily Dickinson, a quiet passion (2017). Terence Davies sera présent au festival (rencontre prévue le vendredi 23 à 22h).

Distant voices, still lives est l'assemblage  de deux films étroitement interconnectés mais tournés l'un en 1986 (Distant voices) l'autre en 88 (Still lives). Tous deux racontent la vie d'une famille ouvrière anglaise de Liverpool (années 40 et tout début des '50 pour le premier, années 50 pour le second); c'est la famille de Davies, ses parents (2) son frère et ses deux soeurs, mais le personnage de Davies lui-même est absent, contrairement à ses autres autobiographies filmées (3). La narration est elliptique, alternant les passages traumatiques, les plans fixes quasi-photographiques et les moments d'émotion fusionnelle. Davies a comparé la structure du film à celle des rides circulaires qui se forment à la surface de l'eau quand on y jette des pierres - ou au fonctionnement de la mémoire (4). Mais Davies est un cinéaste de la forme, calculée et maîtrisée, tout autant que de l'autobiographie, d'où une tension constante, esthétique, entre l'émotion et la stase.

Distant voices, par-delà les années 50, est aussi un film de l'époque thatchérienne (5), un film de critique sociale mais de cette critique souterraine et d'autant plus efficace, montrant la classe ouvrière telle qu'elle est et non telle que les militants la rêvent, avec sa violence familiale interne, genrée et ses moments d'évasion (le pub, le cinéma). Ce qui allait à rebours, à la fois du cinéma politique de contenu et de l'idéologie dominante de l'époque (qui prêchait l'individualisme néo-libéral au-dehors et le retour aux valeurs familiales traditionnelles à la maison) (6).

Rappelons enfin que Time out a classé en 2011 les 100 meilleurs films britanniques et que Distant voices était 3ème, juste derrière Le troisième homme (7).



Les chats vont en profiter pour dépoussiérer et republier trois vieux billets sur Davies et ses alentours - cela date déjà d'il y a neuf ans, Of time and the City, comme le temps passe...






(1) en VO non sous-titrée, car elle vient juste de sortir sur les écrans britanniques, le 31 août.

(2) Dans le film-annonce (vidéo ci-dessus) on peut voir dans la séquence d'ouverture (le mariage d'Eileen) la photo du père de Davies, sur le mur du fond.

(3) Children (1976), Madonna and child (1980), Death and transfiguration (1983), réunis en 1984 dans The Terence Davies trilogy; The long day closes, 1990.

(4) "The film is about memory, and memory moves in and out of time all the while".

(5) A plus d'un titre : le premier volet, Distant voices, a bénéficié des dernières subventions publiques alimentées par l'Eady Levy (équivalent britannique de la taxe CNC sur les entrées en salle), supprimée en 85 par le gouvernement Thatcher. Pour le second volet c'est Channel 4 qui a dû compléter le financement du BFI; cf Wendy Everett, Terence Davies, Manchester University Press, 2004, pp. 57-58.

(6) Voir Tony Williams, The masochistic fix : gender oppression in the films of Terence Davies, in Fires were started, British cinema and Thatcherism, 1993.

(7) Vous voulez savoir lequel était le premier ?



05/11/2018

Le bar du coin : portrait craché


Louis Thévenet - Intérieur du café "De Grève" (autoportrait de l'artiste dans le miroir), 1920
Huile sur toile
Via huariqueje

04/11/2018

L'art de la rue : Oh Lord...


Trevor Paglen - Panneau publicitaire dans le cadre du projet 50 States 50 billboards For freedoms
Denver, Colorado
Via Kickstarter

03/11/2018

L'art de la fenêtre : Carl Bloch


Carl Bloch - Après le bain, 1884
Copenhagen Statens Museum for Kunst
Via jean louis mazieres (cc)

02/11/2018

Toutes les images (petite réflexion sur le deuil et la mémoire, assortie d'un hommage à Annie Ernaux et détournée du droit chemin par Freddie Perren & Dino Ferakis)



Freddie Perren & Dino Ferakis - I will survive
chanté par les Puppini Sisters, 2006
Mis en ligne par Lucii Miranda Garcia



"Toutes les images disparaîtront....
















...les images réelles ou imaginaires, celles qui suivent jusque dans le sommeil...














...les images d'un moment baignées d'une lumière qui n'appartient qu'à elles...












