10/03/2026

Tableaux parisiens : rue Watt



Robert Doineau - Georges et Riton rue Watt, Paris, 1952
 


 
Boris Vian - La rue Watt, chanté par Annick Cisaruk


  

Lorsque j’y ai zété
Pour la première fois
C’était en février
Mais il faisait pas froid
Des clochards somnolaient
Sur les grilles fumantes
Et les moulins tournaient
Dans la nuit murmurante
J’étais avec Raymond
(1)
Qui m’a dit mon colon
Il faut que tu constates
Qu’y a rien comme la rue Watt.

Une rue bordée de colonnes
Où y a jamais personne
Y a simplement en l’air
Des voies de chemin de fer
Où passent des lanternes
Tenues par des gens courts
Qu’ont les talons qui sonnent
Sur ces allées grillées
Sur ces colonnes de fonte
Qui viennent du Parthénon
On l’appelle la rue Watt
Parce que c’est la plus bath.

C’est une rue couverte
C’est une rue ouverte
C’est une rue déserte
Qui remonte aux deux bouts
Des chats décolorés
Filent en prise directe
Sans jamais s’arrêter
Parce qu’il y pleut jamais
Le jour c’est moins joli
Alors on va la nuit
Pour traîner ses savates
Le long de la rue Watt.

Y a des rues dont on cause
Qu’ont pourtant pas grand-chose
Des rues sans caractère
Juste un peu putassières
Mais au bout de Paris
Près d’la gare d’Austerlitz
Vierge et vague et morose
La rue Watt se repose
Un jour j’achèterai
Quelques mètres carrés
Pour planter mes tomates
Là-bas dans la rue Watt. 
 

                               Boris Vian, Juillet 1954

 

 

  Et pendant ce temps-là...

...mieux que le Steam-, le Perretpunk 

(1) Queneau.

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