20/07/2015

He come grooving up slowly


Avishai Cohen Trio - Come Together (Lennon/McCartney) 
Live @Leverkusen, 2007
Mis en ligne par Israeli Music in English



Et d'Avishai Cohen, déjà

11/07/2015

Adespotes


Marcel Braconnier - Monument aux habitants et maquisards victimes du massacre de 1943 à Thines
Malarce-sur-la-Thines, Ardèche







Village de Thines - Initiative locale au profit des chats adespotes (1).


(1) Αδέσποτες - adespote : sans maître, en grec.

08/07/2015

Été grec


Φλερυ Νταντωνακη (Fleury Dandonaki) - Summertime (Gershwin-Heyward)
Mis en ligne par optionsC




Et pendant ce temps-là...
"...Nous sommes partis à la bataille en pensant que nous avions les mêmes armes qu’eux. Nous avons sous-estimé leur pouvoir. C’est un pouvoir qui s’inscrit dans une vraie fabrique de société, dans la façon de penser des gens. Il se fonde sur le contrôle et le chantage. Nous avons très peu de leviers face à lui. L’édifice européen est kafkaïen."
Un conseiller du gouvernement grec, sous réserve d'anonymat, à un journaliste français (sur abonnement)

04/07/2015

Célébrations : Old sun


Eddy Louiss (2 mai 1941 - 30 juin 2015) - That lucky old sun
(Beasley Smith - Haven Gillespie)
de l'album Sang Mêlé, 1987
Mis en ligne par Jacques Bongiovanni

02/07/2015

Célébrations : une optimiste (1)




Grace Lee à 18 ans
Photographie par Edward Lee
Via chickeneggpics



Cela fait déjà quatre jours que Grace Lee Boggs a eu cent ans, j'ai un peu de retard pour fêter cet anniversaire. Mais donc, voici la première partie d'une biographie fragmentaire.


1911 

Ching Dong Goon et sa seconde femme Ying Lan débarquent à Seattle; ils ont voyagé pendant plus d'un mois depuis la Chine, dans l'entrepont de dernière classe du Siberia. Ils partent pour la côte Ouest où le mari ouvre un petit restaurant à Lawrence, Massachusetts.

1915

Providence, Rhode Island. C'est le troisième restaurant dans l'ascension sociale de Ching Dong Goon, après Lawrence et Boston.

27 Juin, dans le logement situé au-dessus de la salle, naissance de Yuk Ping ("paix de jade") Chin.


"Quand je pleurais, les serveurs avaient l'habitude de dire "mettez-la sur la colline et laissez-la mourir, ce n'est jamais qu'une fille". Plus tard, on m'a expliqué que c'était une plaisanterie" (1).

Lee était le "prénom social" (zi, prénom donné à l'âge adulte) du père, que les états-uniens nommeront Chin Lee. Son père donne à Yuk Ping le prénom américain de Grace en souvenir de la femme qui lui a appris l'anglais. Elle sera donc Grace Chin sur son passeport, et on l'appellera Grace Chin Lee, ou Grace Lee. 

1924

La famille emménage à New York dans le Queens. A cette date les immigrants chinois n'ont pas le droit de posséder un terrain et le père de Grace doit passer par un prête-nom.

1931-1935 

Grace Lee entre à Barnard College. Il n'y a que trois étudiant(e)s de couleur sur le campus, deux sino-américaines dont elle, et une Japonaise. Étudie l'allemand, puis se tourne vers la philosophie et obtient sa graduationVice-présidente de la Women's Athletic Association du campus de Columbia. Participe à une manifestation pour la paix en soutien au pacte Briand-Kellogg.

1935-1937 

Obtient une bourse pour entrer en à Bryn Mawr College près de Philadelphie pour des études postgraduate de philosophie. Complète sa bourse en travaillant comme fellow et reader dans le département de philo. Suit l'enseignement de Paul Weiss, disciple de Whitehead. Découvre Kant. Surtout, premiers voyages dans la Phénoménologie de l'esprit et la Science de la Logique de Hegel...

"...que je trouvais atrocement difficile. Mais je m'obstinai à lutter avec ces livres car je sentais dans mes tripes que comprendre Hegel était la clef du reste de ma vie" (2).

1937 

Master of Arts en philosophie. Commence une dissertation de Ph.D sur George Herbert Mead (3).

1940 

Ph.D (doctorat) en Juin. 

"Je n'avais pas de plan pour l'avenir. C'eût été une perte de temps pour moi, femme, chinoise, avec un Ph.D en philosophie, de chercher un poste d'enseignant à l'Université. De toute façon je n'avais pas étudié la philosophie pour l'enseigner" (4).