Elles s'évanouiront toutes d'un seul coup...






...comme l'ont fait les millions d'images qui étaient derrière les fronts des grands-parents morts il y a un demi-siècle,






...des parents morts eux aussi.







Des images où on figurait en gamine...






...au milieu d'autres êtres déjà disparus avant qu'on soit né,






...de même que dans notre mémoire sont présents nos enfants petits...








...aux côtés de nos parents et de nos camarades d'école.







Et l'on sera un jour dans le souvenir de nos enfants...








...au milieu de petits-enfants...





...et de gens qui ne sont pas encore nés.





Comme le désir sexuel, la mémoire ne s'arrête jamais.







Elle apparie les morts aux vivants,










...les être réels aux imaginaires,










...le rêve à l'histoire."










Texte : Annie Ernaux, Les Années, Gallimard 2008, pp. 1 & 15.




(Republication d'un billet de 2008 devenu illisible et dénaturé par la perte de sa musique)

Signes et prodiges : l'art au travail


Michaël Borremans - Trickland, 2002, de la série de peintures du même nom
Huile sur toile
Source



Le travail de Borremans porte sur les apparences (et leur apparent dévoilement). Dans Trickland il en rajoute pour ainsi dire une couche, en s'intéressant au simulacre. Qu'est-ce qui est réellement à l'échelle, qu'est-ce qui est réel, de la maquette ou de la maquettiste ?




Marjorie Collins - Camouflage class in New York University, 1943




Les classes de camouflage que Collins a photographiées sont un exemple, parmi bien d'autres, de la contribution des artistes à l'effort de guerre. On reconstitue un modèle à partir de photographies aériennes, on le retouche et on le rephotographie - élaborant et perfectionnant ainsi le camouflage d'une installation militaire ou industrielle. 


Marjorie Collins - de la même série


En photographiant les maquettistes Collins applique le même procédé que Borremans quand il les peint : représenter la fabrication d'un simulacre c'est remettre en cause - dans l'acte même - la représentation elle-même. Et, accessoirement, de façon souterraine,  l'art de  guerre se mêle à une guerre de l'art.

01/11/2018

Dernier vol pour Cincinnati


Martha, le dernier pigeon migrateur, 1914
Source : Wikimedia commons




Le rapport Planète vivante 2018 du WWF nous annonçant une diminution de 60% des effectifs de vertébrés sauvages entre 1970 et 2014, les chats y voient une occasion de republier tel quel cet article de 2010 sur la disparition, précisément, d'une espèce de vertébré sauvage.

Ectoptistes migratorius, le pigeon migrateur ou tourte voyageuse a en effet l'honneur douteux de faire partie - non seulement des espèces disparues, mais aussi de celles dont on peut dater à l'heure et au jour près l'extinction (il est précédé, quoique de façon beaucoup moins précise, par le Grand Pingouin et suivi de près par la Perruche de Caroline).

Le poème qui suit doit donc être lu comme la métaphore d'une extinction plus large. Une question subsiste cependant : Homo Sapiens était là pour dater avec soin la disparition d'Ectoptistes Migratorius, mais qui restera pour cocher la case du dernier Sapiens ? Qui écrira le poème ?




Martha à Cincinnati



A l'oiseau autrefois le plus répandu sur la terre

Etre dernière de son espèce
quelle étrange mission
Toi qui pourtant jadis te faisais une image
du Large et de l'Etroit bien différente
de la Suite Senior du zoo de Cincinnati
Martha dernier pigeon migrateur de la terre

Quel dilemme car vous étiez si savoureux
A lui seul un grossiste en épicerie fine
vendit en 1855 dix-huit-mille
d'entre vous à des New-yorkais affamés
Dans ta volière
si l'envol véritable te manque
souviens-toi vous étiez des nuées
des milliers de mètres de large
vos nidations en colonies
sur cinquante fois six kilomètres et comment
à l'arrivée des premiers immigrants
Européens en Amérique
vous avez obscurci le ciel comment durant des heures
vous les laissiez vous dénombrer dans le noir stupéfaits
Souviens-toi du temps d'avant
la tuerie méthodique et le réseau ferré
Quelques bêtes sauvages
vous ont menacés


Dem ehemals häufigsten Vogel der Welt

Letzte einer Art zu sein
was für eine merkwürdige Aufgabe
Wo du doch einmal andere Vorstellungen
von Enge und Weite hattest Sehr verschieden
von der Seniorsuite im Zoo von Cincinnati
Martha letzte Wandertaube der Welt 
(...) 
Silke Scheuermann, 2001

On peut lire et écouter ici le poème en entier dans l'original allemand.

