12/03/2026

Fantômes à la rencontre : aussi mince qu'une feuille de papier


Frank Dadd - Ill. pour Washington Irving, Old Christmas (1) éd. G. P. Putnam's Sons, New York 1916



 

D’après ces anecdotes et d’autres qui suivirent, le croisé paraissait être, dans tout le voisinage, le héros favori des histoires de revenants. Son portrait, suspendu dans la grand’salle, était réputé par les domestiques avoir en soi quelque chose de surnaturel ; car ils avaient remarqué que vers quelque point de la salle que vous vous dirigiez, vous aviez toujours les yeux du guerrier fixés sur vous. Enfin, la vieille concierge, qui était née et avait grandi dans la famille, et qui était une grande commère parmi les servantes, affirmait que dans son jeune temps elle avait souvent entendu dire que la veille de la mi-août, époque où, comme chacun sait, tous les fantômes, lutins et fées existants deviennent visibles et errent çà et là, le croisé avait habitué monter sur son cheval, descendre de son cadre, faire le tour de la maison, descendre l’avenue, et puis aller à l’église visiter sa tombe ; auquel cas la porte de l’église roulait sur ses gonds et s’ouvrait fort civilement d’elle-même ; non qu’il en eût besoin, car il traversait sur son cheval les portes fermées et même les murs de pierre, à preuve qu’une des femmes employées à la laiterie l’avait vu de ses propres yeux passer entre deux barreaux de la grande porte du parc, se faire aussi mince qu’une feuille de papier. 

 

Washington Irving - The Christmas dinner / Le dîner de Noël  in Old Christmas / Noël d'antan 
trad. Théodore Lefebvre : Le livre d'esquisses, Poulet-Malassis, 1862

 

 

(1) Publié d'abord dans The Sketch Book of Geoffrey Crayon, Gent. de 1819 à 1820. S'agissant d'histoires de Noël, Irving bénéficie d'une certaine antériorité. Pensez : à l'époque, Dickens avait 8 ans.

 

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