11/01/2026

L'assentiment des héliotropes

 
Quand il fait froid, les chats republient - ici donc, à propos de Forain, un vieux billet du 26 mars 2015, qui avait perdu sa chanson, en plus...
 
 
Jean-Louis Forain (?) - Rimbaud (?), 1872 
Lavis
Via Afroui




Un Rimbaud authentifié par Jean-Jacques Lefrère, mais douteux selon Jacques Bienvenu. Bref, un cas. En somme, un parfait Rimbaud.


Je vis assis, tel qu'un ange aux mains d'un barbier,
Empoignant une chope à fortes cannelures,
L'hypogastre et le col cambrés, une Gambier
Aux dents, sous l'air gonflé d'impalpables voilures.

Tels que les excréments chauds d'un vieux colombier,
Mille Rêves en moi font de douces brûlures :
Puis par instants mon coeur triste est comme un aubier
Qu'ensanglante l'or jeune et sombre des coulures.

Puis, quand j'ai ravalé mes rêves avec soin,
Je me tourne, ayant bu trente ou quarante chopes,
Et me recueille, pour lâcher l'âcre besoin :

Doux comme le Seigneur du cèdre et des hysopes,
Je pisse vers les cieux bruns, très haut et très loin,
Avec l'assentiment des grands héliotropes.


Arthur Rimbaud - Oraison du soir





Brigitte Fontaine - Comme Rimbaud (1968) 
Mis en ligne par Par si par la



Je suis sale comme Rimbaud
Je suis lâche comme Villon
Débauchée comme Hugo
Syphilitique comme Baudelaire
Mais peut-être après tout
N'aimez-vous pas la poésie

Je suis faux-j'ton comme Racine
Exhibitionniste comme Rousseau
Esclavagiste comme Voltaire
Je n'existe pas comme Shakespeare
Mais peut-être après tout
N'aimez-vous pas la littérature

Je suis bête comme Michel Ange
Alcoolique comme Utrillo
Léche-bottes comme Vélasquez
Epileptique comme Van Gogh
Mais peut-être après tout
N'aimez-vous pas la peinture

Je suis putain comme Lulli
Et sourde comme Beethoven
Plagiaire comme Sébastien Bach
Cupide comme Albinoni
Mais peut-être après tout
N'aimez-vous pas la musique

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