Décide de militer contre la guerre qui vient, prend contact avec divers groupes : isolationnistes, Parti Socialiste, Parti Communiste (encore anti-guerre à cette date) mais n'est attirée par aucun d'entre eux.

Prend le train pour Chicago...



Jack Delano - Pullman Porter at the Union Station, Chicago, Illinois, Janvier 1943 
Bibliothèque du Congrès - Source
"Don't call me George" (5).




...et trouve un travail à la bibliothèque de philosophie de l'Université, pour 10$ par jour. Vit dans une cave qui lui est prêtée gratuitement. 

S'engage par hasard dans un comité de défense de locataires, la South Side Tenants Organisation, animée par le Workers Party. Premiers contacts réels avec des Afro-américains, qui s'ouvrent plus spontanément à une asiatique en butte elle aussi à la discrimination, même si c'est à un degré moindre.

1941

Participe à la campagne de la Marche sur Washington pour l'accès des noirs aux emplois dans l'industrie de défense, à l'appel d'Asa Philip Randolph, président de la Fraternité syndicale des Pullman Porters (5). 



Albert Parker - Brochure pour la Marche sur Washington, 1941

Une semaine avant le jour fixé pour la marche, Roosevelt promulgue l'Executive Order 8802, mettant fin à la discrimination raciale pour ces postes. La marche sera annulée par Randolph, mais c'est le début d'une nouvelle ère : les portes des grandes entreprises s'ouvrent - lentement - aux noirs américains.

"Je découvrais aussi la capacité que la communauté noire a en elle-même le pouvoir de de changer ce pays quand elle se met en mouvement. En conséquence je décidai que ce que je voulais faire pour le restant de mes jours était de devenir une activiste de la communauté noire." (6)

Adhère au Workers Party (voir notes 8 et 14) qui compte alors une quinzaine de membres à Chicago, tous blancs. Se lie avec Martin Abern, un des fondateurs du parti et du trotskysme américain.

1942 

Assiste à la convention du Workers Party à New York. La nature de l'URSS ("état ouvrier" ou non) est au centre des débats. Elle rejoint les positions de C.L.R. James (7) et Raya Dunayevskaya (8) pour qui le système soviétique est un capitalisme d'état sans rien d'«ouvrier» - pour Grace Lee cette position est plus conforme à la dialectique hégélienne. 


"Faisant remonter les idées de Marx à leurs racine hégéliennes, (Ils) voyaient la révolution socialiste comme la libération des "puissances naturelles et acquises" des travailleurs plutôt qu'en terme de rapports de propriété" (9).

Lit Marx et Lénine. Pour travailler avec C.L.R. James, elle décide de retourner à New York où elle trouve un emploi comme secrétaire de James Grover McDonald. A compter de ce moment, fait partie de la tendance Johnson-Forest (10) du Workers Party. Réunions de travail avec C.L.R. James et Raya Dunayevskaya au 629 Hudson street (11).  Le groupe est une cocotte-minute intellectuelle. Dunayevskaya, qui fut secrétaire de Trotsky, est russophone et analyse les statistiques soviétiques disponibles, fait un séminaire sur le Capital, déterre en bibliothèque une traduction russe des Manuscrits de 1844, alors inconnus aux Etats-unis; Grace Lee est la philosophe du groupe, elle traduit l'original allemand en anglais, la tendance Johnson-Forest sera le premier éditeur états-unien des Manuscrits, en 1947. Dunayevskaya traduit du russe les notes de Lénine sur la Science de la logique de Hegel, d'où James tire ses Notes on dialectic

1945

Travaille comme câbleuse dans une usine d'armement. A cette époque ces industries recrutent à tout de bras pour des salaires honnêtes, c'est un melting pot social et culturel où se côtoient hommes, femmes, blancs, latinos, noirs ou asiatiques. Les intellectuels du Workers Party y côtoient enfin la classe ouvrière réelle - notamment sa fraction noire. Et la question noire - the negro question (12) - provoque un débat dans le parti. La direction défend une ligne abstraite d'unité du prolétariat ("Black and White, unite and fight") qui de fait passe sous la table les potentialités du Black Protest. De son côté Johnson-Forest veut soutenir le mouvement noir en tant que tel du fait de ses potentialités révolutionnaires. Lors de la Harlem Rebellion de 1943 (6 morts, 700 blessés, pillage et destruction des magasins tenus par des blancs) alors que les média dans leur ensemble (13) parlaient de riot (émeute) et le maire de honte (shame) James et Grace Lee ont intitulé leur article du Labor Action (l'hebdo du Workers Party) : "Les Noirs de Harlem protestent contre la discrimination raciale ("Jim Crow discrimination").