Le pigeon migrateur, ectopistes migratorius à ne pas confondre avec le pigeon voyageur, est - ou plutôt était - une espèce à part entière, et peut-être celle à la population la plus nombreuse parmi les oiseaux - selon les estimations entre trois et cinq milliards d'individus aux début du XIXème siècle dans son aire géographique de l'est de l'Amérique du nord. 


 Hayashi et Toda - Passenger Pigeon, Ectopistes migratorius, female, ill. pour Charles Otis Whitman - Orthogenetic Evolution in the Pigeons, 1920


Un vol de pigeons migrateurs comprenait des millions d'oiseaux et pouvait effectivement dans certains cas obscurcir le ciel. Quant aux colonies de nidation, elles atteignaient bien, selon les témoignages d'époque, les dimensions décrites par le poème. C'est d'ailleurs cette propension d'ectopistes migratorius à se rassembler en masse qui en fit la proie d'une chasse devenue industrielle au milieu du XIXème. Les pigeons étaient chassés au filet, selon des méthodes qu'on peut voir détaillées ici ou . Un chasseur pouvait ramener jusqu'à 2000 oiseaux par jour, qui se vendaient 50 cents la douzaine à Chicago ou New-york : la viande de pigeon était la seule accessible aux esclaves et aux pauvres.


Filet à pigeons
ill. pour W. B. Mershon, The passenger pigeon, 1907



Les habitudes massivement grégaires de l'espèce lui permettaient de survivre aux animaux prédateurs, mais non à la chasse industrielle. A la fin du XIXème siècle le développement du chemin de fer permettait le transport de quantités importantes de viande salée et on estime que la chasse aux pigeons faisait vivre entre 5.000 et 10.000 chasseurs. En cinquante ans l'espèce disparut complètement - les derniers spécimens en liberté furent observés en 1900.



John J. Audubon - Passenger pigeon (Columba Migratoria) Upper bird, female; lower, male
ill. pour W. B. Mershon, The passenger pigeon, 1907


Le pigeon migrateur pratiquait la nidification et l'élevage collectifs : les individus en captivité n'étaient pas capables de se reproduire à une échelle suffisante pour survivre. Ils périclitèrent et se réduisaient en 1909 à trois oiseaux du zoo de Cincinnati : deux mâles dont l'un était baptisé George et une femelle, Martha (2). En 1910 seule cette dernière survivait. Le mardi 1er Septembre 1914 à 13h  locales, elle était retrouvée morte sur le sol de sa cage. Elle est conservée, naturalisée, à la Smithsonian institution et elle a sa statue à Cincinnati.



Silke Scheuermann




Silke Scheuermann, née en 1973, a obtenu le prix Leonce-und-Lena en 2001 et fait partie de la génération des jeunes poètes allemands qui n'ont publié qu'après 2000. A l'oiseau autrefois le plus répandu sur la terre est extrait de Der Tag an dem die Möwen zweistimmig sangen. Le jour où les mouettes chantèrent à deux voix - qui donne son titre au recueil - est un des plus beaux poèmes que je connaisse.



Dix poèmes de Scheuermann ont été traduits en français par François Mathieu dans le n°180 (Juin 2005) d'Action Poétique, Huit jeunes poètes de langue allemande. Plus récemment, plusieurs de ses poèmes ont été inclus dans l'expérience de traduction mutuelle Le Grand Huit / Die Achterbahn (Wallstein éd. 2017, diffusion Le Castor Astral). Il n'existe pas d'autre traduction à ma connaissance. Quant à la tentative ci-dessus pour mettre en français A l'oiseau autrefois... seuls les chats sont à blâmer.



On trouvera par ici une bibliographie sur le sujet et par là un site consacré à la mémoire de l'oiseau disparu.





(1) Dénommé également passenger pigeon en anglais, wandertaube en allemand, colombe voyageuse, tourtre ou tourte voyageuse,  en français. 

(2) La femme de George Washington se prénommait Martha.