Les débats à l'intérieur du Workers Party ont déjà été âpres, tant au sujet de l'URSS (14) que de la "question noire". Mais la victoire sur le Japon hâte les échéances : les bureaucraties syndicales et le PC états-unien (CpUSA) qui avaient soutenu l'effort de guerre et les accords anti-grèves dans les usines d'armement n'ont plus des même arguments pour arrêter les grèves sauvages (wildcat) qui éclatent face aux licenciements et aux problèmes de reconversion.



Alfred Palmer - Ouvrières travaillant sur le fuselage de queue d'un bombardier B17 "Forteresse volante" à l'usine Douglas de Long Beach, Californie, Octobre 1942
Photographie pour l'Office of War Information


Johnson-Forest se retrouve du côté des wildcat strikes, mais les majoritaires du Workers Party de leur côté, ont souvent des responsabilités syndicales qui les rendent plus dociles, et avancent des objectifs plus nuancés : le WP va se contenter d'une insipide campagne Plenty for All (Abondance pour tous) sans trop parler des grèves. 

L'heure est venue des choix pour la tendency (15). Mais pour le moment c'est New York, années 40 et il fait beau. Un trio bigarré se promène, du côté d'Hudson street ou vers Sutton Place, ils ont 25, 30 et 40 ans et...



"CLR, Raya et moi nous étions inséparables. Dans le New York d'aujourd'hui, nous voir ensemble - un grand et bel homme noir, flanqué de deux femmes, l'une, intellectuelle juive un peu voûtée, l'autre, asiatique au visage rond - pourrait ne pas attirer l'attention. Mais dans les années 1940 beaucoup de gens devaient se demander d'où nous venions et ce que nous faisions...(16)


De g. à d. : Raya Dunayevskaya, C.L.R. James, Grace Lee, années 1940


...ils préparent la révolution mondiale. Ils sont d'un optimisme qui ne les quittera jamais.


(1) Living for change, an autobiography, University of Minnesota Press, 1998,  p. 1. Pour la traduction, seuls les chats sont à blâmer.

(2) Living for change, p. 31.

(3) Grace Chin Lee - George Herbert Mead : The Philosopher of the Social Individual, New York, King's Crown Press, 1945.

(4) Living for change, p. 34.

(5) La Fraternité des porteurs de wagons-lits fut la première organisation syndicale à direction noire à être enregistrée par l'American Federation of Labor - cela lui prit dix ans, de 1925 à 35, autant de temps que pour être reconnue par la compagnie Pullman. Jusqu'au milieu des années 30, les Pullman Porters dépendaient essentiellement des pourboires des voyageurs, ce qui leur valait d'être considérés par beaucoup de ces derniers comme un mélange d'esclave et de domestique. Il était de règle de les appeler tout indistinctement George (le prénom de George Pullman). Au point d'ailleurs que certains clients, prénommés eux aussi George, et fâchés de la confusion, formèrent la Société pour empêcher d'appeler les porteurs de wagons-lits "George". Les Porters étaient nombreux, mobiles, bien répartis sur le territoire et syndiqués. La Fraternité fut un des vecteurs historiques du Civil Rights Movement, et Asa Phillip Randolph, son président, le principal organisateur de deux Marches sur Washington, la première, annulée, de 1941 et l'autre,   celle de 1963.

(6) Living for change, p. 39.

(7) Je ne fais pas ici la biographie de C.L.R. James, né à Trinidad, écrivain, journaliste, critique de cricket, adhérent en Angleterre à l'ILP, militant panafricaniste, seul noir présent à la conférence de fondation de la IVème internationale en 1938, envoyé par Trotsky aux Etats-Unis pour s'occuper de la "question noire" au sein du partietrotskiste états-unien, le SWP. Et auteur d'au moins deux grands livres, The Black Jacobins (sur la révolution haïtienne au temps de Toussaint Louverture) et Mariners, Renegades & Castaways (sur Melville) qu'il écrivit pendant 6 mois d'internement à Ellis Island, en instance d'expulsion des Etats-Unis comme "étranger subversif".

(8) Raya Dunayevskaya naît en 1910 en Ukraine, près de la frontière Roumaine. Arrive en 22 aux Etats-Unis avec sa famille. Milite à partir de 25 à la Youth Workers League (jeunesse communiste) de Chicago; écrit pour son journal le Young Worker, et travaille aussi pour le Negro Champion, journal de l'American Negro Labor Congress. En 1928 demande à pouvoir discuter le pour et le contre lors du vote d'une résolution contre Trotsky, qui vient d'être exclu du PC soviétique. Immédiatement exclue de la YWL, elle part sur la côte Est, à la recherche de trotskistes. Adhère à l'Independent Communist League, une des premières organisations trotskistes américaines, fondée à Boston par Antoinette Konikow, femme-médecin précurseur du birth control, elle-même née en Russie et membre fondatrice du mouvement communiste américain. L'ICL rejoint la Communist League of America de James P. Cannon, Max Shachtman et Martin Abern. Dunayevskaya écrit pour son journal Militant, parcourt le pays, est en Californie lors de la grève générale de San Francisco en 1934. Activités de soutien aux luttes des sharecroppers (métayers) noirs du Sud. Veut partir se battre en Espagne - c'est le moment où la Lincoln Brigade se forme - mais on ne veut pas des femmes. Part à Mexico en 1937, sans avoir l'aval du parti, pour devenir la secrétaire en langue russe de Léon Trotsky. Revient aux Etats-Unis en 1938 à la mort de son père et de son frère. Avec les jeunes socialistes recrutés lors de leur période entriste, les trotskistes forment le Socialist Workers Party. En 1940, le SWP se scinde suite à l'invasion de la Finlande par l'URSS et au Pacte Germano-soviétique. La minorité refuse la "défense inconditionnelle de l'URSS" imposée par Trotsky et fonde le Workers Party. Dunayevskaya et C.L.R. James en font partie.

(9) Living for change, p. 50.

(10) Johnson est le pseudonyme de C.L.R. James, Forest celui de Raya Dunayevskaya. La tendance durera de 1940 à 1955, date de son éclatement entre partisans de James d'un côté et ceux de Raya Dunayevskaya de l'autre. Johnson-Forest est en quelque sorte l'équivalent états-unien de  Socialisme ou Barbarie en France. Les deux groupes ont d'ailleurs établi des liens, mais Johnson-Forest a largement précédé les socio-barbares.

(11) C.L.R. James y habitait un appartement appartenant à Lyman Payne, architecte et militant de la tendance Johnson-Forest.

(12) Terme utilisé par les militants blancs de l'époque, y compris dans le Workers Party, et que "certains noirs trouvaient choquant, tandis que chez les autres il déclenchait l'hilarité", Living for change, p. 55.

(13) Remarquez que c'est aussi le cas de la page Wikipédia consacrée à cette révolte - page par ailleurs honnête. La sémantique est politique, et cela perdure.

(14) La direction du Workers Party (essentiellement Max Shachtman d'où le nom de Shachtmanites donné aux militants du WP) décrivait le système soviétique comme un troisième mode de production (dans la terminologie marxiste de l'époque) différant à la fois du capitalisme et du socialisme  : le collectivisme bureaucratique. Une telle analyse les distinguait des trotskistes pour qui l'URSS restait un état ouvrier (fondé sur la propriété collective des moyens de production) comme de Johnson-Forest qui voyaient le capitalisme des deux côtés du rideau de fer et en convergence progressive. La logique des trotskistes devait par la suite les pousser à opter systématiquement pour la défense de l'URSS chaque fois que la guerre froide se réchauffait. Symétriquement les shachtmanites allaient progressivement opter pour l'Ouest - au motif quel collectivisme bureaucratique était décidément bien trop brutal et retardataire. L'évolution de Shachtman lui-même (adhésion au PS états-unien, position "faucon" pendant la guerre du Viêt-Nam) en fut le signe le plus évident.

(15) Qui ne représentait de toute façon que 60 à 70 militants contre plusieurs centaines pour la majorité du WP.

(16) Living for change, p. 60.



(à suivre...)

Une bonne partie des informations provient évidemment de l'autobiographie de Grace Lee Boggs, Living for change, 1998, non traduite en français. L'anniversaire a donné lieu à un récent documentaire disponible, je le signale, sur le Netflix états-unien.

Il n'existe pas à ma connaissance d'étude d'ensemble sur la Johnson-Forest Tendency. On peut lire ici une introduction de Loren Goldner, (en anglais). Pas mal de textes de la tendance sont accessibles (également en anglais) par exemple ici (1947), là (1950) ou encore là (1958, avec Castoriadis/Chaulieu). On peut se référer aux diverses biographies de C.L.R. James (surtout celles de Kent Worcester et de Frank Rosengarten). Les mémoires de Constance Webb, une des compagnes de James, et leur correspondance sont également d'un grand intérêt pour qui veut connaître la vie quotidienne d'un groupe politique révolutionnaire états-unien de ces années-là.

Un certain nombre de textes de C.L.R. James sur la "question noire" ont été traduits aux éditions Syllepse.







01/07/2015